Des blocs à fermer, des chirurgiens à évaluer : les propositions qui pourraient bouleverser la chirurgie

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Réorganisation des petits établissements, évaluation annuelle des résultats opératoires, restrictions d’activité pour les équipes en difficulté, formation à repenser… Dans un rapport publié cet été et présenté le 30 septembre, l’Académie nationale de chirurgie appelle à une profonde transformation de la chirurgie française. Six propositions qui pourraient bouleverser les pratiques.

Par La rédac’

12 octobre 2026 – 17:05

Des blocs à fermer, des chirurgiens à évaluer : les propositions qui pourraient bouleverser la chirurgie

© Midjourney x What’s up Doc

La chirurgie française va devoir changer, et pas seulement sous l’effet de l’intelligence artificielle et de la robotique. Dans son rapport « La Chirurgie en 2035 : Constats et Propositions », validé en juillet 2026 et présenté lors d’une séance de l’Académie le 30 septembre, l’Académie nationale de chirurgie dresse un constat sévère de l’organisation actuelle des soins. Trop de petits plateaux techniques, des résultats chirurgicaux insuffisamment comparés, des équipes parfois fragilisées et une formation qui doit s’adapter à la surspécialisation des praticiens.

Le rapport des Académiciens: https://www.academie-chirurgie.fr/admin/uploads/media/photo/0001/08/d1d5f19cdb089305e10f8ae5170d0399fb21d1e7.pdf

Sous la présidence du Dr Hubert Johanet, l’institution avance des propositions concrètes, dont certaines particulièrement sensibles pour les chirurgiens et les établissements… (suite abonnés)

Les propositions:

« Une optimisation de l’offre de soins chirurgicaux est donc indispensable et urgente. Elle doit reposer sur : le regroupement et la réorganisation des plateaux techniques chirurgicaux ainsi que sur le renforcement des équipes opératoires. Elle doit également intégrer l’évolution technologique de la chirurgie qui reposera de plus en plus sur l’imagerie au bloc opératoire et le développement de la robotisation. Elle nécessite enfin une coopération entre les secteurs public et privé qui doivent conjuguer leurs efforts dans le respect de leurs missions respectives.

Le regroupement des plateaux techniques : A l’heure actuelle, beaucoup de plateaux techniques sont dispersés dans de multiples petits établissements, dont les équipements sont souvent insuffisants, tant en matériel, qu’en effectifs de chirurgiens.

Un regroupement s’impose donc. Il se fera autour de l’établissement le mieux pourvu. Proximité n’étant de très loin pas gage de sécurité — de nombreux établissements recensés n’ont que deux chirurgiens qui sont de ce fait dans l’impossibilité de faire face à des urgences — le regroupement permet alors d’atteindre les indispensables coefficients d’efficacité et de qualité des soins ».

Telles sont les recommandations du rapport commun de l’Académie Nationale adopté le 28 juin 2005 (3)

-3 La chirurgie en France. Recommandations des Académie Nationales de Médecine et de Chirurgie. Louis Hollender et coll. 28 juin 2005

Vingt ans plus tard, la situation a-t-elle évoluée ?

Non, car un rapport conjoint de l’Inspection Générale des Affaires Sociales et de l’Inspection Générale des Finances (4) , en septembre 2025, s’alarme : « Toutefois, des situations financières très hétérogènes sont observées entre hôpitaux. Les centres hospitaliers généraux présentent, en moyenne, une situation particulièrement dégradée, notamment parmi les établissements de plus petite dimension. L’amélioration de l’efficience et la consolidation du système hospitalier public dans son ensemble appelle ainsi des réformes profondes en matière d’organisation territoriale et de pilotage.

-4 Face à la gravité de la situation financière des hôpitaux publics, renforcer l’efficience par une intégration territoriale. Rapport IGAS-IGF
septembre 2025

C’est un changement de paradigme qui doit être opéré pour renforcer les alternatives à l’hospitalisation complète et organiser, par le biais de restructurations, une réelle gradation des soins dans les territoires ».

Une gradation des hôpitaux en niveaux 1 à 3 apparait nécessaire :

Le niveau 1 intéresse les 197 établissements à faible activité ; 39 d’entre eux ont fait un virage avec des taux de plus de 90% d’ambulatoire et des taux de réinterventions à J 30 de 4,6% pour 21 hôpitaux et 5,09% pour 10 cliniques. 44 d’entre eux ont des taux ambulatoires inférieurs à 50%. Le volume de l’activité chirurgicale en hospitalisation y est insuffisant. La persistance d’une activité chirurgicale sous anesthésie générale, avec mobilisation pour la permanence des soins de chirurgiens, anesthésistes et personnel soignant n’est envisageable que si l’activité est supprimée ou regroupée pour permettre:

– Une activité soutenue

– Le maintien des compétences

– Des équipes stables, sans intérimaires ni supplétifs aléatoires

– Une attractivité pour les nouveaux praticiens .

Ces 197 établissements n’ont comme alternative que la disparition de l’activité chirurgicale en hospitalisation ou le tout ambulatoire, ce qui sous-entend l’expertise des chirurgiens et anesthésistes.

Le niveau 3 intéresse les centres pilotes, à savoir tous les CHU ainsi que des centres à forte activité en régions, en l’occurrence 43 cliniques et 4 ESPIC figurant dans le tableau suivant. Cette liste est indicative et n’exclue pas pour autant des centres anticancéreux. Il s’agit pour ces centres d’assurer avec les Agences Régionales de Santé (ARS) une gestion territoriale, avec délégation de tâches, téléconsultations ou consultations avancées ; cela a déjà commencé puisque les CHU ont déjà « annexé » Carhaix, Gien, Chatellerault, Montmorillon, Toulon… et que d’autre part, ils permettent de compléter la formation des PADHUE non qualifiés.

Mais les CHU ne pourront absorber tous les centres en souffrance et ne sont pas les mieux placés pour les pathologies courantes. On distinguera la formation initiale ou les CHU distribuent déjà des stages à l’extérieur, de la formation continue où Il s’agit pour les Présidents de CME des centres de niveau 3 d’être des interlocuteurs des ARS pour soit fermer les centres, soit reformater les praticiens par des stages dans les centres les plus appropriés en fonction despathologies.
Il s’agit

  • De proposer une offre de soins locale de qualité
  • D’assurer ou restaurer une compétence aux chirurgiens et anesthésistes de ces centres.
  • De rationaliser notre système de santé.
    Une gestion entre pairs, CHU, CHG, centres privés, assurera ainsi auprès des ARS une offre de soins de qualité. Afin d’éviter des interférences locales, les Conseils Nationaux
    Professionnels seront impliqués dans les décisions.
    Pour faire cette mutation inévitable, des moyens seront attribués aux centres de niveau 3 ainsi qu’aux CNP.

Le CHU est le garant de la qualité de notre système de santé.
Il est impératif qu’il puisse le rester et garder son attractivité.
Pour cela, il faut lui garantir les capacités humaines et financières :

  • D’une gestion territoriale, pour une offre de soins de qualité, en
    relation avec les grosses structures privées de son choix
  • Une formation initiale et continue adaptées
  • Des inclusions plus nombreuses pour la recherche clinique

Propositions`


5.1 Remplacer le terme d’« école de chirurgie » par celui, plus ouvert, d’EICMI,
abréviation d’« Écoles et Instituts de Chirurgie et de Médecine Interventionnelle »
identifiant leurs spécificités techniques et non-techniques afin de les rendre visibles et intelligibles par les tutelles, si possible par leur reconnaissance de « structure
d’enseignement supérieur ».
5.2 Intégrer les EICMI dans les organigrammes des centres de simulation afin de
proposer les outils de simulations à tous les acteurs médicaux et paramédicaux de blocs et salles interventionnels en encourageant l’obtention des agréments en « simulation en Santé » national (type III-C HAS/SofraSims, label « C ») et européen (NASCE-UEMS).
5.3 Réserver l’appellation d’EICMI aux organisations hébergeant ou immédiatement
adossée à une structure agréée pour l’accueil du Don du Corps dans le cadre du Décret 2022-719, du 27 avril 2022 afin de garantir la protection éthique de l’apprenant d’une part, du sujet donneur et de sa famille d’autre part.
5.4 Adosser chaque EICMI au Centre hospitalier Universitaire de proximité pour 1-faciliter les missions quotidiennes des formateurs.ices en établissant des conventions pérennes identifiant les missions pédagogiques des salariés hospitaliers (universitaires ou non) en intégrant celles-ci dans leurs fiches de postes en % d’ETP. 2- développer et faciliter les connexions numériques entre hôpital (bloc opératoire) et l’EICMI afin de faciliter le traitement des informations recueillies pour l’évaluation formative « in situ » et pour la recherche en pédagogie.

5.5 Adosser les EICMI à un laboratoire de recherche en pédagogie, technologies (impression 3D et numériques) ou psychologie pour l’évaluation de l’efficience des outils de simulation, la fiabilisation de l’évaluation des compétences des apprenants en situation simulée (« hors stage », au centre de simulation) ou in situ (« en stage », au bloc opératoire).
5.6 Susciter et favoriser les organisations économiques facilitant les sollicitations
industrielles, institutionnelles, des collectivités territoriales ou de mécénat en s’appuyant sur les réglementations existantes garantissant la protection éthique des apprenants et des formateurs avec rédaction de conventions pérennes (industrie/université/CH/Don de corps).
5.7 Partager les programmes pédagogiques et de mutualiste les ressources humaines et matérielles de façon proportionnée et adaptée aux effectifs à former dans chaque spécialité, et en fonction des spécificités de chaque région.
5.8 Inscrire systématiquement le fonctionnement des EICMI dans une logique bioéthique privilégiant le respect humain et animal, favorisant les choix technologiques répondant aux règles d’éco-responsabilité et écartant les conflits d’intérêt lors des sollicitations industrielles.
5.9 Créer une Instance Nationale d’Echanges des EICMI, sous l’autorité de la
Conférence des Doyens.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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