Alliance Police nationale, le premier syndicat de la police, adhérent à la CFE-CGC, a pris à partie les organisations syndicales d’enseignants FSU, CFDT, FO, CGT, UNSA, SUD et Solidaires parce qu’elles soutiennent le mouvement lycéen.

  • « La promiscuité de responsables syndicaux avec l’extrême droite, notamment ceux d’Alliance, s’avère particulièrement inquiétante pour notre démocratie

Tribune

Nicolas BlancAncien secrétaire national CFE-CGCAndré ThomasAncien secrétaire national CFE-CGC

Là où le RN prend le pouvoir, les droits syndicaux sont menacés, rappellent André Thomas et Nicolas Blanc, anciens secrétaires nationaux de la CFE-CGC, dans une tribune au « Monde ». Ils demandent l’exclusion d’Alliance, syndicat de la police nationale, par respect pour l’apolitisme revendiqué par la confédération.

Publié hier à 06h00, modifié hier à 08h22  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/16/la-promiscuite-de-responsables-syndicaux-avec-l-extreme-droite-s-avere-particulierement-inquietante-pour-notre-democratie_6795184_3232.html

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Une partie du syndicalisme pourrait-elle virer à l’extrême droite ?

Cette question hante les nuits de beaucoup de responsables syndicaux. A Carcassonne, la municipalité Rassemblement national (RN) récemment élue a fait cesser la mise à disposition de la Bourse du travail aux organisations syndicales – ce qui a indigné et suscité l’émoi jusque dans l’Hémicycle, provoquant des débats sur le respect des libertés syndicales.

A Liévin [Pas-de-Calais], le nouveau maire RN a supprimé la cérémonie du 1er-Mai, symbole des travailleurs et du monde du travail, organisée avec les syndicats qu’il accuse de faire de la « propagande ».

Ces décisions montrent au moins une chose : Là où le RN prend le pouvoir, les droits syndicaux sont menacés, , et la question syndicale et républicaine redevient immédiatement un combat politique majeur. Durant notre mandat de 2023 à 2026, nous avons remarqué qu’à chaque scrutin électoral les confédérations syndicales scrutent le vote de leurs adhérents et parfois s’arrachent les cheveux… en se posant la question : que faire ?

Ex-secrétaires nationaux, nous avons tous deux exercé des responsabilités de haut niveau au sein de la Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres (CFE-CGC) sur un sujet sensible, celui de la sécurité. Nous savons que la République en est la seule garante. Et qu’elle n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, l’apanage de quelques syndicats émanant de la police notamment.

Effritement des principes républicains

Le 6 octobre, lorsque Alliance Police nationale, le premier syndicat de la police, adhérent à la CFE-CGC, a pris à partie les organisations syndicales d’enseignants FSU, CFDT, FO, CGT, UNSA, SUD et Solidaires parce qu’elles soutiennent le mouvement lycéen, nous avons franchi un cap dans l’effritement des principes républicains. En effet, en dénigrant et en combattant celles et ceux qui ne pensent pas comme elle, l’organisation syndicale pose une question : jusqu’où est-elle prête à aller pour défendre des intérêts corporatistes, sa capitalisation électorale, ses postes ?

Critiquer les enseignants syndiqués qui soutiennent le mouvement social lycéen sous prétexte qu’il incombe aux policiers d’en assurer la sécurité, fragilise dangereusement le socle syndical commun et compromet la défense de nos conquêtes sociales. Ceci reste tout aussi valable dans l’autre sens, pour celles et ceux qui critiqueraient la police sans raison et sans faits documentés à lui reprocher.

Alliance Police nationale non seulement s’évertue à ne pas le comprendre, mais, pire, joue aux apprentis sorciers. Le 31 janvier, lors d’une manifestation qu’elle organisait, elle plaçait à ses côtés, au premier plan des images télévisées, des responsables politiques d’extrême droite qui combattent nos avancées sociales et droits syndicaux ! Oui, elle défilait avec Sarah Knafo (Reconquête !), Marion Maréchal Le Pen (Identité Libertés) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui, en tête de cortège, tenaient notre banderole CFE-CGC. Plus récemment encore, une photographie montrant le secrétaire général d’Alliance Police nationale, Fabien Vanhemelryck, donnant l’accolade à Eric Ciotti (Union des droites pour la République) est venue accentuer le trouble.

Dans cette période de manifestations lycéennes – tout à fait légitimes à nos yeux –, alors que les débordements, d’où qu’ils viennent, fauteurs de troubles ou policiers, doivent être fermement dénoncés, une telle promiscuité de responsables syndicaux avec l’extrême droite s’avère particulièrement inquiétante pour notre démocratie et doit être condamnée.

Manque de moyens

Nous sommes pour la sécurité, mais une sécurité qui prend en compte toute la chaîne républicaine : de la justice au monde pénitentiaire, de la gendarmerie à l’inclusion sociale et économique. Pour nous, la sécurité n’est pas que « sécuritaire » ; elle est, avant tout, sociale et économique. Les désastres du monde, la montée de la pauvreté, le dérèglement climatique, l’incapacité fondamentale à remettre en cause nos organisations, devraient nous interpeller plutôt que nous pousser à ignorer l’inquiétude de nos jeunes générations. Onze juges professionnels pour 100 000 habitants, contre 21 en moyenne pour l’Union européenne, 90 000 personnes détenues pour 63 000 places, 17 000 condamnés sous surveillance électronique pour des raisons d’économie budgétaires, des prisons et des tribunaux qui craquent… Des écoles qui, faute de moyens, roulent à tombeau ouvert dans le mur…

Dans ces conditions, pourquoi se focaliser que sur un seul maillon de la chaîne, la police ? C’est l’ensemble du système qui est sous tension. C’est le manque de moyens pour tous qui entraîne la perdition de chacun. Si le syndicalisme est devenu une triste plaine, il ne faudrait pas qu’après la présidentielle il ne devienne qu’un champ de cendres.

Lire aussi la tribune |  « Plutôt que de sacrifier le service public et ses usagers, nous plaidons pour leur redonner des moyens et du sens »

La ligne que, Nicolas et moi, avons toujours tenue est claire : ne pas critiquer les confrères des autres syndicats, ceux qui luttent pour leurs droits, ne pas accepter la proximité affichée avec des responsables politiques d’extrême droite, préserver notre indépendance pour ne pas exposer nos collègues engagés dans d’autres confédérations. Car là où le RN progresse, nos droits diminuent. C’est pour cela que la CFE-CGC doit rester apolitique et tirer les conclusions : en qualité d’anciens secrétaires nationaux, adhérents de longue date, nous demandons à la confédération CFE-CGC, conformément à ses statuts, d’exclure Alliance Police nationale ou d’étudier la situation de tout autre syndicat, notamment Action et Démocratie dans l’éducation nationale, qui ne respecterait pas ce cadre.

Notre prise de position relève d’une exigence : celle de préserver l’indépendance syndicale et, avec elle, le seul salut qui compte : le salut républicain, un bien partagé, nécessaire dans une époque troublée où notre démocratie est malmenée.

Nicolas Blanc est ancien secrétaire national CFE-CGC à la transition économique (2023-2026) et expert en intelligence artificielle ; André Thomas est ancien secrétaire national CFE-CGC (2023-2026), au pôle public, et membre du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la formation professionnelle (AFPA).

Nicolas Blanc (Ancien secrétaire national CFE-CGC) et André Thomas (Ancien secrétaire national CFE-CGC)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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