Multiples critiques sur le plan de la France de restauration de la nature.

Restauration de la nature : la France présente un plan sans moyens ni nouveauté

À quelques jours de l’ouverture de la COP « biodiversité » en Arménie, le gouvernement a rendu sa copie à Bruxelles : un plan national censé mettre la France en conformité avec le règlement européen. Sans mesure nouvelle ni financement à la hauteur, il peine à convaincre les associations environnementales.

Amélie Poinssot

15 octobre 2026 à 09h23 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/151026/restauration-de-la-nature-la-france-presente-un-plan-sans-moyens-ni-nouveaute?utm_source=quotidienne-20261015-183501&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20261015-183501&M_BT=115359655566

15 octobre 2026 à 09h23

IlIl était attendu depuis début septembre, il arrive à point nommé, à l’aube de l’ouverture de la COP « biodiversité » en Arménie. Mercredi 14 octobre, le ministère de la transition écologique a rendu public le « plan national de restauration de la nature », transmis quelques jours plus tôt à la Commission européenne.

C’est l’adaptation, pour la France, du règlement européen du même nom, entré en vigueur en 2024 : une feuille de route pour atteindre l’objectif de restauration de 90 % des écosystèmes dégradés d’ici à 2050, avec pour cibles intermédiaires 15 % en 2030 et 40 % en 2040. Zones humides, forêts, prairies, steppes, rivières et lacs sont concernés.

Une politique aussi cruciale que celle de l’adaptation au dérèglement climatique, estime le ministère, qui ambitionne notamment de « remettre en bonne santé » 4 millions d’hectares de terres agricoles, soit 13,8 % de la surface agricole de la France, et 5 millions d’hectares de forêt, soit 19 % de sa surface forestière.

Comment s’y prendra-t-il ? Pour les terres agricoles, il compte « valoriser l’élevage extensif en prairie et la plantation de haies », mais aussi « encourager à la diminution de l’usage des pesticides et engrais chimiques, en priorité dans les aires de captage d’eau », indique le cabinet de la ministre Monique Barbut. Pour les forêts, il s’agira de « sécuriser la résilience, lutter contre les incendies, limiter les facteurs de dégradation, favoriser une bonne régénération des arbres ».


Des champs agricoles en France en 2026.  © Photo Laurent Grandguillot / REA

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Des intentions très générales, dont on peine à voir comment elles pourraient enclencher une réelle dynamique, au vu des politiques menées actuellement sur ces milieux et des trois lois agricoles votées depuis deux ans. Ces derniers textes ont facilité la construction de gros bâtiments d’élevage, assoupli les mécanismes démocratiques de gestion des bassins versants, réautorisé les pesticides hautement toxiques que sont les néonicotinoïdes… Et la protection des zones de captage d’eau se heurte à l’opposition dure d’une partie du monde agricole.

En outre, côté subventions, une part minoritaire seulement de la politique agricole commune (PAC) – les « écorégimes », le soutien à l’agriculture biologique et les mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) – finance des pratiques écologiques en agriculture.

Le ministère de la transition écologique veut par ailleurs enrayer la baisse de la population des oiseaux de plaine agricole – qui s’est effondrée de 30 % depuis une trentaine d’années – et faire repartir à la hausse la diversité et l’abondance de ces volatiles. Il entend également lever plus de 1 500 obstacles sur les cours d’eau et restaurer marais et tourbières, des milieux clef aujourd’hui pour retenir l’eau et lutter contre la sécheresse.

« C’est un changement d’approche, précise le cabinet de la ministre. Il ne s’agit pas de revenir à un état antérieur mais de rendre aux écosystèmes leur bon fonctionnement partout où c’est possible. Seuls des écosystèmes en bonne santé peuvent rendre les services dont on a besoin. »

Jusqu’à 2,1 milliards d’euros manquants

Problème : aucune nouveauté n’émerge dans ce plan destiné à tracer la stratégie française de préservation de la biodiversité pour se mettre en conformité avec les objectifs européens, mais aussi les objectifs internationaux tracés lors de la COP de Kunming-Montréal il y a quatre ans – objectifs dont la réalisation va précisément être examinée à Erevan, en Arménie, à partir de lundi 19 octobre. Il s’agit, de l’aveu même du ministère, d’un réagencement de politiques « qui s’appuie sur l’existant », et aucune nouvelle ligne budgétaire n’y est affectée.

« On ne recrée pas une grosse machine, il n’y aura pas de nouveau zonage de protection ni de mesure de règlementation supplémentaire, explique-t-on à l’Hôtel de Roquelaure. Il faut poursuivre ce qui marche, renforcer ce qui doit l’être. » Et ce, avec des ressources limitées. Entre 4,6 et 5,2 milliards d’euros par an sont nécessaires pour mettre le plan en œuvre, parmi lesquels 3,1 milliards d’euros sont déjà engagés à travers les mesures et outils existants de différents ministères. Autrement dit, il manque entre 1,5 et 2,1 milliards d’euros, et le ministère ne compte pas les obtenir dans le budget 2027.

Ils ne viendront pas non plus des entreprises : la ministre a écarté la mise en place de mesures contraignantes sur les activités polluantes. Elle préfère faire appel au « volontariat » : une « communauté de financeurs » pourra contribuer par « la philanthropie ». Mais aucun objectif chiffré n’a été fixé sur ce volet. « Nous n’avons pas d’attente précise », reconnaît le cabinet.

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Ce « plan national de restauration de la nature » a aussitôt suscité la désapprobation de plusieurs associations environnementales, parmi lesquelles France nature environnement (FNE). Dans un communiqué, elles rappellent que les crédits alloués à la biodiversité sur le budget de l’État sont en baisse de 30 % depuis 2024. 

« Le plan doit bénéficier d’un portage politique fort, et fixer des objectifs précis, assortis d’un calendrier, de financements pluriannuels et d’indicateurs permettant de mesurer les progrès réels », écrivent-elles. « L’absence de mesures nouvelles d’ici 2030 est préoccupante », alors même que les politiques existantes « peinent déjà » à enrayer le déclin de la biodiversité, notamment du fait du « manque de cohérence avec les politiques sectorielles » – politiques agricoles, énergétiques, économiques et d’aménagement en tête.

Effet marketing avant l’ouverture de la COP « biodiversité » ? Cédric Marteau, directeur général de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), dénonce une incohérence majeure : « Tous les financements publics néfastes à la biodiversité sont maintenus. Actuellement, pour 1 euro investi en France en faveur de la biodiversité, on a 7 euros néfastes. Si on arrive devant la COP avec un plan sur papier glacé qui ne bénéficie d’aucun moyen supplémentaire, ça ne peut pas coller. »

Sur les vingt-sept États membres de l’Union européenne, une dizaine de pays, à ce jour, ont rendu leur plan national. La Commission européenne doit renvoyer ses observations d’ici au printemps 2027.

Amélie Poinssot

Biodiversité : la France présente un plan de restauration de la nature sans ambition et sous-financé

Les Etats membres de l’Union européenne doivent traduire au niveau national les intentions de la loi européenne sur la restauration de la nature. La France s’est soumise à l’exercice, mais le résultat fait l’objet de multiples critiques. 

Par Delphine Roucaute

Publié aujourd’hui à 12h30 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/15/biodiversite-la-france-presente-un-plan-de-restauration-de-la-nature-sans-ambition-et-sous-finance_6794433_3244.html

Temps de Lecture 3 min.

Le 22 mai 2025, dans une exploitation de pommes de terre à Saint-Jean-d’Illac (Gironde), un agriculteur tracte une sarcleuse afin de procéder à un désherbage mécanique pour réduire l’utilisation de pesticides.
Le 22 mai 2025, dans une exploitation de pommes de terre à Saint-Jean-d’Illac (Gironde), un agriculteur tracte une sarcleuse afin de procéder à un désherbage mécanique pour réduire l’utilisation de pesticides. PHILIPPE LOPEZ / AFP

La France a remis son plan national de restauration de la nature (PNRN), le 9 octobre, à la Commission européenne. Il s’agit de la traduction, au niveau français, de la loi européenne sur la restauration de la nature, qui avait été adoptée in extremis en juin 2024. Tous les Etats membres avaient jusqu’à septembre pour présenter leur copie et répondre aux objectifs du texte en matière de rétablissement de la biodiversité sur le long terme en restaurant les écosystèmes dégradés, aussi bien terrestres que marins. A ce stade, une dizaine de pays ont tenu l’engagement, dont la France.

Le document présenté mercredi 14 octobre ambitionne, d’ici à 2030, de mettre en œuvre des mesures de restauration sur 5 millions d’hectares de forêts et d’accompagner la transition agroécologique sur 4 millions d’hectares de terres agricoles, soit 13 % de la surface consacrée à la production agricole. Ce qui correspond aux objectifs de la loi d’orientation agricole, notamment par le passage de 21 % de la surface agricole utile en agriculture biologique et une augmentation nette de 50 000 kilomètres du linéaire de haies à la même échéance. Il vise également à croître de 10 % l’indice des oiseaux communs des milieux agricoles, à enrayer le déclin des populations de pollinisateurs sauvages d’ici à 2030, ou encore à préserver les espaces verts et le couvert arboré de plus de 4 200 communes.

Mais ce plan est loin de faire l’unanimité, aussi bien sur le fond que sur la forme. Tout d’abord, le ministère de la transition écologique n’a rendu publique qu’une synthèse du rapport, cinq jours après l’avoir rendu à la Commission européenne. Les associations regrettent ce manque de transparence. « Il s’agit d’un document de communication, pas du rapport en tant que tel, il n’y a pas grand-chose dedans », regrette Sylvain Angerand, directeur de l’association Canopée, qui remarque que les termes « coupe rase », une pratique sylvicole très controversée, ne figurent pas dans le texte, au profit de l’euphémisme « ouverture du milieu ».

« Recyclage des plans préexistants »

Parmi les éléments mis en exergue par le ministère, ce PNRN « met en cohérence » les objectifs déjà énoncés dans les plans nationaux préexistants, que ce soit la stratégie nationale pour la biodiversité, présentée en 2023, ou la stratégie nationale pour les aires protégées, rendue publique en 2021. Mais Cédric Marteau, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux, y voit plutôt un « recyclage des plans préexistants ».

Plus préoccupant, le ministère a chiffré le coût de mise en œuvre du plan entre 4,6 milliards et 5,2 milliards d’euros par an, mais n’a pu identifier qu’environ 3,1 milliards d’euros d’ores et déjà mobilisés par l’Etat ou les collectivités locales. « Il en résulte un besoin de financements à combler compris entre 1,5 milliard et 2,1 milliards d’euros », écrivent les auteurs de la synthèse. Le ministère dit notamment travailler à la mobilisation de fonds privés et européens. Mais sans détail précis à ce stade.

« Il existe une piste : les financements néfastes à la biodiversité. Il faut qu’on les analyse réellement et qu’on dégage des marges suffisantes pour un plan d’action ambitieux », avance Cédric Marteau. Le principe est simple : avant de penser à restaurer la nature, peut-être faudrait-il mieux éviter de la détruire, et donc diminuer ce qu’on appelle des « dépenses dommageables à la biodiversité ». Dans un rapport présenté mercredi 14 octobre, le secrétariat général à la planification écologique relève qu’en 2026, 10,8 milliards d’euros sont réservés dans le budget pour ce genre de dépenses, en priorité pour des mesures soutenant l’énergie et le carburant (4,6 milliards d’euros), l’aménagement du territoire (2,6 milliards), la production agricole et industrielle (0,8 milliard).

Dans le PNRN, le ministère reconnaît qu’il faut « définir une trajectoire de réduction des subventions dommageables à la biodiversité », mais sans précisions. « Il faut adapter les moyens aux besoins, et pas l’inverse, argumente Sacha Rolland, spécialiste des politiques de la biodiversité à la Société nationale de protection de la nature. La priorité devrait être de prendre des mesures fortes contre les pressions qui s’exercent sur la biodiversité, comme l’artificialisation des sols, la pollution par des intrants ou l’accaparement des ressources en eau. » 

Lire aussi |    L’objectif « zéro artificialisation nette », destiné à lutter contre la bétonnisation des sols, de nouveau assoupli par l’Assemblée nationale

Entre 2024 et 2027, les crédits alloués à la biodiversité sur le budget de l’Etat ont chuté de 30 %, signalent plusieurs associations de protection de la nature. « La diminution de ces crédits risque de compromettre la bonne mise en œuvre du plan », alertent-elles, alors même qu’il y a déjà un déficit d’investissement chiffré en milliards d’euros.

Avant d’être considéré comme définitif, ce texte doit encore être soumis à l’Autorité environnementale ainsi qu’à une nouvelle consultation publique, au début de 2027, après celle déjà menée à l’été 2025, qui a recueilli 12 000 contributions, et, enfin, intégrer les retours que la Commission européenne a désormais un an pour faire à la France. La publication du PNRN ne sera donc réellement finalisée qu’en septembre 2027.

Delphine Roucaute

La France a transmis son plan de restauration de la nature à Bruxelles

Paris a transmis à l’exécutif européen sa feuille de route pour restaurer les écosystèmes dégradés et en dévoile le contenu. Elle sera finalisée d’ici septembre 2027 après avis de l’Autorité environnementale et du public, et le retour de la Commission.

Biodiversité |  15.10.2026   https://www.actu-environnement.com/ae/news/plan-restauration-nature-france-bruxelles-48671.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDEwMQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

| L. Radisson

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La France a transmis son plan de restauration de la nature à Bruxelles

© ef 77Des zones humides, forêts et terres agricoles sont au cœur du plan français de restauration, qui fixe des objectifs chiffrés pour chaque type d’écosystème à l’horizon 2030 et 2050.

LES POINTS À RETENIR

  • La France vise la restauration de 4 millions d’hectares agricoles et 5 millions d’hectares de forêts.
  • Le coût annuel du plan est estimé entre 4,6 et 5,2 Md€, avec un déficit de financement de 1,5 à 2,1 Md€.
  • Les ONG dénoncent l’absence de mesures nouvelles et un manque d’ambition financière d’ici 2030.
  • Le plan sera finalisé d’ici septembre 2027, après avis de l’Autorité environnementale et consultation publique.

Rétablir, d’ici à 2050, des écosystèmes en bonne santé sur terre comme en mer. Tel est l’objectif principal du règlement sur la restauration de la nature adopté au forceps par l’Union européenne en juin 2024. Alors que les États membres étaient tenus, en application de ce texte, de remettre leur projet de plan national de restauration (PNRN) à la Commission européenne avant le 1er septembre 2026, le ministère de la Transition écologique indique l’avoir transmis le 9 octobre et dévoile la synthèse (1) du document.

Dans un communiqué commun, cinq associations (2) de protection de la nature saluent cette étape mais demandent maintenant au gouvernement français de passer des engagements aux résultats. « Pour atteindre son ambition, le plan doit bénéficier d’un portage politique fort, et fixer des objectifs précis, assortis d’un calendrier, de financements pluriannuels et d’indicateurs permettant de mesurer les progrès réels », avertissent les ONG.

« Véritable politique de restauration »

« Pour la première fois, la France se dote d’une véritable politique de restauration, explique-t-on au cabinet de la ministre de la Transition écologique. (…). C’est rétablir d’ici à 2050 des écosystèmes en bonne santé avec des étapes intermédiaires en 2030 et en 2040. Tous les milieux sont concernés, des terres agricoles aux forêts, des rivières et des zones humides aux villes et à la mer, sans oublier des compartiments comme les pollinisateurs et un cortège d’espèces. Pour chacun, des objectifs concrets et mesurables ont été définis. »

Parmi ces objectifs figurent les suivants : 4 millions d’hectares agricoles et 5 millions d’hectares de forêts couverts par des mesures de restauration, plus de 1 500 obstacles sur les cours d’eau identifiés en vue de leur effacement ou de leur correction, ou encore plus de 8 000 hectares de tourbières drainées à restaurer. « Nous changeons ainsi d’approche. Il ne s’agit plus seulement de protéger quelques espaces remarquables, mais de rendre aux écosystèmes leur bon fonctionnement partout où c’est possible », explique le cabinet de Monique Barbut.“ Il ne s’agit plus seulement de protéger quelques espaces remarquables, mais de rendre aux écosystèmes leur bon fonctionnement partout où c’est possible ”Cabinet de Monique Barbut

La mise en œuvre des objectifs du plan pour 2030 repose sur deux piliers, indique le ministère. Il s’agit, en premier lieu, de la définition d’objectifs de surfaces (30 %) à couvrir par des mesures de restauration pour les habitats d’intérêt communautaire (HIC), c’est-à-dire les milieux naturels dont la conservation est une priorité pour l’Union européenne. Parmi ceux-ci figurent les sites Natura 2000 mais ils n’en constituent pas l’exclusivité. « Nous souhaitons mettre des mesures surfaciques de restauration en priorité dans nos sites Natura 2000, qui sont des sites avec des grands enjeux de biodiversité », explique toutefois le ministère de la Tranition écologique.

Il s’agit, en second lieu, de mettre en place des indicateurs de biodiversité par écosystème (agricoles, forestiers, aquatiques et humides, marins et littoraux, urbains, auxquels s’ajoutent les pollinisateurs), pour lesquels la France doit enregistrer une tendance à la hausse d’ici à 2030. Ainsi, en ce qui concerne les oiseaux agricoles et les pollinisateurs, l’objectif est de stopper la baisse, avant de retrouver une croissance.

La restauration peut prendre deux formes. D’une part, une restauration passive ou par « levée de pressions » consistant à réduire ou à supprimer les pressions qui dégradent les écosystèmes, telles que les pollutions, l’artificialisation ou la surexploitation. La majorité des mesures proposées en relèvent. Ce peut, d’autre part, être une restauration active faisant appel à des opérations de génie écologique. « La restauration de la nature, ce n’est pas du tout revenir à un état antérieur. Mais ce qu’on souhaite, c’est rétablir le bon fonctionnement de la nature », explique le cabinet de la ministre.

Méthode basée sur le volontariat et la contractualisation

En termes d’outils, le plan s’appuie sur ce qui existe déjà. « Il s’appuie en grande partie sur les stratégies et les plans existants comme la stratégie nationale biodiversité, le nouveau plan d’action de la stratégie nationale des aires protégées ou le plan national milieux humides. (…) Il ne s’agit pas de recréer une grosse machine de novo », explique le cabinet. Le dispositif ne comprend pas non plus de mesures réglementaires ou contraignantes supplémentaires. « Sa méthode privilégie concertation, volontariat et contractualisation avec les acteurs de terrain sur le modèle Natura 2000 », explique-t-on au ministère de la Transition écologique.

Ce qui suscite les critiques des associations de protection de la nature. « En l’état, le plan se borne à articuler des politiques publiques existantes en matière de biodiversité. L’absence de mesures nouvelles d’ici 2030 est préoccupante, alors même que ces politiques peinent déjà à enrayer son déclin, notamment du fait du manque de cohérence avec les politiques sectorielles », pointent les ONG. Un manque d’ambition d’autant plus préoccupant, ajoutent-elles, que « les reculs environnementaux se multiplient », citant les dernières lois agricoles « productivistes », les menaces sur l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN), les omnibus européens, ou encore l’assouplissement du régime de protection des espèces.

En juin, le Comité national de la biodiversité avait rendu un avis assez critique sur le projet de plan, pointant une ambition et des moyens financiers insuffisants, ainsi qu’un manque de hiérarchisation des actions. Cet avis a conduit à « de vraies évolutions », assure aujourd’hui le cabinet de Monique Barbut qui donne pour exemple une meilleure prise en compte de la stratégie nationale sur les aires protégées. Le ministère indique avoir également pris en compte les contributions des territoires à la suite de la concertation organisée au printemps dernier, ainsi que les contributions recueillies lors de la concertation préalable du public qui s’est tenue l’été dernier.

Mais le plan est amené à évoluer encore d’ici à septembre 2027. « Il peut encore évoluer, notamment pour intégrer l’évaluation environnementale stratégique qui vient de s’achever, l’avis de l’Autorité environnementale qui va être saisie sur ce plan, une nouvelle consultation du public par voie électronique dans quelques mois, et, bien sûr, les observations de la Commission européenne attendues d’ici le printemps 2027 », explique le ministère de la Transition écologique.

Le plan doit ensuite être décliné dans chaque territoire. Là aussi, le Gouvernement prévoit de s’appuyer sur la gouvernance existante, en particulier les régions, chefs de file pour la compétence biodiversité, qui s’appuieront elles-mêmes sur les agences régionales de la biodiversité et les COP régionales lorsqu’elles existent. Un comité stratégique État-régions doit venir compléter ce dispositif au niveau national, annonce le ministère. Les associations insistent sur cette indispensable mise en œuvre territoriale. La restauration de la nature, rappellent-elles, « se construit dans les territoires, avec les collectivités, les associations, les gestionnaires d’espaces naturels, les acteurs économiques et les citoyens et citoyennes. Ces parties prenantes doivent être associées à toutes les étapes et disposer des moyens nécessaires pour agir et participer durablement à la définition des objectifs et au suivi des résultats ».

Un complément d’investissement de près de 2 Md€/an à trouver

En termes de moyens financiers précisément, le coût de mise en œuvre du plan est estimé entre 4,6 et 5,2 milliards d’euros (Md€) par an. D’ores et déjà, 3,1 Md€ sont mobilisés sur fonds publics (État et collectivités), assure le ministère de la Transition écologique. Pour le reste, le Gouvernement compte sur la mobilisation des fonds européens et des fonds privés. Concernant ces derniers, il mise sur le futur comité national des financeurs de la biodiversité qu’il souhaite mettre sur pied d’ici à la fin de l’année. Une instance destinée à structurer les initiatives du secteur privé et à proposer une offre de projets pouvant être facilement financés par les acteurs privés.

« Alors que le PNRN identifie un déficit d’investissement de 1,5 à 2,1 milliards d’euros, la diminution des crédits alloués à la biodiversité risque de compromettre la bonne mise en œuvre du plan », craignent toutefois les associations.

Celles-ci pointent une baisse des crédits dédiés à la biodiversité de 30 % entre 2024 et 2027, même si le Gouvernement annonce leur stabilisation dans le projet de budget 2027, l’absence de cibles de dépenses favorables à la biodiversité dans le projet de budget européen pour la période 2028-2034, de même que la suppression de l’instrument financier européen Life.

« Le règlement sur la restauration de la nature est un vrai texte d’importance, mais les financements européens promis posent question », s’inquiète également Sébastien Montcorps, directeur du Comité français de l’UICN.

Pourtant, comme le rappelle lui-même le ministère de la Transition écologique, chaque euro investi dans la restauration rapporte entre 8 et 38 euros de bénéfices. Et les services rendus par les écosystèmes sont évalués à plus de 49 Md€ par an.

« En 2030, on aura les premiers bilans d’indicateurs et on verra si c’était la bonne stratégie », indique le cabinet de la ministre. Le règlement européen prévoit en effet un rapportage d’ordre quantitatif (surfaces restaurées, nombre d’obstacles supprimés dans les cours d’eau, nombre d’arbres plantés) sur la mise en œuvre du plan tous les trois ans à compter de 2028, ainsi qu’un rapportage qualitatif (progrès de mise en œuvre, investissements financiers réalisés, cartographie des zones couvertes par des mesures, etc.) tous les six ans à partir de 2030.

1. Télécharger la synthèse du plan Agir pour restaurer la nature
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48671-plan-national-resturation-nature.pdf

2. France Nature Environnement, Société nationale de protection de la nature, Ligue pour la protection des oiseaux, Surfrider Foundation Europe, Humanité & Biodiversité

Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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