Les polluants de l’air intérieur, parent pauvre des études sur la pollution de l’air.

Gymnases et salles de sport : les polluants de l’air intérieur passés au crible

Deux nouvelles études publiées par l’Ademe évaluent la qualité de l’air intérieur dans les gymnases et les salles de sport.

Les polluants mesurés ont globalement des valeurs inférieures aux seuils réglementaires.

Bâtiment  |  14.10.2026  | https://www.actu-environnement.com/ae/news/qualite-air-salles-sport-ademe-etudes-gymnases-48664.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDEwMA%3D%3D[NDExMDgz]

R. Boughriet

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Gymnases et salles de sport : les polluants de l'air intérieur passés au crible

© murattelliogluDes concentrations de composés organiques volatils (COV) et de phtalates ont été mesurées dans des salles de musculation.

LES POINTS À RETENIR

  • Les salles récentes affichent des concentrations en COV nettement plus faibles que les anciennes.
  • Des phtalates interdits comme le DEHP ont été détectés dans les bâtiments construits dans les années 1960-1970.
  • Dans les gymnases parisiens, les polluants organiques restent largement sous les valeurs guides de l’Anses.

Deux études, récemment publiées par l’Agence de la transition écologique (Ademe), ont évalué la qualité de l’air intérieur dans les gymnases et les salles de sport. Les données produites par les deux projets de recherche intitulés Qai Sport et Pair’So, financés par l’Ademe, constituent des ressources nouvelles et complémentaires aux travaux menés par l’Observatoire de la qualité des environnements intérieurs (OQEI).

À ce jour, seules les salles de sport intégrées dans les écoles, les collèges ou les lycées sont soumises à la réglementation sur la surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public (ERP), rappelle d’ailleurs l’Ademe. Ces deux projets abordent donc des problématiques jusqu’alors peu étudiées dans ces environnements, comme l’impact des matériaux tels que les revêtements de sols ou les équipements sportifs.

Des concentrations plus faibles dans les salles récentes

Le projet de recherche Qai Sport  (1) a mesuré l’exposition aux composés organiques volatils (COV) et semi-volatils (COSV) ainsi que des microorganismes, dans dix salles de sport sélectionnées sur Rennes Métropole : trois salles de fitness/musculation ; deux dojos pour arts martiaux ; trois salles de gym (motricité) pour enfants et deux salles multisports de type studio de danse et de type gymnase. Les campagnes de mesures dans  l’air et les poussières des 10 salles ont été réalisées sur 4,5 jours en conditions d’occupation et de non-occupation.

Résultats : « la pollution par les COV est globalement similaire à celle des autres environnements intérieurs », relève l’étude. Une cinquantaine de COV ont été quantifiés dans l’air des salles, allant de 15 microgrammes par mètre cube (µg/m3) dans l’un des dojos, jusqu’à 270 µg/m3 dans une salle de musculation/fitness. Les composés carbonylés sont majoritairement présents dans toutes les salles suivis par les hydrocarbures. Dans les deux salles de sport les plus récentes (un dojo et un gymnase), les teneurs en COV sont les plus faibles.

Certains composés spécifiques et émergents ont cependant été mis en évidence comme le benzothiazole provenant notamment des matériaux en caoutchouc recyclé. En outre, les concentrations en formaldéhyde et en benzène, polluants réglementés dans l’air intérieur, sont toutes inférieures à la valeur de gestion de 30 µg/m3pour le formaldéhyde ; et à la valeur guide de qualité de l’air intérieur (VGAI) long terme de 2 µg/m3 pour le benzène.

De leur côté, les plus fortes concentrations de COSV ont été mesurées dans l’air dans deux des salles de musculation, avec un total dépassant les 2 000 nanogrammes par mètre cube (ng/m3). Dans les poussières, les concentrations totales mesurées, cumulant à la fois les différentes familles de COSV et les ammoniums quaternaires, dépassent le mg/g dans six salles parmi les 10 investiguées. Avec des maxima supérieurs à 9 mg/g observés dans l’une des salles de motricité et dans l’une des salles de musculation.

En outre, les phtalates issus des PVC, ainsi que les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), retardateurs de flamme et biocides, ont été retrouvés dans les poussières notamment dans les salles de fitness. Les phtalates dominent également la contamination de l’air, suivis par les HAP dans les salles de musculation et les retardateurs de flamme organophosphorés (OPFR) dans l’un des dojos.

L’étude constate aussi que les concentrations cumulées de COSV dans l’air et les poussières sont les plus faibles dans l’un des dojos et une salle multisport récemment construits en 2016. À l’inverse, les concentrations des polluants mesurés sont particulièrement élevées dans les bâtiments les plus anciens (datant des années 1960-1970) et dans lesquels on retrouve aussi un phtalate interdit comme le DEHP.

À Paris, une perméabilité entre air extérieur et intérieur

Dans le cadre du projet Pair’So (2) , des campagnes de mesures des polluants ont été réalisées dans quinze gymnases parisiens, entre juin 2021 et mai 2022. Les résultats montrent que les concentrations moyennes en polluants dans les gymnases « sont généralement très inférieures aux valeurs de référence, notamment les valeurs guides air intérieur (VGAI) définies par l’Anses ».

Les concentrations en dioxyde de carbone (CO₂) restent majoritairement inférieures aux seuils, « indiquant un renouvellement de l’air globalement satisfaisant, malgré quelques pics ponctuels ». En outre, les concentrations en oxydes d’azote (polluants issus du trafic automobile) sont comparables entre l’extérieur et l’intérieur, tandis que l’ozone est « significativement plus faible en intérieur ».

Les concentrations en polluants organiques restent, quant à elles, « largement inférieures » aux valeurs de référence, bien qu’elles augmentent en période estivale. La concentration en COVT, en période hivernale et estivale, est respectivement d’environ 35 et 56 µg/m3.

Une perméabilité entre l’extérieur et l’intérieur est également observée pour les particules fines. « Le ratio intérieur/extérieur passe de 0,5 pour les PM10 à 0,8 pour les PM1. Cette observation peut s’expliquer par la meilleure pénétration des particules PM1 par les défauts d’étanchéité du bâti et/ou par un moindre dépôt particulaire sur les surfaces », indique l’étude. Par ailleurs, la remise en suspension des particules lors des activités sportives, associée aux émissions intrinsèques provenant des sportifs, peut induire ces concentrations élevées, allant jusqu’à 311 µg/m3 pour les PM10.

Plusieurs recommandations

Les deux études montrent donc que la plupart des composés chimiques sont émis par les matériaux de construction, de décoration ou par les équipements sportifs. Lors de la construction ou de la rénovation d’une salle de sport, elles recommandent par conséquent de privilégier des matériaux de construction peu émissifs en COV.

Les bâtiments anciens, surtout ceux accueillant de jeunes enfants, devraient aussi être rénovés en priorité. Et leurs équipements (objets de jeux en mousse) remplacés pour réduire voire supprimer le risque d’exposition à des substances dangereuses interdites aujourd’hui. Enfin, les deux études soulignent l’importance du renouvellement de l’air et d’un système de ventilation performant, en prenant en compte le taux d’occupation des salles de sport.

1. Télécharger l’étude du projet de recherche Qai Sport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48664-rapport-projet-recherche-qai-sport.pdf

2. Télécharger l’étude du projet de recherche Pair’So
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48664-rapport-projet-recherche-pair-so.pdf

Rachida Boughriet, journaliste intégré
Cheffe de rubrique bâtiment / aménagement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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