Puiser dans les réserves stratégiques de diesel, ne règle pas le problème structurel de notre dépendance à ce carburant.

Pourquoi le diesel coûte-t-il plus cher que l’essence à la pompe ?

En allant puiser dans les réserves stratégiques de diesel, Matignon mise sur une baisse du prix à la pompe de 12 à 18 centimes le litre. Mais cette mesure ne règle pas le problème structurel de notre dépendance à ce carburant. 

Justin Delépine, le 14 octobre 2026 https://www.alternatives-economiques.fr/pourquoi-le-diesel-coute-t-il-plus-cher-que-l-essence-a-la-pompe_14-10-2026?utm_campaign=qda&utm_medium=email&utm_source=emailing&utm_content=resultats

Un chauffeur de poids lourd fait le plein de gazole, à Rennes. Depuis l’été, le seuil symbolique des deux euros le litre de diesel a largement été dépassé.© KERMALO / REA

Jusqu’à récemment, le seuil symbolique du litre de carburant à deux euros constituait une sorte de plafond. Mais depuis la fin de l’été, la moyenne nationale hebdomadaire a tutoyé les 2,5 euros et certaines stations se sont approchées des 3 euros le litre.

Cette crise énergétique est évidemment la conséquence de la guerre au Moyen-Orient, mais pas seulement. Car cette hausse du prix à la pompe payée par l’automobiliste français concerne spécifiquement un carburant : le diesel.

Depuis le début des bombardements israélo-américains en Iran, le cours du diesel a en effet connu une trajectoire légèrement différente de celle de l’essence qui sont deux produits raffinés du pétrole brut. 

Le prix hors taxe du diesel a progressé de près de 80 % en France quand celui de l’essence de « seulement » 55 %. Le prix du baril d’or noir, qui a connu une inflation d’environ 60 % par rapport à début février, est la principale explication au renchérissement du coût du diesel, mais pas la seule.

Le diesel a plus augmenté que l’essence et que le baril de pétrole

Evolution du prix hors taxe du diesel et du super sans plomb 95 en France, et du baril de Brent, en base 100 (semaine du 20 février 2026)

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Source : Reuters et DGEC

© Alternatives Economiques

Le diesel résiste

Le sujet est loin d’être anecdotique puisque ce carburant est largement majoritaire en France. Certes, la part du diesel dans la consommation hexagonale de carburant ne cesse de diminuer depuis 2014 mais elle représentait encore 67 % en 2025 !

Mais plus de dix ans après le « dieselgate » qui a frappé Volkswagen au premier chef, la sortie du diesel en France est bien longue. Les voitures roulant à l’essence sont devenues, pour la première fois en 2026, plus nombreuses que celles au gazole (l’autre nom du diesel), ces dernières pesant encore 46 % du parc automobile français. Mais surtout, le diesel est le carburant de l’économie. 

« Le gazole reste essentiel au transport de marchandises, aux livraisons, aux autocars, à l’agriculture et aux chantiers », résume l’économiste Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP). 

Cette motorisation représente 91 % des 6 millions d’utilitaires légers en circulation, 92 % des autocars, 96 % des poids lourds, etc. Auquel il faudrait ajouter l’utilisation du gazole non routier pour les engins de chantier, les tracteurs forestiers ou encore les bateaux de plaisance.

Le diesel reste le carburant dominant

Evolution de la consommation de carburants routiers en France, en Mtep

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Source : SDES

© Alternatives Economiques

Ce carburant continue d’ailleurs d’être légèrement moins taxé que l’essence : 8 centimes de moins. Historiquement encouragée par les pouvoirs publics, la fiscalité avantageuse du diesel a été largement réduite et devait s’aligner sur l’essence, mais à la suite du mouvement des gilets jaunes, ce rattrapage a été gelé.

Attaques sur les raffineries russes

Mais alors pourquoi le prix de ce carburant s’est-il envolé ? Au premier choc de la guerre au Moyen-Orient s’en est ajouté un second : les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. L’armée ukrainienne arrive à toucher en profondeur le territoire russe et cible les infrastructures pétrolières. 

La production de diesel russe a ainsi chuté d’environ 30 % par rapport au niveau de 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie. Moscou, troisième exportateur mondial de produit raffiné, a interdit l’exportation de diesel à partir du 8 juillet.

Quant aux volumes de carburant exportés depuis le Golfe, ils ont également chuté pour des raisons de blocage de routes ou des destructions de raffineries. Résultat, les exportations mondiales se sont réduites d’environ 10 % par rapport à 2025. Une baisse de l’offre qui fait grimper les prix.

Mais si la France ou l’Europe sont si touchées, c’est que le continent est dépendant de ce carburant. L’Hexagone raffine l’équivalent de sa consommation d’essence mais que la moitié de celle du diesel.

« Il existe un déséquilibre structurel en Europe entre sa production et sa consommation de carburants : elle produit notamment davantage d’essence qu’elle n’en consomme, mais doit importer du diesel pour satisfaire sa demande, résume Valérie Mignon, économiste à l’université Paris Nanterre. La France a ainsi importé plus de la moitié du gazole consommé en 2025, cette dépendance rend les prix français particulièrement sensibles aux tensions internationales. » 

Le raffinage a lui aussi fait les frais de la désindustrialisation française, et l’Hexagone ne compte aujourd’hui plus que six raffineries contre 24 dans les années 1970.

« On paie aujourd’hui cette réduction générale du raffinage, ce sont des choix d’entreprises privées qui ont estimé que ces activités n’étaient plus rentables en Europe », regrette Bastien Gebel, responsable décarbonation de l’industrie automobile au sein de l’ONG Transport & Environment.

L’Europe est aujourd’hui d’autant plus fragilisée qu’elle se fournissait massivement en diesel auprès de la Russie. Depuis 2023 et l’embargo sur les produits pétroliers russes, le Vieux Continent n’importe donc plus directement de diesel russe, alors que Moscou était à l’origine d’environ la moitié de ses importations. 

Des sanctions internationales dont vient, de son côté, de s’affranchir allégrement Donald Trump en signant le 9 octobre un accord avec Vladimir Poutine pour se fournir en diesel russe.

Conséquence de toutes ces secousse géopolitiques, la part des Etats-Unis, du Moyen-Orient et de certains pays asiatiques dans l’approvisionnement en diesel européen a largement progressé. 

« La crise actuelle perturbe les approvisionnements en provenance du Moyen-Orient et les Etats-Unis jouent donc un rôle croissant dans l’approvisionnement européen », synthétise Valérie Mignon.

Marge des raffineurs

Le fait que le prix du diesel augmente plus fortement que celui du pétrole fait aussi mécaniquement les affaires des raffineurs. Dit autrement, le renchérissement à la pompe s’explique par la hausse des marges des raffineurs. 

« L’écart de prix entre le gazole raffiné et le brut s’est fortement accru et contribue à la hausse à la pompe, confirme Patrice Geoffron. Par exemple, la BCE estimait la composante “coûts et marges de raffinage” à 35 centimes par litre de diesel dans la zone euro durant les trois premières semaines de juillet 2026, contre 10 centimes en février. »

« Sur les près de 70 centimes de hausse du prix du diesel, enregistrés fin septembre par rapport à début février, 26 centimes proviennent d’une augmentation de la marge des raffineurs et distributeurs », abonde Bastien Gebel de T&E.

Toute la question est ensuite de déterminer où se situe géographiquement cette marge et s’il est possible de la taxer. La France dépendant de l’étranger pour la moitié de son approvisionnement, celle-ci se trouve en partie en dehors du continent, donc difficilement accessible. Mais l’autre moitié l’est bien plus.

« Une part significative des marges supplémentaires réalisées sur le raffinage est localisée en Europe et peut donc faire l’objet d’une taxation de ces superprofits », plaide Bastien Gebel. 

Dans le cas de la France, quatre entreprises contrôlent les raffineries : North Atlantic, Rhône Energies, Petroineos et TotalEnergies. La place de cette dernière est de premier ordre puisque le géant pétrolier contrôle 50 % des capacités du territoire. Le dirigeant de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a d’ailleurs confirmé fin septembre la forte lucrativité du secteur et déclaré que les raffineries européennes du groupe « sont comme des mines d’or, cette année ».

Le géant français s’est par ailleurs engagé à baisser de 10 centimes le litre de diesel, du 1er novembre au 31 janvier 2027, dans ses 3 300 stations service. Cette décision fait suite à celle de Matignon qui a annoncé lundi 12 octobre libérer 10 millions de barils de gazole issus des réserves stratégiques. Selon le Premier ministre, cette mesure devrait faire mécaniquement baisser le prix à la pompe de 12 à 18 centimes par litre de diesel. De quoi apaiser momentanément les rouleurs, mais pas régler un problème structurel de dépendance à ce carburant.Partager

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Justin Delépine

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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