Une commission scientifique met en garde contre les causes qui pourraient provoquer la fin de l’humanité d’ici 75 ans

Clémentine Rebillat11/10/2026 à 14:26, Mis à jour le 11/10/2026 à 14:26 https://www.parismatch.com/actu/international/une-commission-scientifique-met-en-garde-contre-les-causes-qui-pourraient-provoquer-la-fin-de-lhumanite-dici-75-ans-277248
Le prestigieux journal médical « The Lancet » a publié les travaux d’une équipe de scientifiques chargés de définir les plus grandes menaces qui pèsent sur la santé mondiale.
L’humanité n’a-t-elle plus que quelques décennies à vivre avant de s’auto-détruire ? C’est ce qu’ont cherché à établir plusieurs scientifiques chargés par « The Lancet » de définir les menaces qui pèsent sur la planète. Le prestigieux journal médical vient de dévoiler les résultats de sa commission « sur les menaces mondiales pour la santé au XXIe siècle ». En préambule, la revue explique qu’il s’agit d’une « initiative indépendante et prospective qui utilise des méthodes quantitatives et qualitatives pour identifier, caractériser et hiérarchiser 17 menaces catastrophiques et interdépendantes pesant sur la santé mondiale d’ici la fin du siècle ».
Pour faire clair, toutes les menaces inscrites dans ce rapport interagissent ensemble d’une façon ou d’une autre et doivent donc être traitées conjointement. « Les décisions prises aujourd’hui par les dirigeants façonneront la santé et le bien-être de la prochaine génération », explique ainsi le professeur Christopher Murray, coprésident de la commission et directeur de l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington.
Pour établir sa liste, la commission a modélisé le nombre d’années de bonne santé qui pourraient être perdues en raison de la maladie, de l’invalidité ou d’un décès prématuré, tous liés à ces menaces. Parmi ces facteurs aggravants, The Lancet cite notamment les chocs mondiaux récents, à savoir : le Covid-19, Ebola, les conflits géopolitiques majeurs, l’accélération des changements climatiques, l’évolution rapide de l’aide au développement et l’émergence de systèmes d’intelligence artificielle puissants.
À propos de l’IA, le rapport se montre d’ailleurs plutôt critique, alors que le débat sur les dangers qu’elle représente est de plus en plus vif au sein même de la tech. « L’utilisation malveillante de l’IA, notamment pour les armes biologiques, et un conflit nucléaire entraînant une famine nucléaire font peser un risque d’extinction sur l’humanité au cours des 75 prochaines années », peut-on lire dans les pages de la commission du Lancet.
La revue donne notamment des exemples de menaces pesant sur le monde. D’après The Lancet, l’humanité pourrait être anéantie en cas de conflit nucléaire, en injectant suffisamment de particules dans la haute atmosphère pour bloquer la lumière du soleil et provoquer une famine, ou encore par le biais d’armes biologiques créées par l’IA. « L’ampleur des dégâts, si ces menaces se concrétisaient, plongerait l’humanité dans l’apocalypse », peut-on même lire dans un éditorial publié au même moment que le rapport.
Des solutions existent
La liste nomme également comme autres menaces potentielles la pollution de l’air, la résistance aux antimicrobiens, parmi lesquels les antibiotiques, le changement climatique, mais également les maladies liées à notre hygiène de vie : tabagisme, alcoolisme, obésité, hypertension artérielle… Le rapport pointe également du doigt les conflits, la baisse des aides internationales et le faible niveau d’instruction.
Toutefois, The Lancet ne se veut pas alarmiste. Chacune des menaces définies dans cet article a été choisie parce qu’elle dispose d’une solution. « Notre approche n’est pas de dire : “Regardez, nous voulons vous faire peur en vous présentant un grand nombre de menaces qui pèsent sur l’humanité”. Nous partons du principe que si vous êtes un décideur politique aujourd’hui, que ce soit au niveau multilatéral international ou national, voici les menaces potentielles auxquelles vous pourriez être confronté, et voici l’ampleur des changements que vous pourriez réellement opérer si vous agissiez », explique Ibrahim Abubakar, membre de la commission et professeur d’épidémiologie des maladies infectieuses à l’UCL.
Dans sa conclusion, la revue estime qu’un changement est possible pour la sauvegarde de l’humanité. « Le rapport conclut que l’ampleur et la diversité des menaces sanitaires du XXIe siècle exigent une transformation profonde de la manière dont les gouvernements et les institutions multilatérales appréhendent les risques à long terme et propose trois axes d’action », peut-on lire.
La commission devait présenter ses conclusions ce dimanche lors du Sommet mondial de la santé à Berlin, en Allemagne. Son évaluation sera mise à jour chaque année afin de réexaminer les 17 menaces identifiées, en intégrant les nouvelles données et les risques émergents.
The Lancet évalue les risques catastrophiques pour l’humanité d’ici 2100 : deux de ses 17 menaces ont un potentiel d’extinction, jugé peu probable
Des experts réunis par une revue médicale viennent de passer au crible les risques catastrophiques pour l’humanité d’ici 2100. Sur les 17 menaces qu’ils retiennent pour la santé humaine, deux seulement ont de quoi aller jusqu’à l’extinction, et ce ne sont pas celles qui pèsent le plus lourd dans leurs calculs. Les quinze autres, bien plus ordinaires, se jouent déjà dans nos vies, au quotidien.
Par Fabrice Crozier | Publié le 12 Octobre 2026 à 10:45 | mis à jour le 12 Octobre 2026 à 10:48 https://www.senioractu.com/The-Lancet-evalue-les-risques-catastrophiques-pour-l-humanite-d-ici-2100-deux-de-ses-17-menaces-ont-un-potentiel-d_a28152.html
Risques catastrophiques pour l’humanité : deux menaces à part
Une revue de médecine qui range une bombe et un logiciel parmi les menaces pour notre santé, voilà de quoi surprendre. C’est pourtant le cœur du rapport présenté dimanche 11 octobre à Berlin, au World Health Summit, par la commission de The Lancet sur les menaces sanitaires du XXIe siècle. Ses auteurs, réunis autour de ses deux coprésidents, Christopher Murray, directeur de l’Institut de mesure et d’évaluation de la santé de l’université de Washington, et Natalia Kanem, ancienne directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population, ont examiné des centaines de dangers possibles dans 204 pays et territoires.
À part dans leur liste, deux menaces seulement se voient reconnaître un potentiel d’extinction de l’humanité : l’usage malveillant de l’intelligence artificielle et le conflit nucléaire. La commission insiste aussitôt sur un point : la probabilité de l’une comme de l’autre reste faible. Elles figurent à part parce que leurs conséquences, si elles survenaient, n’auraient aucune commune mesure avec le reste.
Pourquoi l’IA et le nucléaire, et pas le climat
Pour mesurer ces risques, la commission n’a pas compté des morts mais des années de vie en bonne santé perdues, malades, handicapées ou écourtées, entre 2025 et 2100. Son calcul pèse à la fois l’ampleur d’une catastrophe et sa probabilité, puis estime ce que des décisions politiques permettraient d’éviter. Selon le communiqué de The Lancet, empêcher une guerre nucléaire éviterait 133 millions de morts et 9,35 milliards d’années de vie en bonne santé perdues d’ici 2100. Pour l’intelligence artificielle malveillante, le gain possible atteint 10,4 milliards d’années.
Le climat, lui, n’est pas rangé parmi les menaces d’extinction. Il n’en est pas moins jugé catastrophique et déjà à l’œuvre : limiter le réchauffement autour de 1,8 °C plutôt que de le laisser grimper à 4,4 °C éviterait de perdre 1,89 milliard d’années de vie en bonne santé, sous l’effet des chaleurs extrêmes et de la pollution de l’air. La commission prévient d’ailleurs que ce chiffre sous-estime le coût réel, faute de pouvoir mesurer les sécheresses, les déplacements de population ou les effets sur la santé mentale.
Pour figurer sur la liste, une menace devait réunir trois conditions : pouvoir coûter au moins un milliard d’années de vie en bonne santé d’ici la fin du siècle, être mesurable avec les données existantes, et laisser aux gouvernements une marge d’action réelle. C’est ce dernier critère qui donne au rapport son allure de feuille de route plutôt que de prophétie.
Les quinze autres menaces, plus proches de votre quotidien
Les quinze autres menaces sont qualifiées de catastrophiques. On y trouve pêle-mêle la pollution de l’air, la résistance aux antibiotiques, le changement climatique, les pandémies naturelles, les guerres conventionnelles, la malnutrition des enfants, les inégalités de revenus, le faible niveau d’éducation et la baisse de l’aide internationale à la santé. S’y ajoutent l’alcool, le tabac, la mauvaise santé mentale, l’obésité, l’hypertension et le vieillissement en mauvaise santé.
Mais c’est là que le classement intuitif se renverse. Agir contre l’obésité permettrait d’éviter la perte de 23,1 milliards d’années de vie en bonne santé d’ici 2100, plus de deux fois ce qui est en jeu avec l’intelligence artificielle malveillante, le calcul est le nôtre. Le faible niveau d’éducation pèse 16,1 milliards d’années, et les inégalités de revenus 13,8 milliards, l’équivalent de 25 pandémies de Covid-19 selon la commission. Les menaces les plus spectaculaires ne sont pas celles qui coûtent le plus.
Tension, poids, vieillissement : les menaces qui vous concernent déjà
Parmi ces quinze menaces, trois nous concernent de près : l’obésité, l’hypertension et le vieillissement en mauvaise santé. L’hypertension en est le meilleur exemple. Selon l’étude Esteban de Santé publique France sur l’hypertension artérielle, menée en 2015 auprès des 18-74 ans, elle touche près d’un adulte sur trois en France, et seule une personne hypertendue sur deux savait qu’elle l’était. Contre une guerre nucléaire, vous ne pouvez rien ; contre une tension trop haute, un brassard et un médecin traitant suffisent pour commencer. Et vous, quand avez-vous fait contrôler la vôtre pour la dernière fois ?
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Or le vieillissement en mauvaise santé a, lui aussi, une traduction très concrète en France. D’après les chiffres 2024 de la Drees, le service statistique des ministères sociaux, une femme de 65 ans peut espérer vivre encore 23,6 ans, dont 11,8 ans sans incapacité, et un homme 19,9 ans, dont 10,5 ans sans incapacité. Autrement dit, une femme de 65 ans passera en moyenne la moitié de ses années restantes avec une limitation dans sa vie quotidienne, le calcul est le nôtre. Je trouve que ce chiffre dit mieux que n’importe quelle projection ce que la commission entend par vieillir en mauvaise santé.
Un potentiel d’extinction, pas une prophétie
Sauf que ce rapport ne se lit pas comme un compte à rebours. The Lancet précise dans son éditorial que la commission ne propose aucun classement figé, et que ses estimations évolueront avec les données. La revue y annonce aussi qu’elle créera avec la commission un observatoire, le Lancet Monitor, chargé de suivre ces menaces au fil des ans. Christopher Murray résume l’esprit du travail : ce qui frappe, au-delà de l’ampleur des risques, c’est que l’humanité garde les moyens d’agir.
Des scientifiques établissent la liste des 17 principales menaces pesant sur la santé humaine d’ici à 2100
De l’obésité à la guerre nucléaire en passant par le réchauffement climatique, la revue scientifique « The Lancet » publie une étude compilant les principaux facteurs susceptibles de détériorer la santé de l’humanité dans le futur. Un exercice de prospection destiné à encourager les décideurs politiques à agir en prévention.
Par Florence Rosier
Publié hier à 01h00, modifié hier à 15h02 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/11/des-scientifiques-etablissent-la-liste-des-17-principales-menaces-pesant-sur-la-sante-humaine-d-ici-a-2100_6791095_3244.html

Quelles sont les menaces sanitaires les plus graves qui vont peser sur l’humanité d’ici à la fin du siècle ? La revue médicale The Lancet en livre, dimanche 11 octobre, une évaluation. Au terme d’une modélisation rigoureuse, non exempte de limites, une commission d’experts a identifié 15 « menaces catastrophiques » compromettant la santé et la prospérité humaines d’ici à 2100. En tête figure le trio obésité, mauvaise alimentation et sédentarité, suivies par le faible niveau d’éducation et les inégalités de revenus.
Deux autres menaces ont un potentiel d’extinction massive : un usage malveillant de l’intelligence artificielle (IA) et un conflit nucléaire entraînant une famine. Viennent ensuite la mauvaise santé mentale, le vieillissement en mauvaise santé, les conflits armés classiques, le tabagisme, l’hypertension artérielle, la résistance aux antibiotiques, les pandémies naturelles, l’usage excessif d’alcool, le changement climatique, la pollution de l’air par les particules fines, l’effondrement de l’aide publique au développement pour la santé et la malnutrition infantile.
Si la liste ne surprend guère, l’intérêt de ce travail est ailleurs. « Il s’agit de la première analyse exhaustive et quantifiée évaluant un ensemble aussi large de menaces sur un horizon de soixante-quinze ans, à l’aide d’un cadre méthodologique unique et d’un indicateur de santé commun », insiste Christopher Murray, directeur de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), basé à l’université de Washington, à Seattle (Etats-Unis). C’est lui qui a coordonné ce travail avec Natalia Kanem, directrice du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) jusqu’en juillet 2025.

Ce spécialiste de santé publique est connu pour produire le fameux rapport sur le Global Burden of Disease, ou fardeau mondial des maladies. « Christopher Murray a développé ce concept au début des années 1990 à l’université Harvard, avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) », explique Hechmi Louzir, professeur de médecine et d’immunologie à la Faculté de médecine de Tunis, et membre de la commission du Lancet.
« Un des grands mérites de ce travail est de balayer tout ce qui pèse sur la santé, y compris les facteurs socio-économiques, au-delà du strict domaine médical », estime l’épidémiologiste Antoine Flahault, professeur à l’université Paris Cité.
L’indicateur commun qui a permis la construction de cette pyramide des menaces est un outil éprouvé : le DALY (Disability-Adjusted Life Years) ou « année de vie corrigée de l’incapacité ». Un DALY correspond à une année de vie en bonne santé perdue en raison d’un décès prématuré, d’une maladie ou d’un handicap (le poids de chaque affection étant pondéré selon sa gravité). Une unité de mesure, là encore, conçue par Christopher Murray dans les années 1990.
Fournir aux décideurs un outil prospectif
Les auteurs ont donc calculé, pour chaque menace, les DALY évitables cumulés sur la période allant de 2025 à 2100. Pour ce faire, ils ont procédé en deux étapes. Tout d’abord, ils ont examiné des centaines de menaces potentielles à l’aide d’un « scénario de référence », fondé sur l’évolution prévue de la charge de morbidité si les tendances actuelles des principaux facteurs déterminants se poursuivaient, en se basant sur les données historiques disponibles entre 1999 et 2023 et sur les rapports du Global Burden of Disease.
Ensuite, pour chaque menace, les experts ont estimé un scénario futur plausible dans le meilleur des cas et un autre dans le pire des cas ; et cela, pour 204 pays et territoires, par tranche d’âge, par sexe et par cause. « La différence entre les deux scénarios représente la perte de santé qui pourrait être évitée grâce à des mesures concrètes – des actions politiques, des investissements et des innovations », explique Christopher Murray. L’objectif, ajoute-t-il, est de fournir aux décideurs un outil prospectif permettant une action coordonnée, « avec la ferme conviction que l’avenir n’est pas inéluctable ».
Lorsque les données historiques faisaient défaut, comme pour un usage malveillant de l’IA ou un conflit nucléaire, la commission a eu recours, en complément de l’avis des experts, aux estimations réalisées par des « superprévisionnistes ». En clair, des personnes sélectionnées pour leur capacité à produire des prévisions statistiques plus précises que la moyenne, lors de tournois de prédiction. C’est, de fait, l’aspect méthodologique de l’étude le plus fragile. « On est ici un peu dans l’oracle de Delphes ou la boule de cristal, regrette Antoine Flahault. Cela jette une ombre sur ce travail, par ailleurs convaincant. »
« De par leur nature même, admet Christopher Murray, les estimations concernant l’IA et les conflits nucléaires sont plus incertaines et exploratoires que celles fondées sur des décennies de données empiriques. Mais la commission a fait preuve de transparence sur ces limites. »
Qualité des données et méthodologie
Dans la pyramide des menaces ainsi construite, l’obésité, la mauvaise alimentation et la sédentarité, avec 23,10 milliards de DALY évitables, représentent 9,40 % de la charge globale de morbidité. « Des chiffres très impressionnants », estime Stéphane Besançon, nutritionniste, professeur associé en santé mondiale au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. « Cette pandémie s’emballe, touchant désormais les pays du Sud, avec tout son cortège de maladies associées : diabète de type 2, maladies cardio-vasculaires et respiratoires, cancers… », ajoute le cofondateur et directeur général de Santé Diabète, une ONG qui œuvre à la prévention et la prise en charge de cette maladie en Afrique.
Une autre limite de ce travail, cependant, est inhérente à la méthodologie du Global Burden of Disease : si les pays développés peuvent fournir des données de santé riches et fiables, ce n’est pas le cas de la plupart des pays du Sud, mais aussi d’Etats comme la Chine ou la Russie. Quelle est alors la qualité des données utilisées par l’IHME pour ces pays ? « Ce travail repose sur la plateforme de modélisation de cet institut, qui est un peu une boîte noire », glisse Philippe Guérin, professeur d’épidémiologie et de santé globale à l’université d’Oxford. « Selon les paramètres retenus dans le modèle, la hiérarchie des menaces pourra notablement varier », ajoute-t-il.
De fait, le classement d’une autre menace majeure pourra surprendre. Le changement climatique n’apparaît ici qu’en 14e position de cette litanie de périls. Pourquoi ? « Le changement climatique constitue une menace catastrophique et urgente pour la santé et la survie de l’humanité, juge Christopher Murray. La commission estime que limiter le réchauffement climatique à environ 1,8 °C plutôt qu’à 4,4 °C permettrait d’éviter la perte de 1,89 milliard d’années de vie en bonne santé. » Mais son estimation ne prend en compte que les mécanismes d’impact direct sur la santé : les déplacements de population, la sécheresse, l’insécurité hydrique, les risques de submersion ou de catastrophe naturelle, par exemple, n’ont pas été intégrés.
« Grandes disparités entre pays »
En chiffrant chacune de ces menaces, la commission du Lancet établit de facto une hiérarchie. « Mais notre objectif n’était pas d’établir un classement, d’autant qu’il existe de grandes disparités entre pays, tempère Hechmi Louzir. Un grand nombre de ces menaces, comme le faible niveau d’éducation ou la pauvreté, sont en réalité transversales, plus encore dans les pays du Sud. » Agir sur ces deux facteurs, par exemple, aura un impact positif sur le tabagisme.
Lire le décryptag (en 2025) | A La nocivité des aliments ultratransformés pour la santé confirmée par une série d’études scientifiques
« Notre message principal est que les gouvernements ne peuvent pas se concentrer sur une liste restreinte de 3 à 5 menaces, insiste Christopher Murray, mais doivent mettre en place des institutions capables de faire face à un ensemble de menaces plus large et complexe. »
La commission du Lancet recommande un triptyque d’actions communes : renforcer la préparation et la surveillance face aux menaces et soutenir les avancées scientifiques. Elle appelle notamment à une augmentation spectaculaire des investissements dans les innovations de rupture : avancées médicales, technologies climatiques émergentes, solutions basées sur l’IA – dûment encadrée.
« Nous avons encore le pouvoir d’éviter le pire scénario, fait savoir Christopher Murray. Mais mon optimisme dépend d’une action précoce : retarder l’action ne réduit pas les coûts, cela ne fait que les reporter et les accroître à l’avenir. »
Voir aussi:
« Les systèmes de santé seront bientôt débordés » : un rapport alerte sur les conséquences sanitaires du changement climatique

Par Émilie Massemin
29 octobre 2025 à 02h03 https://reporterre.net/Les-systemes-de-sante-seront-bientot-debordes-un-rapport-alerte-sur-les-consequences-sanitaires-du-changement-climatique
Mis à jour le 3 novembre 2025 à 15h52
Durée de lecture : 7 minutes 13 des 20 indicateurs de suivi des menaces sanitaires atteignent en 2025 des niveaux record, alerte le rapport annuel du « Lancet Countdown ». En cause, notamment, notre dépendance aux énergies fossiles.
13 des 20 indicateurs de suivi des menaces sanitaires atteignent en 2025 des niveaux record, alerte le rapport annuel du « Lancet Countdown ». En cause, notamment, notre dépendance aux énergies fossiles.
« Si nous restons dépendants des combustibles fossiles, les systèmes de santé et les infrastructures seront bientôt débordés, mettant en péril la vie des 8 milliards d’habitants de la planète », alerte Nadia Ameli, coprésidente du groupe de travail n°4 du Lancet Countdown.
Rendu public le 29 octobre, le neuvième rapport annuel de ce consortium international réunit 128 experts issus de 71 institutions universitaires et agences des Nations unies à travers le monde. Dirigé par l’University College London et réalisé en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il met en lumière l’effet sans précédent du changement climatique sur la santé. 13 des 20 indicateurs de suivi des menaces sanitaires atteignent cette année des niveaux record.
1 décès par minute
Premier fléau : la chaleur. Selon le rapport, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, exposant chaque habitant du globe à une moyenne de seize jours de températures dangereuses pour la santé. Les plus vulnérables — enfants de moins de 1 an et personnes âgées — ont subi jusqu’à vingt jours de canicule, soit une hausse de 304 % par rapport à la période 1986-2005. En conséquence, la mortalité liée à la chaleur a augmenté de 23 % depuis les années 1990, atteignant 546 000 décès par an entre 2012 et 2021.
« Cela représente un décès par minute. […] Dans de nombreux pays, la chaleur et les vagues de chaleur provoquent désormais davantage de décès que tout autre risque météorologique, y compris les inondations et les tempêtes », a précisé Ollie Jay, professeur à la faculté de médecine de l’université de Sydney, lors d’une conférence de presse le 23 octobre. Au-delà des décès, « la chaleur extrême a un impact profond sur la santé et le bien-être tout au long de la vie », a-t-il rappelé, citant des complications de grossesse, des effets sur l’apprentissage des enfants et l’aggravation de maladies chroniques ou neurologiques comme la sclérose en plaques.
Pire : l’humanité s’approcherait de « points de basculement physiologiques », ces « seuils critiques où la combinaison de chaleur et d’humidité rend la survie humaine impossible, même pour une courte exposition », lesquels sont « plus bas, donc plus frais et plus secs que ce que l’on pensait auparavant », a ajouté le chercheur australien.
Infections aiguës, maladies chroniques, cancers, troubles neurologiques… La pollution atmosphérique a aussi des effets dévastateurs. En 2024, la pollution issue des feux de forêt intensifiés par le changement climatique a causé 154 000 décès, un record. Chaque année, 2,5 millions de morts sont imputables à la pollution générée par la combustion des combustibles fossiles, auxquels s’ajoutent 2,3 millions de décès liés à la pollution domestique — chauffage ou cuisson au bois, au charbon ou au kérosène.
Et encore, les données manquent pour évaluer précisément le phénomène. « Aujourd’hui, la plupart des dispositifs de mesure existants ont été conçus dans une optique environnementale, et non spécifiquement sanitaire, a expliqué la Dr Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown, lors du même point presse. Beaucoup de stations se concentrent sur les PM10 [1], [des particules fines] qui sont certes nocives, mais moins dangereuses pour la santé que les PM2,5 [2]. »
Injustice climatique
Autre source d’inquiétude : les maladies vectorielles. « Nous constatons une expansion de l’aire de répartition des moustiques et d’autres vecteurs de maladies, comme les tiques ou les phlébotomes, à mesure que le climat change », a observé la Dr Romanello.
Les moustiques vecteurs du virus du Nil occidental atteignent désormais l’Europe, et certains ont été observés jusqu’en Islande. « Les conditions propices à la transmission du paludisme s’étendent désormais très au nord, y compris au Royaume-Uni, où l’on enregistre un nombre croissant de jours permettant une transmission locale », a-t-elle poursuivi. Le potentiel mondial de transmission de la dengue a crû de 49 % depuis les années 1950.
Avec le réchauffement des eaux côtières apparaissent aussi des pathogènes redoutables, comme des bactéries dites « mangeuses de chair » provoquant de graves infections cutanées, des troubles gastro-intestinaux ou des septicémies mortelles, dans des zones jusqu’alors épargnées. « Cela pose un vrai problème de prévention, car les populations locales ignorent leur présence », a alerté la Dr Romanello.
« Les populations les plus vulnérables sont les plus durement touchées »
Toutes les populations ne sont pas affectées de la même manière. « Ceux qui souffrent le plus des effets du changement climatique sont souvent ceux qui y contribuent le moins, a rappelé Ollie Jay. Cette injustice climatique est particulièrement frappante concernant le stress thermique : les populations les plus vulnérables, souvent dans les pays les moins responsables des émissions mondiales, sont les plus durement touchées. » Les femmes et les enfants sont également plus exposés aux conséquences sanitaires du réchauffement.
Au-delà de la santé, le changement climatique met à rude épreuve l’économie mondiale. En 2024, les pertes économiques liées aux phénomènes climatiques extrêmes ont atteint 304 milliards de dollars (261 milliards d’euros), soit une hausse de 60 % par rapport à la moyenne 2010-2014. « Plus de la moitié de ces pertes ne sont pas assurées et jusqu’à 97 % dans les pays à faible développement humain », a précisé la Dr Romanello. L’exposition à la chaleur a entraîné un nombre record de 639 milliards d’heures de travail perdues, équivalant à près de 1 000 milliards de dollars (860 milliards d’euros), soit 1 % du produit intérieur brut mondial.
Les États à la traîne
Pourtant, les gouvernements tardent à agir. « Le recul des engagements des États et des entreprises met gravement en péril la santé mondiale », s’est inquiétée la Dr Romanello. Les 100 plus grandes entreprises pétrolières et gazières prévoient une production supérieure de 189 % à la trajectoire compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C.
Les prêts bancaires au secteur fossile ont augmenté de 29 % en 2024, atteignant 611 milliards de dollars (525 milliards d’euros), tandis que le financement vert n’a progressé que de 13 %. Alors que les émissions liées à l’énergie atteignent des records, 128 millions d’hectares de forêts ont disparu en 2023 (+24 % par rapport à 2022), réduisant la capacité naturelle de la planète à absorber le carbone.
Si elle n’a pas été évoquée frontalement, la montée de régimes autoritaires et populistes opposés à la transition écologique inquiète, y compris sur le volet scientifique. « La perte de données [orchestrée par le président des États-Unis Donald Trump] issues de la Nasa et de la Noaa [l’Administration océanique et atmosphérique nationale étasunienne] reste extrêmement préoccupante, car elle affecte directement notre capacité à prévoir les événements météorologiques extrêmes », a averti la Dr Romanello.
Appel à une « mobilisation générale »
Malgré la gravité du constat, les scientifiques du Lancet Countdown refusent le fatalisme et appellent à une « mobilisation générale ». Des progrès sont visibles, insistent-ils : 160 000 vies par an ont été sauvées grâce à la réduction du charbon et à la baisse de la pollution de l’air. La part des énergies renouvelables dans la production électrique mondiale a atteint 12 % en 2022.
Si les États sont à la traîne, d’autres acteurs se mobilisent. « Nous disposons désormais d’un nouvel indicateur d’engagement qui montre une augmentation réelle de l’intérêt du public pour ces sujets, en particulier à travers la recherche d’informations en ligne », a signalé Niheer Dasandi, professeur de politique mondiale et de développement durable à l’université de Birmingham, qui se réjouit de la multiplication de mouvements sociaux dans le monde.
Et de prendre en « exemple marquant » la Suisse, « où un groupe de femmes âgées a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme, en invoquant les effets disproportionnés de la chaleur sur les femmes, et plus particulièrement sur les femmes âgées. Elles utilisent ces preuves scientifiques pour pousser leur gouvernement à agir davantage ».
Notes
[1] Les PM10 désignent les particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 10 micromètres, soit environ un cinquième de l’épaisseur d’un cheveu humain.
[2] Les PM2,5 sont des particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre est inférieur ou égal à 2,5 micromètres, soit environ 30 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu humain. Ce sont les particules les plus dangereuses pour la santé, car elles pénètrent profondément dans les poumons, atteignent les alvéoles pulmonaires et peuvent passer dans la circulation sanguine.