« Pesticides à vie, non merci ! »

Pesticides : l’Union européenne dérégule à tout-va

Ce week-end, des rassemblements sont organisés contre la « loi omnibus X » sur les pesticides, proposée par la Commission européenne.

Les autorisations illimitées de mise sur le marché de substances potentiellement nocives inquiètent bien au-delà des cercles militants.

Cédric Vallet

10 octobre 2026 à 10h29 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/101026/pesticides-l-union-europeenne-deregule-tout-va?utm_source=quotidienne-20261010-181219&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20261010-181219&M_BT=115359655566

IlIl est rare qu’un projet de loi européen suscite autant d’indignation. Les 10 et 11 octobre, des dizaines de rassemblements auront lieu en France, à l’appel d’une centaine d’organisations contre l’« omnibus pesticides » ou « omnibus X », du nom de ce règlement dit de « simplification ».

« Pesticides à vie : non merci ! » Le slogan des organisations militantes, parmi lesquelles Greenpeace ou Générations futures, pointe ainsi la mesure phare du règlement qui permettrait l’autorisation de pesticides pour des durées illimitées, sans réévaluation automatique de la nocivité des substances.

« L’omnibus démantèle des garde-fous essentiels contre les pesticides dangereux et opère un recul majeur pour la santé et l’environnement », atteste Salomé Roynel, du réseau européen contre les pesticides (PAN-Europe). D’autres mobilisations sont annoncées en Belgique, en Allemagne et en Autriche ces prochaines semaines.

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Une personne brandit une pancarte dénonçant la loi omnibus lors d’une marche pour le climat à Toulouse, le 26 septembre 2026.  © Photo Frederic Scheiber / Sipa

Lorsque la Commission européenne présente sa loi omnibus, le 16 décembre 2025, elle le fait au nom de la compétitivité des entreprises et du soutien du monde agricole. La Commission souhaite décongestionner l’embouteillage de dossiers examinés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), car résorber l’arriéré des deux cents substances en attente de réévaluation prendrait huit ans !

L’exécutif disait privilégier des évaluations ciblées, tout en facilitant l’approbation des substances de « biocontrôle », donc les alternatives naturelles aux pesticides de synthèse. Le paquet législatif avait pour ambition théorique de « simplifier » sans « abandonner les normes auxquelles nous tenons », affirmait Valdis Dombrovskis, le commissaire européen à l’économie. C’est précisément ce point qui alimente un flux incessant de critiques issues de la société civile mais aussi du monde scientifique.

Un règlement à marche forcée

Dans le magazine Science, daté du 25 juin 2026, de grands noms de la recherche – dans les domaines de l’écologie, de la biodiversité, des sciences de l’environnement – alertaient contre une proposition qui « augmentera les risques » liés aux pesticides. Le 17 septembre 2026, plus de cinq cents scientifiques, réunis derrière l’écotoxicologue néerlandaise Martina Vijver, réclamaient une pause du processus législatif le temps qu’une véritable étude d’impact soit rédigée.

L’exécutif européen s’est abstenu d’assortir sa proposition d’une telle étude, en rupture avec ses propres règles. En France, Pierre-Michel Perinaud, médecin et coprésident d’Alerte médicale sur les pesticides, s’est associé à la démarche de Martina Vijver : « En réclamant une pause, nous voulons refuser l’adoption du règlement à marche forcée qu’essaye d’imposer la Commission, et nous alertons quant aux risques pour la santé humaine que contient cette loi. »

Avec ce texte, la Commission entame un revirement spectaculaire. C’est ce qu’explique Gerben-Jan Gerbrandy, député européen centriste : « En 2022, la Commission proposait de réduire de 50 % l’utilisation des pesticides, sur la base de données scientifiques et d’études fouillées [cette proposition de règlement a été enterrée en 2024 – ndlr]. La Commission fait désormais l’inverse. Elle déroule le tapis rouge aux producteurs de pesticides, sans évaluer les effets d’une telle mesure. »

Des autorisations « illimitées »

Pour bien comprendre la portée de l’omnibus, un détour par la réglementation actuelle s’impose. Les substances actives sont d’abord analysées par les États membres, puis par l’Efsa, sur la base de données fournies par l’industrie, avant autorisation par les instances européennes.

Les substances cancérigènes avérées ou présumées, mutagènes ou reprotoxiques, par exemple, sont interdites, tout comme les perturbateurs endocriniens, sauf rares exceptions. Les substances qui reçoivent le feu vert doivent ensuite être réévaluées une première fois après dix ans, puis tous les quinze ans.

C’est ce mécanisme de réévaluation qui sera modifié. La Commission voudrait privilégier des autorisations « illimitées », à l’exception des substances les plus préoccupantes, parmi lesquelles on peut par exemple trouver des cancérogènes suspectés.

L’omnibus, en privilégiant les intérêts commerciaux sur la santé publique, revient sur une valeur cardinale : le principe de précaution.

Tilly Metz, députée européenne luxembourgeoise du groupe écologiste

La Commission pourrait déclencher des réévaluations ciblées, lorsque des préoccupations sanitaires ou environnementales émergeront. Mais en « l’absence d’un cycle de réévaluation structuré », d’un « système de surveillance » et du « manque d’accès des scientifiques aux données d’utilisation des pesticides », les scientifiques derrière l’article de Science craignent une « réduction considérable du nombre de substances réévaluées », car, rappellent-ils et elles, tel est bien le but de l’omnibus : « réduire le fardeau administratif ».

Avec cette mesure, on touche au « cœur du réacteur », déplore Pierre-Michel Perinaud. Il précise : « Les réévaluations périodiques sont le seul moment où l’on analyse les substances au regard de la littérature scientifique indépendante. »Certes, le système en vigueur est perfectible – comme l’a démontré la saga de la réautorisation du glyphosate –, mais ces évaluations périodiques ont permis, selon les chiffres de la Commission, d’écarter quarante-neuf substances nocives depuis 2011, parmi lesquelles le mancozèbe ou les néonicotinoïdes. Selon PAN-Europe et Générations futures, des autorisations illimitées seront accordées à 90 % des substances.

Dérogations pour les pesticides dangereux

Pour la députée européenne luxembourgeoise du groupe écologiste Tilly Metz, « l’omnibus, en privilégiant les intérêts commerciaux sur la santé publique, revient sur une valeur cardinale : le principe de précaution ».

Les autorisations illimitées sont accompagnées d’autres dispositions qui tendent à confirmer cette orientation. L’omnibus restreint par exemple la capacité des États membres de réguler les produits phytosanitaires. Le « produit », c’est bien le mélange commercial qui contient la substance active (le Roundup est le produit qui contient le glyphosate). Ce sont les États membres qui sont chargés de leur évaluation et de leur autorisation. Avec l’omnibus, les États garderaient la main sur cette évaluation. Mais leurs agences sanitaires n’auraient plus la possibilité d’intégrer dans leur analyse des données scientifiques récentes, limitant ainsi leur capacité d’évaluation.

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Notons qu’au niveau européen, les substances non renouvelées, donc nocives, bénéficieraient d’un « délai de grâce » étendu, laissant les industriels libres de vendre encore leur produit pendant deux ans, et aux agriculteurs l’option d’utiliser leurs stocks pendant une année supplémentaire.

Enfin, si chaque État de l’UE a la possibilité déroger à l’interdiction d’un pesticide sur son territoire, pour une durée de 120 jours, comme l’a démontré la saga de l’acétamipride, la dérogation à l’échelle de l’Union européenne, possible lorsqu’un pesticide est le seul et unique moyen de « protéger la santé d’un végétal », n’a jamais été utilisée. Avec l’omnibus, la Commission propose d’étendre la dérogation. Il serait ainsi possible, pendant cinq ans, d’utiliser un pesticide interdit en cas de menace sur la production végétale.

Les ONG craignent une interprétation très large de cette disposition à des fins de sauvegarde des rendements agricoles. Les cancérogènes avérés et d’autres substances néfastes sont exclus du périmètre de cette dérogation, « mais cela laisse potentiellement le champ libre aux perturbateurs endocriniens », s’inquiète Salomé Roynel.

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La proposition de la Commission doit désormais faire l’objet d’un compromis entre le Conseil de l’Union européenne, qui représente les États membres, et le Parlement européen. Le Conseil a publié, le 30 septembre 2026, sa position qui atténue légèrement la première version de l’omnibus, en cantonnant les autorisations illimitées aux substances « à faibles risques », mais en espaçant considérablement les évaluations périodiques, pour les autres substances, à quinze et vingt-cinq ans.

Au Parlement, les travaux ont été confiés à deux rapporteurs. Herbert Dorfmann, député italien de droite, membre du Parti populaire européen, en commission de l’agriculture. Et, en commission environnement, à Michele Picaro, italien lui aussi, membre de Fratelli d’Italia, le parti de Georgia Meloni.

Les deux négociateurs ont-ils l’intention de chercher des compromis avec le centre et le centre-gauche, ou joueront-ils la « majorité alternative » de la droite et de l’extrême droite ? Dans un entretien accordé à Contexte, le 8 juin, Herbert Dorfmann affirmait refuser que ses initiatives se « résument à une majorité de droite ». Il prévenait au passage : « Si un ensemble de groupes au centre tentent de bloquer les travaux, je ne le permettrai pas. »

Cédric Vallet

« Pesticides à vie, non merci ! » : son enfant est mort d’un cancer à 4 ans, Laure se bat contre le projet de règlement européen « Omnibus pesticides »

Laure a perdu son enfant en 2005, selon elle il pourrait exister un lien avec les pesticides auxquels elle était exposée.

Inès Rochetin

Publié le11/10/2026 à 12h50 https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/pyrenees-orientales/perpignan/pesticides-a-vie-non-merci-son-enfant-est-mort-d-un-cancer-a-4-ans-laure-se-bat-contre-le-projet-de-reglement-europeen-omnibus-pesticides-3431739.html#at_medium=5&at_campaign_group=1&at_campaign=occitanie&at_offre=4&at_variant=V2&at_send_date=20261011&at_recipient_id=726375-1497345337-da129e8d&at_adid=DM1396365&at_highlight=

Temps de lecture : 3 min

Laure a décidé de se mobiliser face au projet de règlement appelé « Omnibus pesticides ». Pour elle, le combat est personnel. En 2005, elle perd son enfant d’un neuroblastome. Aujourd’hui, elle fait le lien avec son travail au contact des pesticides dans une serre quelques mois avant son accouchement.

Au milieu des organisations et des syndicats, la voix de Laure ne faiblit pas. « Pesticides à vie, non merci ! » Voilà le slogan de la lutte. Elle a décidé de se joindre à la mobilisation nationale contre le projet de règlement européen « Omnibus pesticides ». Au total, ce sont quatre organisations à Perpignan à avoir répondu à l’appel.

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Des liens entre pesticides et cancers

Laure travaillait dans les années 2000 dans une exploitation maraîchère où l’usage des pesticides était monnaie courante.« Ils n’étaient pas très regardants, c’est-à-dire que lorsqu’on met des produits phytosanitaires dans une serre, il y a des délais à respecter sanitairement, avant que les ouvriers puissent entrer dans l’exploitation, pour travailler. Là-bas, ces délais n’étaient pas respectés. » Durant ces neuf mois de travail, l’ouvrière ne se posait pas de questions sur l’usage des pesticides.

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Quelques mois plus tard, lorsqu’elle accouche de son petit garçon, celui-ci est diagnostiqué d’un neuroblastome, un cancer du système nerveux central. Il décède quatre ans plus tard, et Laure est diagnostiquée d’un glaucome : « J’ai mis du temps avant de réaliser, j’ai donc grandement réfléchi à la causalité qui pouvait exister, et c’est des années plus tard que je me suis dit qu’il pouvait y avoir des liens. Même si rien n’est encore sûr à 100 %. » En France, des recherches sont menées, de nombreux scientifiques se sont penchés sur la question.

Selon une analyse publiée sur le site de l’Institut national du cancer, la causalité entre l’utilisation de pesticides par la mère et la présence d’un neuroblastome chez l’enfant peut être évoquée. Même si d’autres études devront confirmer ces premières recherches.

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Un projet de règlement décrié

Olivier Choully, est arboriculteur paysan bio à Baho, il est membre du syndicat de la Confédération paysanne. Pour lui, il est indispensable de se mobiliser. « Ce projet prévoit de dérégulariser l’utilisation des pesticides, et notamment leur mise en marché. Aujourd’hui ils doivent être renouvelés régulièrement, tous les dix, quinze ans, et là ça passerait à 25 ans, et donc cela veut dire que lorsqu’ils mettent en place cette démarche, ils sont tranquilles pour 25 ans »,détaille-t-il. À ses côtés, munis de drapeaux du syndicat, François Douville, vigneron bio à Villemolaque confirme : « Ça signe une immortalité du produit. Au lieu de le réévaluer, on ne pourra pas s’y opposer. Là, c’est d’un point de vue sanitaire, pour l’ensemble de la société. C’est la disparition totale des contrôles, une fois que le produit est sur le marché, on ne peut plus le retirer, on a donc une perte de la connaissance sur les produits utilisés. »

L’impact indéniable sur la biodiversité et la santé

Le large et rapide déclin de la biodiversité en France et dans le monde est attesté par de nombreuses publications scientifiques. En 2019 déjà, le rapport de l’IPBES confirme que la contamination de l’environnement par les pesticides est l’une des causes de ce déclin. « Les conséquences de l’utilisation des pesticides, on les voit déjà : la chute de la biodiversité est terrible. En termes d’espèces, on a certaines espèces qui disparaissent, mais surtout la masse de ces espèces, on le voit au niveau des insectes », détaille Olivier Choully, arboriculteur paysan bio à Baho

Si on détruit nous-mêmes le vivant, à la fin c’est nous qui en pâtissons. Olivier Choully

arboriculteur paysan bio à Baho

En marge de la fête de l’agriculture, organisée tout le week-end, la mobilisation se poursuit aussi à l’intérieur du salon des expositions à Perpignan. Samy Gosselin, vacher au Canigou, dénonce un système agricole guidé, selon lui, par le profit.« C’est simplement la marge du capitalisme, la marge de l’enrichissement, la marge du bénéfice qui est en route. Et s’il faut tout écraser : les animaux, les hommes, les plantes sur son passage, ben quoi… there’s no alternative, voilà, on est vraiment là-dedans » déplore-t-il.

Le vote final sur le règlement « Omnibus pesticides » est attendu d’ici la fin de l’année au Parlement européen. D’ici là, les opposants comptent bien maintenir la pression sur les eurodéputés.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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