La taille moyenne des populations suivie d’amphibiens, d’oiseaux, de poissons, de mammifères et de reptiles a chuté de 73 % depuis 1970. 

Le déclin des populations de vertébrés sauvages s’accentue depuis cinquante ans

WWF publie la mise à jour de son « indice planète vivante », selon lequel la taille moyenne des populations suivie d’amphibiens, d’oiseaux, de poissons, de mammifères et de reptiles a chuté de 73 % depuis 1970. 

Par Delphine Roucaute

Publié aujourd’hui à 00h25, modifié à 06h40 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/08/le-declin-des-populations-de-vertebres-sauvages-s-accentue-depuis-cinquante-ans_6789655_3244.html

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Une tortue Luth échouée sur la plage de Tronoën, à Saint-Jean-Trolimon (Finistère), le 19 août 2024.
Une tortue Luth échouée sur la plage de Tronoën, à Saint-Jean-Trolimon (Finistère), le 19 août 2024.  KEVIN GUYOT/OUEST FRANCE/MAXPPP

Que deviennent, au cours du temps, les populations animales suivies par les chercheurs et les bénévoles ? Quelques jours avant le début de la 17e Conférence des parties (COP17) sur la biodiversité, qui doit se tenir du 19 au 30 octobre à Erevan, en Arménie, le Fonds mondial pour la nature (WWF) publie, jeudi 8 octobre, la mise à jour de son indicateur phare de mesure de l’érosion de la biodiversité, l’« indice planète vivante » (IPV). Il vient confirmer la tendance globale au déclin des espèces.

Calculé depuis presque trente ans, cet indicateur permet d’évaluer la dynamique d’évolution de nombreuses populations animales, c’est-à-dire des groupes d’individus de la même espèce coexistant et se reproduisant entre eux sur un territoire déterminé. L’IPV 2026 indique ainsi que la taille de 5 790 espèces de vertébrés sauvages, c’est-à-dire des amphibiens, des oiseaux, des poissons, des mammifères et des reptiles, a diminué en moyenne de 73,2 % entre 1970 et 2022.

Cela ne signifie pas qu’il y ait aujourd’hui 73 % d’animaux sauvages en moins au total par rapport à 1970, ni que 73 % des espèces ou populations sont en déclin. L’IPV mesure les variations d’abondance relative (qui sera de − 50 % aussi bien quand une population passe de 2 000 à 1 000 individus que quand une autre passe de 200 à 100 individus). Globalement, la taille des populations de vertébrés a donc drastiquement chuté.

Comme il s’agit d’une moyenne, s’y agrègent aussi bien les populations qui se portent bien que celles qui se portent mal ; en réalité, environ la moitié des populations étudiées sont stables ou en augmentation. Ce qui indique, en contrepoint, l’ampleur de l’effondrement de près de 3 000 espèces. « L’écart-type autour de la moyenne augmente, cela signifie qu’une moitié des populations va beaucoup mieux et qu’une autre moitié va beaucoup moins bien », souligne Yann Laurans, directeur des programmes du WWF France.

« Effondrement vertigineux »

Le dernier IPV, publié en 2024, affichait déjà une baisse de 72,9 % (contre 69 % estimés en 2022), mais il ne faut pas en déduire que la situation s’est stabilisée depuis deux ans. WWF explique que 967 populations supplémentaires et 295 nouvelles espèces ont été ajoutées à l’ensemble de données ; 669 populations ont également été mises à jour. Ce genre de modifications d’un rapport à l’autre « donne lieu à un indice légèrement différent, mais progressivement plus représentatif », notent les auteurs.

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La baisse est plus marquée parmi les vertébrés d’eau douce (− 85 %), aussi bien les poissons que les hippopotames ou les loutres, que chez ceux issus d’habitats terrestres (− 69 %) ou des océans (− 59 %). La tendance est également plus forte en Amérique latine et dans les Caraïbes (− 95 %) ou en Afrique (− 80 %) qu’en Amérique du Nord (− 28 %) ou en Europe et Asie centrale (− 23 %). Tout simplement car dans ces dernières régions, « une grande partie de la biodiversité (…) se trouvait déjà dans un état plus affaibli dès 1970, année de référence », soulignent les auteurs.

« On parle de quasiment trois quarts d’effondrement, c’est vertigineux, insiste Véronique Andrieux, directrice générale de la branche française du WWF. Mais il y a un message d’espoir : quand la conservation est faite dans la durée, avec des moyens alloués sur le temps long, on peut réussir à inverser la courbe du déclin. »

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Par exemple, la tortue verte est la première tortue marine à être passée, en 2025, du statut d’espèce en danger à celui de « préoccupation mineure », selon la classification de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Et ce, à l’issue de cinquante ans d’efforts coordonnés dans près de 80 pays où l’espèce vient pondre. « En Guyane, par exemple, nous négocions avec les pêcheurs pour qu’ils ne pêchent pas à certains moments importants pour l’espèce », explique Yann Laurans, qui avertit toutefois que, sur le même territoire, c’est la tortue luth qui pourrait disparaître de ses sites de ponte historiques.

En France métropolitaine, après un exil d’un siècle causé par la surexploitation des forêts, la cigogne noire revient progressivement depuis les années 1970. Espèce exigeante sur le plan environnemental, nécessitant une eau de qualité et un écosystème forestier en bonne santé, elle fait l’objet d’un plan de sauvegarde à l’échelle nationale. Pareil pour la loutre, quasi disparue en France, qui a bénéficié ces dernières années de la politique de restauration de la qualité de l’eau en Europe.

Données lacunaires

« Cet indice a plusieurs limites : la qualité des données est hétérogène, et il y a certaines zones géographiques et certaines espèces qui sont sous-représentées, estime Michel Loreau, chercheur émérite au CNRS. Mais il a l’avantage de donner une tendance sur le temps long et de montrer au grand public le sens de l’histoire. » Sans surprise, les données les plus robustes concernent les oiseaux et les mammifères emblématiques (éléphant, tigre, etc.) ou les poissons exploités à des fins commerciales.

« Même si les données sur la biodiversité ont fortement augmenté ces dernières années, d’importantes lacunes subsistent, explique Sandra Luque, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. En particulier dans certaines régions du monde, notamment les zones tropicales, les pays en développement et la haute mer. » C’est tout l’enjeu de la difficile évaluation de la biodiversité, dont les données sont dispersées dans de nombreuses bases et institutions, avec peu de suivis sur le long terme.

Par ailleurs, l’IPV ne rend compte que des populations de vertébrés, qui représentent moins de 5 % des espèces animales connues, et met de côté un pan fondamental de la biodiversité : les invertébrés, les insectes en tête. « Or, les insectes sont de meilleurs indicateurs de la biodiversité », avance Sandra Luque. Ces derniers ont notamment une sensibilité immédiate aux changements d’environnement, et occupent une place centrale dans la chaîne alimentaire. « La conservation à elle seule ne suffit pas, avertit Véronique Andrieux. Sans inverser les causes structurelles de la baisse de biodiversité, on n’y arrivera pas. » Parmi elles, la surexploitation forestière, l’usage de pesticides et l’artificialisation des sols. Autant d’enjeux qui seront en débat à la COP17.

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Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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