Cancer su sein: le rôle de l’exposition aux rayonnements ionisants et à près de 200 produits chimiques, ainsi que le travail de nuit. 

« Ce que le travail fait aux femmes » : un plaidoyer pour la reconnaissance du cancer du sein comme maladie professionnelle

Dans un livre de combat, un collectif d’auteurs met en évidence les liens entre le cancer du sein de salariées et leur quotidien professionnel. En cause : l’exposition aux rayonnements ionisants et à près de 200 produits chimiques, ainsi que le travail de nuit. 

Par François DesnoyersPublié aujourd’hui à 06h00 https://www.lemonde.fr/vie-au-travail/article/2026/10/08/ce-que-le-travail-fait-aux-femmes-un-plaidoyer-pour-la-reconnaissance-du-cancer-du-sein-comme-maladie-professionnelle_6789928_6768900.html

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« Ce que le travail fait aux femmes. Au cœur de l’épidémie de cancer du sein », de Marie-Christine Limame, Anne Marchand, Laurent Vogel (dir.), Editions de l’Atelier, 256 pages, 24 euros.
« Ce que le travail fait aux femmes. Au cœur de l’épidémie de cancer du sein », de Marie-Christine Limame, Anne Marchand, Laurent Vogel (dir.), Editions de l’Atelier, 256 pages, 24 euros. 

Suzanne a travaillé comme infirmière dans un centre de lutte contre le cancer entre 1970 et 1989. Touchée elle-même par deux cancers (du sein et du côlon), elle prend conscience, des années plus tard, qu’une vingtaine de soignantes de l’établissement ont aussi été atteintes d’un cancer et qu’« une dizaine ont été confrontées à des interruptions involontaires de grossesse, des malformations fœtales ou à la perte d’un nouveau-né ».

Au fil de ses recherches, elle comprend aussi toute « la dangerosité des substances cytostatiques utilisées au cours des chimiothérapies, de l’exposition aux rayonnements ionisants lors des radiothérapies, ainsi que du travail de nuit ».

A travers Ce que le travail fait aux femmes (Editions de l’Atelier), on plonge au cœur de l’épidémie de cancers du sein, comme le précise le sous-titre de l’ouvrage. Et l’on découvre avec sidération des femmes qui, comme Suzanne (morte depuis), établissent pas à pas un lien entre leur pathologie et leur travail. Les secteurs d’activité sont multiples : des agentes de sécurité, des hôtesses de l’air, des ouvrières, ont été touchées par un cancer du sein, en raison de conditions de travail dont elles ignoraient, la plupart du temps, les risques.

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Nous confrontant à leurs histoires douloureuses, souvent vécues dans l’ombre, l’ouvrage mené par des auteurs d’horizons divers (chercheurs, assistantes de service social, militants syndicaux…) fait œuvre utile. Il met en lumière des facteurs professionnels qui « souffrent encore d’une très forte invisibilité et demeurent ainsi largement sous-estimés. Ils sont pourtant bien présents dans le monde du travail », poursuivent les auteurs, citant « le travail de nuit, les rayonnements ionisants et près de 200 produits chimiques ».

Demandes de reconnaissance

Surtout, les auteurs souhaitent, à travers leurs écrits, appeler au combat. Ils partent d’un constat : alors que le nombre de femmes touchées par un cancer du sein augmente en France (environ 61 200 nouveaux cas en 2023), « des milliers de vies pourraient être sauvées (…) grâce à une prévention efficace des expositions professionnelles ».

Il faut, dès lors, « faire savoir » et « mobiliser ». Cela passe en premier lieu par la multiplication des demandes de reconnaissance en maladie professionnelle de cas de cancer du sein. Elles sont aujourd’hui peu nombreuses, mais quelques victoires récentes devant les tribunaux pourraient faire boule de neige. Une hôtesse de l’air a obtenu pour la première fois cette reconnaissance, en juillet, un lien ayant été établi entre son cancer, le travail de nuit et l’exposition à des rayonnements ionisants, lors des vols.

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Au-delà, la multiplication des reconnaissances doit donner du poids à une autre mobilisation : celle pour l’intégration du cancer du sein dans les tableaux de maladies professionnelles français. « Ce qui faciliterait grandement le parcours des victimes puisqu’elles bénéficieraient alors du principe de présomption d’imputabilité de la maladie au travail », précise l’avocate Elisabeth Leroux, interviewée dans l’ouvrage.

Enfin, les auteurs appellent à la mise en place de mesures de prévention ciblées pour réduire les risques de cancer du sein : des protections renforcées pour les jeunes apprenties exposées à des substances à risque dans le secteur de la coiffure et des soins esthétiques, une remise à plat de l’organisation du travail de nuit… Des mesures qui devront s’accompagner d’un renforcement de la formation du corps médical à la question des maladies professionnelles, une « urgence absolue », assure l’ouvrage.

« Ce que le travail fait aux femmes. Au cœur de l’épidémie de cancer du sein », de Marie-Christine Limame, Anne Marchand, Laurent Vogel (dir.), Editions de l’Atelier, 256 pages, 24 euros.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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