Transition écologique : six indicateurs dans le rouge selon la Cour des comptes
Dans un tableau de bord de la transition écologique, la juridiction financière montre plusieurs indicateurs dans le rouge. Ils portent sur l’empreinte carbone, le pétrole, l’eau, les déchets, les oiseaux et l’artificialisation.
Gouvernance | 07.10.2026 |https://www.actu-environnement.com/ae/news/wwf-planete-vivante-2026-biodiversite-declin-48606.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDA5NQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© HJBCLa Cour des comptes rue Cambon
LES POINTS À RETENIR
- L’empreinte carbone de la France exige un effort annuel de -4,79 % d’ici 2030.
- Les masses d’eau en bon état écologique stagnent à 44 % depuis 2015 en France.
- Les oiseaux agricoles ont décliné de 46 % en France depuis 1990.
Un tableau de bord inédit couvrant les six axes de la taxonomie européenne : atténuation du changement climatique, adaptation au changement climatique, préservation de la ressource en eau, protection et restauration de la biodiversité, lutte contre les pollutions, développement de l’économie circulaire. C’est ce que propose la Cour des comptes dans la deuxième édition de son rapport (1) consacré à la transition écologique. « Ces indicateurs de suivi sont proposés dans un tableau de bord qui sera suivi dans la durée », annonce Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes.
« Pour chaque indicateur, dans la mesure du possible, des lignes de tendance ont été tracées afin de visualiser l’écart entre la cible et la trajectoire actuellement suivie », explique la Cour dans la synthèse du rapport. Afin de qualifier la progression vers les objectifs, cette dernière a utilisé une mesure de progression fondée sur le rapport entre le taux d’effort annuel moyen à fournir pour atteindre la cible et le taux annuel moyen d’évolution constatée. « Lorsque le rapport entre ces deux taux est inférieur ou égal à 100 %, cela signifie que le rythme annuel moyen constaté est satisfaisant pour parvenir à la cible ; l’indicateur reçoit une cotation verte ». Lorsque ce rapport est supérieur, cela signifie que « le rythme annuel moyen des efforts à fournir devra être supérieur au rythme récent, sinon la cible ne pourra pas être atteinte ». Les cotations virent alors à l’orange, clair (effort d’accélération nécessaire) puis foncé (effort significatif), voire au rouge (effort majeur à réaliser).
Effort significatif à faire sur l’empreinte carbone
En matière d’atténuation du changement climatique, la Cour a analysé trois indicateurs. Les émissions brutes de gaz à effet de serre (produites sur le territoire français) doivent faire l’objet d’un effort significatif. « Après avoir stagné de 1990 à 2005, [elles] ont connu une diminution dont le rythme demeure encore insuffisant pour atteindre l’objectif fixé pour 2030 », indique la Cour. Cet objectif est de -50 % d’émissions en 2030 par rapport à 1990 selon la troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC 3). Le taux moyen annuel de baisse constaté entre 2021 et 2024 a en effet été de -4,22 %, et le taux d’effort annuel nécessaire est chiffré à -4,90% entre 2025 et 2040.
L’empreinte carbone de la France (émissions liées à la consommation des Français, produites en France ou à l’étranger) doit faire l’objet d’un effort significatif ou majeur selon que l’on vise la cible basse (-71% en 2050 par rapport à 2010) ou la cible haute (-79 %) définie par la SNBC 3. Dans ce dernier cas, le taux d’effort moyen annuel sur la période 2025-2030 doit être de -4,79 % alors que le taux constaté sur la période 2021-2024 a été de -3,16 %.

Part de sources fossiles dans la consommation d’énergie finale, de 2011 à 2025 (% de la consommation finale d’énergie)© Cour des comptes
L’indicateur de la part de sources fossiles dans la consommation d’énergie finale est dans le vert si l’on considère le gaz mais dans le rouge pour le pétrole.
La trajectoire observée est compatible avec l’atteinte de l’objectif 2030 (réduction à 15 % de la consommation d’énergie) concernant le gaz.
En revanche, elle est incompatible avec l’objectif 2030 pour le pétrole (réduction à 25 %) et avec l’objectif de sortie des énergies fossiles en 2050, « qui supposerait une accélération de l’électrification et de la sobriété énergétique ».
Quant à l’adaptation, la Cour n’est pas en mesure de proposer d’indicateur. « C’est un axe sur lequel nous sommes en incapacité de connaître les éléments », explique Éric Allain, président de la section à la Cour des comptes, qui souhaite utiliser le travail du Secrétariat à la planification écologique (SGPE) pour y remédier.
Indicateurs au rouge en matière de biodiversité
En ce qui concerne les ressources en eau, l’indicateur de la part des masses d’eau en bon ou très bon état écologique en France vire au rouge vif.
Cette proportion stagne en effet en France à 44 % sans progrès significatif depuis 2015. « Cette stagnation rend hors d’atteinte l’objectif de bon état de l’ensemble des masses d’eau en 2027 [fixé par la directive cadre sur l’eau] et révèle l’insuffisance des mesures engagées face aux pollutions et aux altérations hydromorphologiques », analyse la rue Cambon.
Le volet relatif à la protection et à la restauration de la biodiversité est également marqué par la couleur rouge. L’indicateur relatif à l’évolution du taux d’abondance des oiseaux agricoles (-46 % en France depuis 1990) révèle la nécessité d’un effort critique par rapport à l’évolution constatée au niveau européen où l’évolution est moins défavorable.
« Les populations d’oiseaux forestiers résistent davantage, mais leur évolution demeure également défavorable en France [-10 % depuis 1990], confirmant l’érosion persistante de la biodiversité ordinaire », analyse la Cour, qui juge, là-aussi, qu’un effort substantiel est à mener.
L’indicateur portant sur la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (Enaf) est également dans le rouge, compte tenu de l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) en 2050 et de l’objectif intermédiaire de diviser par deux la consommation d’Enaf d’ici à 2030 par rapport à la période 2011-2021. La consommation a progressé de manière continue depuis 2011 (progression de 6,65 % par an sur la période 2021-2024) avec toutefois un ralentissement depuis 2020. « Le prolongement de la tendance observée conduirait à dépasser sensiblement la trajectoire compatible avec l’objectif intermédiaire de réduction de l’artificialisation, ce qui impose une inflexion rapide des politiques d’aménagement », alerte la Cour.
Production de déchets trop élevée mais amélioration sur les émissions polluantes
Quant à la transition vers une économie circulaire, l’indicateur de l’évolution de la quantité de déchets ménagers et assimilés produite par habitant est aussi au rouge, nécessitant donc un effort majeur. Cette quantité ne diminue que faiblement (-1,02 %/an sur la période 2019-2023) et reste supérieure à la moyenne européenne. Ce qui ne permettra pas d’atteindre l’objectif fixé pour 2030 (-15 % par rapport à 2010) par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (loi Agec), si le taux d’effort moyen annuel n’est pas porté à -1,55 %.
Embellie en revanche du côté de la prévention et de la réduction de la pollution de l’air. La Cour a ici pris en considération une trajectoire cible correspondant à une interpolation linéaire entre les valeurs observées en 2016, année d’adoption de la directive du 14 décembre 2016 concernant la réduction des émissions nationales de certains polluants atmosphériques (directive NEC), et les objectifs que ce texte fixe pour 2030.
L’indicateur portant sur l’évolution des émissions d’ammoniac de 2005 à 2030 est au vert. Les émissions de ce polluant d’origine majoritairement agricole ont baissé de 2,74 % par an entre 2019 et 2023, et le taux d’effort moyen annuel sur la période 2024-2030 est chiffré à 0,97 %.
La couleur est verte également pour les émissions de particules fines PM2,5 qui ont baissé de 6,46 % par an entre 2019 et 2023, et pour lesquelles le taux d’effort annuel attendu sur la période 2024-2030 est de -1,25 %.
Les écarts entre le rythme d’évolution observés et les rythmes nécessaires mettent en lumière les efforts d’accélération attendus et doivent permettre de planifier les investissements nécessaires. Afin d’évaluer le suivi physique et financier de la transition écologique, les magistrats financiers recommandent ainsi au Gouvernement d’« évaluer, dans la stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique, le besoin d’investissement supplémentaire nécessaire pour atteindre les objectifs physiques 2030, déterminés pour chacun des axes de la transition écologique ».
1. Télécharger le rapport de la Cour des comptes
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48621-rapport-cour-des-comptes-transition-ecologique-2026.pdf
Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement
Un changement transformateur sera nécessaire pour inverser le déclin de la biodiversité, selon le WWF
Comme tous les deux ans depuis 1998, le rapport « Planète Vivante » du WWF dresse un état des lieux de la biodiversité mondiale. Avec « un changement transformateur », le déclin de la biodiversité peut encore être inversé, déclare le WWF.
Biodiversité | Aujourd’hui à 00h02 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/wwf-planete-vivante-2026-biodiversite-declin-48606.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDA5NQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© WarrenDes espèces comme la tortue verte ou la loutre témoignent que des politiques de conservation volontaristes peuvent effectivement renverser le déclin de la faune sauvage.
LES POINTS À RETENIR
- Les populations de vertébrés ont décliné de 73 % en moyenne depuis 1970.
- Le WWF appelle à un changement transformateur pour renverser la tendance.
L’été 2026 a été particulièrement chaud, peu pluvieux, a connu des périodes de sécheresse qui s’étendent, des incendies brûlant un nombre inédit d’hectares, et toutes les conséquences que ces évènements climatiques ont pu avoir, tant sur l’agriculture, la santé, les cours d’eau, les infrastructures ferroviaires, ou encore la biodiversité. « Il doit y avoir un avant et un après l’été 2026 », reconnaît Véronique Andrieux, directrice générale du bureau français du Fonds mondial pour la nature (WWF). Un sursaut national doit permettre de s’inscrire dans un après, estime-t-elle. Dans le rapport « Planète Vivante » (1) , du WWF, publié ce jeudi 8 octobre 2026, l’organisation énonce que si les populations de vertébrés continuent leur déclin, le rétablissement de certaines populations montre que le déclin n’est pas une fatalité, et qu’un « changement transformateur » pourrait inverser la courbe du déclin.
Une biodiversité qui continue de décliner …
Entre 1970 et 2022 (2) , la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies à l’échelle mondiale a diminué de 73 %, selon l’indice planète vivante (IPV), et correspond à une baisse annuelle moyenne de 2,5 %. Par rapport à l’édition de 2024, 967 populations supplémentaires et 295 nouvelles espèces ont été ajoutées à l’ensemble de données, et 669 populations ont été mises à jour à l’aide de nouvelles données, totalisant 35 803 populations de 5 790 espèces de vertébrés, soit près de 300 espèces de plus que dans le rapport précédent.
À noter que cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait aujourd’hui 73 % moins d’animaux sauvages au total par rapport à 1970. L’IPV, qui se calcule en faisant la moyenne de trois indices, l’indice marin (baisse de 59 % depuis 1970), l’indice terrestre (-69 %) et l’indice eau douce (- 85 %), mesure les variations d’abondance relative, et non le nombre total d’animaux. L’indicateur ne signifie pas non plus que 73 % des espèces ou des populations sont en déclin : la moitié des populations étudiées sont stables ou en augmentation, mesure le WWF.
L’organisation observe un décalage entre certaines populations qui déclinent, tandis que d’autres sont stables ou augmentent. Ces gains sont alors contrebalancés par l’ampleur plus importante des pertes observées ailleurs lors du calcul d’une moyenne mondiale. Les principaux facteurs sont la perte ou la dégradation de l’habitat, la surexploitation, le changement climatique, les espèces invasives, la pollution ou encore les maladies. À plus long terme, le déclin des effectifs peut entraîner l’extinction d’espèces. Les scientifiques estiment que les taux d’extinction actuels sont cent fois supérieurs, voire plus, à ceux observés avant l’apparition de l’homme, y compris selon des estimations récentes concernant les extinctions de plantes, indique le rapport. « Cela a conduit les experts à conclure que nous sommes à l’origine d’un événement d’extinction massive, le sixième de l’histoire de la Terre ».
… mais cette tendance ne constitue pas une fatalité
Le déclin peut-il être renversé ? Selon le WWF, depuis 1993, les mesures de conservation ont permis d’éviter l’extinction d’environ 32 espèces d’oiseaux et 16 espèces de mammifères. De nombreuses études montrent qu’un large éventail d’actions de conservation, comme les programmes de protection des espèces, les aires protégées, la restauration des habitats et la gestion durable, peut être efficace, plaide le rapport.
Plusieurs illustrations sont données par le rapport. Le tigre a frôlé l’extinction. Mais grâce à des mesures de conservation menées à plusieurs niveaux, des communautés locales aux gouvernements et aux initiatives internationales, le nombre de tigres sauvages dans le monde est passé d’environ 3 200 à 5 700 individus entre 2010 et 2025, soit une augmentation de 70 %. La tortue verte est récemment passée de « en danger » à « préoccupation mineure ». Cette amélioration est notamment le résultat de la protection des sites de ponte, de la lutte contre la surexploitation et de la prévention des captures accidentelles dans les engins de pêche, identifie le rapport. En France, le nombre de couples reproducteurs de cigogne noire est passé de 70 à 90. La loutre, quasiment disparue en France, recolonise progressivement le territoire depuis sa protection en 1981 et la mise en œuvre de plans nationaux d’actions. « Son retour illustre l’efficacité des politiques de protection et de restauration des milieux aquatiques », estime le rapport. Les populations de thons rouges ou encore d’éléphants d’Afrique australe (dans certaines zones uniquement), sont également en amélioration.
En bref, ces exemples démontrent qu’il est possible d’enrayer et d’inverser le déclin des populations grâce à des interventions de conservation ciblées et soutenues. Toutefois, des actions isolées ne suffisent pas. « Ce qu’il faut, c’est un changement transformateur, défend le rapport. Le changement transformateur va au-delà des efforts progressifs, menés espèce par espèce, pour s’attaquer aux causes profondes. Cela signifie sortir du système énergétique basé sur les énergies fossiles, responsable du changement climatique ; transformer notre système alimentaire insatiable, principale cause de la destruction des habitats ; [ou encore] réformer le système financier, qui injecte chaque année des milliers de milliards de dollars dans des activités qui dégradent la nature ».
Pour porter ce changement transformateur, le WWF demande notamment de réduire les consommations d’énergie, et de développer plus encore les énergies renouvelables, afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles, qui représentent 60 % de l’énergie consommée en France. L’organisation appelle à une transformation des systèmes alimentaires et agricoles, et demande que soit appliqué un système pollueur-payeur : le coût des usages les plus nocifs pour la biodiversité, comme la pollution ou la surutilisation de l’eau, doit être progressivement supporté par ceux qui en sont à l’origine. Elle souhaite également que la politique agricole commune (PAC) devienne un levier de résilience agricole, et que les agriculteurs français et européens soient mieux protégés de la concurrence de produits qui ne respectent pas les mêmes normes. Faisant le constat qu’environ 6 300 milliards d’euros financent des activités qui dégradent la nature, contre à peine 190 milliards pour la protéger ou la restaurer, le WWF demande que les financements soient réorientés afin d’arrêter de financer la destruction de la nature. L’organisation souhaite que l’épargne des Français, comme par exemple l’assurance vie ou les plans d’épargne-retraite, soit réorientée vers des activités durables, et que l’argent public soit conditionné à des engagements environnementaux.
1. Consulter le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48606-rapport-planete-vivante-2026.pdf
2. Il y a quatre ans de décalage.
Camille Girardin Lang, journaliste intégré
Éditrice – rédactrice juridique