Seuls 1 800 cancers professionnels sont reconnus chaque année sur 34 000 cas estimés

Cancers professionnels : une sous-reconnaissance massive selon une enquête scientifique

Risques  |  02.10.2026   https://www.actu-environnement.com/ae/news/cancers-professionnels-sous-reconnaissance-giscope-48600.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDA5Mg%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

|  L. Radisson

Envoyer par e-mail

Cancers professionnels : une sous-reconnaissance massive selon une enquête scientifique

© Pixel-Shot

LES POINTS À RETENIR

  • Seuls 1 800 cancers professionnels sont reconnus chaque année sur 34 000 cas estimés.
  • Les femmes ne représentent que 4 % des reconnaissances de cancers professionnels.

Chaque année en France, 1 800 cancers sont reconnus comme maladies professionnelles alors que leur nombre serait compris entre 17 000 et 34 000. Seulement 4 % de ces reconnaissances concernent des femmes. C’est ce qui ressort des recherches menées au sein des groupements d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle et environnementale (Giscope), un dispositif d’enquête interdisciplinaire déployé par des scientifiques du CNRS, de l’Université Sorbonne Paris-Nord et d’Avignon Université, depuis 2002 en Seine-Saint-Denis et depuis 2017 dans le Vaucluse.

« Cette sous-reconnaissance s’explique notamment par un double phénomène : un non-recours important, car beaucoup de malades ignorent leurs droits, et des taux élevés de refus des demandes (sauf dans les cas d’exposition à l’amiante et aux pesticides) », expliquent les auteurs d’une note de synthèse (1) qui rapportent ces résultats. Les tableaux de maladies professionnelles, qui permettent une présomption d’imputabilité au travail de certaines maladies, constituent un cadre « extrêmement restrictif et souvent en décalage avec l’état des connaissances scientifiques », estiment-ils. « Santé publique France et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) identifient ainsi plusieurs dizaines de combinaisons liant des cancérogènes professionnels et des localisations cancéreuses qui ne sont pas prises en compte dans ces tableaux », rappellent les auteurs. En outre, ce système de reconnaissance « substance par substance » ne tient pas compte de la réalité des expositions professionnelles et des situations de polyexposition. À cet égard, l’enquête montre que près de 90 % des malades analysés ont subi une exposition à au moins un cancérogène et plus de la moitié à plusieurs.

Cette situation a une double conséquence. Sur le plan individuel, elle prive la victime « d’une reconnaissance de ses préjudices, d’une indemnisation et de plusieurs droits afférents » comme la prise en charge intégrale des frais médicaux ou un suivi médical spécifique. Sur le plan collectif, elle fait peser le coût de la prise en charge sur les victimes et sur le budget de l’Assurance Maladie alors qu’il devrait être imputé à la branche Risques professionnels, dont le financement repose sur les seuls employeurs. Conclusion des auteurs ? Cette sous-reconnaissance fragilise le système de protection sociale, invisibilise les expositions professionnelles dans l’épidémie de cancers (433 136 nouveaux cas en 2023, en hausse de 50 % par rapport à 1990) et freine la prévention.

1. Télécharger la note de synthèse
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48600-cancers-professionnels-cnrs-policy-brief.pdf

Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire