Derrière les enseignes des cliniques françaises, quelques groupes nationaux ont ouvert leur capital à des fonds, des assureurs, des investisseurs souverains et des soignants.

À qui appartiennent les cliniques privées en France ?

Publié le 19 septembre 2026 à 11h08 • https://lessentieldeleco.fr/8473-a-qui-appartiennent-les-cliniques-privees-en-france/

Par Garance Lagos

• Temps de lecture : 14 minutes

Fonds d’investissement, assureurs, capitaux koweïtiens, médecins : quatre groupes dominent l’hospitalisation privée en France. Qui détient leur capital ?

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  • Ramsay Santé, un actionnaire majoritaire sur le départ
  • Chez ELSAN, KKR au centre du capital
  • 30 % du capital de Vivalto aux mains des médecins
  • Almaviva, propriété d’un fonds koweïtien
  • Groupes régionaux, de l’Occitanie à La Réunion
  • Murs, exploitation et droits de vote
  • 36 % de cliniques déficitaires en 2024
  • Un registre fermé depuis juillet 2024

Plus de 1 110 médecins détiennent 30 % de Vivalto Santé sans en tenir la majorité. Wren House, un fonds financé par l’État koweïtien, possédait 69 % d’Almaviva Santé en 2022. En juin 2026, un rapport de l’Assemblée nationale désignait encore le fonds américain KKR comme l’actionnaire majoritaire d’ELSAN, qui n’a jamais publié la répartition détaillée de son capital. Derrière les enseignes des cliniques françaises, quelques groupes nationaux ont ouvert leur capital à des fonds, des assureurs, des investisseurs souverains et des soignants.

Une enseigne ne dit rien de ses actionnaires. Au-dessus de l’entrée d’une clinique, le patient lit le nom d’un groupe. Il ignore qui détient ce groupe, et qui le détiendra dans six mois. Ramsay Santé, l’un des principaux opérateurs de l’hospitalisation privée en France, en offre l’illustration cet automne. Le 17 septembre, le groupe a présenté aux investisseurs son plan stratégique « Connecting Care 2030 », alors que son actionnaire majoritaire, l’australien Ramsay Health Care, prévoit de distribuer en décembre sa participation de 52,79 % à ses propres actionnaires. Le 1er octobre, le pacte d’actionnaires (l’accord qui organise les relations entre associés) qui le lie depuis 2014 à son second actionnaire, l’assureur Prédica, arrivera à son terme. Le propriétaire de l’un des plus grands réseaux de cliniques du pays s’apprête donc à changer.

Le champ est vaste. Au 31 décembre 2024, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le service statistique des ministères sociaux, recensait 980 cliniques privées à but lucratif, 655 établissements privés à but non lucratif et 1 330 hôpitaux publics, soit 2 965 établissements de santé. Les cliniques lucratives sont exploitées par des sociétés commerciales dont les titres s’achètent et se revendent. C’est dans ce secteur que la question du propriétaire se pose en termes de capital.

Quatre groupes y dominent. La mission d’information du Sénat sur la financiarisation de l’offre de soins les nommait en septembre 2024 : Ramsay Santé, ELSAN, Vivalto Santé et Almaviva Santé. Selon les données reprises par les sénateurs, les groupes d’envergure nationale réalisaient plus des deux tiers du chiffre d’affaires des activités de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), le cœur de l’activité hospitalière, contre environ 16 % pour les groupes régionaux. Les pouvoirs publics n’ont pas actualisé cette mesure depuis, si bien qu’elle reste la référence pour dire qui pèse dans le secteur.

Ces quatre groupes ont ouvert leur capital à des investisseurs de nature très différente. Ramsay Santé, coté en Bourse, appartient à 52,79 % à Ramsay Health Care et à 39,82 % à Prédica, filiale de Crédit Agricole Assurances : un opérateur hospitalier étranger allié à un assureur français. ELSAN a pour investisseur central KKR, l’un des plus grands fonds de capital-investissement au monde (ces fonds rachètent des entreprises pour les revendre quelques années plus tard avec une plus-value), associé au fonds CVC Capital Partners et à des investisseurs français. Vivalto Santé est contrôlé par Vivalto Partners, le véhicule d’investissement de son fondateur, Daniel Caille, mais plus de 1 110 médecins en détiennent 30 %. Almaviva Santé, enfin, appartient majoritairement à Wren House Infrastructure, un fonds d’infrastructure, spécialisé dans les placements de long terme, adossé au fonds souverain du Koweït, le bras financier de l’État.

Ces actionnaires ne se comportent pas de la même manière. L’assureur de Ramsay Santé a exclu de prendre le contrôle du groupe. Les médecins de Vivalto exercent un droit de veto dans ses instances. Les fonds, eux, se succèdent : Almaviva a changé trois fois de propriétaire financier. Un industriel, un assureur, des gérants de capital-investissement, un investisseur souverain du Golfe et un millier de praticiens détiennent ainsi, à des degrés divers, la partie la plus concentrée de l’hospitalisation privée française.

Leur transparence varie autant que leur nature. Ramsay Santé, tenu par sa cotation d’informer le marché, publie ses participations à la décimale près ; ELSAN n’a jamais diffusé de ventilation complète des siennes. Vivalto et Almaviva livrent des pourcentages, mais datés de 2024 et de 2022.

Ramsay Santé, un actionnaire majoritaire sur le départ

Le capital de Ramsay Santé tient en deux noms. Ramsay Health Care (UK) Limited, filiale britannique du groupe australien, en détient 52,79 %, et Prédica 39,82 %.

Cette répartition va changer. Le 20 février, Ramsay Santé a pris acte du projet de son actionnaire majoritaire : distribuer en nature ce bloc de titres aux actionnaires de Ramsay Health Care, par un scheme of arrangement, une procédure de réorganisation de droit australien soumise au contrôle d’un tribunal. Le calendrier indicatif prévoit une note d’information en octobre, un vote des actionnaires en novembre et une réalisation en décembre. L’opération attend encore l’accord du conseil et des actionnaires de Ramsay Health Care, ainsi que les autorisations judiciaires et réglementaires. Au 17 septembre, rien n’était fait, et Ramsay Health Care restait l’actionnaire de référence.

Prédica ne prendra pas le relais. Le pacte signé le 30 septembre 2014 entre les deux partenaires expire le 1er octobre, et Crédit Agricole Assurances a confirmé ne vouloir ni augmenter sa participation ni prendre le contrôle du groupe. Si la distribution aboutit, les 52,79 % détenus aujourd’hui par un seul opérateur hospitalier seront répartis entre les actionnaires de Ramsay Health Care, dont Ramsay Santé n’a pas détaillé la composition.

Le groupe a préparé ses créanciers à ce scénario. Le 22 juillet, il a refinancé sa dette senior, remboursée en priorité en cas de difficulté, pour 1,75 milliard d’euros, dont un prêt à terme destiné aux investisseurs institutionnels (Term Loan B) de 1,55 milliard et une ligne de crédit renouvelable de 200 millions. Ses prêteurs ont accepté de repousser les échéances et d’inscrire une clause de changement de contrôle, qui fixe le sort des prêts si l’actionnaire majoritaire change, compatible avec la distribution.

Les futurs actionnaires hériteront d’un groupe déficitaire. Selon les résultats annuels provisoires présentés le 26 août au conseil d’administration, dont l’audit est en cours, Ramsay Santé a réalisé 5 381,1 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice clos le 30 juin, en hausse de 3,3 %, et un excédent brut d’exploitation (EBITDA, la rentabilité avant amortissements, frais financiers et impôts) de 637,7 millions. Son résultat net part du groupe reste négatif, à −48,3 millions d’euros, après −54,1 millions un an plus tôt. Sa dette nette, calculée hors engagements locatifs, atteint 1 638,7 millions, soit 4,7 fois son excédent brut d’exploitation.

Ces comptes couvrent cinq pays. Le plan « Connecting Care 2030 » recense 491 établissements, contre 492 fin juin 2025, et fixe une croissance annuelle d’environ 3 % jusqu’à l’exercice 2029, une marge d’EBITDA en progression et un désendettement continu. La direction trace ainsi une trajectoire à quatre ans pour un groupe dont le bloc majoritaire pourrait être dispersé dans trois mois.

Chez ELSAN, KKR au centre du capital

ELSAN se présente comme le premier opérateur de santé privé en France. Le groupe revendique 28 000 collaborateurs, 4,9 millions de patients par an et 7 500 médecins référencés. Sa page institutionnelle affiche 212 hôpitaux privés et centres ; d’autres pages de son site en mentionnent 217. Ces décomptes, comme ceux des autres groupes, peuvent inclure des centres de santé, de dialyse ou de réadaptation, que la DREES range dans d’autres catégories.

Son capital se lit plus difficilement. La recomposition conclue fin 2020, sur une valorisation généralement citée autour de 3,3 milliards d’euros, a placé KKR en position de principal actionnaire. Le fonds américain est entouré de CVC Capital Partners, de Téthys Invest, la société d’investissement de la famille Bettencourt Meyers, du fonds Ardian, de la société de gestion Mérieux Equity Partners, des assureurs AXA et CNP Assurances, ainsi que des dirigeants. Les investisseurs français détenaient alors ensemble plus d’un tiers du capital.

Les pourcentages varient d’une source à l’autre. Certaines bases de données sectorielles attribuent environ 43 % à KKR, 22 % à CVC et 35 % aux autres investisseurs ; d’autres avancent 45 % et 20 %. ELSAN n’a publié aucune ventilation complète qui permette de trancher. En juin 2026, le rapport de l’Assemblée nationale décrivait toujours KKR comme l’actionnaire majoritaire, aux côtés des mêmes partenaires. Le fonds garde donc sa place centrale six ans après son entrée, et les parts chiffrées renvoient toutes à la transaction de 2020.

Les 7 500 médecins du réseau restent en dehors de ce tableau. ELSAN les présente comme des praticiens libéraux référencés, et le groupe n’a rendu public aucun élément attestant qu’ils participent au contrôle du capital. Le réseau qui revendique le plus grand nombre de sites en France est ainsi celui dont la répartition du capital se vérifie le moins.

30 % du capital de Vivalto aux mains des médecins

À l’inverse d’ELSAN, Vivalto Santé a fait entrer les soignants au capital. Le groupe revendique plus de 50 hôpitaux et cliniques en France et une centaine d’établissements dans six pays européens : la France, l’Espagne, le Portugal, la Suisse, la République tchèque et la Slovaquie. Il est la maison mère de l’espagnol Ribera Salud et du portugais Lusíadas Saúde.

Vivalto Partners contrôle la holding de tête, la société qui chapeaute l’ensemble du groupe. Autour de lui figurent le fonds IK Partners, la MACSF, mutuelle d’assurance des professionnels de santé, la banque publique d’investissement Bpifrance, le fonds souverain d’Abou Dhabi Mubadala, Arkéa Capital, filiale d’investissement du Crédit Mutuel Arkéa, le groupe Crédit Agricole et BNP Paribas.

Les médecins forment le cercle le plus singulier de cet actionnariat. Le 9 février 2024, à l’issue d’une augmentation de capital de 65 millions d’euros, plus de 1 110 praticiens détenaient ensemble 30 % du groupe, pour un investissement cumulé supérieur à 400 millions d’euros. Des médecins élus par leurs pairs siègent dans les organes de gouvernance et exercent un droit de veto à chaque niveau de décision. Le groupe revendique à ce titre une « troisième voie » entre l’hôpital financier et la clinique de praticiens.

Ce veto pèse sur la gestion. La majorité, elle, reste financière : les 70 % restants appartiennent à Vivalto Partners et aux investisseurs institutionnels, qui auraient la main sur l’entrée d’un nouvel actionnaire.

Cette hypothèse circule depuis décembre 2025. Plusieurs médias espagnols affirment que les actionnaires de Vivalto Santé chercheraient en 2026 un nouvel investisseur financier pour réduire l’endettement du groupe ; le quotidien en ligne El Confidencial évoque un mandat confié à la banque d’affaires Houlihan Lokey pour un lancement au quatrième trimestre, un scénario que Vivalto Santé n’a pas confirmé. Le groupe poursuit sa stratégie « avec le soutien de sa structure actionnariale actuelle », assurait-il encore en septembre, en refusant de commenter des « rumeurs de marché ». Même propriétaires de près d’un tiers du groupe, les médecins ne choisiraient donc pas seuls son prochain investisseur.

Almaviva, propriété d’un fonds koweïtien

Almaviva Santé revendique 55 établissements et environ 11 000 professionnels, et se présente comme l’un des premiers opérateurs privés en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Ile-de-France. Wren House, son actionnaire majoritaire, en a pris le contrôle à la fin de 2021 en rachetant la participation du fonds Antin Infrastructure Partners.

Les comptes d’Almaviva Holding au 31 décembre 2022 livrent la dernière répartition connue : 69 % pour Wren House, 20 % pour SRS, le véhicule d’investissement d’Yves Journel, fondateur du groupe, 5 % pour Bpifrance et 6 % pour les dirigeants et les médecins. Le taux de 60 % souvent attribué à Wren House correspond en réalité à l’opération antérieure, conduite autour d’Antin.

Antin n’était lui-même que le deuxième propriétaire financier d’Almaviva, après les sociétés d’investissement UI Gestion et Gimv. Sous Wren House, le groupe a continué d’acheter. La reprise d’Antilles Santé, effective à la fin de 2024, lui a apporté le contrôle des sociétés exploitant notamment les cliniques des Eaux Claires et de l’Espérance, en Guadeloupe. En avril 2026, Almaviva a annoncé le rachat du groupe Medifutur, quatre établissements qui accueillent environ 18 000 patients.

Ces rachats ont élargi le périmètre depuis 2022. Un document publié en juin 2026 confirme la majorité de Wren House et les 55 établissements, sans indiquer si la part du fonds est restée à 69 %. Des cliniques de Guadeloupe aux établissements franciliens, une partie du parc privé français appartient ainsi, en dernier ressort, à un investisseur adossé à un État du Golfe.

Groupes régionaux, de l’Occitanie à La Réunion

Sous les quatre grands, les groupes régionaux se partagent les quelque 16 % du chiffre d’affaires MCO relevés par le Sénat. Cap Santé en fait partie. Présidé par Lamine Gharbi, le groupe réunit une quinzaine de structures, surtout en Occitanie : des établissements de médecine et de chirurgie, de l’hospitalisation à domicile, des soins de réadaptation, une clinique psychiatrique, un Ehpad (maison de retraite médicalisée) et une crèche. Un groupe de cliniques peut donc posséder une crèche. Lamine Gharbi préside aussi la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), l’organisation professionnelle qui représente les cliniques auprès des pouvoirs publics.

Outre-mer, Clinifutur exploite quatorze établissements à La Réunion et à Mayotte, parmi lesquels des cliniques, des centres de dialyse, une maternité et un centre de réadaptation. Actif depuis plus de trente ans, le groupe revendique 80 % des capacités d’accueil privées en MCO de La Réunion et se classe parmi les dix premiers opérateurs d’hospitalisation privée français.

Au-dessous encore, des médecins, des familles d’entrepreneurs et des investisseurs régionaux détiennent directement des cliniques. Ces propriétaires publient bien moins que Ramsay Santé, tenu d’informer le marché, ou que les fonds, qui annoncent chacune de leurs opérations. Plus la structure est petite, moins son capital se lit.

Murs, exploitation et droits de vote

Une clinique peut appartenir à plusieurs sociétés à la fois. Une société d’exploitation gère l’activité médicale, une société civile immobilière (SCI) possède les bâtiments, une holding contrôle les titres de l’exploitant, et une quatrième société peut détenir les équipements techniques.

Ramsay Santé a joué de cette séparation en mai 2026. Le groupe a cédé à un investisseur les murs de quatre établissements français, puis les a repris à bail. Il continue de les exploiter et verse désormais un loyer au nouveau propriétaire des bâtiments.

Le capital ne mesure qu’une partie du pouvoir. Les droits de vote peuvent s’écarter des parts détenues : avec 52,79 % du capital de Ramsay Santé, Ramsay Health Care contrôle 52,98 % des votes. Les pactes d’actionnaires, les actions de préférence (assorties de droits particuliers), les contrats de management et les conventions immobilières redistribuent à leur tour les prérogatives de chaque investisseur.

L’argent suit ces montages. Aux loyers comme ceux que verse désormais Ramsay Santé s’ajoutent les frais de gestion que les sièges facturent à leurs filiales, les management fees, ainsi que les redevances de marque, les achats mutualisés, les intérêts de prêts intragroupe, les dividendes et les remontées de trésorerie. La Cour des comptes a examiné ces frais dans un échantillon d’établissements contrôlés et y a relevé une justification insuffisamment documentée, un constat limité à cet échantillon. Pour une même clinique, la SCI perçoit un loyer, le siège des frais de gestion et la holding des dividendes.

36 % de cliniques déficitaires en 2024

Ces flux remontent d’établissements de moins en moins rentables. Selon les premières estimations de la DREES, publiées le 20 mai 2026, les cliniques privées à but lucratif ont dégagé en 2024 un résultat net cumulé de 194 millions d’euros, soit 1 % de leurs recettes, contre 331 millions et 1,7 % en 2023. La part des cliniques déficitaires est passée de 33 % à 36 %, et celle des cliniques lourdement endettées, selon les critères de la DREES, de 19 % à 21 %. Ces chiffres provisoires proviennent des déclarations fiscales d’un échantillon de cliniques, redressé pour représenter l’ensemble du secteur.

La FHP dresse un tableau plus sombre pour 2025. À partir d’une étude du cabinet Roland Berger extrapolée à ses quelque 1 030 établissements, la fédération affirme que 46 % des cliniques étaient déficitaires, contre 26 % en 2021, et que le secteur aurait subi une perte nette cumulée de 236 millions d’euros. Les bénéfices des cliniques rentables ne couvriraient plus, pour la première fois, les 900 millions de pertes des autres. La fédération mesure ainsi une autre année et un autre périmètre que la DREES.

L’argent de ces cliniques est surtout public. En 2024, la consommation de soins hospitaliers dans le privé lucratif a atteint 27,1 milliards d’euros, dont 20,5 milliards versés aux établissements et 6,6 milliards d’honoraires aux praticiens libéraux. L’Assurance maladie finance près de 88 % de la dépense des cliniques, les complémentaires santé et les ménages réglant le reste.

Des actionnaires privés possèdent ainsi des établissements payés à près de neuf dixièmes par la Sécurité sociale, dont la marge nette est tombée de 1,7 % à 1 % des recettes en un an. Ces deux données éclairent les mouvements de capital de 2026 : dette renégociée chez Ramsay Santé, toujours déficitaire, cession évoquée par la presse espagnole chez Vivalto pour alléger son endettement, acquisitions en série chez Almaviva.

Un registre fermé depuis juillet 2024

Remonter jusqu’à ces actionnaires exige plusieurs registres. Le numéro SIRET identifie le site, le SIREN la société qui l’exploite. Les identifiants FINESS, tirés du fichier national des établissements sanitaires et sociaux, relient ensuite cet exploitant aux autorisations délivrées par les agences régionales de santé (ARS). Ces autorisations nomment l’opérateur d’une activité, sans toujours désigner la personne qui contrôle, en bout de chaîne, la société.

Les comptes, statuts et actes déposés au registre national des entreprises prennent le relais. Ils permettent de remonter les participations jusqu’à la holding de contrôle, puis jusqu’à la société propriétaire des murs quand elle est distincte, et de dater un changement de contrôle, comme celui d’Antilles Santé au profit d’Almaviva. Les documents des groupes cotés complètent ce travail : Ramsay Santé publie les participations de ses actionnaires et le calendrier de la distribution. Les communiqués des fonds nomment les investisseurs d’une opération à la date où elle se conclut, alors que ces fonds revendent leurs titres quelques années plus tard, comme Antin chez Almaviva.

Cette lisibilité est devenue un sujet politique. Adopté à l’unanimité par la commission des affaires sociales le 25 septembre 2024, le rapport de la mission sénatoriale, « Financiarisation de l’offre de soins : une OPA sur la santé ? », formule 18 recommandations, dont plusieurs visent la transparence de la gouvernance, le contrôle des structures de soins et l’indépendance des professionnels. Les rapporteurs y définissent la financiarisation comme l’arrivée dans le soin d’acteurs privés non soignants, dont la finalité première est de rémunérer le capital investi.

Deux mois plus tôt, un registre clé s’était refermé. Depuis le 31 juillet 2024, le registre des bénéficiaires effectifs, qui recense les personnes physiques contrôlant une société, n’est plus consultable par le public : journalistes, chercheurs et ONG doivent adresser à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) un formulaire justifiant d’un « intérêt légitime ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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