Le GNL, potentiellement plus nocif que le charbon pour le climat ?
AFP avec Connaissance des Énergies
Mis à jour le 8 novembre 2024| https://www.connaissancedesenergies.org/afp/le-gnl-potentiellement-plus-nocif-que-le-charbon-pour-le-climat-241108
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Le gaz naturel liquéfié (GNL), ressource très disputée dans le monde, est souvent présenté comme une énergie de « transition » pour remplacer le charbon, terriblement polluant. Mais son bilan climatique est alourdi par sa production très gourmande en énergie et les fréquentes fuites de méthane dans l’air.
Le gaz naturel liquéfié (GNL), ressource très disputée dans le monde, est souvent présenté comme une énergie de « transition » pour remplacer le charbon, terriblement polluant. Mais son bilan climatique est alourdi par sa production très gourmande en énergie et les fréquentes fuites de méthane dans l’air.
Pourquoi le GNL a-t-il le vent en poupe ?
En 2024, la demande mondiale de gaz devrait augmenter de plus de 2,5% à un nouveau record historique, soutenu par les besoins de GNL, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Très convoité en Europe qui a dû remplacer le gaz russe des gazoducs continentaux, le GNL aiguise aussi les appétits dans les pays asiatiques en croissance.
Refroidi à -163°C pour être liquéfié, le gaz prend alors 600 fois moins de place qu’à l’état gazeux et peut être facilement acheminé par des navires méthaniers.
Fuites notoires de méthane
L’industrie pétrogazière le martèle : les centrales électriques au gaz rejettent deux fois et demi moins d’émissions que les centrales à charbon.
Mais des scientifiques et défenseurs du climat appellent à prendre en compte l’ensemble de la chaîne de production du gaz et du GNL, pas seulement le bilan de la combustion.
Le commerce de GNL implique plusieurs étapes, dont certaines très énergivores et donc synonymes de rejets de CO2 : « Il faut beaucoup d’énergie pour l’extraire du sol, le liquéfier et le transporter », avec des variations qui peuvent être importantes selon les navires utilisés et la distance parcourue, explique à l’AFP Patrick King, analyste à Rystad Energy.
« GNL américain : une très mauvaise idée pour le climat » (par Alexandre Joly, avril 2022)
Autre problème : le méthane, principal composant du gaz, est notoirement connu pour ses fuites : dans les puits, au moment de l’extraction et de la production (torchage, lâchers de méthane volontaires), et du transport (gazoducs, navires). Or, le méthane est un puissant gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement est 28 fois supérieur à celui du CO2 sur 100 ans. Et 86 fois sur vingt ans.
Le centre de réflexion IEEFA (Institut pour l’économie de l’énergie et l’analyse financière) souligne le risque de « s’enfermer dans un autre combustible émetteur » plutôt que d’investir dans plus d’énergies renouvelables. « Il vaudrait mieux passer directement à la transition », souligne Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste.
« Variations significatives » selon les bassins d’extraction
Le GNL produit « plus d’émissions sur l’ensemble de sa chaîne de valeur que le gaz acheminé par gazoduc », selon Patrick King. Des études ont aussi établi que le bilan climatique du GNL pouvait être « pire » que celui du charbon.
Celle de l’université américaine de Cornell, publiée le 3 octobre, a conclu que le GNL des États-Unis générait une empreinte de gaz à effet de serre 33% supérieure à celle du charbon, en incluant la production et le transport, sur une période de 20 ans. Même sur 100 ans, l’empreinte du GNL est égale ou supérieure à celle du charbon.
Le sujet fait débat. Une autre étude parue en juin, du cabinet d’analyse Rystad Energy, calculait que les émissions de la chaîne de valeur du GNL étaient en moyenne inférieures à celles de la production électrique à partir de charbon. « Le gaz naturel produit et liquéfié aux États-Unis et expédié en Asie sur des trajets aller-retour d’environ 23 000 miles (37 000 km) pourrait émettre jusqu’à 50% de moins que les centrales électriques au charbon les plus propres », affirme cette étude.
Rystad souligne toutefois qu’il existe des « variations significatives », selon les bassins d’extraction du gaz ensuite liquéfié, plus ou moins performants dans la maîtrise du méthane, et des « incertitudes » liées à la surveillance du méthane par les satellites, encore perfectible.
Pour Jonathan Stern, chercheur émérite à l’Institut d’études énergétiques d’Oxford, déterminer la balance climatique entre le gaz et le charbon est « très compliqué ». « C’est un sujet où il faut être sûr de disposer de données indépendantes et vérifiées, et la plupart du temps, nous n’avons pas ces données ».
Pire que le charbon ? Controverse autour de l’impact carbone du gaz américain importé en Europe
Alors que 60 % des importations européennes de gaz naturel liquéfié proviennent désormais des Etats-Unis, l’empreinte carbone de cette source d’énergie reste l’objet d’un vif débat.
Par Perrine Mouterde Publié le 01 octobre 2026 à 14h39, modifié le 01 octobre 2026 à 16h03
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C’est une référence assez rare pour être relevée. Dans son rapport climat publié en mars 2025, le géant pétrogazier TotalEnergies consacre un encadré à une étude scientifique, pour en contester les résultats. Si la multinationale accorde tant d’attention à cette publication parue quelques mois plus tôt, en octobre 2024, du biogéochimiste américain Robert Howarth, c’est parce que son propos est explosif : elle affirme que l’empreinte carbone du gaz naturel liquéfié (GNL) américain importé en Europe est supérieure à celle du charbon, considéré comme le plus polluant de tous les combustibles fossiles. Comme la majorité du secteur, TotalEnergies, premier importateur de GNL en Europe, décrit le gaz comme une « énergie de transition, nécessaire pour construire un système électrique bas-carbone ».
La mention de cette étude illustre à quel point la controverse autour de la véritable empreinte carbone du GNL américain est loin d’être résolue. Deux ans après la publication de Robert Howarth, la question est plus cruciale que jamais : ce combustible en provenance des Etats-Unis représente déjà 60 % des importations européennes de GNL, dans un contexte de guerre en Ukraine et au Moyen-Orient. Et la Commission européenne vient d’ouvrir la voie, mardi 29 septembre, à un report d’un an de l’entrée en vigueur du règlement européen sur le méthane, destiné précisément à améliorer la surveillance et la déclaration des émissions de ce gaz à effet de serre liées aux importations d’énergies fossiles.
A quelques mois de la retraite, Robert Howarth n’est pas surpris que son nom ait été mis en avant par le pétrolier français. Professeur à l’université Cornell, ce spécialiste du méthane a été la cible de nombreuses critiques de l’industrie. En 2011, il est cité par le Times comme l’une des personnalités de l’année pour ses travaux sur l’empreinte carbone du gaz de schiste. En 2024, le Wall Street Journal le présente comme « le scientifique du climat que les compagnies fossiles ne peuvent supporter ».
En cause, cet article publié dans Energy Science and Engineering en octobre 2024. En analysant le cycle de vie du GNL américain, Robert Howarth affirme que son impact est supérieur de 28 % à 46 % à celui du charbon utilisé à des fins domestiques. « Je ne vois pas l’utilité du GNL comme source d’énergie de transition et je note que le passage du charbon au GNL nécessite des investissements massifs dans les infrastructures : navires, usines de liquéfaction et gazoducs », écrit-il.
Résultats discutés
Ces résultats sont d’abord rendus publics en 2023, alors que l’étude n’a pas encore été révisée par des pairs. Le secteur du GNL est en plein boom aux Etats-Unis, pays devenu le premier exportateur mondial. En janvier 2024, influencé par les conclusions de Robert Howarth, le président Joe Biden décrète une pause dans la construction de nouveaux terminaux gaziers.
L’étude devient la cible d’une attention particulière. « J’ai été rédacteur en chef de trois revues scientifiques pendant près de trente ans et j’ai publié quelques centaines d’articles dans des revues à comité de lecture, raconte Robert Howarth. Mais cet article a fait l’objet d’un processus d’évaluation par les pairs d’une ampleur incroyable, bien plus important que tout ce que j’ai vu auparavant. »
Ses résultats continuent à être discutés. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), dont les rapports font référence, écrivait en 2025 que plus de 99 % de l’ensemble du GNL consommé dans le monde en 2024 avait généré moins d’émissions que le charbon. Dans la version de ce document mise à jour le 10 septembre, la comparaison avec le charbon a disparu, mais l’impact carbone du GNL est revu légèrement à la baisse.
« Les divergences entre les estimations de l’intensité carbone du GNL font l’objet d’un débat permanent », confirme l’analyste Edward Carr, auteur d’une étude sur le sujet pour le cabinet Energy and Environmental Research Associates. De nombreuses étapes sont nécessaires à la production de GNL, de l’extraction à la regazéification. Outre les émissions de CO2, associées aux besoins en énergie pour la liquéfaction ou le transport, des fuites de méthane se produisent également tout au long de la chaîne.
Règlement européen
Deux éléments en particulier peuvent expliquer les différences d’analyses. D’abord, le méthane est-il considéré comme 30 fois ou comme 80 fois plus puissant que le CO2 ? Si ce gaz à effet de serre a un pouvoir de réchauffement beaucoup plus important sur vingt ans, il disparaît aussi plus rapidement de l’atmosphère. En 1997, le protocole de Kyoto a établi que son pouvoir de réchauffement serait pris en compte sur cent ans, afin de faciliter la comparaison avec le CO2. Mais alors que le seuil de 1,5 °C de réchauffement planétaire devrait être franchi d’ici à 2030, Robert Howarth, comme d’autres, plaide pour considérer l’impact du méthane à court terme.
Deuxième question-clé : quelle part de la production de gaz est relâchée dans l’atmosphère sous forme de méthane ? Ce chiffre est difficile à connaître avec précision, cette intensité méthane pouvant varier très fortement d’une installation à l’autre. Les inventaires officiels, fondés sur les déclarations des industriels, sont notoirement sous-évalués. Les satellites permettent d’identifier les grosses fuites mais pas forcément les plus petites.
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En s’appuyant sur une étude scientifique de 2024 fondée sur 1 million de mesures aériennes, Robert Howarth retient un chiffre beaucoup plus élevé que l’AIE. Il se concentre sur le bassin permien, une région du sud des Etats-Unis d’où provient une part importante du GNL, mais d’autres bassins ont une intensité méthane beaucoup plus faible.
Responsable du pôle énergie du cabinet de conseil Carbone 4, Alexandre Joly retient de la controverse que l’empreinte carbone du GNL est, dans tous les cas, beaucoup plus proche de celle du pétrole que de celle du nucléaire, de l’éolien ou du solaire. « Nos chiffres ne corroborent pas la conclusion selon laquelle tout le gaz serait pire que le charbon, mais l’industrie gazière ne devrait pas s’enorgueillir d’être légèrement plus propre que ce qui se fait de pire, affirme aussi Christophe McGlade, chef de l’unité approvisionnement à l’AIE. Elle devrait essayer de se rapprocher de la meilleure référence possible. Or, de ce point de vue, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. »
Article réservé aux abonnés Traquer les fuites de méthane pour freiner le réchauffement climatique : le projet de règlement européen fragilisé par le revirement de la France