Budget 2027 : un partage de l’effort vraiment ?

Budget 2027 : qui va payer l’austérité imposée par le gouvernement ?

FINANCES PUBLIQUES

Le gouvernement prétend faire « partager l’effort budgétaire ». Mais entre ponctions sur la Sécu, gel des prestations sociales ou maintien des privilèges fiscaux, il ne ressert en réalité que de vieilles recettes.

La rédaction, le 1 octobre 2026 https://www.alternatives-economiques.fr/budget-2027-qui-va-payer-l-austerite-imposee-par-le-gouvernement_01-10-2026?utm_campaign=hebdo_tous&utm_medium=email&utm_source=emailing&utm_content=261004

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David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, Roland Lescure, ministre de l’Economie, et Stéphanie Rist, ministre de la Santé, lors de la présentation du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ce jeudi 1er octobre 2026.© ERIC TSCHAEN/REA

Avec 43 milliards d’euros d’effort budgétaire, le gouvernement annonce qu’il faudra se serrer la ceinture en 2027. Mais « en partageant l’effort », veut croire le ministre des Comptes publics, David Amiel. Le gouvernement assure également qu’il protège les plus modestes dans son projet de loi de finances (PLF) et son projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Au regard des mesures présentes dans ce projet de budget, on peut pourtant fortement en douter. Si certaines dispositions épargnent effectivement les plus pauvres, comme celles visant les retraites, il ne fait pas contribuer chacun à la hauteur de ses moyens.

Outre quelques exceptions (pensions de retraite inférieures à 1 260 euros, minimum vieillesse et RSA), les prestations sociales (aides au logement, allocations familiales, prime d’activité…) seront gelées, ce qui pèsera relativement plus sur les plus précaires.

Le gouvernement met aussi un gros coup de frein général sur les dépenses de la Sécurité sociale. En effet, il prévoit de ramener le déficit de la Sécu – en fait, celui des régimes de base des cinq branches maladie, vieillesse, accidents du travail et maladies professionnelles, autonomie et famille – de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 en 2027. Cela malgré une conjoncture morose et des évolutions structurelles (vieillissement de la population et explosion des maladies chroniques) qui tirent les dépenses à la hausse.

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, estime qu’il est possible de réduire les « dépenses les moins efficaces » dans le champ social, grâce à l’élaboration de tableaux de bord, « des KPI (key performance indicator ou indicateur clé de performance, NDLR) dirait-on dans le monde de l’entreprise », précise-t-il, assumant de diriger l’Etat comme une société privée…

Cette « efficacité de la dépense » ne s’applique toutefois pas à tous, puisque le projet de budget ne prévoit pas de réforme de niches fiscales dont l’efficacité n’est pas démontrée, comme le crédit impôt recherche (CIR) ou le pacte Dutreil. Il faut y lire un entêtement dans la politique de l’offre, un totem que les équipes macronistes auront défendu avec une rare ténacité ces dix dernières années.

Symboliquement toutefois, des brèches de réalisme apparaissent face à l’ampleur de l’impasse budgétaire, à l’image des exonérations de cotisations sociales, piliers de la politique en faveur des entreprises, mais discrètement remises en cause au vu de leurs coûts exorbitants et leurs résultats incertains.

1/ Les retraités devront se serrer la ceinture

La présentation du budget leur a livré une partie des ingrédients, mais pas le dosage exact. Seule certitude par rapport aux annonces de ces dernières semaines, les pensions totales (régime de base et complémentaire) inférieures à 1 260 euros par mois continueront d’être revalorisées au même rythme que l’inflation.

Au-delà, c’est le grand flou, la partie de base des pensions pouvant être partiellement, voire complètement gelée – les décisions qui concernent la part complémentaire Agirc-Arrco relevant, elles, de négociations en cours entre les partenaires sociaux. Ce serrage de vis devrait donc toucher davantage celles et ceux dont la retraite de base constitue l’essentiel du montant, c’est-à-dire les ouvriers et les employés.

Le gouvernement entend laisser des marges de manœuvre aux parlementaires pour instaurer une progressivité du gel, avec une indexation partielle pour les pensions entre 1 260 et 2 000 euros. Mais pour atteindre la cible des 4 milliards d’économies attendue par le gouvernement, une désindexation totale des pensions dès 1 260 euros est nécessaire.

La promesse initiale de Sébastien Lecornu de ne pas toucher « aux petites retraites » s’éloigne à grands pas, sauf à trouver des économies ailleurs. En effet, si l’on se réfère aux derniers chiffres disponibles qui datent de 2020 (l’inflation ayant depuis progressé), le gel partiel ou total touchera les 64 % de pensionnés recevant plus de 1 200 euros de retraites brutes totales, et pas uniquement les 28,4 % de retraités qui perçoivent plus de 2 000 euros.

Le gouvernement compte enfin sur un abaissement du plafond de l’abattement de 10 % dont bénéficient les retraités pour le calcul de leur impôt sur le revenu. Cet avantage fiscal passera de 4 439 euros aujourd’hui à 3 000 euros. Il devrait davantage frapper les pensionnés les plus aisés et rapporter près de 1,4 milliard d’euros aux finances publiques.

Sandrine Foulon

2/ Travailleurs : plus durs seront les départs

Quitter l’entreprise sera financièrement plus douloureux pour les salariés. Depuis le 1er septembre 2026, les travailleurs de moins de 55 ans qui signent une rupture conventionnelle avec leur employeur n’ont déjà plus droit qu’à 15 mois d’allocation maximum (contre 18 mois pour le droit commun) et à 20,5 mois pour les plus âgés (contre 22,5 mois pour les 55-56 ans et 27 mois pour les plus de 57 ans).

Le gouvernement pousse un cran plus loin en alourdissant la fiscalité de ces ruptures, qui sera alignée sur celle des mises à la retraite et des licenciements.

« Les plafonds de cotisation, de contributions sociales et d’impôt sur le revenu qui peuvent atteindre aujourd’hui près de 300 000 euros, seront harmonisés à près de 50 000 euros, ce qui préservera 95 % des salariés », annonce le gouvernement, qui entend en retirer un gain de 800 millions d’euros.

Certes, une infime minorité de travailleurs partent avec des chèques supérieurs à 50 000 euros, mais le gouvernement choisit de cibler des dispositions qui réparent un préjudice, pas des inégalités de salaire. Il taxe des salariés en position de faiblesse qui n’ont pas forcément la main sur la décision du départ.

Plutôt que de renforcer l’imposition du patrimoine, voire celle des bonus ou autres stock-options, l’exécutif pénalise les revenus du travail, ceux-là mêmes qu’il affirme défendre.

Sandrine Foulon

3/ Santé : les tours de passe-passe du gouvernement

Le gouvernement a retenu la leçon. Et en a tiré une conclusion qui ne surprendra que celles et ceux qui sont passés à côté des turpitudes antidémocratiques de ces dernières années : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale ne met pas directement à contribution les malades. Sauf que des décrets parus ces derniers mois s’en sont chargés !

Une habile présentation des faits qui lui permet d’affirmer que la progression du budget de l’assurance maladie (l’Ondam) ne sera que de 2 % (5,5 milliards d’euros), soit à peine au-dessus du niveau d’inflation prévu par le gouvernement (1,8 %). Autant dire que l’année 2027 va de nouveau être rude de ce côté-là.

. La Fédération hospitalière de France, qui rassemble les établissements publics, estime ainsi qu’il faudrait un budget en progression de 3,9 % pour répondre aux besoins.

De plus, on le sait, lorsque les dépenses sont plus élevées que prévu, c’est aux hôpitaux que le gouvernement serre la vis : le système est centralisé, descendant et vertical. Rien à voir avec les patients qui se rendent chez le médecin en ville, et pour lesquels l’assurance maladie est bien obligée de rembourser au fil de l’eau. Résultat : grâce à « l’annulation des crédits mis en réserve », c’est-à-dire une fraction du budget initialement voté qui n’a finalement pas été versée aux hôpitaux (600 millions d’euros), le budget 2026 de l’assurance maladie sera finalement moins élevé que prévu…

Surtout, ce budget poursuit à bas bruit le grand transfert de la prise en charge par la Sécu vers les complémentaires santé. En août, le gouvernement a adopté quatre décrets en ce sens concernant les soins dentaires, le transport sanitaire, certains médicaments jugés peu efficaces et certains dispositifs médicaux (pansements, béquilles…). Ces mesures seront effectives le 1er janvier 2027, quel que soit l’avenir du texte budgétaire. Au total, 1,2 milliard d’euros devraient ainsi être transférés de la dépense socialisée (celle de la Sécu) vers la dépense privée (complémentaires ou patients).

Pourquoi changer une méthode qui gagne ? En septembre, rebelote, cette fois sur les plafonds des franchises et participations forfaitaires : faute d’avoir pu les augmenter l’an dernier dans le budget, il l’a fait par décret. Résultat : pour 2026, ce sont déjà 300 millions d’euros d’économisés pour l’assurance maladie, et inscrits comme tels en rectification du budget 2026. Cette fois, ils seront payés par les malades directement, car les franchises ne sont pas prises en charge par les complémentaires.

Enfin, le gouvernement a aussi changé par décret les règles d’indemnisation des arrêts de travail longue durée pour certains assurés, notamment ceux en ALD dite non exonérante (où il n’y a pas de prise en charge à 100 % par l’assurance maladie), et cela, à compter du 15 octobre : la durée maximale de versement des indemnités journalières est ramenée de 3 ans à 1 an. Gain attendu pour les finances sociales : 100 millions d’euros.

Un autre gros poste des dépenses de l’assurance maladie, ce sont les médicaments. Avec solennité, le PLFSS annonce une « règle d’or » sur la dépense de médicaments. Derrière le terme se cache ici la possibilité d’acter une fois encore certains déremboursements. Quant aux traitements dits innovants, ils représenteront 16 milliards d’euros en 2027, dont la moitié pour le cancer. Au total, le texte annonce 2 milliards d’euros d’économies sur les prix et les volumes des dispositifs médicaux et des médicaments.

Céline Mouzon

4/ Les entreprises passent (un peu) à la caisse sur les exonérations de cotisations sociales

Aimez-vous la tuyauterie fiscale et sociale ? Si la réponse est non, retenez simplement que par une mesure aussi technique que rentable, le gouvernement compte récupérer 3,7 milliards d’euros auprès des entreprises, et passez au point suivant. Et si la réponse est oui, sachez que l’exécutif a décidé de réduire une nouvelle fois les exonérations de cotisations sociales qui portent sur les bas salaires.

Pour commencer, petit rappel. Ces exonérations de cotisations sociales, nées en 1993, ont été tellement étendues pendant trente ans que leur coût a atteint 77,6 milliards d’euros en 2024. Une dérive financière à laquelle s’ajoutent des incertitudes sur l’utilité de ces dispositifs, qui avaient conduit François Bayrou à les ratiboiser gentiment par deux fois, puis Sébastien Lecornu à passer une troisième couche en mai dernier.

Le PLFSS pour 2027 affûte donc la quatrième lame : il prévoit de réintroduire certains dispositifs d’épargne salariale (intéressement et participation notamment) dans l’assiette des revenus servant à calculer le montant des exonérations de cotisations sociales.

Pour bien comprendre, prenons un exemple fictif. Si David touche 2 000 euros de salaire « normal », son patron bénéficie de 100 euros d’exonérations de cotisations sociales. Si, dans une autre entreprise, sa sœur Fanny touche 1 800 euros par mois de salaire et 200 euros d’intéressement, son patron bénéficiait jusque-là de 150 euros d’exonérations, car les 200 euros d’intéressement n’entraient pas dans l’assiette du salaire « de base » soumis à exonération : la base de calcul de l’exonération correspondait aux 1 800 euros.

En réintégrant ces 200 euros dans l’assiette du salaire normal, les caisses de Sécurité sociale vont récupérer 50 euros de cotisations, que le patron de Fanny devra désormais leur verser. Dans la vraie vie, ces 50 euros correspondront à 3,7 milliards l’année prochaine, selon les estimations du gouvernement.

Ce changement ne signifie pas que les avantages sociaux liés aux dispositifs d’épargne salariale disparaissent : les employeurs continueront de bénéficier de ristournes sociales lorsqu’ils versent ces dispositifs, et les salariés profiteront toujours du régime fiscal favorable qu’ils octroient.

La seule différence est la suivante : ces sommes ne seront plus exclues de la base de calcul des exonérations de cotisations sur bas salaires. C’est donc la fin (logique) d’un double dividende qui était particulièrement avantageux pour les entreprises.

Vincent Grimault

5/ Les grandes entreprises et les ultrariches toujours préservés

Face à l’évidence de l’échec de sa politique de l’offre, le gouvernement revient un peu en arrière, notamment sur les cotisations sociales. Cela ne signifie pas pour autant que les grandes entreprises vont participer à l’effort à la hauteur de leurs moyens.

Alors que la rémunération des actionnaires du CAC 40 a encore battu un record en 2025, la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises sera certes reconduite, mais réduite. Elle ne devrait donc rapporter que 5 milliards d’euros l’année prochaine, soit 2 milliards de moins qu’en 2026.

Le PLF introduit également quelques « mesurettes » augmentant les impôts des entreprises. Le gouvernement espère ainsi 400 millions d’euros de la suppression du taux réduit de TVA sur la télévision linéaire, dont bénéficie notamment Canal+ (qui a déjà annoncé auprès des Echos des hausses de prix pour les consommateurs). D’une hausse de la taxation des concessionnaires d’autoroutes et d’aéroports, il est aussi attendu 800 millions d’euros.

En parallèle, arguant de « préserver la compétitivité de nos entreprises », le ministre David Amiel justifie le maintien de niches fiscales telles que le crédit impôt recherche (CIR) ou le pacte Dutreil, dont l’efficacité est pourtant largement contestée. Ces niches sont en effet davantage utilisées pour faire de l’optimisation fiscale agressive que pour stimuler l’innovation et l’investissement en France.

Et les ultrariches ? Comme l’an dernier, leur seule contribution spécifique à ce budget austéritaire se fera via la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), créée en 2025, et qui ne devrait rapporter que 600 millions d’euros en 2027. Pour cause, elle vise à s’assurer que les plus aisés paient au minimum 20 % d’impôts sur les revenus, alors que les ultrariches échappent à cet impôt en réduisant le montant de revenu fiscal qu’ils déclarent via des transferts vers des holdings.

Les mieux dotés sont même soignés par ce budget puisqu’ils pourront profiter d’un allégement de l’imposition sur les donations familiales. Cette augmentation du plafond d’exonération et la suppression de la progressivité du taux de taxation des dons familiaux bénéficieront uniquement à ceux qui ont les moyens de faire des donations de plus de 50 000 euros, voire 100 000 euros, de leur vivant. Autrement dit les plus aisés.

Juliette Le Chevallier

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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