145 cas humains de virus Est Nile transmis des oiseaux aux humains par les moustiques communs. 

Le virus West Nile flambe en France, atteignant un record de 145 cas humains

Les températures élevées de l’été et le retour de quelques orages stimulent cet agent infectieux transmis des oiseaux aux humains par les moustiques communs. 

Par Delphine Roucaute

Publié le 02 octobre 2026 à 18h00, modifié hier à 05h54 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/02/le-virus-west-nile-flambe-en-france-atteignant-un-record-de-145-cas-humains_6787189_3244.html?lmd_medium=lm&lmd_campaign=partager

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Un moustique commun (Culex pipiens), à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 12 août 2025.
Un moustique commun (Culex pipiens), à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 12 août 2025.  MARTIN LELIEVRE/AFP

La fin de la canicule et l’arrivée de quelques épisodes de pluie en septembre ont signé, comme s’y attendaient les entomologistes, le retour des moustiques, et avec eux, celui des maladies qu’ils transmettent, les arboviroses. Alors que la population française s’est habituée depuis quatre ans aux épidémies localisées de chikungunya et de dengue (respectivement 125 et 6 cas autochtones enregistrés au 30 septembre), elle doit aujourd’hui faire face au plus grand nombre d’infections au virus West Nile jamais enregistré sur le territoire.

Ce virus, transmis par les Culex pipiens, les moustiques communs reconnaissables à leur bruit strident au cœur de la nuit, et non pas par les moustiques tigres, est à l’origine de 145 cas humains depuis la fin juin, selon le bulletin de Santé publique France publié le 30 septembre. Un chiffre inédit, puisque, depuis sa première apparition en France dans les années 1960, le virus n’était jusque-là à l’origine que de quelques dizaines de cas par an.

Sa circulation s’est accrue depuis dix ans, avec un tournant en 2018 pour l’Europe, frappée par une épidémie qui a entraîné 2 083 cas et 181 décès dans une douzaine de pays, dont la France. Dans le pays, une quarantaine de cas ont été notifiés en 2023 et 2024 ; le précédent record avait été établi en 2025, avec 62 cas et les cinq premiers morts jamais enregistrés. Autre source d’inquiétude, l’aire de répartition du virus s’est considérablement étendue vers le Nord, alors qu’il était jusque-là cantonné au sud de la France. Les six premiers cas franciliens ont été identifiés en 2025, mais on compte d’ores et déjà 23 cas dans sept départements d’Ile-de-France, en 2026.

« On ne détecte que le sommet de l’iceberg », avertit Yannick Simonin, professeur de virologie à l’université de Montpellier et à l’Inserm. Les infections ne sont symptomatiques que dans 20 % des cas, se traduisant par un syndrome pseudo-grippal (fièvre, maux de tête) avec parfois des éruptions cutanées et des atteintes oculaires.

Environ 1 % des malades peuvent développer une forme très grave, avec une atteinte du cerveau potentiellement mortelle. Près de la moitié de ces personnes ont des séquelles durables, qu’elles soient cognitives, fonctionnelles ou physiques. « Ce virus est aujourd’hui l’arbovirus [virus transmis par des moustiques ou des tiques] responsable du plus grand nombre de décès en Europe », souligne le virologue. En 2026, 80 morts ont déjà été recensés en Europe, la majorité en Italie.

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Comment expliquer une hausse aussi exceptionnelle des cas ? Le virus West Nile circule de manière endémique parmi les oiseaux, dont certaines espèces sont plus atteintes que d’autres. Il s’agit d’une maladie vectorielle zoonotique, c’est-à-dire qu’elle est transmise des oiseaux aux humains par le biais d’un vecteur, en l’occurrence les moustiques Culex. Mais aucune transmission interhumaine n’est avérée à ce stade, ce qui signifie qu’un moustique femelle piquant un humain infecté par le virus ne pourra pas le transmettre à un autre humain lors de son prochain repas de sang.

« Conditions rêvées » pour les moustiques

Les intenses canicules et sécheresses de l’été ont réduit les points d’eau accessibles pour les oiseaux et les moustiques, favorisant des regroupements aux mêmes endroits et donc les brassages entre espèces. Les températures plus favorables de septembre ont également permis aux moustiques de revenir en force, avec un décalage du pic habituel de l’été vers l’automne. « On peut s’attendre à avoir des moustiques encore longtemps ; les orages et températures élevées dans le sud de la France sont des conditions rêvées pour eux », remarque Yannick Simonin. Par ailleurs, l’arrivée d’une nouvelle lignée du virus en 2024 doit jouer un rôle important, encore mal évalué.

Il faut ajouter à cela la hausse des températures, qui accélère le développement des moustiques, donc leur densité, et qui réduit la durée nécessaire au virus pour circuler de son estomac à ses glandes salivaires, augmentant donc la vitesse à laquelle il peut retransmettre le virus. « Le virus West Nile est le grand vainqueur du changement climatique, puisque ce dernier joue à la fois sur le vecteur et sur le réservoir aviaire », résume le virologue.

C’est un virus émergent contre lequel on ne dispose pas encore d’armes, puisqu’il n’avait pas attiré jusque-là un grand intérêt des chercheurs. Un programme vaccinal européen auquel participe Yannick Simonin doit entrer en phase préclinique en 2027, et l’ANRS-MIE en finance un autre qui doit repositionner des antiviraux existants.

En attendant, se pose la question des dons de sang et d’organes, puisque le virus peut être transmis entre humains par ce biais. Le dépistage des échantillons est déjà prévu dans les départements où un premier cas est confirmé, mais « peut-être faudrait-il revoir nos stratégies de suivi, vue l’étendue de la circulation du virus », anticipe Yannick Simonin.

Dans une étude parue le 3 septembre dans Plos Neglected Tropical Diseases, l’équipe du chercheur a dépisté pendant deux ans 2 500 oiseaux de Camargue, zone à risque connue de West Nile, et a révélé la présence d’un autre arbovirus, le virus Usutu, détecté trois fois plus souvent parmi les oiseaux que le West Nile. « Le virus Usutu, c’est le West Nile de demain, d’autant plus qu’une nouvelle lignée a émergé dans le sud de l’Europe, franchissant mieux la barrière du cerveau. Nous le surveillons comme le lait sur le feu », prévient le chercheur.

Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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