Généralisation des guichets uniques : le savoir-faire des Pyrénées-Atlantiques en support du cadre national
Article
À la veille de la généralisation des guichets uniques départementaux d’aide à l’installation des médecins généralistes, Présence médicale 64 émerge comme l’expérience la plus aboutie. Identifié comme initiative pilote par l’État, le guichet unique des Pyrénées-Atlantiques a aidé de nombreux territoires. Il est prêt désormais à servir de cadre national de référence. Derrière se joue un enjeu profond de décentralisation des politiques de santé publique.
Par Thomas Blachère
29 septembre 2026 – 16:56 https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/generalisation-des-guichets-uniques-le-savoir-faire-des-pyrenees-atlantiques-en-support-0?utm_source=&utm_medium=&utm_campaign=&utm_content=&utm_term=

© DR.
Ecouté par les ministres, reçu à l’Assemblée nationale comme au Sénat, cité en exemple par la Cour des comptes et très proche des syndicats d’internes et de jeunes médecins généralistes… Après 9 ans d’existence, Présence médicale 64 est devenu un point de référence incontournable en matière de guichet unique pour l’installation des jeunes généralistes. Sa méthodologie est reprise, son concept d’équilibre entre vie perso et vie professionnelle fait l’unanimité.
Si sa vision essaime, c’est sans doute aussi un effet du Conseil National de la Refondation (CNR) Santé. Dès 2023, dans ce cadre, l’État a reconnu Présence médicale 64 comme le dispositif à suivre pour le déploiement d’un guichet unique départemental, un concept d’ailleurs inscrit cette année-là dans la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS). A suivi pour « PM64 » un cofinancement sur trois ans de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, à hauteur de 750 000 €. Parmi les objectifs que l’Etat lui fixait : poursuivre le développement du guichet unique, engager la réflexion sur une structuration juridique mais aussi accompagner les territoires souhaitant transposer la démarche.
35 territoires accompagnés
« Notre méthode est dupliquée et nous nous en réjouissons », affirme Jean-Jacques Lasserre, le président du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques. « Les nombreux territoires que nous avons rencontrés se sont inspirés de notre méthode ». Entre 2023 et 2025, Présence médicale 64 a accompagné pas moins de 35 territoires, dont 16 départements, et le concept a inspiré le programme « Terre d’accueil jeunes médecins » déployé par l’ARS Nouvelle-Aquitaine.
| Lozère et Pyrénées-Atlantiques, connexion spéciale Les deux Conseils départementaux entretiennent depuis des années un lien étroit sur la question de la démographie médicale. « En échangeant régulièrement, nous avons compris que nous partagions une même vision et un même mode de fonctionnement », raconte Pauline Favre, Cheffe du service attractivité et jeunesse au Conseil départemental de Lozère. Avec ses 80 000 habitants, la Lozère n’a pas grand-chose à voir avec les Pyrénées-Atlantiques. Ultra-rurale, on n’y compte que 55 médecins généralistes installés, « et nous connaissons tous les MSU personnellement ». Convaincue par l’approche partenariale, l’accompagnement humain personnalisé et l’idée de guichet unique, la Lozère a su se nourrir de l’expérience de Présence médicale 64. « C’est une très bonne chose que PM64 puisse aider à la transposition des guichets uniques en France, estime Pauline Favre. Ils ont la taille de territoire suffisante qui rend possible le partage de leur expérience. Leur savoir-faire peut et doit aider les autres à se structurer ». |
Installation de médecins : Présence médicale 64, une réussite transposable ailleurs ?
L’expérience des Pyrénées-Atlantiques va jusqu’à irriguer les réflexions nationales sur l’organisation des soins de premier recours dans les territoires. « Grâce à notre expertise, nous sommes sollicités un peu comme une agence d’évaluation, ce qui conforte le rôle moteur que peut avoir une collectivité territoriale sur ces sujets aux côtés de l’État », estime Thierry Carrère, le vice-président du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, en charge de Présence médicale 64.
« S’en servir pour modéliser le reste »
Dans la foulée du CNR Santé, Présence médicale 64 s’est ouvert à l’idée de devenir un territoire ressource capable d’aider la généralisation des guichets uniques, prévue d’ici à la fin d’année dans le contexte de l’arrivée de la génération de docteurs juniors de médecine. « Nous devons mettre l’accent sur des solutions de fond comme celle de Présence médicale 64 si l’on ne veut pas tomber dans des réponses court-termistes inefficaces », avertit Atika Bokhari, présidente du syndicat d’internes en médecine générale ISNAR-IMG jusqu’à cet été, mobilisé de longue date pour le développement de guichets uniques de qualité. « PM64 a l’avantage de s’être rodé au fil des années, il faut s’en servir pour modéliser le reste tout en prenant en compte les spécificités territoriales. »
La transmission est une dimension que le Dr Gaëtan Casanova, corapporteur cet été de la « mission flash » relative à la généralisation des guichets uniques départementaux, défend aussi. « Présence médicale 64 fait partie des initiatives en capacité de transmettre et d’être un soutien, expliquait-il à la veille de rendre ses recommandations aux ministres. Ceux qui partent de rien auront besoin d’initiatives plus anciennes et de personnes ressources ». Présence médicale 64 se tient prêt. « S’il se structure un réseau d’acteurs à l’échelon national sur ce sujet, nous nous rendrons disponibles pour y contribuer, avec notre état d’esprit collaboratif de toujours », assume Thierry Carrère.
Laisser respirer les territoires
Face à l’enjeu de santé publique qu’est la revitalisation médicale des territoires, la question de la pérennisation du dispositif est sur toutes les lèvres. Pérennisation réglementaire, financière et juridique. Derrière, c’est un test de décentralisation qui se joue, alors qu’est paru en août le décret de départementalisation des ARS. L’Etat est-il prêt à faire confiance aux territoires dans la durée pour jouer un rôle majeur dans les problématiques de santé publique, dont leurs populations sont les premières impactées ?
« Nous avons souffert pendant des années des excès de centralisation, d’une insuffisance de prise en compte de l’intelligence locale, témoigne, depuis Pau, Jean-Jacques Lasserre, le président du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques. Alors que nous avons trouvé le point d’équilibre entre la volonté nationale et l’intelligence locale, il ne faudrait pas qu’un décret fige voire casse ce dispositif qui a inspiré la quasi-totalité du territoire français. Il en va de la vie de tous nos espaces ». Le Département plaide pour une structuration juridique qui protège et valide le copilotage Département-ARS et la précieuse gouvernance partagée.
Laisser respirer les territoires est une expression qui revient souvent dans ce dossier. David Causse, Conseiller référendaire en service extraordinaire à la Cour des comptes, cite l’article 1 de la Constitution française, qui stipule que l’organisation de l’Etat est décentralisée. « Il ne faudrait pas qu’un désir de jardin à la française nous conduise à placer dans un même niveau d’obligations des organisations territoriales de niveaux de maturité différents », analyse-t-il. Le Dr Benjamin Adam, président de ReAGJIR, le syndicat des jeunes médecins généralistes, estime de son côté qu’il faut tout faire également pour préserver « le modèle humain développé par PM64, et éviter qu’un guichet unique soit géré par un administratif dans un sous-bureau de l’ARS ou du Conseil départemental ».
« Socle minimum ambitieux »
Les messages sont passés. Avant l’été, les ministères semblent disposés à protéger les initiatives locales via un cadre souple. Le Dr Gaëtan Casanova se veut rassurant : « La philosophie des ministres et du Premier ministre est claire : il faut laisser les coudées franches aux territoires pour s’organiser. Tout l’enjeu du décret est de ne pas être un tue-l’amour, mais de simplifier les choses et de permettre à tous de mettre un pied à l’étrier grâce à un socle minimum assez ambitieux mais réalisable. Et ceux qui veulent aller plus loin le pourront ».
Les prochaines semaines seront clés pour l’avenir des guichets uniques en France et de Présence médicale 64 en particulier. « Tout le monde attend ce texte. Il peut faire des guichets uniques départementaux des acteurs officiels dans le paysage », souligne Benoît Elleboode, ancien directeur de l’ARS de Nouvelle-Aquitaine.
Par Thomas Blachère
– Un article écrit avec le soutien et l’éclairage des membres du collectif Présence médicale 64
