30 % de postes de praticiens psychiatres non pourvus, demande de soins en hausse : la psychiatrie publique au bord de la rupture

Après plusieurs mois d’alertes, les quatre principaux syndicats de psychiatres hospitaliers publics ont confirmé une journée nationale de mobilisation et de grève ce 17 septembre. Grande Cause Nationale, la santé mentale est un secteur en grande souffrance, faute de moyens. La présidente du conseil de surveillance du CH Esquirol de Limoges a transmis 17 propositions à la ministre de la Santé.
30 % des postes de praticiens hospitaliers non pourvus, 15 % des postes d’internes vacants (2015), un déficit d’environ 10 000 lits d’hospitalisation, les quatre principaux syndicats de psychiatres hospitaliers publics s’appuient sur ces quelques chiffres marquants pour motiver la journée nationale de mobilisation de ce jeudi 17 septembre 2026.
« La psychiatrie publique traverse une crise profonde qui s’aggrave d’année en année « , écrivent l’Intersyndicale de la défense de la psychiatrie publique (IDEPP), le Syndicat des psychiatres d’exercice public (SPEP), le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et l’Union syndicale de la psychiatrie (USP), dans un communiqué.
Désignée Grande Cause Nationale en 2025, prolongée en 2026, la santé mentale n’a, selon les professionnels, guère bénéficié de ce statut. La réunion interministérielle organisée début juin sur ce thème n’a abouti qu’à « des réponses inconsistantes« . La psychiatrie « n’a pas besoin de communication ni de caresses« , mais de mesures « concrètes et pluriannuelles pour rattraper les retards qui se cumulent d’année en année« , et de « moyens conséquents pour pouvoir faire face aux missions » qui se multiplient, estiment les syndicats.
Des propositions concrètes pour répondre aux difficultés de la psychiatrie
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Ce jeudi 10 septembre 2026, une délégation composée de trois présidents de conseils de surveillance d’établissements publics de santé mentale, dont Gülsen Yildirim qui préside celui du CH Esquirol de Limoges, a été reçue par le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. « Nous avons porté 17 propositions concrètes pour répondre aux difficultés de la psychiatrie publique. Elles concernent notamment la formation et l’attractivité des métiers de la psychiatrie, le financement des établissements de santé mentale avec la nécessité de tempérer le poids du critère populationnel, la situation des médecins étrangers« , nous indique-t-elle.
Si elle a pu constater une écoute attentive et une conscience des difficultés du secteur de la part du cabinet ministériel, Gülsen Yildirim n’est pas dupe, aucun engagement de moyens n’a été acté. « Quelle suite sera donnée à ces propositions, nous n’en savons rien. Nous avons notamment porté l’idée de créer une année de spécialisation en psychiatrie dans les parcours de formation des infirmières et infirmiers. La spécialité psychiatrie attire difficilement les médecins, les infirmiers pourraient être un relais utile, parce que les besoins augmentent. On sait que l’état de santé mentale des jeunes, et de l’ensemble de la société se dégrade, et c’est de notre devoir d’en prendre soin« , souligne Gülsen Yildirim, qui est aussi vice-présidente du conseil départemental de la Haute-Vienne en charge de l’enfance et de la famille.
Les syndicats font effectivement état d’une hausse de l’activité, avec plus de deux millions de patients suivis dans les centres médico-psychologiques (CMP), où « les listes d’attente s’allongent de manière préoccupante », et environ 480 000 patients hospitalisés chaque année.
Lever les peurs
Psychiatre et présidente de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier Esquirol de Limoges, Nathalie Salomé observe qu’aujourd’hui encore, dans la population en général et même chez les étudiants en médecine, la psychiatrie est associée à de nombreux a priori, et continue à faire peur. Selon elle, inciter les étudiants à faire des stages dans les services de psychiatrie leur permettrait d’y prendre goût. « La palette est très large, ça va des sciences humaines et sociales aux neurosciences. On peut faire de la recherche, ça peut aussi être très technique. Et au cours de sa carrière, on peut changer. Le spectre de la maladie mentale est large, il couvre les troubles de l’humeur, les troubles psychotiques, les psychotraumas, les urgences…« , décrit-elle.
Au centre hospitalier Esquirol, la journée de mobilisation portée par les syndicats de médecins psychiatres s’annonce peu suivie. « On n’est pas dans une grosse tradition de mobilisation, nous les médecins. Ça n’empêche que nous sommes concernés et qu’on partage les mêmes inquiétudes« , souligne Nathalie Salomé.
Contacté ce mercredi 16 septembre, le syndicat CGT, qui représente les personnels soignants et administratifs de l’établissement, partage le constat et les difficultés dénoncées, et prévoit une journée de mobilisation le 29 septembre prochain.
Postes d’internes en psychiatrie non pourvus


Commentaire Geneviève Henault psychiatre à l’hopital public
La prochaine fois qu’un ou une ministre de la santé annoncera oeuvrer pour la santé mentale de la population en augmentant le nombre de postes d’internes ouverts en psychiatrie, on pensera à (re)jeter un oeil sur le travail de Benoit Jambas.
L’évidence saute aux yeux : il est totalement inutile d’augmenter le nombre de postes d’internes pour les régions les plus désertiques. Ces territoires où il n’y a presque plus de psychiatres dans les institutions publiques. Où l’on constate quotidiennement ce que produisent les inégalités d’accès aux soins pour les populations abandonnées. Les psychiatres qui comme moi, ont exercé en Grand Désert Psychiatrique avant de pratiquer en territoire mieux doté bien qu’encore largement insuffisamment, peuvent en témoigner.
Alors augmenter le nombre de postes ouverts aux internes dans ces sudivisions, on ne peut qu’être d’accord avec l’intention, mais pour quelle efficacité attendue en gardant une méthode manifestement inopérante ?
Ces postes ne sont pas choisis et ne le seront pas davantage en augmentant leur nombre.
⚠️ J’ai ici extrait un élément graphique du poster que l’on trouve dans son intégralité ici 👉 https://lnkd.in/eVNXiST8 et en commentaire sous ce post.
On peut aussi lire le preprint là 👉 https://lnkd.in/e6gzvkrD
Je rappelle les chiffres de postes non pourvus à l’internat : 13% en 2024, 15% en 2025.
Et en 2026 ? 665 postes sont ouverts, soit 18% de plus que l’année dernière : nous serons attentifs à l’évolution des proportions des postes pourvus, en espérant – sans être trop naïf – voir arriver de nombreux·ses internes dans nos services. Nous espérerons inégalement, car comme le montre ce travail, le nombre de postes pourvus dépendra beaucoup des territoires.
Conférence Nationale des Présidents de CME de CHS
🧠[MOTION] Les PCME des Centres Hospitaliers Spécialisés et autres médecins réunis pour défendre la spécificité de la psychiatrie
À l’issue d’une réunion en visioconférence réunissant les membres de la Conférence nationale des PCME des CHS, une motion a été adoptée afin de rappeler l’importance de préserver la spécificité des établissements psychiatriques et de garantir une organisation territoriale construite dans le dialogue avec les acteurs concernés.
Cette mobilisation intervient dans le contexte des évolutions envisagées autour des GHT, des directions communes et des mutualisations.
Les PCME réaffirment leur attachement à une psychiatrie publique de proximité, autonome dans ses choix de soins et pleinement intégrée à son territoire, avec des coopérations et mutualisations lorsqu’elles apportent une réelle plus-value aux patients et aux professionnels.
Une démarche collective pour faire entendre la voix de la psychiatrie et contribuer aux évolutions de notre système de santé.
François Appavoupoullé Thierry Brenot Anne-Helene Moncany Dorothée Lesage Bruno Tournaire Olivier SALADINI jean-pierre salvarelli Salima Otmane Sylvie Boivin Guillaume Guérineau de Lamérie Modi Baba TEMBELY Christophe Schmitt Celine Canato Philippe Amarilli Muriel CASTELNOVO Baptiste Busson Catherine Doyen Khalid BENECHEBLI Joséphine Caubel Thibaut Ernouf Valérie Cerboneschi Pascal Couturier Amel Morsli GAEL FOULDRIN Philippe Chabert Sébastien GARD damien heit Nathalie Salome Tiphaine Krouch stéphane Bourcet Valerie Vailland
GHT : après dix ans, ouvrir une nouvelle étape au service des territoires
Dix ans après leur création, les GHT ont profondément transformé l’organisation hospitalière publique. Ils ont structuré les coopérations, les filières et les parcours. Mais leur maturité comme leurs résultats restent différents d’un territoire à l’autre.
Pour la Conférence Nationale des Présidents de CME et de CMG des Centres Hospitaliers, la prochaine étape doit être celle de GHT plus médicalisés, plus responsables et davantage ancrés dans les réalités territoriales.
C’est le sens de la plateforme commune portée avec la Conférence nationale des directeurs de centre hospitalier et la Conférence Nationale des Présidents de CME de CHS.
✔️ L’enjeu n’est plus seulement d’organiser les coopérations ou les mutualisations. Il est de mesurer leur utilité concrète pour les patients : accès aux soins, qualité et sécurité des prises en charge, prévention, gradation des parcours et réduction des inégalités territoriales.
Cela suppose notamment :
🔹 de donner aux CME et aux CMG les moyens d’exercer pleinement leurs responsabilités dans la construction et la conduite de la stratégie médicale
🔹 de développer de véritables équipes médico-soignantes de territoire
🔹 de territorialiser davantage la formation, la recherche, le numérique et la donnée
🔹 de renforcer les coopérations avec la ville, le médico-social, les collectivités et les représentants des usagers
🔹 de construire une responsabilité collective et mesurable vis-à-vis de la santé de la population
Cette évolution doit également respecter une réalité essentielle : il n’existe pas un modèle unique de GHT.
📣 Les périmètres, les histoires de coopération, les besoins de santé et les ressources diffèrent. Les évolutions de gouvernance doivent donc être appréciées au regard des réalités locales, de leur efficacité et de leur capacité à améliorer concrètement l’offre de soins. Les directions communes peuvent constituer un outil ; elles ne sauraient devenir une réponse automatique.
🗺️ Après une décennie consacrée à structurer les organisations, une nouvelle décennie peut désormais s’ouvrir : celle de la responsabilité territoriale, de la transformation des parcours et de l’amélioration tangible de la santé de la population.