Taxe sur le sucre : quand le budgétaire prend le visage du sanitaire
Le gouvernement a évoqué la possibilité d’introduire une taxe sur les produits sucrés, après s’y être longtemps opposé.
Il n’aime pas les taxes, mais il aime encore moins le sucre. Tout en assurant qu’il n’est « pas pour les taxes » et bien sûr « pas pour l’augmentation » du prix des produits alimentaires, le ministre du commerce Serge Papin a évoqué ce mercredi sur le plateau de LCI la possibilité que le gouvernement introduise, dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) qui doit être présenté ce jeudi, une taxe sur le sucre. « Il y a dans ce pays un problème d’obésité, de diabète, et donc de consommation excessive de sucre » a commenté le ministre, alors que 18 % de la population adulte française est touchée par l’obésité. « Un gamin de 9 ans aujourd’hui a mangé autant de sucre que son grand-père pendant toute sa vie » a ajouté le ministre (sans que l’on sache très bien sur quoi il se base pour affirmer cela).
L’hypothèse de la création d’une taxe sur le sucre s’est renforcée quelques heures plus tard, lorsque le ministère de la Santé a confirmé l’information. « Quand 8 % des enfants dépassent déjà les apports recommandés en sucres, la prévention ne peut pas se limiter à des messages : il faut aussi agir sur l’offre alimentaire » indique le cabinet du Dr Stéphanie Rist. « Il faut tenir les deux bouts : mieux prendre en charge les personnes qui vivent déjà avec l’obésité et agir en amont pour éviter que toujours plus de Français ne développent demain une obésité, un diabète ou une maladie cardiovasculaire » ajoute le ministère.
Une taxe déjà proposée par le passé par des parlementaires
L’idée de taxer les produits trop sucrés pour dissuader les Français d’en consommer et ainsi combattre l’obésité (et accessoirement réduire le déficit budgétaire), ne vient pas de nulle part, puisqu’elle est défendue depuis plusieurs années par la CNAM. Ces dernières années, lors des débats budgétaires, des amendements visant à instaurer une telle taxe ont été proposés et même parfois adoptés en première lecture par les parlementaires. Mais le gouvernement s’y était jusque-là toujours opposé, craignant les conséquences pour l’industrie agroalimentaire. Il semble que cette année, la situation budgétaire particulièrement difficile du pays ait incité l’exécutif à revoir son jugement sur cette éventuelle taxation.
Si on ignore quels contours aurait cette éventuelle taxe sur le sucre, le gouvernement pourrait être amené à s’inspirer de la taxe sur les sodas, en vigueur depuis 2012 et considérablement alourdie l’an dernier. Les sodas sont désormais taxés en fonction de la quantité de kilogrammes de sucre ajouté par hectolitre : 4 centimes par litre en dessous de 5 kilogrammes par hectolitre, 21 centimes entre 5 et 8 kilogrammes et 35 centimes au-dessus de 8 kilogrammes. En 2024, l’ancien ministre de la Santé Frédéric Valletoux avait proposé un système similaire pour le sucre, avec une taxe comprise entre 21 et 28 centimes selon la quantité de sucre ajouté. Le rendement annuel d’une telle taxe est estimé par ses promoteurs à 200 millions d’euros.
La taxe soda est-elle efficace ?
Dès l’annonce de la possible instauration d’une taxe sur le sucre par le gouvernement, l’industrie agroalimentaire a exprimé son vif mécontentement. « Cette taxe, si elle devait voir le jour, serait encore un coup porté au pouvoir d’achat des consommateurs » commente sur France info Jean-François Loiseau, président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA). « Parce qu’au bout de la chaîne, les consommateurs que nous sommes, les revenus les plus bas, les gens qui ont des difficultés de fin de mois, vont payer cette taxe sur les produits ».
Les nutritionnistes, à l’inverse, voient la création d’une telle taxe d’un bon œil. « Une taxe sur les produits sucrés, c’est une très bonne idée » estime le Pr Boris Hansel, chef de l’unité Nutrition-Prévention à l’hôpital Bichat. « On a pas mal de preuves qu’une taxe peut aider les Français à manger moins de sucre. On a l’exemple avec la taxation sur le soda. On estime que ça réduit d’à peu près 10 à 15 % les achats ». Le nutritionniste appelle également à détaxer les produits « qui vous permettent de manger correctement comme les fruits, les légumes, les fruits oléagineux, moins gras, moins sucrés, salés, moins ultra-transformés ».
L’efficacité de la taxe sur le soda sur les habitudes des consommateurs est en réalité débattue. Si des études semblent avoir établi qu’elle a effectivement conduit à une baisse de 10 à 15 % d’achat de boissons sucrées, certains observateurs sont plus circonspects. « Pour autant, les comportements des consommateurs n’ont pas été radicalement modifiés » souligne Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE).« On voit qu’elle rapporte beaucoup d’argent aujourd’hui. Ça veut dire que, malgré tout, un certain nombre de ménages ou de consommateurs continuent à consommer ces sodas ».