Le village Henri Emmanuelli dans les Landes, une solution plus coûteuse… mais vertueuse pour des malades d’Alzheimer.

Dans les Landes, un village réenchante la vie des malades d’Alzheimer et de leurs familles

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Le village Henri Emmanuelli accueille 120 personnes atteintes de cette pathologie, avec un accueil très différent de celui des maisons de retraite classiques. Une solution plus coûteuse… mais vertueuse.

Marie Duribreux, le 21 septembre 2026

© JULIETTE MONTVALLON

Il n’a pas d’équivalent en France. Ouvert en juin 2020, le village Henri Emmanuelli accueille plus d’une centaine de personnes atteintes d’Alzheimer et de maladies apparentées, entourées de 130 professionnels et de 80 bénévoles environ. « L’idée était de créer une véritable dynamique de village, avec un environnement comme à la maison, sans signalétique médicale. Les habitants sont libres d’aller et venir et de recevoir qui ils le souhaitent », explique Cécile Bertet, sa directrice depuis février 2023.

Situé dans la périphérie de Dax, dans les Landes, le site s’organise autour de seize maisonnées – dont quinze hébergent chacune sept à huit habitants –, disposées autour d’une place centrale regroupant des services et commerces ouverts sur l’extérieur (médiathèque, auditorium, salon de coiffure, épicerie, brasserie, centre de santé).

« Le projet d’accompagnement, axé sur la personne, privilégie les interventions non médicamenteuses et le lien social, tout en garantissant la sécurité des malades », ajoute Cécile Bertet. Deux professionnels veillent ainsi à la bonne marche du quotidien dans chaque maisonnée.

Inspiré d’une expérience menée aux Pays-Bas, le projet a été porté dès 2013 par le président du Conseil départemental de l’époque, Henri Emmanuelli, puis a pris corps en 2016 avec le soutien de l’Agence régionale de santé sous forme expérimentale. 

Depuis son origine, l’aventure fait l’objet d’une étude d’impact pilotée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Ce programme de recherche vise à objectiver les effets de ce type d’accompagnement sur trois types d’acteurs (résidents, aidants, professionnels), en le comparant à un groupe contrôle (douze établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – Ehpad).

Des premiers résultats ont été présentés fin 2025 : même si le séjour n’a pas modifié fondamentalement le déclin cognitif engendré par la maladie, les personnes présentent moins de troubles du comportement associés. « L’accompagnement au village améliore le vécu de la maladie, et cela diminue par ricochets le fardeau des aidants et le risque de burn-out des professionnels », résume la professeure Hélène Amieva, chercheuse responsable de l’étude, qui refera les mêmes mesures à vingt-quatre mois afin de voir si ces effets bénéfiques se prolongent dans le temps.

Modèle coûteux

Les familles, elles, n’ont pas besoin de l’étude pour confirmer les bienfaits de l’expérience. Dominique Dechaumet, 67 ans, dont la mère Mauricette (92 ans) vit au village depuis 2020, revit, après des années de maintien à domicile compliquées. « Je me sens moins coupable désormais : ma mère a l’air plus sereine et elle est en sûreté. L’accompagnement se fait vraiment à la carte et en totale concertation avec les proches », savoure-t-elle.

Problème : ce modèle – avec un taux d’encadrement de 1,2 professionnel par habitant, contre près de 0,7 en Ehpad – coûte cher, selon l’évaluation médico-économique réalisée par l’économiste de la santé Damien Krier. En 2022, le coût total d’une place au village atteignait ainsi 184 euros par jour (dont 70 à la charge des résidents), contre 130 environ en Ehpad. Est-ce que ce surcoût pour la collectivité est récupéré quelque part ? 

« Le taux trimestriel d’hospitalisation est plus bas au village, 6 %, contre 11 % en Ehpad, et la durée moyenne de séjour y est aussi plus faible : 10 jours, contre 15, car l’organisation de la prise en charge anticipe mieux les complications et facilite le retour d’hospitalisation », décrypte Damien Krier. L’économiste va désormais se pencher sur la consommation de soins globale des malades, mais il estime déjà que même une baisse de ce poste ne permettrait pas de compenser à 100 % le surcoût.

Un essaimage tout de même

Heureusement, le modèle économique de la structure, déficitaire à hauteur de 800 000 euros par an, vient d’être sécurisé par la signature, le 11 septembre 2026, d’un accord et d’engagements partagés entre l’État et le Conseil départemental des Landes pour régler la note. Reste l’incertitude autour du statut des établissements médico-sociaux à caractère expérimental – celui du village expire fin 2026 –, pour lequel le Sénat a adopté à l’unanimité une proposition de loi qui doit encore être votée par l’Assemblée nationale.

Dans ces conditions, l’expérience pourrait-elle essaimer ? Pour Mathilde Charon-Burnel, chargée du projet au Conseil départemental des Landes, une réplication parfaite n’est pas forcément souhaitable, mais « le village, avec son centre de ressources et de recherche développant ses propres pistes d’innovation, peut contribuer à l’émergence d’autres solutions au niveau national ». 

Dans les Côtes-d’Armor, l’Hospitalité Saint-Thomas de Villeneuve travaille ainsi depuis 2022 à un projet de maisons au cœur d’un village pour accueillir des personnes avec troubles cognitifs.

Article écrit par

Marie Duribreux

Journaliste indépendante

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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