30% de mortalité en plus pour les patients opérés par des médecins en poste depuis plus de 16 heures

Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) appelle, ce jeudi 24 septembre, à interdire le travail de plus de 16 heures consécutives pour les médecins anesthésistes-réanimateurs. Il cite une étude publiée dans le Jama Network Open qui montre une mortalité accrue des patients lorsque la durée de travail du praticien est supérieure à 16 heures consécutives. 

24/09/2026 
https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-dexercice/30-de-mortalite-en-plus-pour-les-patients-operes-par-des-medecins-en?utm_source=ownpage&utm_medium=email&utm_campaign=20260927&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D

Une étude publiée, en mai 2026, dans Jama Network Open,* s’est intéressée à plus d’1,5 million de procédures chirurgicales aux Etats-Unis. Elle a mis en évidence une mortalité de 30% supérieure pour les patients lorsque la durée de travail du médecin anesthésiste-réanimateur (MAR) dépasse les 16 heures consécutives.  

« Le modèle de 16 heures de travail consécuti[ves] (correspondant, pour un patient, à une prise en charge après minuit par un MAR travaillant depuis 8 heures du matin) doit être abandonné. A fortiori, le modèle français – dérogatoire – de 24 heures est préjudiciable, non seulement pour le médecin, mais aussi pour le patient », écrit ce jeudi le SNPHARE, dans un communiqué.

Le syndicat demande donc une modification de la réglementation « en interdisant le travail de plus de 16 heures consécutives pour les médecins anesthésistes-réanimateurs ». Un impératif recommandé dans le récent rapport Igas-IGF sur le temps de travail des médecins en France **, pointe le syndicat. 

Le SNPHARE appelle également à « augmenter très nettement les effectifs d’internes pour permettre le maintien à moyen et long terme d’une offre de soins d’anesthésie-réanimation et médecine péri-opératoire, non seulement pour l’activité au bloc opératoire mais en amont et en aval des interventions ».  

Auteur de l’article

Sandy Bonin

Cheffe de rubrique Actualités

*Extended Work Periods Among Anesthesiologists and Postoperative Patient Outcomes

  • Anjali A. Dixit, MD, MPH1; Ben Deverett, MD, PhD1; Eric C. Sun, MD, PhD1,2
  • JAMA Netw Open
  • Published Online: May 7, 2026 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2848751
  • Question  Are extended work periods for anesthesiologists associated with worse postoperative patient outcomes?
  • Findings  In this cross-sectional study of 1 648 720 surgical procedures involving 1711 anesthesiologists across 36 institutions, the primary adjusted analysis did not demonstrate a statistically significant difference in a composite of in-hospital major morbidity or mortality between extended and standard work periods; however, point estimates suggested small increases in risk, with sensitivity analyses yielding directionally consistent estimates. In-hospital mortality was also higher in extended work periods.
  • Meaning  These findings suggest that patients cared for by anesthesiologists who have been working continuously for 16 hours or longer and who may be fatigued may be at slightly higher risk for adverse outcomes.
  • Abstract
  • Importance  Attending anesthesiologists are not subject to work hour restrictions. Fatigue from long shifts may plausibly contribute to patient harm.
  • Objective  To examine the association between anesthesiologist extended work periods and patient outcomes.
  • Design, Setting, and Participants  This cross-sectional study used data from the Multicenter Perioperative Outcomes Group registry from January 1, 2010, to August 30, 2020, representing all surgical procedures in patients 18 years or older from more than 50 hospitals across 18 US states. Data analyses were conducted from July 1 through November 30, 2025.
  • Exposure  Anesthesiologist extended work periods, defined as 16 hours or more of continuous intraoperative work.
  • Main Outcomes and Measures  The primary outcome was a composite of in-hospital mortality or major complication. Secondary outcomes were individual components of the composite. A within-anesthesiologist approach was used to compare outcomes for patients treated by each anesthesiologist when in an extended work period vs not, adjusting for patient demographics, comorbidities, American Society of Anesthesiologists classification, emergency status, hour of surgery start, and surgery type.
  • Results  The study cohort comprised 1 648 720 surgical procedures involving 1711 unique anesthesiologists across 36 institutions (patient mean [SD] age, 51.7 [17.8] years; 982 020 [59.6%] female). A total of 11 556 procedures (0.7%) involved anesthesiologists in an extended work period. Unadjusted incidence of the composite outcome was 12.3% (95% CI, 11.7%-12.9%) for extended work periods vs 12.0% (95% CI, 12.0%-12.1%) for standard work periods. Adjusted absolute risk difference in the composite outcome was 0.1% (95% CI, −0.4% to 0.5%; P = .82). Multiple sensitivity analyses resulted in statistical significance with point estimates of similar direction and magnitude. In-hospital mortality was higher for extended (1.3%; 95% CI, 1.1%-1.6%) vs standard (1.0%; 95% CI, 1.0%-1.0%) work periods, with a risk difference of 0.3 (95% CI, 0.1%-0.5%; P = .009). Other secondary outcomes had risk increases of similar magnitude.
  • Conclusions and Relevance  In this cross-sectional study, the primary analysis did not identify a statistically significant difference in composite outcome, although the magnitude and precision of risk estimates across multiple sensitivity analyses suggested a small (<1.0%) increase in risk. Secondary analyses also suggested small absolute increases in outcomes, including in-hospital mortality. These findings raise the possibility that fatigue related to prolonged anesthesiologist work periods may have implications for patient safety.

**Le temps de travail des médecins

Publié le  25/08/2026 Mis à jour le 07/09/2026 | https://igas.gouv.fr/le-temps-de-travail-des-medecins

 Temps de lecture : 2 minutes

François Auvigne, Rémy Slove, Léonore Lafargue, Olivier Pernet-Coudrier, Noémie Carlier (IGF), Thomas Le Ludec, Sophie Lebret (IGAS)


Le Premier ministre a confié à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et à l’Inspection générale des finances (IGF) une mission visant à dresser un état des lieux du temps de travail des médecins en ville et à l’hôpital. La mission devait notamment recenser les données disponibles, analyser les évolutions du temps de travail médical et les dispositifs permettant de l’optimiser, et examiner l’organisation et le pilotage du temps de travail dans les hôpitaux publics.

Le rapport met d’abord en évidence un déficit de connaissance du temps de travail des médecins. Les données existantes permettent de suivre les effectifs et l’activité, mais aucune ne permet aujourd’hui de mesurer de manière consolidée le temps de travail d’un médecin en prenant en compte l’ensemble de ses activités et de ses modes d’exercice, libéral, salarié ou mixte. Cette connaissance constitue pourtant un enjeu croissant pour apprécier le temps médical effectivement disponible et adapter l’organisation de l’offre de soins.

Les enquêtes disponibles montrent une diminution du temps de travail déclaré au cours des dernières années, particulièrement documentée pour les médecins libéraux. L’exploitation par la mission des données de l’Assurance maladie montre également qu’entre 2021 et 2025 le nombre de jours d’exercice libéral a diminué de 3 % à 8 % selon les spécialités étudiées. Cette évolution ne se traduit toutefois pas mécaniquement par une diminution équivalente de l’offre de soins, l’activité tendant parallèlement à s’intensifier et à se concentrer sur un nombre plus réduit de journées.

À l’hôpital public, le rapport constate que le pilotage du temps médical demeure insuffisamment structuré et que la réglementation n’est pas systématiquement appliquée. Dans le même temps, les établissements ont davantage recours aux dispositifs destinés à compenser les déficits de temps médical, notamment le temps de travail additionnel et l’intérim. La mission souligne la nécessité de mieux organiser et piloter la ressource médicale, à l’échelle des établissements comme des territoires.

Les propositions du rapport s’organisent autour de trois orientations principales : améliorer la connaissance du temps de travail des médecins grâce aux données ; mieux dimensionner et piloter la ressource médicale, notamment à l’hôpital public et à l’échelle territoriale ; évaluer et développer les organisations, coopérations professionnelles et outils numériques susceptibles d’accroître le temps médical effectivement consacré aux patients.

Le rapport IGAS : Introduction https://igas.gouv.fr/sites/igas/files/2026-08/Rapport%20IGAS-IGF%20Temps%20de%20travail%20des%20médecins%20-%20introduction%20et%20propositions%20%282026%29.pdf

Rapport https://igas.gouv.fr/sites/igas/files/2026-09/Rapport%20IGAS-IGF%20Temps%20de%20travail%20des%20médecins%20%282026%29_0.pdf

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/09/23/le-decompte-du-temps-de-travail-a-lhopital-souffre-de-nombreuses-irregularites-denonce-un-rapport-tandis-que-les-anesthesistes-toujours-en-pointe-demandent-linstauration-de-la-semai/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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