Saxe-Anhalt : ce que le triomphe de l’AfD dit des démocraties libérales
8 septembre 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=Podm3IZja2_Lnf2-OiGB92jhVN005ADKjLV36WR2F-hYcLZgbAqPWnPE0JIQ-qnH0Mpb95LyOmWxEvpekSg
Par Romaric Godin et Donatien Huet
La nette victoire de l’extrême droite dans l’ancienne région est-allemande n’est pas une exception. Ces élections confirment un certain nombre de dynamiques à l’œuvre dans beaucoup de pays occidentaux : le désir d’un passé idéalisé et le rejet du néolibéralisme.
L’élection régionale en Saxe-Anhalt, qui a donné dimanche 6 septembre 44 % des suffrages exprimés au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD), a provoqué une onde de choc bien au-delà de ce land de 2,1 millions d’habitants. C’est non seulement l’Allemagne mais toute l’Europe qui est touchée.
Car la montée de l’extrême droite ne se limite pas à la Saxe-Anhalt, mais concerne toute l’Europe et même au-delà. C’est, en réalité, un mouvement profond caractéristique du milieu des années 2020 dans les démocraties libérales.
Certes, la Saxe-Anhalt concentre les problèmes de la réunification, entretient un lien historique particulier avec l’extrême droite, et le succès de l’AfD ne peut pas être directement projeté ailleurs. Mais le land n’en concentre pas moins des dynamiques qui semblent communes à la montée des partis autoritaires et xénophobes. En cela, il existe un certain nombre de leçons à en tirer.
Le passé idéalisé et la centralité du discours réactionnaire
Le rapport qu’entretiennent les habitants de Saxe-Anhalt avec leur passé est-allemand est souvent considéré comme une particularité qui empêche toute comparaison. Mais il s’agit là d’un effet d’optique.
Bien sûr, ce land, comme ses voisins, est travaillé par les lourdes erreurs du processus de réunification, qui s’est d’abord effectué dans l’intérêt du capital ouest-allemand. La Saxe-Anhalt représente même un cas extrême, tant elle est restée à l’écart du processus de rattrapage. À la différence de la Saxe ou du Brandebourg, c’est une économie peu dynamique, encore marquée par la pauvreté endémique et la désertification rurale.
Mais ce n’est là qu’un élément du problème. La négation par le discours post-réunification de tout aspect positif à la vie sous la RDA a privé les habitants de ces länder d’une partie de leur histoire personnelle, alors même que, sous certains aspects, les vies quotidiennes ont pu sembler plus difficiles dans le contexte de la marchandisation de la société.
Élections en Saxe-Anhalt : l’AfD double son score par rapport à 2021 tandis que la CDU divise le sien par deux
2021
202610203040 %
20,8 %
43,8 %
37,1 %
17,2 %
8,4 %
9,3 %
5,9 %
8,9 %
11,0 %
8,6 %
0,0 %
5,3 %
6,4 %
2,6 %
10,3 %
4,3 %
AfD
CDU
SPD
Verts
Die Linke
BSW
FDP
Autres
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L’AfD de Saxe-Anhalt a parfaitement joué sur ces situations. En assumant un certain degré d’« ostalgie » (la nostalgie de l’Allemagne de l’Est), son leader local, Ulrich Siegmund, a donné l’impression à beaucoup de vouloir réparer ces difficultés en redonnant une forme de dignité de façade aux habitant·es de la région et à leur histoire.
Mais cette ostalgie se limite à des caricatures, elle s’accompagne d’ailleurs d’un discours anticommuniste et d’une dénonciation du « gauchisme ». C’est que les populations ne souhaitent pas le retour de la République démocratique d’Allemagne (RDA). Elles veulent profiter des délices affichées du capitalisme, sans ce qui les accompagne : la précarité, la marchandisation de la vie quotidienne, l’atomisation de la société…
Comme cette idéalisation vient s’opposer au discours dominant, elle est perçue comme un élément fondamental de l’aspect « rebelle » ou « antisystème » de l’AfD. Ulrich Siegmund et les siens ont donc joué pleinement sur cette nostalgie partielle d’une RDA où la société semblait plus « solidaire » et « unie » et qui s’oppose frontalement à celle du néolibéralisme tardif numérisé, constituée d’individus atomisés.
L’AfD de Saxe-Anhalt a réalisé le tour de force de faire d’un discours réactionnaire une marchandise pleine de nouveauté qui donne envie.
La réponse des opposants à l’AfD, qui a consisté à rappeler les crimes de la dictature du parti unique est-allemand, le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, Parti socialiste unifié d’Allemagne), n’a fait que renforcer le phénomène. Car ce qui est porté ici par l’AfD n’est pas le régime lui-même, mais ce que l’ostalgie dit du rejet de la société actuelle.
Cette dynamique n’est pas propre à l’ancienne RDA. Un des ressorts de la montée de l’extrême droite est précisément la construction d’un passé idéalisé, fort éloigné de la réalité, mais qui permet de dénoncer les problèmes du présent.
Ce passé idéalisé a deux fonctions : celui de conforter les électeurs et électrices dans un ressenti négatif au regard de ce qu’il a supposément perdu, et celui de leur faire accroire qu’il est possible de retrouver un tel passé dans le cadre actuel, en ménageant ce qu’ils veulent conserver du présent. En bref, dans le cas de la Saxe-Anhalt : la RDA des mobylettes et de l’immigration zéro, mais sans le communisme.
Élections en Saxe-Anhalt : l’AfD a moins performé chez les femmes, les jeunes, les personnes âgées et les habitants de grandes villes que parmi les autres catégories de population
Score de l’AfD selon le profil des électeurs et électrices
Genre
Hommes
50 %
Femmes
39 %
Âge
18-24 ans
41 %
25-34 ans
43 %
35-44 ans
52 %
45-59 ans
52 %
60-69 ans
47 %
70 ans et plus
31 %
Taille de la commune de résidence
Moins de 5 000 habitants
48 %
Plus de 100 000 habitants
27 %
1
1
Score de l‘AfD
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On retrouve ce même schéma dans de nombreux autres mouvements d’extrême droite en Europe et dans le monde. Javier Milei promet ainsi le retour à l’Argentine du début du XXe siècle, qui se prétendait une des premières économies du monde. Donald Trump rêve d’un nouveau Gilded Age (« âge d’or ») pour les États-Unis, et le Rassemblement national (RN) promet le retour des Trente Glorieuses. Même dans l’ouest de l’Allemagne, l’AfD se présente comme défenseuse historique de « l’économie sociale de marché ».
Cette dimension nostalgique est profondément réactionnaire, en ce qu’elle s’accompagne naturellement d’une survalorisation des organisations sociales traditionnelles. Face aux changements et aux impasses de l’époque, la promesse réactionnaire valorise un passé idéalisé par un retour à l’ordre, c’est-à-dire par un affermissement des dominations chancelantes, économiques et sociales : celles de l’homme, du patron ou du « producteur ». L’ostalgie qui a porté l’AfD en Saxe-Anhalt n’est qu’une figure de ce schéma global.
Logiquement, ce discours plaît profondément aux couches de la population qui se sentent en danger dans le monde actuel et sont dans un âge où le discours nostalgique peut prendre. Et là encore, on retrouve des cadres communs aux autres mouvements d’extrême droite : selon les données postélectorales d’Infratest, on remarque que le vote AfD est plus fort parmi les hommes (où le parti a obtenu 50 % des voix contre 39 % parmi les femmes) et dans les couches d’âge moyen. L’AfD aurait ainsi obtenu 52 % des voix chez les 35-59 ans, c’est-à-dire chez ceux qui avaient au plus 25 ans lors de la réunification.
Le désir de changement
Un des arguments souvent avancés pour expliquer que l’extrême droite actuelle n’est pas néofasciste est celui de l’absence de discours révolutionnaire. Mais c’est aller un peu vite en besogne. En réalité, une des antiennes des partis autoritaires est bel et bien le rejet d’une modernité jugée de moins en moins vivable.
Ce rejet de la société présente est par nature révolutionnaire, et ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il s’accompagne d’une remise en cause des cadres de l’État de droit, afin de permettre le rapprochement du présent avec le passé idéalisé. Le discours réactionnaire de l’extrême droite n’est pas passif, il est actif.
Un des leviers utilisés par Ulrich Siegmund a été de présenter le récit réactionnaire de son parti comme un « nouveau départ ». L’AfD s’est alors défini comme le parti de « l’espoir », capable de changer une société qui crée tant de frustrations et de déceptions.
Les talents de marketing d’Ulrich Siegmund ont permis de réaliser ce miracle qui consiste à donner envie de tester l’extrême droite, non pas par une présentation détaillée du programme, mais par une série de slogans alléchants et de sourires affichés. L’AfD de Saxe-Anhalt a réalisé le tour de force de faire d’un discours réactionnaire une marchandise pleine de nouveauté qui donne envie.
Élections en Saxe-Anhalt : l’AfD a plus prospéré parmi les ouvriers, employés, indépendants, les personnes peu ou pas diplômées et les précaires que dans le reste de la population
Score de l’AfD selon le profil des électeurs et électrices
Catégorie socioprofessionnelle
Ouvriers
59 %
Employés
46 %
Travailleurs indépendants
52 %
Retraités
38 %
Niveau de diplôme
Faible
57 %
Moyen
52 %
Élevé
30 %
Situation financière
Mauvaise
65 %
Bonne
37 %
1
1
Score de l‘AfD
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C’est aussi pour cette raison que le vote AfD se concentre dans les couches de la population les plus défavorisées. Selon Infratest, l’AfD réalise un score de 65 % (21 points de plus que la moyenne) parmi les personnes dans une « situation financière difficile ».
En face, les partis du « vieux monde » ne pouvaient que faire grise mine. La CDU locale, au pouvoir depuis vingt-quatre ans et en poste au niveau fédéral, se trouvait immédiatement en difficulté. Incapable d’incarner quelque espoir, elle ne pouvait défendre que son bilan, c’est-à-dire un présent qu’une grande partie de la population rejette.
De même, les partis de gauche ne pouvaient guère opposer une forme d’espoir, soit parce qu’ils sont, comme le SPD ou les Verts (Die Grünen), trop liés au système en place, soit parce qu’ils souhaitent aller plus loin dans le mouvement actuel de la société, comme Die Linke et, partiellement, les Verts. Ce changement-là est perçu négativement, au contraire du changement organisé autour de l’idéalisation du passé.
D’une certaine façon, l’AfD de Saxe-Anhalt a pris acte de l’incapacité du politique à agir pour « changer le monde ». La compétition électorale se réduit alors logiquement à une forme de séduction publicitaire qui récompense celui ou celle qui est capable de promettre le plus bel avenir. L’absence d’élément concret venant étayer de telles promesses devient presque un atout, le signe d’une forme d’innocence, toute proposition concrète étant entachée par cette réalité qui est rejetée.
Le désir de changement et le rejet de l’existant deviennent alors les vecteurs d’une nouvelle politisation, à la fois marquée par un rejet des politiques étroites des partis traditionnels et par une forme de non-politique qui offre la prime au plus séduisant. C’est le levier de la très forte mobilisation de l’électorat en faveur de l’AfD, que l’on retrouve ailleurs avec des figures charismatiques portant des discours souvent creux, mais reposant sur un retour à un passé idéalisé. On pense, par exemple, à Jordan Bardella en France ou à Roberto Vannacci en Italie.
Élections en Saxe-Anhalt : une participation record
204060 %199019941998200220062011201620212026
65,1 %
54,8 %
71,5 %
56,5 %
44,4 %
51,2 %
61,1 %
60,3 %
77,8 %
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Un des premiers facteurs de la percée du parti d’extrême droite a été le vote des abstentionnistes. Selon Infratest, 59 % des nouveaux électeurs et électrices de l’AfD en 2026 en Saxe-Anhalt s’étaient abstenus en 2021. La hausse de 28 points de la participation a donc d’abord profité à ce parti. C’est un phénomène que l’on constate dans les récentes élections : la participation, longtemps en déclin, remonte, au bénéfice de l’extrême droite.
C’est finalement assez logique. L’abstention dénote souvent une double insatisfaction, envers la situation présente et envers l’offre politique qui entend la gérer. La proposition d’un changement et d’un espoir qui ne s’inscrit pas dans le cadre politique traditionnel est donc en mesure de mobiliser ces électeurs et électrices potentiels.
Et, dans cette logique, la victimisation de l’extrême droite joue en sa faveur. Le discours d’espoir est alors complémentaire à celui du danger brandi par les oppositions et qui, pour beaucoup, n’est que le symptôme du refus du changement. Parmi les motivations du vote AfD, après la sécurité, on trouve la volonté de réagir contre « le mauvais traitement de l’AfD par les autres partis », citée par 59 % des personnes interrogées.
L’extrême droite profite de sa mise à l’écart pour mettre en avant une pseudo-nouveauté et une victimisation qui mobilise celles et ceux qui rejettent l’existant. Une logique dont il est extrêmement difficile de s’extirper et qui est le moteur de ses triomphes à répétition.
L’effondrement du consensus néolibéral
Lundi 7 septembre, à Berlin. Le chancelier fédéral se dit « profondément choqué » par la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt. Mais pas de quoi changer son programme de réformes, qu’il entend continuer à mener jusqu’au bout. Avec plus de « pédagogie », bien sûr. Cet aveuglement, martelé devant le ministre président sortant de Saxe-Anhalt, laminé la veille, montre l’impasse dans laquelle s’enferment les partis traditionnels.
Une des parties du problème réside dans l’incapacité des partis de droite à sortir de leur idéologie néolibérale. La seule solution qu’ils peuvent avancer, ce sont des réformes de destruction de l’État social et de soutien au capital, en espérant qu’elles règleront tout. Mais ces réformes ne font qu’accroître les maux qu’elles sont censées éliminer.
Progressivement, ces partis apparaissent alors davantage comme un problème que comme une solution. Et, à mesure que la stagnation se renforce, ce rejet concerne aussi les milieux économiques et le petit patronat. En Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund a beaucoup insisté sur le soutien d’une grande partie du Mittelstand, le réseau des PME locales. Chez les indépendants, l’AfD enregistre un score de 52 %.
En réalité, la situation actuelle du capitalisme occidental ne laisse plus d’espace aux vieilles solutions néolibérales. La pression de la crise du pouvoir d’achat et de la crise écologique oblige à une fuite en avant et à un déni généralisé des problèmes, qui ne peut être porté que par des formations jugées neuves et par ailleurs prêtes à assumer la destruction qui l’accompagne.
Élections en Saxe-Anhalt : la CDU a perdu 111 000 voix par rapport au précédent scrutin de 2021, la majorité d’entre elles allant vers l’AfD et les partis de gauche
Transferts de voix au préjudice (ou au bénéfice en ce qui concernent les abstentionnistes) de la CDU−80 000−60 000−40 000−20 00020 000
30 000
−2 000
−7 000
−12 000
−18 000
−19 000
−83 000
Abstentionnistes
FDP
Die Linke
BSW
Verts
SPD
AfD
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En cela, le caractère violent et autoritaire de l’extrême droite est un atout, parce qu’il permet d’envisager de « briser le carcan » de la stagnation, là où les formations traditionnelles restent dans une logique de réformes. Bien sûr, la droite et le centre ont aussi durci leur discours et leurs actes et mènent aussi des politiques de plus en plus autoritaires, mais ils sont tributaires de leur bilan et vulnérables à la surenchère de l’extrême droite.
Un des leitmotivs de l’AfD en Saxe-Anhalt (comme ailleurs) a été le rejet de la CDU dans un espace général de gauche. L’AfD pourrait ainsi, promet-il, inverser la tendance et mener une authentique politique de droite capable de ramener prospérité et harmonie. Comme au printemps en Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, l’extrême droite a donc récupéré une grande partie de l’électorat conservateur et libéral. Selon Infratest, les trois quarts des pertes de la CDU par rapport à 2021 sont allés à l’AfD (dont un tiers des nouveaux électeurs viennent de la CDU et du parti libéral FDP).
Élections en Saxe-Anhalt : l‘AfD a gagné 288 000 voix par rapport au précédent scrutin de 2021, la majorité d’entre elles venant des abstentionnistes et de l’électorat de la CDU
Transferts de voix au bénéfice (ou au préjudice en ce qui concerne le BSW) de l’AfD50k100k150k
170k
83k
17k
12k
6k
2k
−2k
Abstentionnistes
CDU
FDP
Die Linke
SPD
Verts
BSW
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Dans ces conditions, le scrutin en Saxe-Anhalt ne peut qu’avoir un impact national. Friedrich Merz, qui avait promis de « diviser par deux » le score de l’AfD, a finalement divisé par deux celui de son propre parti. Au niveau national, la situation devient préoccupante après les mauvais résultats du printemps, en attendant ceux des scrutins du 27 septembre.
Le SPD a exigé de revoir le cours des réformes, ce qui n’est pas acceptable pour Friedrich Merz. Mais clairement, ce chancelier, le plus impopulaire de l’histoire du pays et qui ne sait faire rien d’autre que des réformes antisociales, est devenu un poids pour la CDU.
La grande coalition entre CDU, CSU bavaroise et SPD au pouvoir à Berlin devrait donc connaître des jours agités cet automne. La possibilité d’un remplacement de Friedrich Merz à la chancellerie, selon le schéma qui s’est produit au Royaume-Uni cet été, n’est plus impossible. L’ennui, c’est que Friedrich Merz n’est pas la cause du problème, il n’en est qu’un symptôme.
Face à la dynamique de l’AfD, les anciens grands partis de masse sont à court de solutions et en voie de marginalisation. C’est ce que l’élection de ce dimanche a confirmé et qui se constate dans de nombreux pays où l’extrême droite progresse.
À gauche, l’impuissance
Face à la poussée attendue de l’AfD, la gauche de Saxe-Anhalt avait joué la mobilisation. Mais l’effet a été extrêmement réduit. Car si les trois partis de cet espace (SPD, Die Linke et les Verts) ont progressé, ensemble, de 83 595 voix en cinq ans, ils reculent de 29,5 % des voix en 2021 à 26,8 %. Seul élément positif : les transferts de voix de la gauche vers l’AfD sont très réduits.
L’apport des abstentionnistes n’a pas été suffisant au regard du raz-de-marée AfD. La gauche n’a pas réussi à atteindre son électorat traditionnel, notamment les ouvriers, qui ont voté à 61 % en faveur de l’AfD. Il s’est réduit aux zones urbaines les plus aisées comme le centre de Magdeboug ou de Halle, où Die Linke parvient à remporter trois sièges directs.
Mais dans l’ensemble de ces villes, l’AfD reste devant avec plus de 30 % des voix. Et en zone rurale, elle est en voie de disparition. Dans la circonscription de Querfurt, où l’AfD obtient 52 % des voix, les trois partis de gauche totalisent 17,4 % des voix…
L’AfD gagne partout du terrain en Saxe-Anhalt, mais sa progression est moins forte dans les grandes villes
Évolution (en points) du vote pour le parti d’extrême droite entre les élections régionales de 2021 et de 2026+9+27
MagdebourgMagdebourgSaaleHalle-sur-SaaleHalle-sur-RoßlauDessau-RoßlauDessau-
Carte: MediapartSource: LandeswahlleiterinDonnées cartographiques: © GeoBasis-DE / LVermGeo ST dl-de/by-2-0 Créé avec Datawrapper
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La gauche n’est pas parvenue à capter le mécontentement populaire pour plusieurs raisons. D’abord, elle est considérée comme une force d’accompagnement, voire d’accélération, d’un monde moderne qu’une grande partie de la population rejette.
Ensuite, elle est souvent considérée comme coresponsable de la stagnation présente en raison de sa participation au pouvoir. Le SPD est en coalition avec la CDU dans le land et au niveau fédéral. Les Verts ont gouverné avec le SPD jusqu’en 2025 et sont impliqués dans le gouvernement de nombreux länder.
Même Die Linke, qui participe à certains gouvernements régionaux avec le SPD et les Verts (comme à Brême et dans le Mecklembourg) et qui a toujours défendu l’idée d’un « cordon sanitaire » contre l’AfD, ne parvient pas, malgré sa diabolisation par la CDU, et parfois le SPD, à se présenter comme opposante au système.À lire aussiAllemagne : en Saxe-Anhalt, l’extrême droite se nourrit de la crise économiqueUlrich Siegmund, l’homme qui a construit la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt
Finalement, le vote s’est dispersé selon des schémas tactiques entre Verts et Die Linke. Pour assurer l’entrée des Verts au Landtag et empêcher une majorité absolue de l’AfD, beaucoup d’électeurs et électrices ont partagé leurs votes : ils ont voté pour les Verts au scrutin de liste et pour Die Linke au scrutin majoritaire.
Les Verts n’obtiennent ainsi que 3,5 % au scrutin majoritaire, mais 8,9 % au scrutin de liste, tandis que Die Linke obtient 12 % au scrutin majoritaire et 8,6 % au scrutin de listes. Ce vote tactique dénote une vision défensive de l’électorat de gauche qui ne permet pas d’analyser les choix internes à la gauche de façon rationnelle.
Globalement, la gauche peine à avancer une stratégie et des propositions capables de briser la dynamique de l’extrême droite. Son enfermement dans une logique électorale réformiste la cantonne au statut de forces d’appoint pour une CDU qui, par ailleurs, continue à la combattre partout où c’est possible.
Élections en Saxe-Anhalt : au scrutin de liste, le SPD, les Verts et la BSW ont bénéficié d’un vote utile en leur faveur, au contraire de Die Linke
Vote pour chaque parti selon le type de scrutin
Scrutin
majoritaire
Scrutin
de liste10203040%
44,3%
43,8%
24,0%
17,2%
7,8%
9,3%
3,5%
8,9%
12,0%
8,6%
3,2%
5,3%
3,1%
2,6%
AfD
CDU
SPD
Verts
Die Linke
BSW
FDP
Le système électoral allemand est fondé sur deux votes totalement indépendants accordés à chaque électeur :
• Le premier (« Erststimme ») permet de voter pour un candidat dans le cadre d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour au niveau d’une circonscription. Le candidat qui a obtenu le plus de voix dans la circonscription est élu.
• Le second (« Zweitstimme ») permet de donner sa voix à une liste établie par un parti au niveau du Land. Les sièges sont alors répartis à la proportionnelle.
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Die Linke a, de plus, souffert de la persistance du vote en faveur de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) qui a obtenu 5,3 % des voix. Cette formation qui refuse le « cordon sanitaire » et joue avec les thèmes de l’extrême droite n’a pas réussi à freiner la performance de l’AfD comme le promettait jadis sa fondatrice. Elle a, en revanche, attiré une partie de l’électorat de gauche. 31 % de ses électeurs et électrices viennent de Die Linke, le reste de la CDU et des abstentionnistes principalement.
Au final, compte tenu de ses ambiguïtés, ce parti semble être une sorte de vote intermédiaire entre les partis traditionnels et l’AfD, mais qui ne règle aucun problème pour la gauche. Son rapport « ouvert » au parti d’extrême droite trahit le fait que la BSW se situe davantage dans cet espace nationaliste autoritaire que dans celui de la gauche. Tout se passe comme si la seule porte de sortie de la gauche était alors le rapprochement avec l’extrême droite.
Ces débats internes à la gauche et ses impasses électorales ne sont pas propres non plus à la Saxe-Anhalt et à l’Allemagne. Elles se développent partout face à la montée de l’extrême droite. Et partout, la gauche semble contrainte à rester sur la défensive et dans une impasse stratégique face à une extrême droite qui devient la traduction politique d’un mode de gestion du capitalisme qui s’assume comme destructeur, autoritaire et violent.