Présidentielle 2027 : à la Fête de « L’Humanité », Jean-Luc Mélenchon accentue la pression sur les autres forces de gauche
Le candidat LFI s’est livré à une démonstration de force et à un duel à distance avec Fabien Roussel, sur ce territoire traditionnel du PCF, et a tenté de convaincre de ses chances de l’emporter en cas de second tour face à Marine Le Pen.
Par Robin Richardot
Aujourd’hui à 05h30

La France insoumise (LFI) a sa nouvelle image pour inonder les réseaux sociaux ce week-end. Samedi 12 septembre, Jean-Luc Mélenchon prononçait son discours au stand LFI à la Fête de L’Humanité, dans l’Essonne, devant une foule ultracompacte qui débordait par milliers dans les allées du festival. « Depuis la Fête de “L’Humanité”, le peuple envoie un message : la victoire est à portée de main ! Nous sommes prêts. Soyez prêts », s’est félicité le leader « insoumis » en partageant la photo de ce rassemblement sur X.
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Pour le quadruple candidat à l’élection présidentielle, l’enjeu est de construire un contre-récit de victoire face à celui qui s’installe, notamment à gauche, le décrivant comme perdant forcément au second tour face à Marine Le Pen. « On ne pourra pas gagner avec deux tiers des Français qui ont peur de nous, qui nous rejettent, qui nous haïssent », a attaqué François Ruffin, le candidat de Debout !, samedi matin. « Cessez d’écouter les maîtres à pleurnicherie. Ce n’est pas vrai que nous avons perdu d’avance. Ce n’est pas par des gesticulations comminatoires qu’on va changer le rapport de force », a rétorqué Jean-Luc Mélenchon, mettant en avant la préparation du mouvement pour l’échéance à venir.
Tout au long du week-end, les « insoumis » ont donc diffusé leurs calculs de reports des voix pour galvaniser un peu plus leur électorat présent mais surtout tenter de rassurer les autres. Selon eux, si le taux de report du reste de la société vers Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle est le même que lors des élections législatives de juin 2024, « c’est 50-50 », a affirmé le tribun vendredi, interrogé sur scène par les journalistes de L’Humanité. Oubliant de préciser qu’entre-temps, les positions du mouvement sur les attaques du 7-Octobre en Israël et diverses polémiques ont pu entacher un peu plus l’image de LFI dans l’opinion publique.
Cette nouvelle démonstration de force était aussi une façon de marquer son territoire pendant un événement originellement marqué du sceau du Parti communiste français (PCF) mais où les « insoumis » s’imposent de plus en plus au fil des années. Les nombreux maillots de foot « Mélenchon 27 » croisés dans les allées étaient là pour en témoigner. « Traditionnellement, L’Huma est la fête du Parti communiste, mais les choses ont beaucoup changé », savourait le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard.
« Roussel n’est pas un camarade »
Le duel de popularité entre Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel avait déjà été lancé vendredi, quand l’intervention du patron de LFI à l’Agora avait attiré bien plus de monde que le débat entre le secrétaire national du PCF et le président du Medef, Patrick Martin, quelques heures plus tôt sur la même scène. Alors le lendemain, les « insoumis » n’étaient pas contre l’idée de refaire un peu d’ombre au meeting du représentant communiste, lui aussi candidat à la présidentielle, sur la grande scène du festival quelques minutes après M. Mélenchon. « Non, Roussel n’est pas un camarade », scandaient les militants LFI avant la prise de parole de leur candidat, alors que le mouvement reproche à Fabien Roussel d’avoir détourné les 400 000 voix nécessaires pour accéder au second tour en 2022.

Devant une foule malgré tout très conséquente (40 000 personnes selon les organisateurs), le maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) a déroulé un discours autour des salaires, du blocage des prix, des nationalisations et d’appels à la mobilisation populaire. « Tous ceux qui me parlent d’union, c’est maintenant que nous devons appeler à la seule union qui vaille, celle du peuple de France. C’est parce que nous serons unis dans les luttes que nous gagnerons aux élections demain », a lancé Fabien Roussel, devant une marée de drapeaux rouges, invitant les Français à se rassembler « sur les ronds-points, devant les préfectures et les ministères » dans les prochaines semaines. Il a par ailleurs redit devant les journalistes sa détermination à maintenir sa candidature jusqu’au bout pour la présidentielle.
D’union, il a été question pendant tout le week-end. Notamment chez la secrétaire nationale des Verts, Marine Tondelier, qui maintient sa ligne – et sa candidature – malgré le peu d’enthousiasme des autres forces de gauche pour l’instant. Mais l’écologiste s’est surtout fait remarquer pour ses railleries envers le concurrent socialiste à la primaire du pôle social-démocrate, Olivier Faure. « On ne sait pas combien de temps il sera candidat », s’est-elle moqué, en référence à la position de François Hollande, en embuscade.
Présidentielle 2027 : le « trou de fourmi » de François Hollande, déjà en campagne
L’ancien président avait d’ailleurs boudé la Fête de « L’Humanité », lui préférant la Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire) ce week-end. Un clin d’œil de l’histoire puisque c’est là-bas que son ancien ministre, Arnaud Montebourg, avait lancé la fronde contre François Hollande en 2014. « L’idée n’est pas d’annoncer une candidature mais un projet qui peut mobiliser largement pour faire que les Françaises et les Français aient un choix, pas simplement une obligation d’écarter » un candidat, a-t-il expliqué à la presse.
Pendant le discours de Marine Tondelier, un rapprochement s’opérait en revanche au stand juste à côté, celui du parti Génération.s. Son représentant, le député des Yvelines Benjamin Lucas-Lundy, recevait Manuel Bompard pour un débat qui n’en avait que le nom, tant le coordinateur de LFI a listé tous les points programmatiques partagés avec le parti écologiste. « Pour moi les conditions sont posées pour faire campagne ensemble », a tendu la main l’« insoumis », que son interlocuteur semblait bien prêt à saisir. En 2022, Génération.s avait été le premier parti à tisser un accord avec La France insoumise pour les législatives, ouvrant ainsi la voix à la NUPES (Nouvelle union populaire écologique et sociale) et à l’union de toute la gauche.
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