Après une réunion de la dernière chance au ministère, la psychiatrie hospitalière en grève

Frédéric Haroche

17 septembre 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/après-réunion-dernière-chance-au-2026a1000yps?ecd=wnl_all_260917_jim_daily-doctor_etid8701859&uac=368069PV&impID=8701859&sso=true

Six jours après avoir été reçues par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, quatre organisations représentant les psychiatres hospitaliers appellent à la grève ce jeudi 17 septembre. Elles dénoncent une crise structurelle de la psychiatrie publique et réclament un plan pluriannuel de redressement.

La psychiatrie publique française est-elle arrivée à un point de rupture ? C’est en tout cas le constat dressé par les quatre organisations syndicales qui appellent à la grève ce jeudi 17 septembre : le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (IDEPP), le Syndicat des psychiatres d’exercice public (SPEP) et l’Union syndicale de la psychiatrie (USP).

Dans un communiqué commun, ces organisations martèlent que la psychiatrie publique « traverse une crise profonde qui s’aggrave d’année en année ». Elles dénoncent notamment le manque de praticiens, la réduction des capacités d’hospitalisation, la saturation des centres médico-psychologiques (CMP), mais aussi l’accumulation de nouvelles missions confiées à des équipes déjà sous tension.

Du bureau du ministre au pavé de l’avenue de Ségur

Le 10 septembre, les quatre organisations avaient pourtant été reçues au ministère de la Santé par Stéphanie Rist qui tentait ainsi de désamorcer la crise. Pour l’USP, le rendez-vous n’a cependant pas permis de dissiper la colère. Dans son compte rendu, le syndicat affirme avoir exposé à la ministre « l’extrême précarité de la psychiatrie publique » et, par conséquent, celle « des patients qui y sont en soins et des professionnels qui y travaillent ».

Les représentants syndicaux disent avoir décrit leur incapacité à répondre à la demande de soins « dans des conditions dignes et humaines », en raison notamment de la hausse des files d’attente, de la diminution du nombre de praticiens, de la fatigue des personnels et de la dégradation des conditions de soins, alors que les contraintes se multiplient, notamment celle de l’objectif « zéro contention » à l’horizon 2030.

Autre sujet de tension : l’utilisation des financements consacrés à la psychiatrie. L’USP affirme avoir alerté la ministre sur le risque de voir des crédits destinés à la psychiatrie être utilisés pour compenser les déficits d’autres secteurs hospitaliers. Selon le syndicat, Stéphanie Rist n’aurait pas pu garantir que les budgets de psychiatrie excédentaires au niveau d’un établissement ne soient pas absorbés par celui-ci.

Sur les effectifs, le ministère aurait mis en avant l’augmentation du nombre de postes d’internes (554 postes d’internes ont été ouverts l’année dernière) et le fait que le nombre d’infirmiers en pratique avancée formés en psychiatrie progresse. Elle reconnaîtrait néanmoins que « le nombre de psychiatres est insuffisant » et que l’accès aux professionnels reste difficile. 

Mais pour les syndicats, ces mesures ne répondent pas à l’urgence. « Ça nous projette à cinq ans», résume ainsi Delphine Glachant, représentante de l’USP. En outre, les syndicats évaluent à 30 % la proportion de postes de praticiens hospitaliers non pourvus et estiment à environ 10 000 le déficit de lits d’hospitalisation. Ils évoquent également 15 % de postes d’internes restés vacants et une activité en hausse dans les structures ambulatoires. 

Les CMP concentrent une partie importante des difficultés. Plus de deux millions de patients y seraient suivis, tandis que les listes d’attente « s’allongent de manière préoccupante », selon les représentants des psychiatres. 

Pour les syndicats, la crise ne se résume toutefois pas à une question de démographie médicale. Ils dénoncent également la vétusté de certains locaux et équipements, l’insuffisance des financements et l’augmentation des missions confiées à la psychiatrie publique, notamment la prise en charge de personnes « radicalisées » qui illustrerait une aggravation du rôle de « contrôle social » de la psychiatrie hospitalière

Cette mobilisation, qui prendra notamment la forme d’une manifestation sous les fenêtres du ministre, intervient alors que la santé mentale demeure présentée par les pouvoirs publics depuis Michel Barnier comme une priorité nationale et une « Grande cause nationale »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire