Conférence nationale sur le handicap : pour un véritable statut, les AESH repasseront
L’hypothèse d’un statut de fonctionnaires pour les 140 000 chevilles ouvrières de l’école inclusive semble s’éloigner chaque jour davantage. Emmanuel Macron, lors de la 7e conférence nationale du handicap, n’en a pas dit mot, alors que des négociations ont lieu depuis des mois sur le sujet.
4 septembre 2026 à 20h17 https://www.mediapart.fr/journal/france/040926/conference-nationale-sur-le-handicap-pour-un-veritable-statut-les-aesh-repasseront?utm_source=quotidienne-20260904-183843&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260904-183843&M_BT=115359655566
LesLes organisations syndicales défendant les accompagnantes d’enfants en situation de handicap (AESH) sont littéralement restées à la porte, vendredi 4 septembre à Bobigny (Seine-Saint-Denis), de la 7e conférence nationale sur le handicap présidée par Emmanuel Macron. « Nous nous sommes fait refouler car nous n’étions pas invitées, alors même que nous vivons la réalité de l’inclusion au quotidien dans nos classes », s’indigne Aurélie Gagnier, secrétaire nationale du FSU-Snuipp, qui syndique ces personnels.
Tout un symbole, alors qu’est engagée depuis des mois une négociation tendue sur la possibilité de créer un nouveau statut de fonctionnaires (de catégorie B), afin de déprécariser les quelque 140 000 AESH qui accompagnent les enfants porteurs de handicap dans les établissements scolaires français. Des femmes en grande majorité, peu ou pas diplômées, peu formées et mal payées, qui constituent, à rebours de plusieurs pays européens, le principal outil en faveur de l’inclusion scolaire à la française.

« C’est un véritable renoncement, rien n’a été dit sur le sujet du statut, constate Elena Blond, spécialiste de la question au sein de la CGT-Éduc’action et qui a guetté, en vain, une annonce présidentielle tout au long de la journée. Comme si le seul problème de la France sur le handicap, c’était l’accessibilité : mais c’est une blague ! »
En janvier 2026, une première proposition de loi visant à faire des AESH des fonctionnaires d’État a été rejetée au Sénat, alors que s’enlisaient déjà les discussions ministérielles. Le 9 juin, une grève s’est tenue dans toute la France, autour de la revendication phare du statut. Lors de la conférence de presse de rentrée du ministère de l’éducation nationale, le 24 août, Édouard Geffray a évoqué le sujet, avant de renvoyer la patate chaude et d’éventuelles annonces à la conférence nationale sur le handicap de vendredi.
Prolétariat
Mais Emmanuel Macron, dans son discours, s’est contenté de propos très généraux sur l’école inclusive. De fait, le bilan chiffré n’est pas mauvais et pouvait suffire à habiller la communication. Malgré de grandes difficultés de recrutement, les différents gouvernements ont triplé le nombre d’AESH depuis 2017. Quant au nombre d’enfants porteurs de handicap accueillis en milieu « ordinaire », il a bondi de 62 % depuis neuf ans, un vrai changement d’échelle sur l’inclusion scolaire.
« Il faut le reconnaître, il y a une réelle montée en charge, confirme Isabelle Vuillet, cosecrétaire générale de la CGT-Éduc’action. Mais sans accompagnement budgétaire à la mesure de cette hausse, cela s’est fait au prix d’un saupoudrage. »En effet, très rares aujourd’hui sont les enfants à pouvoir bénéficier d’une AESH à temps complet ou même à mi-temps, ces personnels « mutualisant » leur temps de travail entre quatre, cinq ou six élèves, parfois bien plus. Depuis peu, elles peuvent également travailler à la fois sur l’école primaire, le collège et le lycée, en dépit des problématiques spécifiques à chaque tranche d’âge.
« Ma collègue, cette rentrée, a douze élèves en charge, décrit Anne, AESH dans le Rhône. Dans ces conditions, il faut faire le deuil de la qualité. Si on sert juste à garder des élèves pour que les enseignants n’aient pas à s’en occuper, il faut le dire… »
Sans elles, l’école ne peut plus fonctionner ! Les AESH représentent un tiers des personnels, c’est le deuxième métier de l’éducation nationale aujourd’hui.
Frédéric Grimaud, enseignant et chercheur
Outre cette frustration professionnelle décrite par Anne, les AESH constituent de manière évidente une forme de prolétariat de l’éducation nationale. Même si, depuis 2023, elles peuvent passer en CDI après trois ans de CDD, cela n’a pas mis fin aux « contrats à temps incomplet imposés », comme le rappelle la chercheuse Adélaïne Simonnet dans un article consacré « à la construction de la non-qualification » de cette catégorie socioprofessionnelle.
« En 2022-2023, le temps de travail moyen des AESH en France est de 63 %, soit une rémunération nette moyenne de 900 euros par mois […]. l’État reconnaît l’utilité sociale de ces personnels tout en s’abstenant de la traduire en qualification effective (statut, rémunération, diplôme) », écrit la doctorante en sociologie.
« Elles vivent quasiment toutes en dessous du seuil de pauvreté, complète Frédéric Grimaud, professeur des écoles et docteur en sciences de l’éducation, auteur de l’ouvrage L’École inclusive, une promesse trahie. Et pourtant, sans elles, l’école ne peut plus fonctionner ! Les AESH représentent un tiers des personnels, c’est le deuxième métier de l’éducation nationale aujourd’hui. »
Un constat qui n’a pas échappé à l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), qui a publié un rapport en janvier 2026. « Les accompagnantes […] restent marginalisées : mal intégrées au collectif éducatif, souffrant d’une optimisation de la gestion de leur temps de travail (vingt-quatre heures en moyenne), faiblement rémunérées, elles sont fortement en demande de reconnaissance, de formation et de stabilité pour l’exercice de leur métier, auquel elles sont attachées. »
Les conséquences pour les enfants y sont également décrites noir sur blanc : « Chaque année, en moyenne, 10 % des enfants notifiés restent sans accompagnement humain et, plus globalement, la gestion des affectations d’aide humaine en cours d’année est sous tension, peu lisible au regard des besoins de l’enfant et mal comprise des familles. »
Un changement de modèle, mais à moindre coût ?
L’IGESR écarte cependant « l’hypothèse d’une fonctionnarisation des AESH à missions équivalentes », une position qui rejoint, ou alimente, celle du ministère, qui parle désormais d’un possible nouveau métier « d’assistant inclusion »ou de « conseiller inclusion », à Bac +3, et chargé de missions nouvelles, un statut auquel pourraient prétendre environ 20 % des AESH actuelles.
Bien trop peu pour résorber l’immense précarité dans laquelle pataugent la majorité d’entre elles. « L’enjeu est bien entendu d’abord budgétaire, critique Isabelle Vuillet. Le gouvernement ne veut pas mettre l’argent nécessaire à une meilleure rémunération, par l’instauration d’une grille basée sur le point d’indice des agents publics. »
Dans son rapport, l’inspection générale évoquait également l’affirmation d’une « nouvelle ligne stratégique » dans la réponse « structurelle » aux difficultés rencontrées par les enfants, leurs familles et les enseignant·es. En clair, en finir avec les mesures individuelles de « compensation » – comme le fait d’adjoindre une AESH à un·e enfant – et favoriser « l’accessibilité pédagogique » de l’école pour toutes et tous.
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Emmanuel Macron a creusé cette voie, depuis la tribune de Bobigny, parlant d’une « formation enseignante aux pédagogies accessibles à tous » renforcée dès cette année, sans donner aucun chiffrage. Mais là encore, les écueils sont nombreux. Les possibilités de remplacement d’abord, réduites à la portion congrue, et qui favorisent une forme d’autocensure des professeur·es désireux et désireuses d’améliorer leurs pratiques mais qui peinent à l’idée de laisser tomber leurs classes.
Frédéric Grimaud pointe, lui, une forme de « contradiction », jamais assumée par le ministère : « Toute notre formation s’est recentrée ces dernières années sur les fondamentaux, dans le cadre d’un apprentissage de plus en plus normalisé. Dans le même temps, on nous parle de changer nos pédagogies pour s’adapter aux besoins spécifiques de chaque élève. » L’enseignant et chercheur plaide au contraire pour un « changement profond de la culture professionnelle », afin de mener une politique d’inclusion véritable : « Pour ça, la formation doit partir du terrain, des salles de classe, de nos enjeux professionnels et des besoins des enfants, et pas de bonnes pratiques venues d’en haut. »
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Handicap : Emmanuel Macron annonce un train de mesures qui laissent les associations sur leur faim
Si le président de la République a, lors de la Conférence nationale du handicap qui s’est tenue vendredi, défendu son bilan et réaffirmé l’objectif de l’accessibilité universelle, les acteurs du secteur déplorent l’absence de nouveaux moyens et l’insuffisance des contrôles et des sanctions.
Par Anne-Aël Durand
Publié hier à 19h32, modifié hier à 20h19 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/04/handicap-emmanuel-macron-annonce-un-train-de-mesures-qui-laissent-les-associations-sur-leur-faim_6765848_3224.html
« Je souhaite que le mouvement enclenché ces dernières années soit inarrêtable. (…) Je ferai tout pour qu’on ne recule pas », a promis Emmanuel Macron, en clôture de la Conférence nationale du handicap (CNH), vendredi 4 septembre, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Le président assistait pour la dernière fois à ce rendez-vous qui définit, tous les trois ans, les politiques du secteur. L’occasion de souligner son bilan, et de réaffirmer l’objectif de l’accessibilité universelle – « nous n’y sommes pas encore », reconnaît-il – davantage que d’engager de grands chantiers.
Le chef de l’Etat a appelé à « mesurer le chemin parcouru » depuis 2017 : la scolarisation de 550 000 élèves en situation de handicap, en hausse de 62 %, la déconjugalisation et la revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH), la baisse du taux de chômage des personnes en situation de handicap, passé de 17,8 % en début de mandat à 11,5 % en 2025, le financement intégral des fauteuils roulants depuis fin 2025…
Alors son mandat prendra fin au printemps 2027, le président a assuré qu’il resterait mobilisé « jusqu’au dernier quart d’heure » en présentant des « axes d’efforts », déclinés en 65 mesures. En premier lieu, une stratégie sur l’accessibilité définie jusqu’en 2029, avec des dispositions concrètes, comme des télécommandes pour les feux sonores, la mise en conformité de 100 % des 250 démarches numériques essentielles avant fin 2026 (seuls 7 % l’étaient en janvier 2026) ou encore un « nouvel accompagnement » pour rendre les commerces accessibles, alors que moins de la moitié l’est aujourd’hui et qu’une campagne de contrôle a été entreprise en 2025. Concernant l’insertion professionnelle, 20 000 emplois accompagnés seront financés pour 2028. Une filière doit être structurée pour soutenir l’innovation dans le champ de l’autonomie. Enfin, une nouvelle stratégie nationale pour l’autisme, centré sur le diagnostic précoce et l’accompagnement des adolescents et adultes, notamment en situation complexe, est annoncée pour 2027-2032, alors que d’autres chantiers engagés, sur l’école ou la santé, sont poursuivis.
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Les associations et acteurs participants aux tables rondes ont souligné l’urgence d’une société réellement accessible, avec des contrôles et sanctions. « L’inaccessibilité est un délit, pourquoi faudrait-il encore convaincre de la nécessité de la sanctionner ? », s’est indigné Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées, qui demande l’achèvement de la transformation de l’école, l’accès effectif aux soins, l’accélération de la désinstitutionnalisation (soit la fin du placement des personnes en situation de handicap dans des établissements spécialisés) et une concertation accrue, dans chaque domaine, des personnes concernées afin de « passer d’une participation potiche à une coconstruction réelle ».
Réécrire la définition
Les associations avaient été invitées à des groupes de travail thématiques en préparation de la CNH. Selon le président du Collectif handicaps, Arnaud de Broca, « les mesures sont décevantes par rapport aux échanges qu’on a eus ». Il affirme par ailleurs ne pas attendre beaucoup d’une « conférence de fin de quinquennat, sans véritables moyens ».
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Cette contrainte budgétaire n’épargne pas les collectivités. « L’Etat ne peut pas affirmer que l’apprentissage et la formation des personnes en situation de handicap sont une priorité et en même temps réduire les budgets des pactes régionaux d’investissement dans les compétences », a taclé Sandrine Chaix, vice-présidente (Les Centristes-Le Nouveau Centre) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, alors que le président du groupe de travail autonomie et handicap de Départements de France, Marc Fleuret, s’est inquiété que « la traduction légitime des droits se transforme en transfert silencieux des charges vers les collectivités ».
L’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei), qui représente les proches de personnes avec des déficiences intellectuelles et gère des établissements médico-sociaux, a aussi regretté une CNH « purement symbolique » faute de « chiffrage financier ». Son président, Luc Gateau, a critiqué le« manque de précision » des mesures annoncées, dont « certaines étaient déja prévues par la CNH 2023 », et déplore des travaux « renvoyés à des réflexions futures ».
A contrario, APF France Handicap s’est réjoui qu’Emmanuel Macron ait entendu sa « revendication majeure » en engageant un chantier sur l’aide humaine, dont les difficultés ont été pointées en juin dans une décision-cadre du Défenseur des droits. L’association d’autoreprésentants CLE-autismes, qui participait pour la première fois à la CNH, a salué l’ouverture d’une réflexion sur la protection juridique des majeures, et le souhait de la ministre déléguée au handicap, Camille Galliard-Minier, de modifier la définition du handicap inscrite dans la loi de 2005. Elle souhaite se rapprocher de celle de l’Organisation des Nations unies, adoptée en 2007, qui insiste sur l’interaction entre une personne et son environnement, plutôt que sur ses limitations médicales. La ministre n’a pas précisé la forme ou le calendrier de cette réécriture très attendue, qui faisait l’objet d’une proposition de loi déposée en juin par les députés Sébastien Peytavie (Génération. s) et Christine Le Nabour (Renaissance).
« Cette question de définition est capitale », apprécie Violette Viannay, vice-présidente du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), « satisfaite » que la CNH prévoie des stratégies au-delà de l’échéance de 2027. « Il y aura un nouveau président, mais les mesures seront là, avec un programme interministériel, cadré, que les ministres soient de droite, de gauche ou du centre. » La feuille de route et le calendrier de chaque ministère seront définis lors d’une réunion présidée par Camille Galliard-Minier, le 29 septembre.
Voir aussi:
Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.
Par Public Sénat
Temps de lecture :
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Publié le 04/09/2026 à 16:35 https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/fauteuils-roulants-prestations-sociales-ecole-inclusive-accessibilite-quel-est-le-bilan-demmanuel-macron-en-matiere-de-handicap
Mis à jour le 04/09/2026 à 16:40
Il en avait fait l’une des priorités de son premier quinquennat. Emmanuel Macron a présidé ce vendredi, à Bobigny, la 7e Conférence nationale du handicap (CNH). Organisée tous les 3 ans, l’événement a pour objectif de fixer le cap des politiques publiques dans le domaine du handicap.
Le chef de l’Etat a appelé à « construire une société pleinement accessible », espérant que « l’inclusivité » soit « au cœur de cette campagne présidentielle » (lire notre article pour en savoir plus).
Mais après deux quinquennats, quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ? Des progrès ont été réalisés, mais il reste du travail pour arriver à une société pleinement inclusive. « En dix ans, certains sujets ont progressé, mais la vie des personnes handicapées n’est pas fondamentalement meilleure », estime auprès de l’AFP Arnaud de Broca, président du collectif Handicaps, qui regroupe une cinquantaine d’associations.
Combien de personnes ?
La France compte plusieurs millions de personnes en situation de handicap. Les chiffres varient beaucoup, selon les critères pris en compte. « Au total, en France, le nombre d’enfants et d’adultes handicapés (de 5 ans ou plus), qu’ils vivent à domicile ou en établissement, varie de 5,7 millions à 18,2 millions de personnes selon la définition utilisée », explique sur son site la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). « En 2022 en France métropolitaine, 14,5 millions de personnes de 15 ans ou plus (28 %) vivant à domicile déclarent avoir au moins une limitation fonctionnelle sévère (des problèmes de vue ou d’audition malgré une correction, des difficultés pour monter un escalier, des trous de mémoire fréquents, etc.) et 5,4 millions (10 %) déclarent être fortement restreintes dans des activités essentielles du quotidien », précise encore la Drees.
Selon la Fondation de France, « 12 millions de personnes sont en situation de handicap(s). Au-delà du handicap moteur, le plus visible, 80 % sont des handicaps « invisibles » : difficultés sensorielles, psychiques, mentales et/ou cognitives. En outre, on compte plus de 8 millions d’aidants, des proches qui soutiennent une personne de leur entourage », souligne la fondation.
Remboursement intégral des fauteuils roulants
En matière de handicap, l’une des mesures phares d’Emmanuel Macron est le remboursement intégral des fauteuils roulants, en décembre 2025. Une mesure réclamée de longue date par les associations et dont ont déjà bénéficié plus de 280.000 personnes, selon des données officielles.
Réforme des prestations sociales pour renforcer l’autonomie
Côté prestations sociales, elles ont été réformées pour renforcer l’indépendance des personnes handicapées. Le mode de calcul de l’Allocation adulte handicapé (AAH) a ainsi été revu. Depuis octobre 2023, les revenus du conjoint ne sont plus comptabilisés pour fixer l’AAH. C’est la déconjugalisation de l’AAH.
Le gouvernement a aussi élargi les critères d’obtention de la Prestation de compensation du handicap (PCH) et mis en place l’octroi de droits à vie pour ceux dont le handicap est irréversible.
Depuis janvier 2023, la PCH a ainsi évolué avec des nouveaux forfaits surdicécité, un nouveau domaine d’activités qui facilite l’accès à l’aide humaine aux personnes atteintes d’un handicap mental, cognitif, psychique ou d’un trouble du neurodéveloppement (TND). Par ailleurs, l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), l’AJPA (allocation journalière du proche aidant) ou encore la pension d’invalidité ont été revalorisées.
Une école plus inclusive, mais un manque d’AESH
L’école inclusive a progressé ces dernières années. Sous Emmanuel Macron, le nombre d’enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire a fortement augmenté, de 320.000 en 2017 à plus de 550.000. En 2024, ils représentent 4,15 % des élèves en milieu ordinaire, soit plus de 1 sur 25. Une progression qui avait commencé auparavant. En 2006, on ne comptait que 155.000 enfants en situation de handicap à l’école.
Pour faciliter, voire permettre dans certains cas, cette scolarisation, le nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), qui aident les élèves, a progressé, pour atteindre le chiffre de 140.000. Mais le sujet reste en réalité un point noir. Chaque année, il en manque beaucoup. À la rentrée 2025, 48.000 élèves n’avaient pas d’AESH, sur 352.000 enfants qui y avaient droit. Un chiffre qui avait ensuite été réduit en début d’année. Par ailleurs, c’est une profession mal payée, généralement occupée par des femmes et marquée par une forte précarité.
Malgré les avancées, des associations dénoncent des accompagnements incomplets, des scolarisations à temps partiel, ce qui peut mettre en difficulté les parents, dont certains doivent arrêter de travailler, ou encore des enseignants non formés…
Emploi : des progrès lents
Côté emploi, des mesures d’aide à l’apprentissage et à l’embauche des personnes handicapées ont contribué à soutenir leur emploi. Le taux de chômage des personnes handicapées atteint environ 12 % en 2024 contre 19 % en 2017, ce qui reste toutefois cinq points de plus que pour l’ensemble de la population, selon l’association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph).
Dans un rapport publié début 2026, la Cour des comptes jugeait la politique en faveur de l’emploi des personnes handicapées insuffisante, pointant notamment des « mesures disparates » et une « absence de vision ». Selon l’Elysée, un des engagements attendu vendredi est de permettre de choisir son emploi et de développer ses compétences professionnelles.
Manque de places dans les établissements du secteur médico-social
Les manques en la matière sont importants. Des enfants se retrouvent sur liste d’attente pour intégrer des établissements du secteur sanitaire et médico-social car les majeurs ne les quittent pas, faute de place ailleurs. En l’absence de solution, certaines familles se rendent en Belgique pour trouver une place en établissement.
Pour pallier ce déficit de places, le gouvernement avait annoncé, lors de la dernière CNH, la création de 50.000 solutions d’ici 2030 pour des enfants et des adultes sans réponse adaptée à leurs besoins (nouvelles places, soutien à domicile, etc.). En janvier 2026, environ 18.300 solutions étaient déjà opérationnelles, selon le gouvernement. « 50.000 solutions c’est très loin de l’ensemble des besoins et on avance lentement », regrette cependant Luc Gateau, président de l’Unapei.
Accessibilité : encore beaucoup de progrès à faire
Là encore, beaucoup reste à faire, que ce soit dans les transports, le logement, les loisirs. Le gouvernement a lancé en 2023 un fonds doté d’1,5 milliard d’euros pour rénover les lieux publics. Selon les derniers chiffres officiels, 900.000 établissements recevant du public (mairies, préfectures…) étaient conformes, sur près de deux millions.
(avec AFP)