Soins dentaires, transports, et maintenant les kinés.

ÉDITORIAL. Kinés moins remboursés ? Le piège du court terme

Publié le 24/08/2026 à 06:31 https://www.ladepeche.fr/2026/08/24/editorial-kines-moins-rembourses-le-piege-du-court-terme-13516346.php

Article rédigé par  Philippe Rioux

Philippe Rioux

Journaliste éditorialiste

À quelques semaines du débat parlementaire sur le projet de loi de finances – nouvel Himalaya à franchir pour doter la France et la Sécurité sociale d’un budget –, on assiste à un festival de propositions pour trouver des économies dans les dépenses de l’État, dont les comptes sont plombés par un déficit de 106,8 milliards d’euros au premier semestre 2026 et une dette publique de 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, au premier trimestre.

Autant de ballons d’essai lancés à coups de tribunes et d’interviews pour prendre le pouls d’une opinion qui n’en demande pas tant. Autant de pistes d’économies et de coups de rabot potentiels dont l’accumulation finit par devenir anxiogène. Sébastien Lecornu l’a bien compris. « Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse de l’impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! », a dénoncé le Premier ministre sur X. Tout en ajoutant que « le budget pour 2027 est encore en préparation » et que « les véritables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises, en transparence ». De quoi, évidemment, relancer la machine à hypothèses…

L’une d’elles, pour le coup pas démentie, commence à inquiéter les Français : la menace d’un moindre remboursement de leurs séances de kiné. Elle figure dans les « propositions de l’Assurance Maladie pour 2027 », un rapport de 337 pages qui passe au peigne fin les dépenses de santé pour tenter d’en améliorer à la fois la qualité et la maîtrise.

Le diagnostic de départ est assez paradoxal. Les dépenses de kinésithérapie ont atteint 7,1 milliards d’euros en 2025 et progressent d’environ 4 % par an depuis dix ans. Les effectifs de kinés libéraux ont, eux, augmenté de 37 % depuis 2015. Pourtant, les revenus moyens de ces professionnels ont quasiment stagné et l’offre reste très mal répartie sur le territoire. Dans le même temps, le nombre moyen de séances par patient augmente et varie fortement d’un département à l’autre.

L’Assurance maladie va-t-elle freiner les remboursements des séances de kiné ? La profession réplique : « si la démarche est exclusivement comptable, ce sera au détriment des patients »

L’Assurance maladie pointe du doigt la hausse des montants dépensés pour des soins en kinésithérapie, de 4 % par an depuis 2015.
  • L’Assurance maladie pointe du doigt la hausse des montants dépensés pour des soins en kinésithérapie, de 4 % par an depuis 2015. DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Publié le 24/08/2026 à 06:35 , mis à jour à 07:28 https://www.ladepeche.fr/2026/08/24/lassurance-maladie-va-t-elle-freiner-les-remboursements-des-seances-de-kine-la-profession-replique-si-la-demarche-est-exclusivement-comptable-ce-sera-13515869.php

Article rédigé par  Mathilde Luczak

Mathilde Luczak

Journaliste

La Dépêche du Midi

En 2025, les dépenses de kinésithérapie ont atteint 5,3 milliards d’euros pour l’Assurance maladie, soit une hausse annuelle moyenne de 4 % sur dix ans. Face à cette augmentation, un rapport propose de limiter les remboursements par un plafonnement des séances ou des forfaits. Les kinésithérapeutes s’inquiètent des impacts pour les patients les plus fragiles.

En dix ans, les dépenses de kinésithérapie ont augmenté en moyenne de 4 % par an. En 2025, elles ont atteint 5,3 milliards d’euros pour l’Assurance maladie. Dans son rapport adressé au ministère chargé de la Sécurité sociale pour 2027, l’organisme entend agir sur ce poste de dépenses, alors qu’il cherche plusieurs milliards d’euros d’économies pour les comptes sociaux.

Plusieurs phénomènes expliquent cette hausse, à commencer par l’augmentation du recours aux soins et une intensification des prises en charge. En parallèle, le nombre de kinésithérapeutes a fortement progressé en dix ans, avec 84 500 professionnels en 2025, soit 37 % de plus qu’une décennie auparavant.

À lire aussi : TEMOIGNAGES. Kiné : « Si le remboursement baisse, je ne pourrai plus me soigner », « trop de séances inutiles » : les patients partagés entre économies et nécessité

Plafond, forfait ou tarif dégressif : ce qui pourrait changer

L’idée défendue dans le rapport serait de sortir progressivement du modèle actuel où une séance réalisée correspond à une séance remboursée. Plusieurs scénarios sont avancés : définir un nombre de séances remboursables en fonction de certaines pathologies, faire diminuer le tarif pris en compte au fil de la rééducation ou encore instaurer des forfaits pour certaines prises en charge.

Il ne s’agit toutefois pas, à ce stade, d’une baisse générale décidée des remboursements. Mais pour les patients qui suivent une rééducation longue, la question est néanmoins loin d’être anodine. Une fois un éventuel plafond atteint, le remboursement pourrait être réduit ou interrompu selon le dispositif retenu.

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« Les patients sont de plus en plus chroniques »

Les kinésithérapeutes reconnaissent l’augmentation des dépenses mais refusent de l’assimiler à une dérive de leurs pratiques. « Nous prenons en charge des patients de plus en plus chroniques », déclare Thomas Prat, Vice-président à la vie conventionnelle et aux relations avec l’Assurance Maladie pour la Fédération Française des Masseurs Kinésithérapeutes Rééducateurs (FFMKR), n’oubliant pas de préciser que le vieillissement démographique a un effet évident sur cette hausse. Autre facteur avancé : le transfert d’une partie des soins de l’hôpital vers la ville. « Les patients sortent plus vite et plus tôt et évidemment, ils ont plus besoin de soins, et nous, kinésithérapeutes, on répond à ce besoin », explique-t-il.

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La profession conteste également l’idée selon laquelle la progression de la dépense profiterait directement aux kinésithérapeutes. Selon les données évoquées par l’Assurance Maladie, les revenus par kiné n’auraient progressé que de 0,6 % en dix ans. Mais en prenant en compte l’inflation et les charges des cabinets ayant augmenté « d’environ 20 % », selon Thomas Prat, les professionnels enregistrent une perte nette de pouvoir d’achat.

L’idée d’un plafonnement des séances crispe le secteur

Dans ces conditions, ils se disent prêts à discuter de la pertinence des soins, mais à la condition que la réforme ne se traduise pas par une nouvelle contrainte économique pour eux et pour le client vulnérable. « En revanche, si la démarche est exclusivement comptable, ce sera au détriment des patients comme des praticiens », alerte le délégué syndical.

La piste d’un plafonnement du nombre de séances suscite particulièrement les réserves des professionnels : « Les patients qui ont des prises en charge longues, c’est précisément les patients qui sont le plus âgés, les plus fragiles ou les plus dépendants. » La profession ne ferme toutefois pas la porte aux forfaits. « Il existe certaines pathologies neurologiques pour lesquelles une rééducation intensive sur une période courte peut être plus efficace qu’un suivi dilué sur l’année. »

Reste désormais à savoir quelles propositions seront retenues pour 2027. Pour Thomas Prat, la priorité devrait être donnée à la prévention à domicile ou en entreprise. « Chaque euro investi dans la prévention évite des dépenses de santé bien plus lourdes plus tard, même si cela ne se voit pas immédiatement dans les bilans à court terme de la Sécurité sociale. »

TEMOIGNAGES. Kiné : « Si le remboursement baisse, je ne pourrai plus me soigner », « trop de séances inutiles » : les patients partagés entre économies et nécessité

La Sécurité sociale a remboursé 5,3 milliards d'euros de soins chez le kinésithérapeute en 2025, soit une hausse de 4% par an depuis dix ans.
  • La Sécurité sociale a remboursé 5,3 milliards d’euros de soins chez le kinésithérapeute en 2025, soit une hausse de 4% par an depuis dix ans. Pexels – moona.lt   

Publié le 24/08/2026 à 06:16 , mis à jour à 11:49 https://www.ladepeche.fr/2026/08/24/temoignages-kine-si-le-remboursement-baisse-je-ne-pourrai-plus-me-soigner-trop-de-seances-inutiles-les-patients-partages-entre-economies-et-necessite-13515640.phpj

Article rédigé par  Mathilde Luczak

Mathilde Luczak

Journaliste

La Dépêche du Midi

La question de la limitation du nombre de séances de kinésithérapie ou celle de son remboursement comme aujourd’hui divise les lecteurs de La Dépêche du Midi. Certains craignent que la réduction des remboursements rende les soins inaccessibles et isole les personnes vulnérables. D’autres appellent à un meilleur encadrement des séances pour éviter les abus et garantir la qualité des soins.

Faut-il limiter le nombre de séances de kinésithérapie ou revoir leur mode de remboursement pour réduire la facture de l’Assurance maladie ? Alors que la Sécurité sociale cherche à réaliser des économies, plusieurs pistes sont actuellement étudiées pour faire évoluer la prise en charge des soins chez le kiné. Parmi les solutions envisagées figurent notamment une limitation du nombre de séances pour certaines pathologies ou encore une nouvelle manière de rémunérer les kinésithérapeutes, avec des soins qui pourraient être davantage pris en charge sous forme de forfaits.

En tout cas, la question divise les lecteurs de La Dépêche du Midi. Après notre appel à témoignages, certains dénoncent des séances jugées inutiles ou trop peu encadrées mais pour beaucoup, toucher aux remboursements reviendrait surtout à rendre des soins indispensables inaccessibles.

« On n’y va pas par plaisir »

« Si le remboursement baisse, je ne pourrai plus me soigner correctement avec ma petite retraite. » Hélène, qui vit à Toulouse, consulte son kinésithérapeute deux fois par semaine depuis plus de dix ans dans le cadre d’une affection de longue durée (ALD). À Aiguillon (Lot-et-Garonne), Laurence, actuellement au chômage, est tout aussi catégorique : « Impossible de payer mes séances si elles ne sont qu’à moitié remboursées. »

Chez plusieurs patients souffrant de pathologies chroniques ou ayant subi une opération, la kinésithérapie n’est pas vécue comme un confort, mais comme une étape indispensable du parcours de soins. Véronique, installée dans le Morbihan, alterne deux séances par semaine, entre kinésithérapie et balnéothérapie, après avoir subi deux opérations pour des prothèses totales de genoux. « On n’y va pas par plaisir, plutôt par obligation », assure-t-elle.

Certains craignent aussi les conséquences indirectes d’une diminution des soins. Pour Céline*, une hausse du reste à charge pourrait l’empêcher de se soigner, voire de continuer à travailler. Et pour Lou, originaire d’Agen (Lot-et-Garonne), cela déplacerait le problème ailleurs : « La prescription de séances de kiné évite dans de nombreux cas des interventions chirurgicales tout aussi coûteuses. »

Des patients favorables à davantage de contrôle

Pour autant, tous les témoignages ne rejettent pas l’idée de mieux encadrer les soins. Plusieurs lecteurs estiment au contraire que des séances peuvent parfois être poursuivies alors qu’elles ne sont plus indispensables. « Je pense qu’il y a trop de séances qui ne servent à rien », estime Gisèle, opérée du genou. La Marseillaise évoque des cabinets où plusieurs patients effectuent simultanément leurs exercices. Elle juge notamment que certains exercices, comme le vélo, pourraient être réalisés à domicile.

Pour certains lecteurs, le véritable problème ne serait donc pas uniquement le nombre de séances, mais leur contenu. « Les kinés qui prennent en même temps cinq ou six patients font du chiffre, pas de la qualité », pointe Laurent, à Gaillac (Tarn). Un avis partagé par Margo qui estime que les tarifs et le taux horaire peuvent être faibles et pousser certains professionnels à multiplier les patients simultanément. Cette lectrice toulousaine qui pratique du handball à haut niveau se dit néanmoins ouverte à « un petit reste à charge », à condition de ne pas instaurer une limitation trop rigide du nombre de séances. « Elle devrait tenir compte de la pathologie, de la gravité de la blessure et de l’évolution propre à chaque patient », estime-t-elle.

Qu’ils soient pour ou contre une refonte des modalités de remboursement des séances, nombreux sont les lecteurs à estimer que le vieillissement de la population et l’augmentation des personnes atteintes de maladie respiratoire devraient obliger le gouvernement à nourrir une réflexion pour anticiper l’accès aux soins dans les décennies à venir. « Le climat qui se dégrade, la pollution qui s’amplifie, ont déjà des conséquences sur la santé des personnes qui subissent la dégradation de l’environnement pendant que l’État préfère casser les thermomètres », déplore Rose, à Lyon. Voilà qui est dit.* Prénom d’emprunt

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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