La révision du DPE va faire sortir plus de 300 000 logements du statut de « passoires thermiques »
Un arrêté prévoit de modifier, à partir du 1ᵉʳ janvier 2027, le calcul du diagnostic de performance énergétique pour le chauffage électrique. Cela réduira le nombre de logements soumis au gel des loyers et à l’interdiction de location, et risque de ralentir l’effort de rénovation.
Par Claire Ané
Publié aujourd’hui à 06h02, modifié à 12h24 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/28/la-nouvelle-revision-du-dpe-va-faire-sortir-plus-de-300-000-logements-du-statut-de-passoires-thermiques_6758853_3224.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260828&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_4
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La mesure est saluée par certains, critiquée par de nombreux autres : le gouvernement a décidé de modifier à nouveau le calcul du diagnostic de performance énergétique des bâtiments (DPE), à partir du 1er janvier 2027.
L’objectif est de « soutenir l’électrification des usages », indique l’étude d’impact effectuée par le ministère du logement, que Le Monde a pu consulter. Le facteur de conversion de l’énergie finale (consommée dans le logement) en énergie primaire (dépensée pour sa production), utilisé lors du calcul du DPE, sera donc réduit pour l’électricité : un arrêté publié mercredi 26 août au Journal officiel prévoit de le ramener à 1,7, après être passé de 2,58 à 2,3 en 2021, puis à 1,9 début 2026.
La Fédération des industries électriques et numériques salue, dans une note de positionnement, une « avancée positive »qui « ne place cependant toujours pas l’électricité et les énergies fossiles sur un même pied d’égalité », puisque le coefficient de conversion pour le fioul et le gaz est, par convention, fixé à 1.
« Environ 300 000 résidences principales » sortiront du statut de passoire énergétique (classes F et G), peut-on lire dans l’étude d’impact. Les 125 000 qui appartiennent au parc locatif privé n’auront plus à se soumettre au gel des loyers. La réforme maintiendra « de l’ordre de 300 000 logements » dans le parc locatif dans les prochaines années – ils auraient sinon été interdits à la location – « et réduira l’incitation réglementaire à rénover ces logements ». A noter que la révision du coefficient au 1er janvier 2026 devait déjà sortir 850 000 logements du statut de passoire, selon le gouvernement.
« On casse le thermomètre, sans rendre les ex-passoires plus habitables ni réduire leurs factures d’énergie ! Et ceux qui y vivent auront moins accès aux aides à la rénovation », critique Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons, qui réunit associations environnementales et de professionnels de l’efficacité énergétique. « On pouvait comprendre le passage au coefficient 1,9, calculé au niveau européen et déjà très incitatif à l’installation de pompes à chaleur. Mais trop de changements perturbent les clients et nuisent à la crédibilité du DPE », regrette Olivier Héaulme, président du syndicat de diagnostiqueurs immobiliers Sidiane.
« Tout le monde a un peu raison »
Une consultation publique n’a recueilli que 29 contributions favorables à l’abaissement du facteur de conversion contre 78 qui y sont défavorables. Le Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique, organe consultatif qui réunit les acteurs du secteur, a rendu un avis négatif sur le projet d’arrêté.
« Le débat est complexe, car tout le monde a un peu raison. L’avantage historique qui avait été accordé aux énergies fossiles fait qu’à un même niveau d’isolation et de consommation d’énergie finale, mon logement peut être classé E s’il est chauffé au gaz, mais F s’il est chauffé à l’électricité. Il y a donc une cohérence à réduire l’écart entre les facteurs de conversion, à condition de prévoir des garde-fous », analyse Andreas Rüdinger, chercheur de l’Institut du développement durable et des relations internationales.
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Il faudrait, selon lui, maintenir la pression pour isoler les logements, même s’ils sont chauffés par des pompes à chaleur performantes, et pour éviter que les chaudières à gaz et au fioul soient remplacées par des convecteurs type « grille-pain » : en effet, ceux-ci causent des pics de consommation en hiver, lesquels nécessitent de recourir aux centrales au gaz ou au charbon, rendant l’électricité beaucoup plus carbonée que lorsqu’elle est produite par les énergies renouvelables et les centrales nucléaires. Autre préconisation : faire évoluer l’écart de prix entre les énergies au même rythme que les coefficients de conversion, afin qu’un bon DPE permette, comme actuellement, de présumer de factures raisonnables.
« L’été caniculaire et les centaines de Parisiens qui en sont morts montrent qu’il faut accroître l’effort de rénovation, et penser autrement », plaide Frédéric Delhommeau, directeur habitat et rénovation à l’Agence parisienne du climat. Dans l’habitat collectif, il propose de fixer des obligations de rénovation à l’échelle de l’immeuble (toit compris) ainsi que des critères de décence à l’échelle de chaque appartement : présence de double vitrage, d’occultations et de systèmes de chauffage et d’eau chaude fonctionnels.
Damien Barbosa mène une réflexion similaire : « Comme le DPE est moins fiable, inventons des critères objectifs, telles que des températures minimum et maximum à ne pas dépasser à l’intérieur. » A Lyon, le maire écologiste, Grégory Doucet, a annoncé mi-juillet que les agents de la ville chargés d’évaluer la salubrité des logements prendraient désormais en compte la « chaleur excessive ». Une première.