Présidentielle 2027 : les syndicats, inquiets des reculs dans des pays dirigés par l’extrême droite, essaient de se mobiliser contre le RN
Une note de la Fondation Jean Jaurès et de son équivalent allemand, la Fondation Friedrich-Ebert, publiée à la fin du mois de juillet, fait un bilan de l’action menée par les gouvernements aux Etats-Unis, en Hongrie et en Italie à l’égard des organisations, des libertés et des droits syndicaux.
Par Thibaud Métais
Publié le 22 août 2026 à 06h30, modifié le 24 août 2026 à 18h11
Temps de Lecture 4 min.

La menace n’est plus du tout théorique. A mesure que le Rassemblement national (RN) continue d’être en tête dans les sondages, les syndicats se préparent au danger que représente, pour eux, l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Alors que plusieurs pays occidentaux ont basculé ces dernières années, ces organisations peuvent avoir une idée assez précise de ce qui les attendrait si Marine Le Pen accédait à l’Elysée en 2027.
Une note de la Fondation Jean Jaurès et de son équivalent allemand, la Fondation Friedrich-Ebert, publiée et envoyée aux confédérations à la fin de juillet, dresse un bilan de l’action menée par les gouvernements aux Etats-Unis, en Hongrie et en Italie à l’égard des organisations syndicales. « Dans les Etats où l’extrême droite a pris les commandes du pouvoir, la menace pesant sur les syndicats n’est plus un sujet de débat comme en France ou en Allemagne », annoncent Jean Grosset, conseiller spécial du président de la Fondation Jean Jaurès pour le dialogue social, et Adrienne Woltersdorf, directrice de la Fondation Friedrich-Ebert en France. Car il s’agit dans ces pays d’« une réalité concrète et brutale », poursuivent-ils, face à laquelle « le syndicalisme, à la place qui est la sienne en France, en Allemagne et en Europe, ne peut rester neutre ».
Un texte qui sert d’avertissement sur les risques que représenterait l’élection de Marine Le Pen, avec un enseignement : l’affaiblissement syndical ne passe pas forcément par une interdiction ou une attaque frontale. Il résulte plutôt d’une accumulation de mesures ciblant la représentativité, le financement, le droit de grève et l’accès au débat public. Les auteurs évoquent une « logique cumulative » qui aboutit à un « recul sévère et global des droits et des libertés syndicales ». Partout, écrivent-ils, la négociation collective est mise à mal.
Stratégies plus ou moins frontales
C’est en Hongrie, où l’ancien premier ministre Viktor Orban était revenu au pouvoir en 2010, que le processus est le plus ancien. Le code du travail adopté en 2012 a considérablement réduit les prérogatives syndicales dans les entreprises. Le financement syndical a également été touché avec la suppression des subventions de l’Etat en 2011 et 2012. En France, les dirigeants de la CFDT ont d’ailleurs tenté récemment d’augmenter le montant des cotisations prélevées auprès des adhérents afin d’être moins dépendants de l’Etat – mesure rejetée lors du congrès de juin.
En Italie, la stratégie du gouvernement de Giorgia Meloni est moins frontale. Depuis ses débuts, en octobre 2022, il cherche principalement, selon la note, à « réduire l’influence des principaux syndicats » en élargissant « les espaces de dialogue social à des organisations dépourvues de réelle représentativité » tout en maintenant formellement l’architecture des relations professionnelles.
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Aux Etats-Unis, l’offensive de Donald Trump passe par des décisions directes contre les syndicats publics et les institutions chargées de garantir les droits collectifs. Une série de décrets exécutifs a privé plus d’1 million de fonctionnaires fédéraux de leurs droits à la négociation collective. « Plusieurs agences fédérales sont allées plus loin encore en annulant des conventions collectives déjà signées avec les syndicats », précise la note.
Sans surprise, le droit de grève, outil puissant de l’action syndicale est lui aussi dans le viseur des gouvernements d’extrême droite. En Italie, la notion de « service essentiel » a été élargie, étendant les obligations de service minimum et les délais de préavis. Certaines formes d’action ont par ailleurs été transformées en infractions pénales, par exemple les occupations d’usine et les blocages routiers. Viktor Orban a, lui, réformé le droit de grève en 2010, en élargissant le champ des mouvements considérés comme illégaux, et des règles plus complexes en dissuadent l’usage.
« Attaques contre la démocratie »
Les syndicats français ont commencé il y a plusieurs années à réfléchir aux moyens de se prémunir contre une arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Mais, à moins d’un an de l’élection présidentielle, le sujet prend une nouvelle urgence. « On a huit mois pour empêcher l’arrivée au pouvoir du RN, c’est notre priorité, car, comme le démontre le rapport, on sait quelles peuvent être les attaques contre la démocratie, sur et hors du lieu de travail, explique Nathalie Bazire, secrétaire confédérale de la CGT. On n’y arrivera pas seuls, mais la CGT doit être au centre du jeu, comme on l’a fait en 2024 pour empêcher l’arrivée de Bardella à Matignon. »
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Pour Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint de la CFDT, le document vient conforter une alerte déjà ancienne : « Cette étude est une démonstration supplémentaire de ce qu’on dit depuis longtemps sur le danger de l’extrême droite et sa stratégie de réduction du droit syndical et des libertés fondamentales ». Comme toutes les composantes de la société, les organisations syndicales ne sont pas imperméables à la progression du RN. La vague monte à bas bruit parmi les travailleurs, syndiqués ou non, souvent séduits par le discours social de façade du parti de Marine Le Pen.
Les confédérations ont déjà été confrontées à des situations dans lesquelles certains de leurs membres se sont affichés sous la bannière de l’extrême droite. Lors des élections législatives de 2024, la CFDT et la CGT, les plus fermes sur le sujet, ont exclu plusieurs de leurs adhérents identifiés comme candidats ou suppléants pour le parti de Marine Le Pen. Une action déterminée qui fonctionne relativement bien pour la face visible. Il demeure en revanche compliqué de convaincre les salariés sensibles aux thèses de l’extrême droite. « Il faut faire la démonstration que l’extrême droite est un danger pour les libertés fondamentales, en France le contrat social est le ciment de notre société, elle l’attaquera forcément », prévient Yvan Ricordeau.
Sensibiliser les travailleurs
Les syndicats, CFDT et CGT en tête, s’organisent donc pour sensibiliser les travailleurs. « La priorité c’est de mettre sur le devant de la scène les luttes sociales, les multiplier, pour sensibiliser et démasquer l’imposture sociale du RN et de ses alliés, avance Nathalie Bazire. Montrer que les enjeux importants ne sont pas une priorité de l’extrême droite : les salaires, les services publics et la protection sociale. »
Pour Yvan Ricordeau, cette nouvelle note est un « argument supplémentaire pour expliquer aux travailleurs les dangers de l’extrême droite ». La CFDT compte ainsi s’en servir « dans la formation des équipes syndicales, dans l’information sur les lieux de travail », précise-t-il.
Compte tenu de l’implantation progressive du RN dans le pays, les syndicats ne partent pas de nulle part et peuvent déjà s’appuyer sur l’expérience des municipalités tombées dans l’escarcelle du RN. Tentative d’interdiction de la fête de la CGT à Saint-Avold (Moselle) en mai, fin de la mise à disposition de locaux municipaux pour plusieurs organisations à Carcassonne, suppression du défilé du 1er-Mai à Grenay (Pas-de-Calais)… Dans les communes dirigées par l’extrême droite, les attaques contre les syndicats se sont multipliées ces derniers mois. « On connaît leur mode opératoire, on a l’expérience des municipales, signale Nathalie Bazire. Et c’est le même mode au local qu’à l’international. C’est une menace pour l’ensemble des libertés démocratiques, pour les revendications et pas seulement pour les syndicats. »
*Au RN, les nouveaux maires ciblent l’Europe, la culture et les syndicats : « Ils y vont plus franchement, ils n’avaient pas agi aussi rapidement en 2014 »
« Le Monde » a passé au crible les premières décisions des maires d’extrême droite élus en mars. Si les promesses fiscales ne sont pas encore tenues, les maires ont quasiment tous relevé leurs indemnités et embauchent des policiers, sans craindre de s’en prendre aux acteurs locaux politiquement hostiles.
Par Clément Guillou
Publié le 10 mai 2026 à 05h00, modifié le 22 août 2026 à 09h55 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html

La « stratégie de la cravate », Christophe Barthès n’y tenait plus – avant d’entrer à l’Assemblée nationale en juin 2022, le député de l’Aude n’en avait jamais porté, « même pour [s]es mariages ». Elu maire de Carcassonne le 22 mars, l’ex-parlementaire du Rassemblement national (RN) a adopté la stratégie de l’écharpe, qu’il prend davantage plaisir à porter : loin de Paris, les mains libres dans la cité médiévale, il y déploie la panoplie d’un pouvoir d’extrême droite, sans faux-semblants.
Offensive contre les syndicats et la presse locale, atteinte au budget de la culture ou à un marché populaire de fripes, décisions symboliques flattant la fibre nationaliste de son électorat : le paysan vigneron incarne, dans ses premières semaines de mandat, l’exercice du pouvoir décomplexé des nouveaux maires RN. Non sans délectation : « C’est tellement rare que l’on fasse ce que l’on dit que les gens trouvent cela extraordinaire, feint-il de s’étonner. Mais ce que pensent les bobos, ça ne me tracasse pas. »
Son agitation n’est pas passée inaperçue au sein du parti, où sa truculence est globalement appréciée : « Les gens de chez nous cherchent une rupture : que cela tranche un peu en matière de communication, soit ils s’en moquent, soit ça leur plaît, analyse Christopher Szczurek, sénateur RN du Pas-de-Calais, où l’extrême droite a obtenu le plus grand nombre de victoires aux municipales. Même ceux qui n’ont pas voté pour nous peuvent se dire qu’avec nous ça change. » Gare, préviennent d’autres, à ce que ces actions symboliques ne menacent pas l’entreprise de normalisation du parti : « J’alerte sur ce genre de pratiques à l’approche de la présidentielle, glisse un député habitué des plateaux de télévision. Je ne veux pas avoir à me justifier pendant la moitié de mes matinales sur ce que fait le maire de Carcassonne. »
Christophe Barthès, comme quelques-uns de ses collègues, est loin de la discrétion observée par les rares élus des crus 2014 et 2020. « Ils y vont plus franchement, ils n’avaient pas agi aussi rapidement en 2014 », observe le photojournaliste Vincent Jarousseau, auteur de reportages au long cours dans les villes lepénistes – L’Illusion nationale (avec Valérie Igounet, Les Arènes, 2017) et Dans les âmes et les urnes (Les Arènes, 2025). « Ils voulaient alors donner des gages de bonne conduite, effacer le souvenir de 1995 [lorsque les maires Front national avaient tenté d’appliquer le programme national du parti, quitte à sortir du cadre légal]. Là, ils semblent plus conquérants, encouragés par leur force nationale. »
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« Nos maires n’ont pas été élus pour faire pareil que les autres, assume Ludovic Pajot, président du conseil des élus locaux du RN et maire réélu de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais). Et lorsque certaines structures [associatives ou syndicales] font de la politique contre la municipalité, les choix s’imposent. »
Dans ce parti caporalisé, dont les quelque 70 nouveaux édiles sont rassemblés dans une boucle WhatsApp où l’on s’échange contacts et conseils pratiques, le siège ne voit pour l’heure pas grand-chose à redire aux débuts de ses maires. Ils sont libres de leurs actions, « tant qu’ils respectent la philosophie du programme : pas de hausse des impôts, hausse des moyens pour la sécurité, et amélioration du cadre de vie », assure Ludovic Pajot. Le président du RN, Jordan Bardella, l’a toutefois chargé de rappeler à l’ordre ses collègues, après que Christophe Barthès et d’autres ont décroché le drapeau européen du fronton de leur mairie : nul besoin, expliquait en substance la note, de mettre en scène la détestation d’une institution dont le RN ne remet plus en cause l’existence. Au-delà de ces gestes symboliques qui ont fait beaucoup réagir, Le Monde s’est penché, dans le détail, sur les débuts des édiles RN, dont se dégagent plusieurs lignes claires.
Des baisses d’impôt reportées, mais des indemnités d’élus en hausse
« Un budget de transition » : c’est la formule employée par la plupart des nouveaux maires RN, tenus d’adapter à la hâte les budgets préparés par leurs prédécesseurs. Globalement, les édiles n’ont pas pu, ou voulu, modifier radicalement leurs orientations, s’abritant derrière la commande d’un audit financier, généralement confié à un cabinet externe. « On pourra ainsi optimiser nos marges pour réaliser nos projets, justifie Alexandra Masson, nouvelle maire de Menton (Alpes-Maritimes). Cela permet aussi de voir s’il y a des cadavres dans les placards, et le coût est marginal au regard de ce que l’on peut économiser derrière par une restructuration. »
La baisse des impôts locaux, argument de campagne des lepénistes mais très rarement appliquée dans les mairies RN depuis 2014, est remise à plus tard – hormis, très légèrement, à Carpentras (Vaucluse) ou à Oignies (Pas-de-Calais). Mis en retrait de la direction du parti, le maire RN de Fréjus (Var), David Rachline, a pu librement assumer une hausse franche des impôts locaux, dans sa ville comme dans l’agglomération dont il est le vice-président – une augmentation de la fiscalité dénoncée par… la députée RN de la circonscription, Julie Lechanteux.
Partout, le désendettement est érigé en priorité, y compris lorsque les caisses sont pleines. Par conséquent, les investissements sont révisés à la baisse, qu’il s’agisse de la rénovation des écoles ou de grands projets. Parmi les rares projets annoncés, on retrouve surtout la création de places de parking, reflet de l’importance qu’a prise la voiture dans le discours du RN.
Les dépenses de fonctionnement, en revanche, sont projetées à la hausse, du fait de l’inflation, du recrutement de policiers et de collaborateurs de cabinet, ou du rallumage de l’éclairage public la nuit ; et, très souvent, de la hausse des indemnités des élus. Dans la quasi-totalité des villes, les maires RN s’octroient de franches augmentations, allant jusqu’au plafond légal prévu par la loi, en dépit des critiques des oppositions. Il s’agit souvent de pallier l’absence de revenus complémentaires, contrairement à leurs prédécesseurs, qui cumulaient avec l’exécutif de l’intercommunalité. « En tant qu’élus, comme les maires élus en 2014, eux ne sont pas dans une logique de se serrer la ceinture », constate Vincent Jarousseau. « Il y a un effet psychologique, mais ce sont des sommes dérisoires dans le budget de la commune », relativise Alexandra Masson.
Sus à la culture « élitiste » ou « coûteuse »
Les premières pistes d’économie, elles, sont claires. A Bagnols-sur-Cèze (Gard), l’ex-députée RN Pascale Bordes s’interroge en conseil municipal sur la nécessité d’accueillir un chanteur qu’elle ne connaît pas – le populaire Ben Mazué –, pour un cachet jugé trop élevé, le 10 juillet. « Nous serons plus attentifs aux programmations culturelles. Je ne critique pas le choix culturel, c’est un choix économique », dit-elle, appelant à limiter les dépenses sur ce poste.
A Carcassonne, le budget du pôle culturel, stable en apparence, se retrouve de facto réduit de plusieurs centaines de milliers d’euros : « On a demandé à tous les services de serrer la tringle », image Christophe Barthès. La partie « off », donc gratuite, du festival de Carcassonne devrait en subir les conséquences, craint l’opposition. A Agde (Hérault), l’ex-député RN Aurélien Lopez-Liguori a réduit le festival de cinéma et les concerts gratuits sur la « scène flottante » de la station balnéaire. A La Seyne-sur-Mer (Var), c’est la fin du festival Bonaparte, une semaine culturelle célébrant la défense de Toulon, assiégée par une coalition royaliste, par le futur empereur – trop cher, là encore.
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Le coût jugé démesuré de ces animations n’est pas le seul objet du courroux des édiles lepénistes. Ils critiquent également la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull. « On ne veut pas d’événements à destination d’une certaine élite, qui coûtent beaucoup d’argent et où le public n’est pas au rendez-vous. On prône une culture populaire », résume Ludovic Pajot, qui a repris en main les propositions culturelles dans sa ville, selon Mediapart.
Les associations contestataires ciblées
Le RN n’a jamais aimé les syndicats de salariés, qui le lui rendent bien. Ses maires s’appliquent à décliner ce mépris. Les cérémonies du 1er-Mai à Liévin ou à Grenay, dans le Pas-de-Calais, ont été annulées ou réorganisées afin de priver les syndicats de prise de parole, au motif qu’ils critiquent l’extrême droite. A Saint-Avold (Moselle), la fête organisée chaque année par la CGT dans le parc municipal est, pour l’heure, annulée, officiellement pour raison de sécurité.
Les syndicats ont été privés de toute aide, financière ou matérielle, par la mairie de Carcassonne, en raison de leur participation à une manifestation contre l’extrême droite – Christophe Barthès a aussi expulsé la Ligue des droits de l’homme de ses locaux après qu’elle a attaqué son arrêté antimendicité. Le maire, matamore : « Ils peuvent me combattre tant qu’ils veulent, mais pas avec notre pognon. Quand on me met une gifle, je mets un marron ! » Les associations ou artistes considérés comme de gauche sont également ciblés, à Vauvert ou à La Flèche, où le jeune maire, Romain Lemoigne, a privé de subventions une association d’aide aux exilés et une autre de lutte contre l’illettrisme, au profit de la Croix-Rouge, des Restos du cœur et du club de roller.
« Du bleu » et du « bleu-blanc-rouge »
Dans les yeux de ses administrés, Alexandra Masson dit avoir vu « du bonheur de revoir des drapeaux » : dès son arrivée, elle a pavoisé la ville aux couleurs tricolores et mentonnaises. Le bleu-blanc-rouge, au cœur de la matrice lepéniste et de son logo, une flamme tricolore empruntée à l’ancien parti néofasciste italien MSI, est consubstantiel à la communication des maires RN. Sitôt arrivé, le maire de La Flèche a balayé l’ancien logo de la ville, élaboré après une consultation des habitants et faisant la part belle à l’environnement naturel de la commune, pour en proposer un nouveau : deux tours médiévales encadrant une flèche, le tout en bleu-blanc-rouge. Le maire de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), Bryan Masson, a déployé un immense drapeau français sur l’hôtel de ville et promis un « pavoisement complet de la commune d’ici au 14-Juillet, pour faire rayonner partout la fierté française ».
Rien ne devant concurrencer le drapeau tricolore, les emblèmes européens ont, la plupart du temps, été décrochés – même ceux des alliés de la seconde guerre mondiale à Liévin, le 8 mai. Pas partout, toutefois : « J’estime qu’un maire ne doit pas enlever un drapeau et j’ai d’autres priorités, à savoir les Rivesaltais, que penser à enlever le drapeau européen », a lâché le maire de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), Julien Potel, en conseil municipal, après avoir dit son intention d’aller chercher davantage d’aides de l’Union européenne. Il en faudra, dit-il, pour financer les projets, puisqu’il compte investir le peu d’argent disponible dans le renforcement de la police municipale. « Plus il y a de bleu sur le terrain, plus c’est efficace », a-t-il estimé – bien que les crimes et délits aient augmenté, entre 2019 et 2024, dans sept des neuf villes de plus de 10 000 habitants gérées par le RN, selon des chiffres consultés par Le Monde – malgré l’importance des moyens. De très nombreux maires ont réservé leur premier déplacement à la police municipale, à qui sont promis des armes et des renforts humains.
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**Municipales 2026 : plusieurs syndicats exhortent les électeurs à ne pas voter pour l’extrême droite au second tour
La CFDT, la CGT et l’Union Solidaires ont diffusé, dimanche 15 et lundi 16 mars, chacune de leur côté, un communiqué pour essayer de peser sur l’issue du second tour.
Par Bertrand Bissuel
Publié le 17 mars 2026 à 15h46, modifié le 17 mars 2026 à 18h27 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/17/municipales-la-cgt-et-la-cfdt-exhortent-les-electeurs-a-ne-pas-voter-pour-l-extreme-droite_6671740_823448.html
Temps de Lecture 2 min.
Les mots et le ton employés ne sont pas les mêmes, mais la finalité est identique : faire barrage à l’extrême droite. Six jours avant le second tour du scrutin municipal, les deux syndicats les plus importants – la CFDT et la CGT – ont diffusé, lundi 16 mars, chacun de leur côté, un communiqué qui exhorte les citoyens à ne pas accorder leur suffrage au Rassemblement national (RN) et aux formations défendant des idées voisines du parti de Jordan Bardella (Union des droites pour la République, Reconquête !). La veille, Solidaires s’était manifestée de la même manière pour porter un message analogue. Aucune consigne de vote n’est donnée en faveur d’une force politique en particulier. Il s’agit plus d’un appel à se rendre aux urnes, le 22 mars, pour essayer de contenir l’expansion de cette famille de pensée dans la gestion des affaires communales.
De telles initiatives sont devenues habituelles de la part de ces organisations de salariés, qui dénoncent depuis des années le programme du RN. Elles affichent ainsi leurs « valeurs », selon la formule de la CFDT. Pour la centrale cédétiste, il est impératif de s’opposer à une doctrine dans laquelle « l’exclusion et la préférence nationale » sont placées au centre. La CGT, elle, se montre encore plus incisive en dépeignant l’extrême droite comme « la pire ennemie du monde du travail », avec « son projet violent, raciste, antisémite, sexiste et LGBTQIphobe », qui « représente un danger pour notre démocratie et notre République ». Sans les nommer, la deuxième confédération de France s’adresse aussi aux partis de droite pour les inviter à « refuser toute alliance » avec le RN, l’Union des droites pour la République et Reconquête !. Quant à Solidaires, elle martèle que « pas une voix du monde du travail ne doit aller aux listes de l’extrême droite » le 22 mars.
A distance d’enjeux partisans
L’un des points frappants dans la démarche de la CGT est qu’elle s’abstient de recommander explicitement aux électeurs de voter pour la gauche. Elle se borne à encourager « les travailleuses et les travailleurs » à « faire entendre leurs exigences sociales ». En 2024, lors des législatives anticipées, son attitude avait été différente : elle avait dit deux à reprises – avant le premier et avant le second tour de scrutin – qu’il fallait désigner des candidats du Nouveau Front populaire (NFP), ce qui constituait une rupture par rapport à la ligne qu’elle s’était fixée depuis au moins une vingtaine d’années. Le positionnement qu’elle adopte aujourd’hui semble indiquer qu’elle se met à nouveau à distance d’enjeux partisans. Une forme de retenue pour réaffirmer qu’elle tient à son indépendance et qu’elle ne veut pas être happée dans les querelles intestines au sein de feu le NFP.
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Lundi, la CFDT et la CGT ont choisi de s’exprimer séparément au sujet de l’extrême droite. Mais en d’autres occasions très récentes, leurs dirigeantes – respectivement Marylise Léon et Sophie Binet – ont pris la parole côte à côte pour développer un discours analogue. Ainsi, le 12 mars, les deux syndicalistes ont participé ensemble à « Backseat », une émission de débat diffusée sur Twitch et coorganisée, cette fois-ci, avec Mediapart.
Sans masquer leurs divergences sur de nombreux dossiers – les retraites, l’assurance-chômage, etc. –, elles ont souligné qu’elles savaient « unir [leurs] forces » quand « il s’agit d’un enjeu démocratique », comme l’a déclaré Mme Léon. « On a plein de points de désaccord, mais on est capables de se rassembler sur l’essentiel, et on aimerait bien que tout le monde en fasse autant », a renchéri Mme Binet. Un état d’esprit auquel souscrivent la FSU, Solidaires et l’UNSA. Ces trois organisations de salariés ont d’ailleurs cosigné, avec la CFDT et la CGT ainsi que d’autres acteurs de la société civile, un texte publié, le 28 février par l’hebdomadaire La Tribune Dimanche. Le titre est explicite : « Ne laissons pas l’extrême droite décider de l’avenir de nos territoires. »
Mise à jour du mardi 17 mars à 18 h 26 : ajout de précisions sur la réaction du syndicat Solidaires suite au premier tour des municipales.
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