L’incapacité des responsables politiques à faire face à l’urgence climatique – la position très inconfortable du RN

Tribune « Au terme d’un été marqué par les canicules répétées et les incendies ravageurs, la prise de conscience est encore faible et l’impréparation totale »

Judith Rainhorn, spécialiste de l’histoire environnementale, déplore, dans une tribune au « Monde », l’incapacité des responsables politiques à faire face à l’urgence climatique et appelle à « politiser les désastres ».

Publié aujourd’hui à 09h16, modifié à 09h48 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/25/au-terme-d-un-ete-marque-par-les-canicules-repetees-et-les-incendies-ravageurs-la-prise-de-conscience-est-encore-faible-et-l-impreparation-totale_6756364_3232.html

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Depuis une décennie, la litanie des espaces ruraux et des quartiers urbains qui font l’actualité en raison des pollutions anciennes et actuelles qui y sont mises au jour semble interminable. On peut citer notamment Oullins-Pierre-Bénite (Métropole de Lyon) et les rejets d’Arkema, Bourg-Fidèle (Ardennes) et les effluents de son usine de batteries, Evin-Malmaison (Pas-de-Calais) et les fumées de Metaleurop, ou encore la vallée de l’Orbiel (Aude) et ses collines de résidus miniers toxiques.

A ces exemples s’en ajoutent d’autres : les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, imprégnées du pesticide chlordécone, Vittel et Contrexéville (Vosges) et leurs montagnes enfouies de déchets plastiques, les écoles sous les pulvérisateurs des vignes du Blayais (Gironde), le quartier de Lille-Sud et les poussières de plomb d’Exide, et, désormais, la cité de la Coudre, à Tonnay-Charente (Charente-Maritime), polluée par l’usine d’engrais voisine.

Chaque année apporte son lot de scandales sanitaires liés à ces pollutions. Les rivières charrient des poissons morts ; des bêtes meurent les naseaux brûlés quand elles se nourrissent à proximité des sites industriels ; des enfants, dont il faut nettoyer les jouets au savon après qu’ils ont joué dehors, sont intoxiqués par le plomb, le cadmium et l’arsenic.

On se résout à regarder pousser les framboises du jardin sans les manger. On vit dans la crainte de l’expropriation, avec l’angoisse de voir apparaître les premiers signes de cancer chez soi et chez ses proches. On se méfie de tout : de l’air que l’on respire, de l’eau que l’on boit, des fruits que l’on mange, de la terre que l’on a sous les chaussures, de la poussière qui recouvre la voiture le matin.

Saisons destructrices

Comment tolérer ce désastre environnemental et humain, chaque année plus évident, chaque année plus médiatisé ? L’ignorance n’est plus un argument, tant l’espace public est saturé de nouvelles qui attestent l’urgence de la situation. Pourtant, la prise de conscience est encore faible et l’impréparation totale, au terme d’un été marqué par une sécheresse accrue, des canicules répétées et des incendies ravageurs parvenus jusqu’en Ile-de-France et dans le Pas-de-Calais, à des latitudes historiquement préservées de ces dégâts estivaux.

Dans la commune du Temple (Gironde), après l’incendie ravageur, le 1er aout 2026.
Dans la commune du Temple (Gironde), après l’incendie ravageur, le 1er aout 2026.  HERVÉ LEQUEUX POUR « LE MONDE »

Les mots « Qui aurait pu prédire la crise climatique ? », prononcés par Emmanuel Macron à la fin de 2022, se lisent sur les lèvres de la plupart des responsables politiques qui nous gouvernent : de cellules de crise en annonces fracassantes, ils déplorent, sidérés et les bras ballants, l’accumulation des calamités survenues ces derniers mois… et regardent ailleurs.

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A l’heure où les technologies les plus sophistiquées sont présentées comme étant capables de surmonter tous les obstacles qui s’opposent à la maîtrise des destinées humaines, nous restons impuissants devant un arbre qui s’effondre sous le poids de la sécheresse, devant un nid qui reste vide parce que insectes et vers de terre ne nourrissent plus les oiseaux, devant les algues et les méduses qui prolifèrent sur les littoraux.

Déjà, en 1962, la biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964) annonçait des « printemps silencieux », titre de son ouvrage consacré aux ravages des pesticides. Ils seront suivis d’étés meurtriers frappant humains, animaux et végétaux. Ces saisons destructrices sont devant nous, au détour du prochain hiver, lorsque les frimas de novembre et quelques pluies diluviennes auront recouvert l’été 2026 de leur voile d’amnésie collective.

Et l’on s’étonnera de nouveau, au printemps 2027, de l’arrivée précoce de la chaleur, de l’accentuation des calamités de l’année précédente, des incendies aux portes de nos grandes villes, des évacuations massives de campings. Et l’on tendra le micro à des rescapés hagards, accueillis dans des gymnases pendant leurs vacances d’infortune.

Lire aussi le reportage |  Incendie en Gironde : au Porge, le long de l’« avenue de la désolation », les habitants face aux ruines de leurs maisons brûlées

L’histoire nous apprend combien l’inaptitude à faire face aux malheurs collectifs s’est longtemps traduite par un fatalisme résigné et une fuite en avant millénariste. Confrontées aux épidémies, aux inondations, aux désastres climatiques ou aux plaies d’Egypte, les sociétés anciennes ont pleuré, gémi, prié. Elles ont longtemps peiné à considérer leur capacité à infléchir le cours des choses. Nous les observons aujourd’hui avec un brin de condescendance et de mépris.

Or, en 2026, il semble que l’on envisage encore les catastrophes environnementales sous le signe du fléau, de l’infortune et de la fatalité. Pis, on recule devant l’ampleur de la tâche et les intérêts en jeu. Alors que commence la campagne présidentielle, celle-ci risque tragiquement d’éviter les enjeux cruciaux qui nous concernent tous et toutes. Il est temps de politiser enfin les désastres qui nous accablent et l’anxiété qui nous assaille. Car la canicule est politique, tout comme le sont l’incendie, la pollution, la santé des enfants et l’air que l’on respire. Il y a urgence.

Judith Rainhorn est historienne, professeure à la Sorbonne, membre du conseil scientifique et citoyen du Plan parisien Santé Environnement.

*Malgré un été marqué par les canicules, les incendies et la sécheresse, les responsables politiques incapables de répondre à l’urgence climatique

Alors que la France subit une série d’événements extrêmes, ni le gouvernement ni les candidats à la présidentielle de 2027 n’ont jusqu’ici abordé frontalement le défi climatique. 

Par Raphaëlle Besse Desmoulières, Mariama Darame, Alexandre Pedro et Robin Richardot

Publié le 21 août 2026 à 05h30, modifié le 21 août 2026 à 14h31 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/21/malgre-un-ete-de-tous-les-records-le-refus-d-obstacle-de-la-classe-politique-face-a-l-urgence-climatique_6751533_823448.html

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Lors de la conférence de presse sur les incendies du premier ministre, Sébastien Lecornu, à Mérignac (Gironde), le 17 août 2026.
Lors de la conférence de presse sur les incendies du premier ministre, Sébastien Lecornu, à Mérignac (Gironde), le 17 août 2026.  MORGAN FACHE/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Chaleur extrême, sécheresse historique, feux dévastateurs… Le suffocant été 2026 restera dans les mémoires : au mois de juin, le plus chaud jamais enregistré en France, a succédé un mois de juillet établissant un nouveau record absolu en la matière. Avec 119 000 hectares réduits en cendres depuis janvier, le pays déplore aussi sa plus grande superficie brûlée en une année. « Ç’a été cauchemardesque, résume Lucile Schmid, présidente du cercle de réflexion La Fabrique écologique. Il y a quelque chose qui s’est perdu dans notre capacité à vivre sereinement. »

Cet été sera-t-il aussi, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, celui d’une véritable prise de conscience pour les politiques de la nécessité à agir afin de limiter le réchauffement climatique et ses effets catastrophiques ? Pour Sarah Roussel, chargée de campagne à Greenpeace, la réponse est non. « Cela aurait pu être un point de bascule politique, mais ce sursaut n’a pas eu lieu », se désole-t-elle.

Les trois derniers mois ont éprouvé la société et l’économie, et mis en lumière les failles du pays avec des écoles fermées, des hôpitaux débordés, des travailleurs épuisés, des logements invivables… En cette fin août, la nature offre un panorama désolant : paysages grillés, rivières à sec, cultures sinistrées…

Pourtant, à mesure que les événements extrêmes s’enchaînaient, ni le président de la République, Emmanuel Macron, ni le premier ministre, Sébastien Lecornu, n’ont tenu de discours fort sur le sujet. Aucun hommage n’a encore été rendu aux personnes qui ont perdu la vie à cause de la chaleur de ces dernières semaines. Plus de 7 300 décès en excès ont été comptabilisés par l’agence Santé publique France de mai à fin juillet. Alors qu’il n’est pas encore fini, l’été 2026 est d’ores et déjà le plus meurtrier depuis 2003.

« Déconnexion totale »

De cellules interministérielles de crise en annonces souvent circonscrites, le gouvernement a fini par éluder le débat sur l’accélération du réchauffement climatique. Sarah Roussel, de Greenpeace, fustige la « déconnexion totale » des politiques. « Le premier ministre a mis trois semaines à aller en Gironde [où un mégafeu a ravagé 42 000 hectares de forêt] pour y être accueilli par des sifflets ; la ministre de la transition écologique [Monique Barbut] n’y est même pas allée, et je passe Macron sur son Jet-Ski. » L’image du chef de l’Etat chevauchant son scooter des mers à la une de Paris Match, le 13 août, a choqué. « J’aurais préféré le voir sur un paddle ou un kayak, regrette la climatologue Valérie Masson-Delmotte. Là, ce qui est convoqué, c’est l’imaginaire de la vitesse, des loisirs bruyants et des énergies fossiles. »

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La gestion de la canicule avait déjà mis en évidence les faiblesses de la politique d’adaptation du gouvernement. La crise des incendies a entériné ce constat d’impréparation. « L’Etat a tenu, la France sait gérer les urgences. (…) En revanche, nous n’avons pas encore suffisamment progressé dans la prévention, dans la planification de long cours en amont des crises. C’est là que se situe notre principal défi : cela concerne l’entretien des forêts, leur typologie, le débroussaillage, l’urbanisme, les matériaux de construction… Il faut revoir beaucoup de choses », avait reconnu Sébastien Lecornu, le 1er août, dans La Tribune.

Alors que, pendant les très fortes chaleurs, la polémique sur le manque d’espaces rafraîchis et d’équipements en climatisation a concentré la majeure partie des controverses politiques, les incendies ont focalisé le débat sur les moyens limités dont dispose la sécurité civile. Ulcéré par les polémiques sur le manque de Canadair, l’exécutif s’est targué d’avoir doublé le budget de la sécurité civile en dix ans tout en consacrant près de 1 milliard d’euros supplémentaires aux services départementaux d’incendie et de secours.

Mais ses plans d’action, jugés court-termistes et traitant uniquement les conséquences du réchauffement, sont aussi le reflet de la situation politique et économique du pays, faite d’absence de consensus sur la question climatique et de moyens pour investir dans un nouveau modèle de société.

« Il faut qu’y ait une volonté politique au niveau national, or, il y a une inaptitude à penser le changement climatique. On a perdu l’habitude, notamment depuis Macron, de regarder l’avenir et d’anticiper, estime le président (Parti socialiste, PS) de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset. Le poids du Rassemblement national [RN] qui pèse sur une partie de la majorité et qui dénie le réchauffement climatique ou qui procède par “y a qu’à, faut qu’on” joue aussi. »

Attente de réponses

Cette mise sous silence des enjeux écologiques dans les discours officiels a été symbolisée par l’isolement de Monique Barbut au sein du gouvernement. Sa tentative de démission avortée sous la pression d’Emmanuel Macron, en juillet, dont elle ressort affaiblie, a laissé un goût amer à Matignon. Sébastien Lecornu a peu apprécié d’être mis au défi par cette personnalité issue de la société civile jugée capricieuse et rétive face à la dureté du monde politique.

Dans un entretien fleuve à Libération, le 16 août, la ministre de la transition écologique a semblé répondre au chef du gouvernement sur cette politique de l’urgence permanente, alors qu’elle s’est vu confier une mission pour élaborer d’ici à octobre un plan afin d’accélérer la mise en œuvre des politiques d’adaptation. « Ce n’est pas en sortant des tournevis, en comblant les fuites d’eau, en collant des clims à tout le monde ou en rasant nos forêts qu’on réglera les choses », a-t-elle assené, tout en reconnaissant n’avoir obtenu « aucune garantie formelle » de la part de l’exécutif sur les engagements pris.

Les citoyens, eux, attendent des réponses. Dans le baromètre Ipsos-BVA pour La Tribune Dimanche, publié le 18 juillet, la protection de l’environnement a bondi de 12 points par rapport à juin, à 32 % dans les préoccupations des Français, pour se classer en quatrième position, derrière le pouvoir d’achat, l’avenir du système social et la délinquance. « C’est la première fois que la population a expérimenté ce que pouvait être l’enfer d’un monde avec une augmentation sensible de la température », relève Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos.

Malgré cela, la thématique n’a pas réussi, pour l’heure, à s’imposer dans les logiciels de la plupart des candidats à la présidentielle. « Je n’ai entendu aucune personnalité politique aborder pleinement les enjeux de transformation avec une vision intégrée, déplore Valérie Masson-Delmotte. Quant au fait d’agir sur les causes du réchauffement climatique, c’est complètement passé sous silence. »

Pris dans un horizon de court terme, le personnel politique peine à apporter des réponses structurantes qui permettent à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de s’adapter au réchauffement. « Cela demande une certaine forme de courage, car il faudra assumer des décisions nécessairement impopulaires », souligne Bruno Villalba, professeur de sciences politiques à AgroParisTech.

« La planète en a vu d’autres »

Bon nombre de prétendants à l’Elysée se sont contentés de solutions sectorielles ou technologiques pour répondre à la crise. Si le RN a cessé de contester la réalité du réchauffement climatique et son origine anthropique – un changement de taille –, Marine Le Pen n’est guère allée plus loin que son « plan clim », ressorti en juin, qu’elle n’a toujours pas détaillé, pas plus que son financement.

Lire aussi |  Pour affronter la canicule, le nébuleux « plan climatisation » du RN **

A droite, le président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, a développé, le 9 août, dans La Tribune Dimanche, sa vision de l’« écologie de l’adaptation » face à l’« écologie de la régression » : soutien au nucléaire et à la géothermie, arrêt des subventions à l’éolien, suppression du principe de précaution… « Il ne s’agit pas de sauver la planète : depuis le Big Bang, elle en a vu d’autres », a-t-il osé.

Du côté des candidats du bloc central, la question écologique n’a pas suscité de discours aussi volontaristes que ceux sur l’immigration ou la dette. Le président d’Horizons, Edouard Philippe, s’est satisfait d’un soutien aux acteurs mobilisés pour lutter contre les incendies, l’assortissant de vagues promesses sur le renforcement des moyens de la sécurité civile. Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, s’est, lui, engagé à « lancer la plus grande chasse au gâchis d’eau jamais menée » et à mettre en place un plan de captation des précipitations sur les bâtiments publics, chapeauté par un ministère de l’eau.

A gauche, la conviction que l’été 2026 n’a fait que renforcer la nécessité de politiques de grande ampleur face aux enjeux climatiques s’est vérifiée. Mais les solutions à apporter peinent à exister. Le cofondateur de Place publique, Raphaël Glucksmann, pris dans les discussions de primaire avec le PS, s’est montré très discret. Chez Les Ecologistes, le congé climatique proposé par la secrétaire nationale, Marine Tondelier, candidate à la présidentielle, a fait le buzz, mais a été très critiqué, y compris à gauche. Empêtré dans les batailles internes sur la stratégie à suivre pour 2027, le parti est inaudible sur le fond.

Coups à prendre

De son côté, La France insoumise a sorti, jeudi 20 août, une longue note pour « faire face aux mégafeux ». Durant son université d’été, qui débute vendredi, le mouvement, qui mène un vrai travail de fond sur ces questions comme Les Ecologistes, devraient aussi apporter des précisions sur le projet encore flou des « éco-régions » voulues par Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier a reçu le soutien inattendu de Monique Barbut, qui a déclaré dans Libération qu’il « est [le candidat] qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales ».

Qu’en sera-t-il dans quelques semaines, quand les températures seront redescendues ? La tentation pourrait être forte, comme par le passé, de reléguer le sujet au second plan. « Beaucoup de candidats pensent encore qu’il y a plus de coups à prendre que de voix à gagner, juge Jean-François Julliard, directeur général de France nature environnement (FNE). Ce n’est pas un sujet porteur électoralement. »

La société civile, atone ces dernières années, compte maintenir la pression. Plusieurs mobilisations sont prévues : le 15 septembre, FNE donne rendez-vous devant le ministère de l’économie pour dénoncer l’« inaction du gouvernement ». Le 26 septembre, jour où les pompiers prévoient une « manifestation statique » à Paris, un collectif de citoyens appelle, lui, à marcher « partout en France » pour réclamer un « plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation ». Deux dates, au risque de l’éparpillement.

Pour approfondir  (2 articles)

Raphaëlle Besse Desmoulières,  Mariama Darame,  Alexandre Pedro et  Robin Richardot

Au RN une absence de réflexion écologique: **Pour affronter la canicule, le nébuleux « plan climatisation » du RN

Contre les températures record enregistrées en mai et en juin en France, Marine Le Pen brandit un « grand plan » annoncé depuis un an, mais toujours pas chiffré, ni très clair. Tout en prévoyant des coupes budgétaires en matière de transition écologique. 

Par Corentin Lesueur

Publié le 24 juin 2026 à 06h00, modifié le 26 juin 2026 à 08h39 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/24/face-a-la-canicule-le-nebuleux-plan-climatisation-du-rn_6710198_823448.html

Marine Le Pen, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juin 2026.
Marine Le Pen, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juin 2026.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Le Rassemblement national (RN) invoque aujourd’hui les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). L’acronyme n’avait pourtant, jusqu’alors, suscité que mépris, moqueries et indifférence de la part des élus d’extrême droite. « Le GIEC est une catastrophe pour le moral déjà très bas des Français », alertait fin 2023 la députée Katiana Levavasseur, quand son voisin d’hémicycle Hervé de Lépinau tançait des « propagandistes [qui]ont un côté effrayant ». « Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises », a platement reconnu dimanche 21 juin sur France Inter Thomas Ménagé, porte-parole du groupe RN à l’Assemblée, trois ans après avoir lui-même considéré que « si on sui[vait] bêtement les données du GIEC, on risqu[ait] de contrevenir à la qualité de vie des Français ».

La révolution sémantique du RN relève cependant moins de la conversion scientifique que de l’opportunisme politique. Si le parti présidé par Jordan Bardella, après des années de déni, relaie enfin les inlassables constats des experts sur la nature et l’ampleur du réchauffement climatique, c’est principalement pour dénoncer l’impréparation de l’exécutif et de l’Etat face au nouvel épisode de canicule subi par la France. « Le gouvernement est là pour impulser une direction, prendre une décision – oui ou non, à la climatisation – (…) et impulser la mise en œuvre de cette décision, y compris au travers des collectivités, mais d’abord au travers des secteurs dont ils ont la responsabilité. Ce n’est pas plus que ça qu’on leur demande », a sermonné vendredi 19 juin Marine Le Pen, en visite au salon VivaTech.

Face aux températures record enregistrées en mai et juin en France, la députée du Pas-de-Calais dit détenir la solution : un « grand plan d’équipement pour la climatisation », évoqué pour la première fois, et sans plus de détails, le 30 juin 2025 sur X. Jamais depuis le parti n’avait concrètement présenté ou chiffré le dispositif, tout en déplorant l’inconséquence de ceux – politiques ou scientifiques – qui douteraient de l’efficacité ou de la soutenabilité de leur obscur projet.

La bascule de dizaines de départements en vigilance rouge a mis au jour l’impréparation d’un « plan » ni chiffré ni arbitré au sommet du parti. Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe mariniste à l’Assemblée nationale, peut tout juste assurer que l’installation d’une climatisation pourrait être éligible au programme « 100 % Rénov’ » ; un prêt à taux zéro pour la rénovation énergétique qui remplacerait le dispositif de subvention MaPrimeRénov’, jugé trop complexe et coûteux. Si le référent économique du RN explique au Monde avoir budgétisé jusqu’en 2030 20 milliards d’euros de prêts, aux intérêts pris en charge par l’Etat, les climatiseurs ne pourront y prétendre que s’ils prennent part à une plus large rénovation de l’habitation. L’installation isolée d’une climatisation n’est pas pour le moment budgétisée, ni dotée d’un quelconque calendrier.

Saignées promises

Preuve si besoin de l’improvisation du RN, un autre député, Thomas Ménagé, pourtant lui aussi à la manœuvre sur le sujet, assure : « notre “plan clim” c’est “100 % Rénov” », à rebours des limites posées par son collègue. « L’idée de base n’est pas de climatiser sans avoir préalablement isolé : l’objectif est quand même d’avoir quelque chose de vertueux, pas de dire “On s’en fout, on climatise tout direct”, démine M. Ménagé auprès du Monde. Mais si quelqu’un veut profiter d’un prêt à taux zéro juste pour se faire installer une climatisation, il pourra. Même si ce n’est pas très judicieux. »

S’agissant des collectivités et des établissements publics, ils devront eux aussi en passer par un dispositif similaire de prêt à taux zéro ; cette fois, le montant global n’a pas été tranché par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le parti devrait tenir une conférence de presse sur le sujet, mardi 30 juin, pour clarifier le contenu et le financement du plan alors que l’on connaîtra le nom du candidat à la présidentielle le 7 juillet, jour de l’arrêt de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national.

Aussi limité et nébuleux soit-il, le « plan climatisation » – et le prêt à taux zéro dont il ferait partie – constitue l’unique effort consenti par le RN dans la lutte contre le réchauffement climatique. Bien plus précises sont les saignées promises en la matière, énumérées et chiffrées lors du contre-budget établi à l’automne 2025. Au menu, notamment : 10 milliards d’économies dans la rénovation énergétique avec la fin de MaPrimeRénov’et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie ; marges de manœuvre des collectivités ratiboisée par la suppression du fonds vert (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat ; coupe d’un tiers des subventions des associations environnementales ; disparition d’opérateurs et d’agences de l’Etat comme les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité.

Loin de l’Etat planificateur et proactif contre le réchauffement climatique que promeut Marine Le Pen, son obscur « grand plan climatisation » renvoie à une gestion purement financière des conséquences des crises environnementales. D’où son pari, contre l’évidence économique, qu’un prêt sera plus incitatif qu’une aide directe pour rénover le parc immobilier. « On considère que la transition écologique est une création de valeur économique, pas une contrainte », répète Jean-Philippe Tanguy.

Lecture biaisée

En concentrant sa communication sur les seules climatisations pour affronter la canicule, le RN confirme surtout son refus de s’attaquer aux causes du réchauffement climatique et son seul souci d’en limiter les conséquences de court terme sur le bien-être de la population. Quitte pour cela à pratiquer une lecture biaisée de la littérature scientifique.

Les cadres se plaisent à convoquer et à se partager une publication de 2020 relativisant les îlots de chaleur urbains créés par la climatisation : entre 0 °C et 0,75 °C dans la plupart des rues de la capitale si tous les bâtiments étaient climatisés à 23 °C. « Une étude à envoyer dans les dents de tous les obscurantistes anti-climatisation », a publié le 22 juin sur X le député de l’Aude Frédéric Falcon. Une étude relativisée aujourd’hui par son propre auteur, Vincent Viguié, directeur adjoint du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement. « Les températures constituaient une valeur plancher, précise le chercheur. Plusieurs études depuis 2020 ont relevé un réchauffement compris entre 1,5 °C et 2,5 °C, selon les villes ; jusqu’à 10 °C dans une rue particulièrement étroite. »

« C’est faux, comme beaucoup d’ailleurs de choses qui sont dites sur ce sujet, a balayé Marine Le Pen le 19 juin. [La température extérieure] va augmenter à quelques mètres de la bouche d’extraction. Il y a eu des études qui ont été faites dans des pays qui sont massivement dotés en climatisation, et qui ne démontrent pas [de réchauffement général]. Mais vous savez, les écologistes à partir du moment où ils ne veulent pas quelque chose, ils vous tordent des études, ils vous sortent des trucs, ils vous les coupent en petits morceaux, ils vous prennent des bouts de phrase pour réussir à vous convaincre qu’il ne faut pas le faire. » Marine Le Pen accuse les écologistes de partager son propre rapport à la science : si le RN s’ouvre à la recherche, c’est à la seule condition qu’elle approuve son programme.

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***Après les canicules et les incendies, le RN rattrapé par son absence de réflexion écologique

Si ses porte-parole ont cessé de contester la réalité du réchauffement climatique, le parti d’extrême droite, très critique des écologistes et du gouvernement, peine à développer un discours crédible sur l’adaptation à la crise. 

Par Clément Guillou et Corentin Lesueur

Publié le 21 août 2026 à 06h30, modifié le 21 août 2026 à 09h32 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/21/apres-les-canicules-et-les-incendies-le-rassemblement-national-rattrape-par-son-absence-de-reflexion-ecologique_6751610_823448.html

Marine Le Pen, sur le marché de La Flèche (Sarthe), au lendemain de l’officialisation de sa candidature à la présidentielle, le 8 juillet 2026.
Marine Le Pen, sur le marché de La Flèche (Sarthe), au lendemain de l’officialisation de sa candidature à la présidentielle, le 8 juillet 2026.  MARIE MAGNIN/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Peut-on éteindre un incendie au pistolet à eau ? Durant les trois mois écoulés, faits de canicules, de sécheresses et de feux de forêt qui ont mis la France à l’épreuve, le Rassemblement national (RN) a fait le constat de ses insuffisances sur le sujet environnemental. La critique de l’impréparation du gouvernement, dans la gestion des fortes chaleurs comme dans les moyens attribués aux pompiers, a peut-être permis aux troupes du RN de masquer celle de Marine Le Pen. Mais, parmi les élus, certains craignent que cette faille béante dans le logiciel du parti d’extrême droite ne lui coûte en 2027, particulièrement dans l’électorat urbain.

Un cacique lepéniste s’en inquiétait au cœur de l’été : « C’est notre angle mort. On ne peut pas entrer en présidentielle en étant incapables d’avoir une doctrine écologique inattaquable, et pourtant, je pense qu’on n’y arrivera pas. Il y a un problème collectif de prise en main du sujet, car personne ne voit le gain électoral qu’on pourrait en tirer. » Déjà, en 2024, les quelques frontistes intéressés par le sujet s’inquiétaient du retard accumulé et de l’absence de réponse sérieuse à la crise climatique, tout en constatant que « taper sur les écolos et Sandrine Rousseau, c’est du 100 % de réussite ».

Les différentes crises estivales ont toutefois mis en exergue une rupture majeure au Rassemblement national : la négation du réchauffement climatique et de la responsabilité humaine, qui s’exprimait librement ces dernières années, n’a plus cours. A contre-courant du discours tenu depuis des années par des élus lepénistes, les chercheurs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne sont plus décrits comme des oiseaux de mauvais augure – le parti se contente de ne pas tenir compte de leurs recommandations. C’est « pire », estimait en juillet le politiste Stéphane François dans une tribune au Monde : le RN semble avoir « saisi l’urgence » climatique, mais « préfère camper sur ses positions idéologiques, qui sont ouvertement démagogiques (…), car il ne faut pas modifier les modes de vie de son électorat ».

Un « plan clim » nébuleux

L’extrême droite, déjà peu concernée par l’atténuation du réchauffement climatique, ne s’est pas montrée plus à l’aise sur le volet de l’adaptation. Durant la première canicule, Marine Le Pen, ressortant des cartons un « plan climatisation » annoncé un an plus tôt, s’est bien gardée d’en préciser la substance. Et pour cause : ni financé ni précis dans ses intentions, objet d’une cacophonie absolue au RN, ce « plan clim » s’est révélé être un concept marketing plus qu’un projet d’équipement national.

Pendant les grands incendies, le RN a été rattrapé par certains de ses votes et de ses propositions à l’Assemblée nationale. Certes, le parti n’ignore pas les feux qui ravagent ses bastions dans le sud du Var ou dans le massif des Corbières, et fustige de longue date les effectifs insuffisants de l’Office national des forêts ou l’application trop faible des obligations légales de débroussaillement. Mais il est aussi travaillé par son poujadisme antifiscaliste et antiadministration. C’est ainsi qu’il a rejeté l’augmentation des moyens des services départementaux d’incendie et de secours par le biais d’une réaffectation d’une taxe sur les assurances, et a proposé des baisses budgétaires drastiques à plusieurs opérateurs et agences de l’Etat au rôle-clé dans la lutte contre les incendies, avant leur possible démantèlement.

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« La plupart des agences sont largement infiltrées par des ONG qui ont leur propre agenda idéologique », estime l’eurodéputée (RN) Mathilde Androuët, proche de Jordan Bardella et membre de la commission environnement au Parlement européen. « Certaines ont des missions louables, mais doivent être dans le giron préfectoral ; leur existence peut être revue lorsqu’elles sont superfétatoires ou idéologisées. Les vrais protecteurs de la nature, ce sont plutôt les agriculteurs ou les sociétés de chasse. »

« Bon sens paysan »

Plus largement, le RN creuse le sillon emprunté depuis plusieurs années, qui consiste, pour toute question environnementale, à opposer un présumé « bon sens paysan » à l’« idéologie écologiste », systématiquement décrite comme éloignée du terrain et porteuse de contraintes. Ainsi Mathilde Androuët estime-t-elle que, face aux incendies, « les paysans sont bien plus utiles que des dispositifs politiques, qui ont été discrédités dans cette crise ». L’élue oppose la« faiblesse de la structure institutionnelle » à la « puissance de la solidarité spontanée », selon elle empêchée par la préfecture de Gironde – qui tentait d’organiser cette aide bénévole, afin qu’elle soit complémentaire du travail des pompiers. Plus généralement, l’eurodéputée estime nécessaire « un renversement de paradigme profond : il faut acter que la main de l’homme protège la nature et que le besoin humain prévaut ». Une conclusion propre à donner des sueurs froides aux spécialistes de la biodiversité.

Réalisée en juillet par le média écologiste Bon Pote, l’analyse détaillée des votes du RN à l’Assemblée nationale sur l’adaptation aux risques climatiques, portant sur 259 votes en séance publique depuis 2022, révèle la priorité donnée aux solutions technologiques, aux indemnisations et aux incitations financières de particuliers. Des choix coûteux qui font l’économie de toute contrainte et d’une réflexion sur la manière d’adapter les territoires et les logements aux nouvelles conditions climatiques – le RN veut notamment supprimer les aides à la rénovation énergétique. Le parti d’extrême droite s’oppose généralement au fléchage de l’argent public vers des dispositifs d’adaptation (baisse des crédits au fonds vert pour les collectivités) ou de prévention (abstention sur une hausse du fonds de prévention des risques naturels majeurs).

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Concernant l’adaptation du modèle agricole à cette nouvelle donne, le RN se fait fort de garantir l’accès en eau aux agriculteurs, dans un contexte de raréfaction de la ressource, et de « mieux indemniser les pertes de récolte ». Le parti, déjà favorable à la contestée loi Duplomb, a porté une version jusqu’au-boutiste de la loi d’urgence agricole, regrettant qu’elle n’aille pas assez loin, notamment sur les retenues d’eau ; loin du programme de Marine Le Pen en 2017, qui portait la notion d’« agroécologie » et réclamait un modèle « plus respectueux de l’environnement ».

Ambitions contradictoires

Plus généralement, les députés lepénistes se distinguent par l’absence de propositions sur l’environnement. « Qu’est-ce que nos députés de la commission développement durable proposent au bout de cinq ans ?, se désespère le cadre cité plus haut. Nous n’avons jamais eu de moment collectif pour dire : “Voici notre vision.” Notre “yakafokon” est inaudible, car il ne s’accompagne pas d’un discours écologique. » Les livrets programmatiques sur l’environnement et sur l’eau, longtemps promis, n’ont jamais vu le jour.

Qu’il semble loin, le temps des incantations de Jordan Bardella, après son élection à la tête du parti, en 2022 : « Je crois vital que nous, le camp national, ne nous comportions pas comme la gauche se comporte à l’égard de l’immigration depuis trente ans, c’est-à-dire dans une forme de déni. » En 2026, sa participation au World Impact Summit, un sommet sur la transition écologique, a attesté d’une réflexion en panne sèche, le président du RN multipliant les truismes et dépolitisant la question climatique : « L’écologie, c’est d’abord et avant tout l’amour du beau, la conscience de la fragilité du monde qui nous entoure et l’envie de transmettre notre pays, nos paysages, notre patrimoine vivant encore plus riche et encore plus beau aux générations futures. » Une ambition difficilement compatible avec le discours productiviste du parti.

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****Dans le contre-budget du RN, des coupes sans précédent dans la politique environnementale de la France

L’écologie serait, avec les immigrés, la première victime des propositions budgétaires formulées par l’extrême droite, jeudi 23 octobre. 

Par Clément Guillou

Publié le 24 octobre 2025 à 09h47 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/10/24/dans-le-contre-budget-du-rn-des-coupes-sans-precedent-dans-la-politique-environnementale-de-la-france_6649143_823448.html

Temps de Lecture 2 min.

La présidente du groupe RN, Marine Le Pen, et le député du parti d’extrême droite, Jean-Philippe Tanguy (Somme), lors de la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 15 octobre 2025.
La présidente du groupe RN, Marine Le Pen, et le député du parti d’extrême droite, Jean-Philippe Tanguy (Somme), lors de la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 15 octobre 2025.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

On avait quitté Jean-Philippe Tanguy le mardi 21 octobre, plastronnant à l’occasion d’une conférence de presse : « Nous sommes le seul parti, avec La France insoumise, à avoir un programme écrit sur la transition environnementale. Je mets au défi les autres forces politiques de présenter un programme qui ne tienne pas sur un Post-it », avait revendiqué le cadre du Rassemblement national (RN), avant d’admettre qu’il parlait là de son plan énergétique, dont le fil rouge est l’abandon de l’éolien et du solaire et la relance massive du nucléaire. Le RN n’a rien d’autre à présenter, et pour cause : un « livret sur l’écologie » promis depuis 2023 semble avoir été enterré dans la cave du siège du parti, et celui-ci n’a aucun interlocuteur désigné sur le sujet.

On retrouve le même vibrionnant député de la Somme, deux jours plus tard, présentant un « contre-budget » qui en dit plus long que n’importe quel programme : une attaque sur tous les flancs de ce qui reste de la politique environnementale française. L’écologie est, avec l’immigration, la cible principale des mesures d’économie présentées par le parti d’extrême droite jeudi 23 octobre. La traduction financière d’un virage entamé ces dernières années : le RN est devenu le fer de lance de l’offensive culturelle contre l’environnement, faisant le pari, réussi jusqu’ici, qu’il y gagnerait à la fois la sympathie de l’électorat conservateur et des marges de manœuvre budgétaires.

Jean-Philippe Tanguy, qui se lamentait de « la dette écologique » du macronisme deux jours plus tôt, a abondamment pioché dans ces économies en apparence indolores. Les programmes d’aide à la rénovation énergétique du bâtiment, l’une des pistes les plus évidentes pour réduire les émissions de CO₂ de la France et améliorer le pouvoir d’achat des ménages ? Près de 10 milliards d’euros d’économie, avec la suppression de MaPrimeRénov’ et l’affectation au budget général des certificats d’économie d’énergie (CEE), une taxe dont s’acquittent les consommateurs d’énergie fossile. Les subventions à la rénovation énergétique seraient remplacées par un prêt à taux zéro, et le produit des CEE intégrerait un « fonds d’amortissement de la dette écologique » censé financer des projets de décarbonation.

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Impact dévastateur

Il comptabilise également plus de 7 milliards d’euros d’économies avec la fin de l’obligation de rachat d’énergies renouvelables par EDF à un tarif préférentiel. Une mesure qui aurait un impact dévastateur sur la filière, comme sur les particuliers ayant investi dans des panneaux photovoltaïques, et qui se heurte à un obstacle majeur : les contrats entre EDF et les fournisseurs – grandes entreprises éoliennes ou particuliers – engagent l’opérateur public pour vingt ans.

Les collectivités territoriales, acteurs essentiels de la décarbonation, seraient aussi fortement affectées avec la suppression du « fonds vert » (« hors dépenses pour inondations et feux de forêts ») et la baisse radicale de leurs dotations par l’Etat, dont les dépenses écologiques seraient les victimes collatérales. Le RN prévoit également une saignée du milieu associatif, coupant un tiers des subventions (72 millions d’euros) aux associations relevant de la mission Ecologie, développement et mobilité durables. Ces associations, estime-t-il, « ne relèvent pas de l’intérêt général ». Le RN prévoit également de supprimer les missions de nombreux opérateurs et agences de l’Etat dès lors qu’ils s’occupent de l’environnement. Dans un premier temps, les agences de l’eau, l’Ademe ou l’Office français de la biodiversité verraient leur budget baisser drastiquement, de même que l’Agence de financement des infrastructures de transport.

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Toutes ces économies permettraient de financer, entre autres, le plus gros cadeau fiscal du RN : une baisse de la TVA sur les énergies, qui bénéficierait en premier lieu aux énergies fossiles et à ses producteurs.

Clément Guillou

ditorial

Le Monde

Le silence des décideurs sur les conséquences de l’été caniculaire 2026 et les solutions à apporter ne peut se comprendre que comme une impuissance à agir, ou, pis, une absence de volonté de le faire. Or le décalage entre ce mutisme et la conscience éveillée des citoyens sur cette crise sera inévitablement source de colère.

Publié le 22 août 2026 à 11h00  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/22/climat-la-necessite-d-une-parole-politique_6753094_3232.html

Temps de Lecture 2 min. 

   

Les 7 000 morts en surnombre constatés mi-août et les milliards d’euros de dégâts climatiques attendus à la suite de l’été caniculaire 2026 en France ne mobilisent pas les responsables politiques nationaux à la hauteur de l’événement. Depuis le premier pic de chaleur exceptionnel de mai, les Français ont eu droit au silence des uns, aux déclarations indigentes ou à la démagogie des autres.

Pourtant, le réchauffement climatique n’est plus un débat scientifique mais un problème éminemment politique, souligne le paléoclimatologue Jean Jouzel. La dissonance entre le clairon des engagements internationaux du pays sur le climat et leur écho à hauteur de vie quotidienne a de quoi ébranler la raison du citoyen. Quel que soit le bilan final de la canicule, elle aurait déjà dû conduire à confronter des visions, exposer des solutions communes, et tracer les perspectives vivables du long terme ; elles existent. Le silence ne peut se comprendre que comme une impuissance à agir, ou, pis, une absence de volonté de le faire.

L’Ile-de-France connaît un bilan particulièrement lourd. Avec 2 000 décès excédentaires sur la période de mi-juin à début juillet, la « mortalité toutes causes » confondues mesurée par Santé publique France a explosé, à + 81,2 %. Ce résultat forme un double record, temporel (depuis 2003) et spatial (aucune autre région n’affiche de tels pics). A Paris, ville où l’on meurt plus que dans toute autre ville d’Europe de la chaleur, le maire, le socialiste Emmanuel Grégoire, ne peut être taxé de climatoscepticisme, mais il n’a eu pour vertu que la franchise, en assumant, en juin, dans Le Monde, du « bricolage ». Admettant que la Ville avait « péché » en visant le cap lointain de 2050 pour s’adapter, il assure : « Il est temps d’écouter plus attentivement les scientifiques et experts qui ont des solutions. »

Eclairer l’avenir

Face à la crise, à droite comme à gauche, les décideurs se déconsidèrent. La ministre de l’écologie, Monique Barbut, vraie-fausse démissionnaire, salue, au grand dam de son camp, le programme de La France insoumise comme le plus abouti sur les questions climatiques, tandis que le Rassemblement national (RN), en tête dans les sondages pour la présidentielle de 2027, ne propose rien.

La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, entourée, à gauche, par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, et le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, et, à droite, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. A Paris, après le conseil des ministres du 27 juillet 2026.
La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, entourée, à gauche, par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, et le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, et, à droite, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. A Paris, après le conseil des ministres du 27 juillet 2026.  LOU BENOIST/AFP

On peut pourtant penser que tous les Français, y compris ceux qui voteront RN, attendent une parole politique qui marque l’action et permette d’éclairer l’avenir. Cela pourrait commencer par les aider à gérer les contradictions qui les traversent – le consumérisme forcené face aux limites de la planète, l’individualisme opposé au partage des ressources, les prix bas versus la santé alimentaire…

Les jeunes générations à qui échoit la dette écologique peuvent légitimement penser que la politique les oublie. En raison de leurs contraintes (logement, revenus, santé), hormis quelques soutiens en matière d’habitat ou de mobilité, les plus fragiles restent, eux, dépossédés des moyens d’arbitrer entre les solutions d’adaptation. Les victimes du climat sont-elles condamnées à voter pour ceux qui le négligent ?

Lire aussi |   Malgré un été marqué par les canicules, les incendies et la sécheresse, les responsables politiques incapables de répondre à l’urgence climatique

Le décalage entre la conscience éveillée des citoyens sur la crise et le manque d’engagement de leurs élus pour la traverser ne peut qu’être source de colère. Un sentiment dépressif et fataliste durable peut naître de cet été caniculaire, à contrer d’urgence. Compter sur l’oubli rapide de la souffrance collective, aussitôt l’automne et la pluie revenus, reviendrait à une démission.

Le Monde

Voir aussi:

Les propositions du RN sur le climat, bien loin des « investissements » de l’Etat « stratège » annoncés https://environnementsantepolitique.fr/2026/07/01/76398/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/24/le-giec-devient-tout-dun-coup-interessant-pour-le-rn/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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