L’incapacité des responsables politiques à faire face à l’urgence climatique.

Tribune « Au terme d’un été marqué par les canicules répétées et les incendies ravageurs, la prise de conscience est encore faible et l’impréparation totale »

Judith Rainhorn, spécialiste de l’histoire environnementale, déplore, dans une tribune au « Monde », l’incapacité des responsables politiques à faire face à l’urgence climatique et appelle à « politiser les désastres ».

Publié aujourd’hui à 09h16, modifié à 09h48 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/25/au-terme-d-un-ete-marque-par-les-canicules-repetees-et-les-incendies-ravageurs-la-prise-de-conscience-est-encore-faible-et-l-impreparation-totale_6756364_3232.html

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Depuis une décennie, la litanie des espaces ruraux et des quartiers urbains qui font l’actualité en raison des pollutions anciennes et actuelles qui y sont mises au jour semble interminable. On peut citer notamment Oullins-Pierre-Bénite (Métropole de Lyon) et les rejets d’Arkema, Bourg-Fidèle (Ardennes) et les effluents de son usine de batteries, Evin-Malmaison (Pas-de-Calais) et les fumées de Metaleurop, ou encore la vallée de l’Orbiel (Aude) et ses collines de résidus miniers toxiques.

A ces exemples s’en ajoutent d’autres : les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, imprégnées du pesticide chlordécone, Vittel et Contrexéville (Vosges) et leurs montagnes enfouies de déchets plastiques, les écoles sous les pulvérisateurs des vignes du Blayais (Gironde), le quartier de Lille-Sud et les poussières de plomb d’Exide, et, désormais, la cité de la Coudre, à Tonnay-Charente (Charente-Maritime), polluée par l’usine d’engrais voisine.

Chaque année apporte son lot de scandales sanitaires liés à ces pollutions. Les rivières charrient des poissons morts ; des bêtes meurent les naseaux brûlés quand elles se nourrissent à proximité des sites industriels ; des enfants, dont il faut nettoyer les jouets au savon après qu’ils ont joué dehors, sont intoxiqués par le plomb, le cadmium et l’arsenic.

On se résout à regarder pousser les framboises du jardin sans les manger. On vit dans la crainte de l’expropriation, avec l’angoisse de voir apparaître les premiers signes de cancer chez soi et chez ses proches. On se méfie de tout : de l’air que l’on respire, de l’eau que l’on boit, des fruits que l’on mange, de la terre que l’on a sous les chaussures, de la poussière qui recouvre la voiture le matin.

Saisons destructrices

Comment tolérer ce désastre environnemental et humain, chaque année plus évident, chaque année plus médiatisé ? L’ignorance n’est plus un argument, tant l’espace public est saturé de nouvelles qui attestent l’urgence de la situation. Pourtant, la prise de conscience est encore faible et l’impréparation totale, au terme d’un été marqué par une sécheresse accrue, des canicules répétées et des incendies ravageurs parvenus jusqu’en Ile-de-France et dans le Pas-de-Calais, à des latitudes historiquement préservées de ces dégâts estivaux.

Dans la commune du Temple (Gironde), après l’incendie ravageur, le 1er aout 2026.
Dans la commune du Temple (Gironde), après l’incendie ravageur, le 1er aout 2026.  HERVÉ LEQUEUX POUR « LE MONDE »

Les mots « Qui aurait pu prédire la crise climatique ? », prononcés par Emmanuel Macron à la fin de 2022, se lisent sur les lèvres de la plupart des responsables politiques qui nous gouvernent : de cellules de crise en annonces fracassantes, ils déplorent, sidérés et les bras ballants, l’accumulation des calamités survenues ces derniers mois… et regardent ailleurs.

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A l’heure où les technologies les plus sophistiquées sont présentées comme étant capables de surmonter tous les obstacles qui s’opposent à la maîtrise des destinées humaines, nous restons impuissants devant un arbre qui s’effondre sous le poids de la sécheresse, devant un nid qui reste vide parce que insectes et vers de terre ne nourrissent plus les oiseaux, devant les algues et les méduses qui prolifèrent sur les littoraux.

Déjà, en 1962, la biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964) annonçait des « printemps silencieux », titre de son ouvrage consacré aux ravages des pesticides. Ils seront suivis d’étés meurtriers frappant humains, animaux et végétaux. Ces saisons destructrices sont devant nous, au détour du prochain hiver, lorsque les frimas de novembre et quelques pluies diluviennes auront recouvert l’été 2026 de leur voile d’amnésie collective.

Et l’on s’étonnera de nouveau, au printemps 2027, de l’arrivée précoce de la chaleur, de l’accentuation des calamités de l’année précédente, des incendies aux portes de nos grandes villes, des évacuations massives de campings. Et l’on tendra le micro à des rescapés hagards, accueillis dans des gymnases pendant leurs vacances d’infortune.

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L’histoire nous apprend combien l’inaptitude à faire face aux malheurs collectifs s’est longtemps traduite par un fatalisme résigné et une fuite en avant millénariste. Confrontées aux épidémies, aux inondations, aux désastres climatiques ou aux plaies d’Egypte, les sociétés anciennes ont pleuré, gémi, prié. Elles ont longtemps peiné à considérer leur capacité à infléchir le cours des choses. Nous les observons aujourd’hui avec un brin de condescendance et de mépris.

Or, en 2026, il semble que l’on envisage encore les catastrophes environnementales sous le signe du fléau, de l’infortune et de la fatalité. Pis, on recule devant l’ampleur de la tâche et les intérêts en jeu. Alors que commence la campagne présidentielle, celle-ci risque tragiquement d’éviter les enjeux cruciaux qui nous concernent tous et toutes. Il est temps de politiser enfin les désastres qui nous accablent et l’anxiété qui nous assaille. Car la canicule est politique, tout comme le sont l’incendie, la pollution, la santé des enfants et l’air que l’on respire. Il y a urgence.

Judith Rainhorn est historienne, professeure à la Sorbonne, membre du conseil scientifique et citoyen du Plan parisien Santé Environnement.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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