En juin 2024, les digues ont cédé»: cet électorat de droite, plus âgé et diplômé, tenté par le RN
Publié le 21/08/2026 à 18h16, mis à jour le 21/08/2026 https://www.lefigaro.fr/politique/en-juin-2024-les-digues-ont-cede-cet-electorat-de-droite-plus-age-et-diplome-tente-par-le-rn-20260821

Marine Le Pen dans son bureau le 6 mars 2025 à Paris. Sébastien SORIANO / Le Figaro
Dans une étude pour la Fondapol, le politologue Pascal Perrineau livre une radioscopie éclairante de l’évolution récente de l’électorat du parti de Marine Le Pen.
C’est l’histoire d’une progression électorale exponentielle. «D’un parti de protestation à un parti dominant», titre le politologue et professeur émérite à Sciences Po Pascal Perrineau dans sa dernière note pour la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) consacrée aux mutations de l’électorat RN sur les deux quinquennats Macron (2017-2027). Il y a d’abord eu les résultats en dents de scie du Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen : un premier score important de 10,95% aux européennes de 1984. Puis 14,4% à la présidentielle de 1988, l’accès tonitruant au second tour en 2002 avec 16,9% et le recul de 2007 avec 10,4%.
À partir de 2011, Marine Le Pen ouvre une ère de progression constante pour le parti à la flamme : 17,9% en 2012, 21,3% en 2017, 23,2% en 2022. Et, surtout, la barre symbolique des 30% franchie aux européennes de 2024 avec 31,4% et de nouveau aux législatives anticipées avec 33,2% des voix au premier tour (RN et UDR). Même les élections municipales, longtemps talon d’Achille du parti, ont enregistré une progression sans précédent en 2026 avec 74 communes conquises, soit 52 de plus qu’en 2020. Créditée d’une avance très large sur ses concurrents au premier tour, Marine Le Pen semble pour la première fois en capacité de s’imposer. Pour comprendre les ressorts de cette ascension, Pascal Perrineau distingue quatre profils d’électeurs.PASSER LA PUBLICITÉ
Pascal Perrineau sera l’invité du Figaro TV dans l’émission «Points de Vue» ce mercredi 26 août à midi.
Le déclassement plutôt que la dépolitisation
Les «hostiles», ceux qui n’ont jamais voté RN depuis 2017 (67,3% de l’échantillon), les «fidèles», qui ont voté RN en 2017, 2022 et 2024 (9,2%), les «épisodiques», dont le soutien est intermittent (13%) et les «ralliés», qui ont voté RN pour la première fois en 2024 (10,5%). Pascal Perrineau s’attarde sur cette dernière catégorie, dont le profil sociologique diffère de l’électorat frontiste traditionnel. Les ralliés comptent par exemple 57% de diplômés du supérieur, contre seulement 36% chez les fidèles. Ils sont également plus âgés : 56% ont 65 ans ou plus, contre 47% chez les fidèles et les épisodiques. «Jusqu’à une date récente, les personnes âgées, les cols blancs et les personnes dotées de diplômes de l’enseignement supérieur étaient autant de pôles de résistance forte à la pénétration électorale du RN», rappelle Pascal Perrineau. «En juin 2024, ces digues, qui contenaient encore la poussée du RN, ont cédé.»
L’origine politique de ces ralliés confirme ce déplacement : en 2017, 40% avaient voté pour François Fillon, 18% pour un candidat de gauche, 14% pour Emmanuel Macron. Pour Pascal Perrineau, le RN de 2024 n’est pas un parti «attrape-tout». Cette expression, née sous la plume du politologue allemand Otto Kirchheimer, désignait ces partis politiques des années 1950-1960 qui diversifiaient leur électorat en captant des populations dépolitisées et dépolarisées. Rien de tel chez le RN version 2024 : les ralliés restent ancrés à droite (71%), même si c’est davantage la droite classique (55 %) que l’extrême droite (16%) qui prédomine chez eux, contrairement aux fidèles, massivement positionnés «très à droite» (40%). La progression électorale du parti est moins à chercher dans la dépolitisation que dans le déclassement, souligne la note.
Selon les données citées par l’étude, 89% des nouveaux électeurs RN déclarent «vivre moins bien qu’avant», contre 71% en moyenne, et 74% estiment ne pas recevoir «le respect qu’ils méritent». L’auteur cite les travaux du chercheur du Cevipof Gilles Ivaldi, pour qui le RN poursuivrait «son OPA sur l’électorat de droite – bourgeoisie, seniors, classes supérieures et milieux entrepreneuriaux» afin de pouvoir espérer l’emporter en 2027. Une stratégie qui passe notamment par la fameuse «stratégie de la cravate» à l’Assemblée nationale. Face stratégie de tension permanente de la France insoumise, le RN a su adopter une attitude de respectabilité de nature à rassurer des catégories sociales longtemps rétives. La gauche, souligne encore Pascal Perrineau, ne détient pas pour autant le monopole du rejet du RN. Si les «hostiles»restent majoritairement à gauche (41%), une droite réticente qui n’a jamais franchi le pas perdure (34%).