Une vague de dérégulation du Pacte vert (Green Deal) à Bruxelles et en France

Comment la droite et l’extrême droite déconstruisent la législation environnementale européenne

GREEN DEAL

L’acquis environnemental du Pacte vert est la cible d’une vague de dérégulation, au nom de la compétitivité des entreprises. Les objectifs de décarbonation, que l’on pensait à l’abri, sont aussi affaiblis.

Cédric Vallet, le 6 février 2026

Discours d’Ursula von der Leyen à la Commission européenne, en décembre 2025, à Strasbourg.© FREDERICK FLORIN / AFP

Le 16 décembre 2025, à Strasbourg, les défenseurs de l’environnement, les syndicats, les députés européens qui s’accrochaient encore à l’idée d’un « cordon sanitaire » contre l’extrême droite, sont sous le choc. Pour la première fois, les élus du Parti populaire européen (PPE, droite), ont voté avec les groupes d’extrême droite en faveur de la loi de « simplification » conçue pour démanteler deux textes du « pacte vert », Green Deal en anglais, adoptés lors de la précédente législature.

Cette loi, dite « omnibus » en jargon européen, a été proposée par la Commission au nom de la compétitivité des entreprises. A l’issue du vote, les règles sur le rapportage « extra-financier » des entreprises ne concerneront plus qu’une poignée de multinationales. Et celles sur le « devoir de vigilance », dont l’ambition était la prévention dans les chaînes de production mondialisées des violations des droits humains et environnementaux, en sortent réduites à leur portion congrue.

Le lendemain, 17 décembre, c’est un autre texte emblématique du Pacte vert qui faisait les frais de cette alliance entre la droite et l’extrême droite. La loi contre la déforestation, qui suscite l’ire de plusieurs gouvernements étrangers, dont celui des Etats-Unis, était encore reportée d’un an, ouvrant la porte à des affaiblissements substantiels attendus en 2026.

Le Green Deal était l’étendard de l’exécutif, mais il est vite devenu un épouvantail pour l’ensemble des extrêmes droites

Le vent a tourné pour le Green Deal. Ses dizaines de lois, proposées en 2021 par la précédente Commission européenne et votées jusqu’en 2024, visaient à la fois la « neutralité carbone » en 2050, la baisse des émissions de gaz à effet de serre de 55 % en 2030 (par rapport à 1990), la réduction des pollutions, la restauration de la nature et la protection de la biodiversité. Le Green Deal était l’étendard de l’exécutif, mais il est vite devenu un épouvantail pour une partie des droites européennes et pour l’ensemble des extrêmes droites.

Si la majorité d’Ursula von der Leyen reste officiellement ancrée au centre, dans les faits, « la Commission s’est avérée très perméable aux influences politiques et notamment à la montée en puissance des groupes d’extrême droite, commente Antoine Oger, directeur de l’Institut pour la politique environnementale européenne. On aurait pourtant pu penser que la Commission chercherait à préserver l’héritage de la précédente mandature ». Il n’en a rien été.

La Commission axe désormais son action sur la « simplification » tous azimuts, sans que cette notion ait été délimitée. « Sous couvert de simplification c’est bien un démantèlement délétère du Green Deal et de l’acquis environnemental qui s’opère », regrette Faustine Bas-Defossez, directrice politique du Bureau environnemental européen.

Les propositions de loi de simplification, les « Omnibus », s’enchaînent à un rythme étourdissant  on en compte dix à ce jour. Elles sont le plus souvent dégainées sans consultation publique ni étude d’impact et s’apparentent à une entreprise de « dérégulation », comme l’a finalement admis Ursula von der Leyen, le 1er octobre.

Lorsque ces « Omnibus » sont débattus au Parlement européen, le PPE n’hésite plus à tabler sur une « majorité alternative », avec l’extrême droite, pour démembrer encore davantage l’acquis du passé. Le Green Deal est donc sous pression. Est-il mort pour autant ?

Sauver les objectifs de décarbonation ?

S’il y a bien un volet du pacte vert qui semble, au premier abord, toujours au cœur des préoccupations de la Commission européenne, c’est celui de la neutralité carbone en 2050. Le 10 décembre 2025, l’UE pouvait se féliciter d’une avancée notable.

En ces temps de « backlash » écologique, les avancées législatives sont rares, même si elles sont l’objet de compromis sibyllins qui les affaiblissent

Le Parlement européen et le Conseil de l’UE s’accordaient, malgré les fortes réticences de certains Etats membres et députés, pour amender la « loi climat » européenne, en fixant un objectif intermédiaire de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2040, cohérent avec l’ambition à 2050. A cette échéance, l’UE devra avoir réduit de 90 % ses émissions par rapport aux niveaux de 1990.

En ces temps de « backlash » écologique, les avancées législatives sont rares, même si elles sont l’objet de compromis sibyllins qui les affaiblissent. C’est en réponse aux réticences de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie, ou encore de l’Italie, que des flexibilités ont été intégrées dans cette « loi climat », autorisant l’UE à afficher une ambition moindre en 2040.

Il serait ainsi possible de viser une réduction de 85 % des émissions – au lieu des 90 % – à condition de compenser cette baisse par le financement de projets d’absorption de CO2 ou de baisse des émissions hors de l’UE, grâce à l’achat de crédits carbone internationaux.

« Cette flexibilité affaiblit l’objectif 2040, et donc le trajet vers la neutralité carboneMais dans le contexte politique actuel, mieux vaut une cible imparfaite que pas de cible du tout », juge Sebastian Oberthuer, professeur en droit de l’environnement en Finlande et à l’université flamande libre de Bruxelles.

La Commission européenne devra par ailleurs évaluer tous les deux ans la loi climat, à la lumière de ses impacts sur la compétitivité des entreprises, et pourra, le cas échéant, modifier la cible.

C’est surtout l’insertion dans la loi climat d’un amendement de dernière minute qui interpelle. Il concerne un dispositif controversé du pacte vert, l’ « ETS 2 », adopté en 2023 et qui doit être mis en œuvre en 2027. L’ETS 2 consiste à appliquer aux secteurs du bâtiment et des transports le système de quotas d’émissions de CO2 dégressif dans le temps qui s’impose déjà aux secteurs industriels couverts par l’ETS 1, comme la production d’électricité ou de chaleur1.

La quantité de « droits à polluer » émis par les pouvoirs publics diminue inexorablement, ce qui renchérit le coût de leur acquisition par les entreprises et, par conséquent, des technologies fossiles les plus émettrices de CO2. Ce « signal prix » doit détourner les acteurs économiques des technologies les plus polluantes et favoriser les alternatives décarbonées. Mais avec l’extension de ce mécanisme aux transports et aux bâtiments, la France, la Pologne et d’autres Etats membres s’inquiètent de voir s’envoler les prix à la pompe ou les factures de chauffage.

Un fonds social climat a été créé pour faciliter la transition et compenser les pertes pour les ménages fragilisés, mais il est décrié pour son montant dérisoire

Un fonds social climat, doté de 65 milliards d’euros sur la période 2027 – 2032, a été créé pour faciliter la transition et compenser les pertes pour les ménages fragilisés. Mais il est décrié pour son montant dérisoire. Des mécanismes censés juguler les hausses trop importantes du prix du CO2 sont en phase d’adoption, mais cela n’atténue pas les crispations au Parlement de Strasbourg et surtout au sein des Etats européens, qui craignent un effet « gilets jaunes ».

La révision de la loi Climat le 10 décembre a donc été instrumentalisée par les Etats membres qui y ont inscrit le report d’un an de la mise en œuvre de l’ETS 2, laissant du temps à ses détracteurs pour l’affaiblir lors de révisions prévues cette année.

« Ce report est un retour en arrière qui met à mal la capacité de l’Union européenne à atteindre ses objectifs en 2030, regrette Phuc Vinh Nguyen, chef du centre énergie de l’Institut Jacques Delors. Car le transport est devenu le secteur le plus émetteur de CO2. »

Malgré ses fortes émissions, le secteur transports fait l’objet d’une écoute empathique de la Commission européenne. C’est via un texte « Omnibus »qu’elle a répondu favorablement, le 16 décembre, au lobbying d’une partie de l’industrie en suggérant de réviser l’objectif de réduction de 100 % des émissions de CO2 à l’échappement en 2035 pour les nouveaux véhicules. Cette mesure emblématique du Green Deal devait consacrer la victoire de l’électrique et flécher les investissements.

Les critiques virulentes de l’industrie et d’une partie des élus ont poussé la Commission à rouvrir le dossier pour ajuster la cible à 90 % de réduction en 2035. Ce qui autoriserait la poursuite de la commercialisation des voitures hybrides et de certains véhicules thermiques.

Les constructeurs désireux de ne pas en finir avec les moteurs thermiques en 2025 devront partiellement compenser cette tolérance par l’utilisation d’acier « bas carbone » européen. Les co-législateurs vont désormais se saisir de ce dossier explosif, et pourraient donner encore plus de marges de manœuvre aux tenants du moteur thermique.

Les seules indications d’une quelconque volonté européenne de renforcer le pacte vert concernent d’ailleurs l’industrie. Le pacte pour une industrie propre cherche à concilier compétitivité et décarbonation. L’une de ses déclinaisons législatives, attendue en février 2026, sera le règlement dit de « l’accélérateur industriel », qui devrait par exemple inclure des critères « bas carbone » dans certains marchés publics.

Cela ne fait que commencer

Si l’industrie fait encore l’objet de quelques ambitions « vertes », c’est surtout l’environnement qui fait les frais de la dérégulation en cours. Déjà, en fin de législature précédente, la nature faisait l’objet de premiers retours de bâton à l’encontre du pacte vert. La proposition visant à réduire de 50 % de l’usage de pesticides était tout bonnement abandonnée. De même, l’extension des surfaces en agriculture biologique à 25 % de l’ensemble des surfaces agricoles n’a jamais trouvé de traduction législative.

La nouvelle Commission européenne poursuit sur cette lancée. En mai dernier, le troisième Omnibus proposait d’assouplir encore un peu plus les conditionnalités environnementales de la politique agricole commune. Et l’Omnibus numéro 8, dévoilé par la Commission le 10 décembre, touchait à plusieurs textes emblématiques de protection de l’environnement. « La simplification semble favoriser les pollueurs au détriment des citoyens et de leur santé », assène Faustine Bas-Defossez.

« La simplification semble favoriser les pollueurs au détriment des citoyens et de leur santé », Faustine Bas-Defossez, bureau environnemental européen

Cet Omnibus « environnement » entend simplifier, par exemple, les règles relatives aux émissions industrielles. Les entreprises couvertes par cette directive ne seront plus tenues de lister, pour chaque site industriel, les rejets dans la nature de substances chimiques dangereuses.

Dans le même ordre d’idées, la directive-cadre sur les déchets devrait aussi être modifiée pour supprimer une base de données recensant les substances chimiques dangereuses présentes dans certains articles de consommation avant leur éventuel recyclage. Quant aux procédures d’octroi de permis pour les projets industriels, elles seront facilitées et les possibilités de recours limitées.

Le 15 décembre, la Commission enchaînait avec un dixième Omnibus. Il concernait l’alimentation et, en particulier, les pesticides. Une fois autorisés sur le marché européen, la plupart des pesticides seraient exemptés du réexamen périodique du risque posé par ces produits. Les ONG, des députés de la gauche et du centre et plus de 200 chercheurs se sont indignés et inquiétés du potentiel délitement du principe de précaution que déclencherait une telle mesure, désormais entre les mains des co-législateurs.

Avec ses Omnibus, la Commission a ouvert la boîte de Pandore, et poursuivra, en 2026, sa course à la dérégulation. La directive sur l’eau sera révisée, probablement à l’aune des demandes de l’industrie de l’extraction minière. Les lois « habitat », « oiseaux » et, surtout, celle sur restauration de la nature sont dans le collimateur du PPE. « Une fois que l’on commence à affaiblir l’acquis environnemental et climatique, le risque, c’est que ça ne s’arrête jamais », alerte Sebastian Oberthuer.

Article écrit par Cédric Vallet à Bruxelles

Un démantèlement d’ampleur des lois environnementales est en cours en Europe, alerte un collectif d’ONG

Vingt mesures de dérégulation ou d’affaiblissement du droit de l’environnement ont été adoptées depuis 2024 au niveau de l’Union européenne ; trente nouveaux reculs sont en cours de discussion, ont comptabilisé les organisations non gouvernementales. 

Par Stéphane FoucartPublié le 06 juillet 2026 à 06h00, modifié le 08 juillet 2026 à 08h42 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/06/un-demantelement-d-ampleur-des-lois-environnementales-est-en-cours-en-europe-alerte-un-collectif-d-ong_6721128_3244.html

Dans l’hémicycle du Parlement européen, à Bruxelles, le 26 mars 2026.
Dans l’hémicycle du Parlement européen, à Bruxelles, le 26 mars 2026.  YVES HERMAN/REUTERS

Depuis 2024, les reculs réglementaires sur la protection du climat, de la santé et de l’environnement s’accumulent au niveau européen. Ces décisions résultent non seulement de la bascule conservatrice des institutions communautaires, mais aussi de l’union des droites sur les questions écologiques. Ces remises en cause du droit de l’environnement auront un coût sanitaire et environnemental élevé pour les citoyens de l’Union européenne (UE).

Telles sont les conclusions d’un rapport rendu public lundi 6 juillet par un collectif d’une dizaine d’organisations non gouvernementales (ONG) – Réseau Action Climat, France Nature Environnement, Générations futures, Greenpeace, la Fondation pour la nature et l’homme, la Ligue de protection des oiseaux… –, qui dresse le panorama du détricotage en cours. Ces ONG ont comptabilisé pas moins de vingt mesures de dérégulation ou d’affaiblissement du droit de l’environnement déjà adoptées. Trente nouveaux reculs environnementaux ou sanitaires sont en cours de discussion, selon les organisations signataires.

Ces marches arrière sont principalement le fait de la stratégie de « simplification » portée par Ursula von der Leyen depuis sa reconduite à la tête de l’exécutif européen en 2024. Celle-ci est mise en œuvre au pas de charge, par le biais de paquets législatifs dits « omnibus ». Ceux-ci permettent de rouvrir plusieurs législations afin de les amender, de les assouplir, voire d’en défaire certaines dispositions.

Affaissement de la démocratie européenne

« Nous avons analysé six votes-clés et nous avons constaté que les formations de l’extrême droite française, de même que les parlementaires Les Républicains, votent systématiquement en faveur de ces reculs, explique Caroline François Marsal (Réseau Action Climat), coordinatrice du rapport. Face à ce rapport de force inédit, il n’existe pas encore de front uni. La France insoumise et les Ecologistes vont presque toujours contre ces reculs, le positionnement des partis de la majorité présidentielle fluctue, ainsi que [celui du] Parti socialiste et [de] Place publique, qui n’y sont pas systématiquement opposés. »

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Le processus de détricotage du droit communautaire procède aussi d’un affaiblissement de la démocratie européenne, dénoncent les ONG : il est conduit sans consultation de l’ensemble des parties prenantes et de la société civile mais aussi sans études d’impact. « Les lois environnementales européennes apportent de nombreux bénéfices aux citoyens et aux entreprises. La Commission européenne, elle-même, estime que l’application de la législation environnementale européenne pourrait permettre d’économiser au moins 180 milliards d’euros par an, grâce à la réduction des coûts de santé et des dommages environnementaux, lit-on dans le rapport. C’est bien plus que les 37,5 milliards d’euros d’économies [principalement en dépenses administratives, pour l’UE et les entreprises] estimées par cette dernière via les omnibus. »

Au reste, les ONG ne sont pas seules à s’émouvoir. La médiatrice européenne, Teresa Anjinho, a constaté en novembre 2025 « un certain nombre de lacunes procédurales » dans la préparation des paquets « omnibus », ou encore de la politique agricole commune (PAC). « Lors de l’élaboration de ces propositions législatives urgentes, la Commission n’a pas appliqué certaines parties de ses propres règles » visant à « garantir que l’élaboration de la législation soit fondée sur des données probantes, transparentes et inclusives », a dénoncé la médiatrice.

Les reculs déjà adoptés favorisent la déforestation importée (par le biais de reports de l’application de la loi européenne et d’une réduction des secteurs et des entreprises concernées), les émissions de gaz à effet de serre (réévaluation des objectifs climatiques de l’Europe ou encore suppression des plans de transition climatique pour les grandes entreprises). D’autres reculs concernent la PAC (réduction des obligations vertes des exploitations, des contrôles, des prairies…) ou encore la protection du loup.

Dans les tuyaux réglementaires, une trentaine d’autres reculs sont en cours de discussion, alertent les ONG. En particulier, le paquet Omnibus X prévoit la mise en place d’autorisations illimitées pour certains pesticides et biocides, jusqu’à présent soumis à des réévaluations automatiques tous les dix à quinze ans. Les révisions de l’évaluation des risques seraient alors soumises au bon vouloir de la Commission européenne.

Le paquet Omnibus VI prévoit, lui, d’assouplir la présence des substances toxiques (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques, y compris avérés) dans les cosmétiques – les industriels pourraient être autorisés à maintenir plus longtemps de telles molécules dans leurs formulations. Sur ce point, le gouvernement français s’est globalement positionné en faveur de l’assouplissement, de même que toutes les forces politiques françaises représentées au Parlement, à l’exception de LFI et des Ecologistes.

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Enfin, des reculs sur l’électrification du parc automobile européen sont également en cours de négociation. Ils pourraient limiter la réduction des émissions de gaz à effet de serre européennes dans les prochaines années. Au-delà de ces 50 reculs, adoptés ou en cours d’adoption, d’autres pourraient être prochainement mis à l’agenda, alertent les ONG. Les directives-cadres sur l’eau, sur les habitats et les oiseaux pourraient être rouvertes prochainement. Quoi qu’il arrive, le droit de l’environnement européen se trouvera profondément altéré à la fin de la mandature actuelle.

Stéphane Foucart

« Nous sommes coincés dans une dystopie climatique, un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne »

Chronique

auteurStéphane FoucartJournaliste au service Planète

Alors que les canicules se succèdent, le débat public ne relève souvent que du simple affichage. Les décisions récentes de l’exécutif – fonds vert amputé, passoires thermiques remises sur le marché… – témoignent du déni qui règne dans une large partie du monde politique, estime Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, dans sa chronique.

Publié le 12 juillet 2026 à 05h00   https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/12/nous-sommes-coinces-dans-une-dystopie-climatique-un-scenario-de-comedie-noire-ou-le-grotesque-le-dispute-a-la-farce-orwellienne_6722848_3232.html

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Dans le sillage de la troisième vague de chaleur qui s’abat sur la France, le sentiment qui domine reste celui de l’incrédulité devant l’étendue du désastre. La brutalité de ses effets sur les corps, les écosystèmes, les infrastructures ou l’agriculture n’a pas vraiment dissipé le déni qui règne dans une large part du monde politique.

L’heure n’est certes plus à l’affirmation décomplexée du « scepticisme », mais l’accord avec le consensus scientifique, affirmé ici ou là depuis que le mercure s’emballe, n’est souvent qu’un simple affichage, une façade de carton-pâte.

Au-delà des polémiques sur la climatisation ou sur le bilan des morts, le débat politique semble se tenir dans un monde parallèle. La simple mise en regard des conséquences de la canicule avec les projets structurants de l’exécutif liés au climat produit un choc de sidération et d’irréalité. Nous ne sommes plus seulement coincés dans une dystopie climatique, mais aussi dans un scénario de comédie noire, où le grotesque le dispute à la farce orwellienne.

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On le voit : avec le réchauffement, la qualité de l’habitat et l’aménagement urbain deviennent cruciaux. Du 22 au 28 juin, la canicule a doublé la mortalité à domicile. Quel signal adresser aux propriétaires bailleurs ? Le gouvernement Lecornu dépose, le 24 juin, un projet de loi qui doit remettre 700 000 passoires thermiques sur le marché locatif.

Tranquille désinvolture

Une semaine plus tard, Matignon dissout le groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains, chargé de piloter plus de 200 projets de recherche destinés à adapter le bâti et les territoires au climat de demain. Un millier de scientifiques, d’élus, d’architectes, de géographes et d’anciens ministres protestent, sans entamer la tranquille désinvolture de l’exécutif, qui biffe d’un trait de plume la structure interministérielle.

En région, ce sont les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, chargés d’aider les particuliers et les collectivités à relever les défis climatiques et environnementaux, qui sont menacés par une réforme de leur financement. Deux d’entre eux ont déjà été liquidés. Quant au fonds vert, destiné à financer l’adaptation des collectivités territoriales, il est amputé des deux tiers.

Des vaches dans un champ asséché près de Bédarieux (Hérault), le 6 juillet 2026.
Des vaches dans un champ asséché près de Bédarieux (Hérault), le 6 juillet 2026.  GABRIEL BOUYS/AFP

Les logements et les villes chauffent, les arbres, eux, brûlent. Réponse : planter plus d’arbres, bien sûr ! Mais le plan d’Emmanuel Macron pour le renouvellement forestier, lancé en 2022 (« Planter 1 milliard d’arbres en dix ans »), subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées, et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. Les experts – y compris ceux qui sont consultés par le gouvernement –, les ONG et la Cour des comptes ont tous alerté sur ces risques. En vain. Un peu partout en France, de l’argent public contribue à vulnérabiliser les territoires au risque d’incendie.

On le sait aussi, la complexité des paysages et le bocage sont des puits de carbone en même temps que des éléments de résilience climatique. Sur ce point, l’action de l’exécutif a été couronnée par un doublement du rythme de destruction des haies depuis 2017, avec plus de 20 000 kilomètres de linéaire qui disparaissent chaque année, comme le note le Haut Conseil pour le climat dans son dernier rapport, publié en juillet. La réponse à ce qui est unanimement considéré comme un échec est un décret entré en vigueur en juin : simplifier les autorisations de destruction du bocage.

Vulnérabilité aux chocs

Tout semble à l’avenant. Les élevages hors-sol enregistrent des surmortalités parfois considérables depuis le début de la canicule, au point que, dans le Grand Ouest, les équarrisseurs ne peuvent plus faire face. Les lois agricoles successives favorisent depuis deux ans l’ultraconcentration de la production animale, et renforcent non seulement ses émissions mais aussi sa vulnérabilité aux chocs – des exploitations plus petites et plus nombreuses demeurant un gage de résilience.

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C’est sans doute sur la question agricole au sens large que les objectifs affichés divergent le plus radicalement des moyens mis en œuvre pour les atteindre. Il existe ainsi un large consensus pour dire que l’agroécologie est l’un des leviers d’adaptation de l’agriculture au réchauffement. Or, non seulement l’agriculture biologique n’a pas augmenté ces dernières années, contrairement aux ambitions de la stratégie nationale bas carbone, mais la France est le seul grand pays agricole européen à avoir perdu des surfaces conduites en agriculture biologique. L’Hexagone était le premier pays de l’Union européenne pour ce qui est du nombre d’hectares bio ; il a été devancé par l’Espagne en 2023.

Devant son incapacité à atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas carbone (désormais hors d’atteinte), le gouvernement tient le cap : à Bruxelles, Paris s’oppose à la Commission européenne pour que les aides à l’agriculture biologique ne soient pas inscrites dans la prochaine politique agricole commune. « La stratégie française de développement de la bio n’a pas fonctionné, mais la France semble vouloir y entraîner toute l’Europe », résume la Fédération nationale d’agriculture biologique.

L’exécutif n’est, au demeurant, pas isolé dans ce déni de facto du risque climatique. Le Sénat tient la corde. Devant le constat d’une pénurie rampante de la ressource hydrique, ses élus ont ainsi voté sans trembler, le 3 juillet, la destruction pure et simple des principes qui fondent les instances de la démocratie locale de l’eau, au bénéfice de quelques irrigants.

On voit aujourd’hui la clientèle de certains supermarchés en venir aux mains pour emporter les derniers ventilateurs en rayon : que se passera-t-il quand c’est l’eau qui viendra à manquer ? Il se trouvera alors, sans doute, quelqu’un pour demander : « Qui aurait pu prédire ? » Or l’avenir n’est pas seulement prévisible ; il est en train d’être écrit.

Stéphane Foucart (Journaliste au service Planète)

En pleine canicule, les climatologues atterrés par le « déni de responsabilité » des politiques face au changement climatique

Valérie Masson-Delmotte, Jean Jouzel ou Christophe Cassou regrettent que les alertes formulées depuis des années par la communauté scientifique sur les conséquences du réchauffement climatique n’aient pas davantage été prises au sérieux. 

Par Audrey Garric et Raphaëlle Besse DesmoulièresPublié le 23 juin 2026 à 16h00, modifié le 23 juin 2026 à 16h05 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/23/en-pleine-canicule-les-climatologues-atterres-par-le-deni-de-responsabilite-des-politiques-face-au-changement-climatique_6709864_3244.html

Ensemble d’immeubles du quartier du Colombier, à Rennes, le 22 juin 2026.
Ensemble d’immeubles du quartier du Colombier, à Rennes, le 22 juin 2026.  JÉRÉMIE LUSSEAU/HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Depuis plusieurs jours, comme lors des dernières vagues de chaleur, la climatologue Valérie Masson-Delmotte ressent une grande lassitude. De la colère aussi, à force de répéter les mêmes faits scientifiques depuis des années ; de marteler l’urgence à se préparer au climat d’aujourd’hui et à celui de demain ; et d’observer, canicule après canicule, une« impréparation », une « improvisation », un « bricolage » pour limiter la surchauffe, causant des souffrances aux personnes vulnérables et des perturbations dans les écoles ou les transports.

Son collègue Jean Jouzel va dans le même sens, lui qui se dit « énervé » et « déçu »« Il faut prendre ça au sérieux »,plaide l’ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et, à ce titre, Prix Nobel de la paix en 2007.

Tout aussi exceptionnelle soit-elle, la vague de chaleur qui frappe actuellement la France entre dans les scénarios envisagés par les projections climatiques. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs le rabâchent : le changement climatique d’origine anthropique – principalement causé par l’utilisation d’énergies fossiles – augmente la fréquence, l’intensité et la durée de ces événements extrêmes. Pourtant, Valérie Masson-Delmotte n’a pas entendu de responsable gouvernemental « capable de lier » cette vague au réchauffement dû aux émissions de gaz à effet de serre.

« On rogne sur les moyens »

A chaque surchauffe, le même mécanisme se met en place : de la sidération, puis de l’oubli. « Quand la crise est passée, on passe à autre chose sans mettre en place les changements structurels nécessaires. Pire, on rogne sur les moyens », regrette l’ex-coprésidente du groupe 1 du GIEC, également membre du Haut Conseil pour le climat.

Juste après la canicule de mai, le gouvernement a par exemple gelé une partie du fonds vert, déjà fortement raboté depuis deux ans alors qu’il permet aux communes de s’adapter au réchauffement. Aux yeux de Valérie Masson-Delmotte, la gestion de crise est devenue le modus operandi, plutôt que la mise en place d’actions concrètes préventives avec des budgets. « Il y a un manque criant de courage et de sens des responsabilités », juge-t-elle.

Une carence que dénonce également avec force Christophe Cassou. Le directeur de recherche (CNRS) à l’Ecole normale supérieure explique avoir été « sidéré » par l’absence de réponse du gouvernement lors de la canicule de mai, et le « semblant de mesures » prises la semaine du 15 juin, avec des actions pour les logements « déjà prévues »« Il va faire 26 ou 27 degrés au plus bas la nuit à Paris, 40 degrés en journée un peu partout en France, et pourtant cela n’occasionne pas de sursaut des politiques. Il y a un déni de responsabilité très puissant », lance-t-il, soulignant plus largement la faiblesse des discours et des propositions de tous les partis politiques.

« Trop peu d’élus sont réellement conscients de ce qu’il y a dans les rapports du GIEC ou du Haut Conseil pour le climat », déplore également Jean-Pascal van Ypersele, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, en Belgique.

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Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Jean Jouzel appelle à replacer « l’inaction sur les trente dernières années ». Et de citer les renoncements qui ont succédé aux sursauts, que ce soit sous Nicolas Sarkozy après le Grenelle de l’environnement en 2007, sous François Hollande après l’accord de Paris en 2015, ou sous Emmanuel Macron, après la convention citoyenne pour le climat de 2019. Le « qui aurait pu prédire » la crise climatique ?, lâché par le président de la République le 31 décembre 2022, lui est cependant resté en travers de la gorge.

Attaques climatosceptiques

Christophe Cassou appelle à « politiser les canicules », dénonçant la « banalisation » des morts de la chaleur, l’« impensé total » de la sobriété, et surtout, l’« illusion » que l’on peut s’adapter à des niveaux de réchauffement élevés « sans casse ». L’adaptation sera un échec sans réduction des émissions, qui implique une transformation profonde de la société, rappelle-t-il. « Nous, les climatologues, on a fait attention à ne pas être trop catastrophistes pour encourager l’action, mais le compte à rebours est en train de se rapprocher de zéro, met également en garde Davide Faranda, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Ce que l’on connaît du paysage français n’est pas adapté à la survenue des températures à 43 ou 44 degrés pendant un mois d’été tous les jours. »

Les attaques climatosceptiques et les insultes qui vont avec, aussi, fatiguent Valérie Masson-Delmotte. Nombre de ses posts sur les réseaux sociaux engrangent leur lot de déni. En ce moment, c’est la canicule de 1976 qui est régulièrement avancée pour minimiser la gravité de celle actuelle. « Cette année-là, les villes du Nord avaient franchi les 35 degrés, désormais, c’est 40 degrés. Ce seuil, aujourd’hui dans notre quotidien, était rarissime avant 1980 », rappelle-t-elle.

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Pour autant, Jean Jouzel ne veut pas baisser les bras. Pour lui, il faut continuer de témoigner et d’informer, malgré les difficultés. « + 1,5 °C c’est terminé, + 2 °C, ça va être difficile, mais ça reste possible, souligne le climatologue de 79 ans, en référence aux deux objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Si on ne se bat pas, on n’y arrivera pas. » Jean-Pascal van Ypersele veut aussi rester « combatif ». Face au backlash environnemental, l’ancien vice-président du GIEC appelle à la « résistance » car, selon lui, cette « lame de fond n’est pas universelle ». Il en est persuadé : « Le meilleur cadeau que l’on pourrait faire au lobby des énergies fossiles, ce serait d’être découragés. »

Audrey Garric et  Raphaëlle Besse Desmoulières

Le Haut Conseil pour le climat appelle à accélérer la sortie des énergies fossiles pour tenir les objectifs climatiques de la France

L’instance indépendante salue l’ambition de la troisième stratégie nationale bas-carbone, mais elle doute de sa crédibilité, alors que la baisse des émissions marque le pas et que les politiques environnementales régressent. 

Par Audrey Garric Publié le 12 mars 2026 à 06h00, modifié le 12 mars 2026 à 11h00

Temps de Lecture 4 min.

La raffinerie de pétrole de Lavéra, à Martigues (Bouches-du-Rhône), le 11 mars 2026.
La raffinerie de pétrole de Lavéra, à Martigues (Bouches-du-Rhône), le 11 mars 2026.  THIBAUD MORITZ/AFP

La France est en train de se doter d’objectifs climatiques à la fois ambitieux et fragiles. Dans un avis publié jeudi 12 mars, le Haut Conseil pour le climat (HCC) estime que le projet de la troisième stratégie nationale bas-carbone, qui doit guider l’action climatique du pays jusqu’en 2050, comporte des avancées, mais souffre encore d’importantes incertitudes quant à sa mise en œuvre.

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Attendue de longue date, cette feuille de route touchant tous les domaines de la vie quotidienne des Français – des transports au logement en passant par l’alimentation – devrait être publiée par décret à la fin du printemps après une nouvelle consultation publique. Le HCC, saisi pour avis par le gouvernement après la présentation du texte en décembre 2025, appelle à le renforcer et à l’adopter rapidement.

Ce document stratégique est crucial non seulement pour guider les politiques climatiques nationales, avance l’organisme indépendant, mais également pour renforcer la souveraineté énergétique et la sécurité de la France dans un contexte où les conflits géopolitiques entraînent une flambée des prix du pétrole et du gaz. Alors que des voix s’élèvent pour amoindrir les politiques environnementales, l’ingénieur agronome Jean-François Soussana, président du Haut Conseil, plaide au contraire pour « renforcer la transition écologique » et pour adopter une feuille de route détaillée de sortie des énergies fossiles. De quoi baisser la facture énergétique des ménages et les protéger face aux fluctuations des marchés internationaux.

Neutralité carbone incertaine

« La sortie des énergies fossiles est un impératif stratégique », appuie Monique Barbut, la ministre de la transition écologique. Le plan d’électrification des usages, que le gouvernement doit présenter en mai, « s’inscrit dans cette logique pour faire de la transition écologique un moteur durable de prospérité, d’innovation et de souveraineté », ajoute-t-elle.

Sur le plan des objectifs, le HCC juge la trajectoire proposée par cette troisième stratégie ambitieuse et globalement cohérente avec les engagements européens pour 2030 et 2040. Les Vingt-Sept visent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de respectivement 55 % et 90 % à ces horizons par rapport à 1990. Pour y parvenir, le projet décline une centaine d’actions secteur par secteur : il s’agit, par exemple, d’atteindre en 2030 deux tiers de ventes de voitures électriques, 21 % de grandes cultures en bio ou 250 000 rénovations d’« ampleur » de logements par an. Le HCC salue également l’adoption d’objectifs de réduction de l’empreinte carbone française (qui inclut les importations de biens et services produits à l’étranger) et des émissions du numérique.

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En revanche, la France ne parviendra pas à tenir l’objectif réglementaire que lui assigne l’Union européenne pour ses puits de carbone naturels, en fort déclin. Les forêts, qui pâtissent des sécheresses, d’incendies, de maladies ou de coupes trop importantes, absorbent moins de CO2 que prévu.

Surtout, l’horizon de la neutralité carbone en 2050 demeure incertain. Le Haut Conseil pour le climat s’interroge sur la capacité de la France à parvenir à ne pas rejeter plus de gaz à effet de serre que les puits de carbone ne peuvent en absorber. Pour les experts, la stratégie présentée en décembre 2025 prévoit encore trop d’émissions « résiduelles » au milieu du siècle dans les secteurs de l’agriculture et des déchets, qui ont pris du retard et dont la trajectoire est la moins ambitieuse. La feuille de route prévoit également un doublement des technologies de captage et de stockage du CO2 entre 2040 et 2050, dont la mise en œuvre rapide et la viabilité financière « restent à démontrer », prévient Paul Leadley, professeur d’écologie et membre du HCC.

Pour autant ces trajectoires sont-elles réalistes ? « La crédibilité de l’accélération de la réduction des émissions se pose », prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte, une autre membre du Haut Conseil. La baisse des rejets carbonés a marqué le pas ces deux dernières années (avec − 1,8 % en 2024 et en 2025), alors qu’il faudrait désormais atteindre − 4,5 % par an.

La sobriété, un levier essentiel

Le principal défi reste celui de la mise en œuvre des objectifs. Le HCC rappelle qu’une forte hausse des investissements bas-carbone sur le long terme est plus que jamais nécessaire, pour donner de la visibilité aux acteurs économiques. Or le dernier budget a encore raboté certaines des enveloppes de l’écologie. Les réductions d’émissions dans les différents secteurs se heurtent également à des freins que le gouvernement ne parvient pas à lever : sous-investissement dans les réseaux ferroviaires ou cyclables, instabilité des dispositifs d’aides à la rénovation énergétique, reculs environnementaux sur les politiques agricoles, etc.

Le rapport souligne aussi les « tensions » sur la biomasse, alors que les quantités de ressources issues de la forêt ou de l’agriculture risquent de ne pas être suffisantes pour répondre aux besoins alimentaires, en énergie ou en matériaux, tout en préservant les écosystèmes.

Pour renforcer la crédibilité de la stratégie climatique française, le HCC formule plusieurs recommandations. La première concerne l’accélération de la sortie des énergies fossiles. L’institution appelle à définir un calendrier d’arrêt de leur usage plus clair que celui indiqué dans le projet – qui prévoit la fin du charbon en 2030, du pétrole en 2040-2045 et du gaz à l’horizon 2050 –, avec des modalités pour chaque secteur. « Il faut aussi supprimer progressivement les subventions aux énergies fossiles », qui s’élèvent à 13 milliards d’euros par an, affirme le président du HCC, Jean-François Soussana. Contrairement à 2022, le gouvernement n’envisage pas à ce stade des aides pour alléger la facture énergétique des Français qui augmente avec le conflit au Moyen-Orient.

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La sobriété constitue également un levier essentiel, encore insuffisamment mobilisé selon le rapport. Du fait de l’ampleur des besoins en biomasse pour produire des carburants d’aviation verts, le HCC appelle à « stabiliser » le transport aérien, plutôt que d’envisager sa croissance, avec notamment le projet d’extension de l’aéroport de Paris – Charles-de-Gaulle. Il s’agit aussi de réduire la consommation de produits animaux, dont la viande. L’institution appelle à renforcer les politiques de préservation et de restauration des puits de carbone naturels.

Enfin, le Haut Conseil insiste sur l’importance de maintenir des politiques européennes ambitieuses, notamment le système d’échange de quotas d’émissions. Ce marché carbone, que certains Etats membres appellent à suspendre temporairement pour faire face aux multiples crises, constitue l’un des principaux outils de réduction des émissions dans l’industrie et dans la production d’électricité à l’échelle du continent. « Si des flexibilités sont mises en place, elles doivent être limitées », avertit Jean-François Soussana.

Audrey Garric

Les coulisses du pacte vert selon l’eurodéputé Pascal Canfin

Dans son ouvrage « Gagner le combat du pacte vert », l’eurodéputé Renew relate le combat qui a permis d’engager l’Union européenne sur la voie de la neutralité carbone. Une lutte qui se poursuit face aux assauts de l’extrême droite. 

Par Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)Publié le 02 décembre 2025 à 19h00 https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/02/les-coulisses-du-pacte-vert-selon-l-eurodepute-pascal-canfin_6655745_3232.html?srsltid=AfmBOooaC-M7YOFrBrWLTOr68XhUEkhYOtEvgrlUyRea8UuQbFO-RRB5

Livre. C’est « l’histoire du pacte vert européen vécue de l’intérieur » que Pascal Canfin raconte dans son dernier livre, Gagner le combat du pacte vert. Une révolution en danger (Odile Jacob, 288 pages, 22,90 euros). L’eurodéputé libéraln’en connaît pas la fin, mais il revient sur cette « révolution », engagée en 2019 afin d’emmener les Européens vers la neutralité carbone en 2050 et dont l’issue est aujourd’hui incertaine.

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Pascal Canfin y décortique les « deals » entre Etats membres, comme quand la France a accepté la création d’un marché du carbone pour le logement et le transport, voulue par l’Allemagne, en échange de quoi Berlin a consenti à la création d’une taxe carbone aux frontières. Il y relate le lobbying forcené des entreprises, avec une mention spéciale pour la loi sur l’emballage, où McDonald’s et les grands noms de la restauration rapide ont allié leurs forces à celles de l’industrie de l’emballage pour tenter de sauver leurs gobelets en carton plastifié.

L’ex-directeur général de la section française du Fonds mondial pour la nature (WWF) revient sur ces négociations, au terme desquelles les Européens ont validé des changements majeurs pour leur industrie comme pour leur vie quotidienne. Il est arrivé que ces négociations, faites de grands enjeux, toujours, et de petites mesquineries, parfois, ne tiennent qu’à un fil. Ou à un e-mail, comme celui que Stellantis a envoyé aux eurodéputés français, le 8 juin 2022, pour soutenir l’interdiction de la mise sur le marché de voitures à moteur thermique à compter de 2035. Pour Pascal Canfin, il a eu « un rôle fondamental dans le résultat final » du vote qui s’est tenu quelques heures plus tard.

Attaques de Trump

Aujourd’hui, le pacte vert joue sa survie. Les quelque 75 lois adoptées pour le faire advenir commencent à entrer en vigueur, et, comme pour toute rupture – car c’en est une –, cela se fait dans la douleur. Dans le même temps, il est devenu l’objet à abattre d’une extrême droite qui progresse partout sur le Vieux Continent et à qui la droite classique emboîte désormais le pas.

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A Washington, Donald Trump, aussi, veut la mort du pacte vert, pour des raisons idéologiques et économiques. A Pékin, le pouvoir y voit, à l’inverse, une opportunité sans précédent de prendre les marchés des technologies vertes sur le Vieux Continent. En plein décrochage économique, l’Union européenne, elle, s’interroge sur le sort qu’elle veut réserver à ses objectifs climatiques.

« Né dans le Nord-Pas-de-Calais il y a cinquante ans », « héritier de l’histoire ouvrière » de cette région, où son grand-père paternel est mort de la silicose après des années à descendre dans les mines, Pascal Canfin juge urgent de marier l’écologie et l’industrie. Face à la résurgence des nationalismes, il défend l’échelon européen pour organiser la résistance. « L’objectif est simple et historique : gagner la bataille du pacte vert et remporter la guerre culturelle lancée par l’internationale réactionnaire, aux Etats-Unis comme en Europe », résume-t-il.

« Gagner le combat du pacte vert. Une révolution en danger », de Pascal Canfin (Odile Jacob, 288 p., 22,90 €).

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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