Des vagues de chaleur dans les océans considérées comme intenses, avec des pics plus marqués dans l’Atlantique Nord ou en Méditerranée

La flambée des températures se poursuit dans l’océan, qui se dirige vers un record historique

Par Léa Sanchez

Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 16h40 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/16/la-flambee-des-temperatures-se-poursuit-dans-l-ocean-qui-se-dirige-vers-un-record-historique_6747126_3244.html

Décryptage

En juillet, plus d’un quart de la superficie de l’océan a affronté des vagues de chaleur considérées comme intenses, avec des pics plus marqués dans l’Atlantique Nord ou en Méditerranée. Ces canicules dévastent en silence les écosystèmes et les sociétés.

Un feu fait rage, silencieusement, au large de nos côtes : celui de l’océan. Juillet 2026 est le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré dans ses vastes étendues – après un printemps déjà brûlant. Cette flambée du thermomètre se poursuit : l’océan atteint désormais 21,1 °C en surface, à l’échelle mondiale, selon le programme européen Copernicus, dont les données sont issues notamment d’observations satellitaires. Soit 0,6 °C de plus que la moyenne estimée entre 1993 et 2022 à cette période de l’année.

Ce niveau particulièrement élevé, qui bouleverse les écosystèmes et les sociétés humaines, reflète l’ampleur des effets du changement climatique sur les immensités marines. « L’océan emmagasine l’énergie excédentaire du réchauffement climatique issu des activités humaines, rappelle Marie Drevillon, responsable des opérations au sein de l’organisation scientifique Mercator Ocean International, qui pilote le service marin de Copernicus. Nous nous approchons du record de température tous mois confondus, de 21,2 °C, qui a été atteint en mars 2024. » L’université du Maine, aux Etats-Unis, qui s’appuie sur des données de l’Agence météorologique et océanographique américaine, publie des estimations du même ordre.

Carte des anomalies de température de surface de l'océan le 12 août 2026.

Les mois à venir ne prêtent pas à l’optimisme. Le phénomène naturel El Niño, caractérisé par un réchauffement du Pacifique équatorial, « attise une planète déjà en feu »a alerté le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Antonio Guterres, auprès de la presse, le 31 juillet. « El Niño se développe dans l’océan et va avoir des répercussions de plus en plus fortes d’ici à l’hiver, qui vont amplifier de façon temporaire le signal du réchauffement climatique à l’échelle globale », prévient Marie Drevillon. De quoi ajouter une pression supplémentaire aux milieux marins – les récifs coralliens, par exemple, sont très vulnérables à la chaleur de l’eau.

Températures moyennes de surface de l’océan

En degrés Celsius (°C)Options d'accessibilité

Sources : Copernicus Marine Service Data 2026 ; Mercator Ocean International

Les écosystèmes sont déjà malmenés. En juillet, selon les analyses de Mercator Ocean International, 27 % de la superficie de l’océan a subi des vagues de chaleur considérées comme intenses. C’est encore davantage dans l’Atlantique Nord ou en Méditerranée – plus des trois quarts de ce bassin ont été touchés. Comptez par exemple une température inédite de 29,87 °C relevée par une bouée à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 9 août. Il faudra du temps pour répertorier et comprendre les effets sur la faune et la flore des fortes chaleurs qui pèsent depuis la fin du printemps sur la Grande Bleue.

Les mollusques souffrent

« Que va-t-il advenir de cette période très longue de canicule marine, pour la biodiversité et les activités humaines ?, s’interroge l’océanographe Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Nous n’avons pas de repères dans le passé. » « Ces vagues de chaleur augmentent en intensité, en durée et en fréquence. Cela joue sur les organismes », ajoute Vincent Ouisse, écologue à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et spécialiste des herbiers marins. S’agissant des plantes marines, il y aura probablement un épuisement. »

Dans l’étang de Thau, dans l’Hérault, les mollusques aussi souffrent. Cette vaste lagune conchylicole reliée à la Méditerranée, très exposée aux variations thermiques, affiche des eaux bien plus chaudes que la normale – les 29 °C de moyenne journalière ont été atteints à plusieurs reprises depuis fin juin. « Les moules ont dépassé leur seuil de tolérance thermique », qui se situe entre 27,5 °C et 28 °C, précise Marion Richard, chercheuse en écologie marine à l’Ifremer, au sein de l’unité mixte de recherche Marbec. Les scientifiques ont relevé un taux de mortalité de 50 % dans un lot de moules méditerranéennes installé sur une table expérimentale, au 13 août. Des huîtres creuses périssent elles aussi, dans des proportions moindres – 30 % de mortes dans un lot suivi par les chercheurs. D’autres s’amaigrissent.

Lire aussi |  Les océans mondiaux ont enregistré un record de chaleur en juin, sous l’effet combiné d’El Niño et du réchauffementLire plus tard

Les fortes températures touchent aussi les autres bassins conchylicoles, ailleurs en France. Le réseau d’observations Ecoscopa, qui agrège les données de huit sites d’exploitation situés sur les trois façades maritimes hexagonales, recense de nombreuses valeurs très élevées, voire record. Par exemple, à Cancale, dans la baie du Mont-Saint-Michel, le thermomètre est monté jusqu’à 22,7 °C le 12 juillet, un demi-degré de plus que durant les canicules estivales de 2018 et de 2022. Au cœur du bassin de Marennes-Oléron, entre l’île d’Oléron et les estuaires de la Charente et de la Gironde, un pic inédit à 24,8 °C a été observé fin juin. « Cela est redescendu depuis, mais nous restons largement au-dessus de la norme », constate Louis Costes, technicien à l’Ifremer.

Plusieurs records de température atteints cet été

Les répercussions des vagues de chaleur marines, qui se superposent au réchauffement graduel de l’océan, ne sont pas que ponctuelles. « Leurs impacts à long terme sont encore assez peu explorés par la communauté scientifique », signale l’océanographe et biogéochimiste Stéphane Doléac, qui a soutenu début juillet sa thèse de doctorat à Sorbonne Université, consacrée aux effets du changement climatique sur le phytoplancton. Selon ses modélisations, qui doivent être soumises à une revue scientifique cet automne, la vague de chaleur de l’océan Atlantique Nord survenue en 2023 a eu des répercussions l’année suivante, en 2024, sur ce maillon situé à la base de la chaîne alimentaire marine.

Au large des côtes africaines, la surchauffe marine amorcée durant l’hiver 2023 a entraîné une stratification précoce de la colonne d’eau – isolant les couches superficielles des eaux plus profondes. « Nous montrons que ce phénomène a empêché la remontée vers la surface de nutriments essentiels à la croissance du phytoplancton et des écosystèmes marins, avec des impacts persistants plusieurs mois après », explique Stéphane Doléac.

Les hausses des températures marines ont aussi des conséquences terrestres. La France pourrait, par exemple, être touchée à l’automne par des épisodes méditerranéens dopés par la surchauffe de la Grande Bleue. « Ce n’est pas cela qui crée un épisode méditerranéen, mais cela peut accroître son intensité », souligne le climatologue Philippe Drobinski, directeur de recherche au CNRS et coauteur du prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. En effet, plus la mer est chaude, plus les flux d’humidité vers l’atmosphère sont importants – de quoi aggraver d’éventuels événements pluvieux extrêmes. Ce phénomène se conjugue à une autre incidence du réchauffement climatique : une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d’eau.

« Il y a d’autres effets d’une Méditerranée chaude que nous vivons dès à présent, avertit Philippe Drobinski. Les nuits tropicales, par exemple, sont renforcées du fait des anomalies fortes de température de la mer », qui limitent le rafraîchissement nocturne du littoral. De quoi favoriser l’asphyxie des communes côtières, dans une France qui ne cesse de suffoquer, au gré des épisodes caniculaires qui se succèdent depuis la fin du mois de mai.

Léa Sanchez

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire