RDC: l’épidémie d’Ebola franchit le cap des 2.000 morts
11 août 2026 à 12h10 https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/110826/rdc-l-epidemie-d-ebola-franchit-le-cap-des-2000-morts
L’épidémie d’Ebola qui continue de progresser en République démocratique du Congo (RDC) a fait 2.011 morts, sur 4.381 cas confirmés, selon le dernier bilan publié par les autorités congolaises mardi.
Ce bilan rapproche l’épidémie actuelle, qui se propage dans des régions de l’est et du nord-est en proie à des conflits, de celle de 2018-2020, la plus meurtrière à ce jour en RDC avec près de 2.300 morts pour 3.500 malades recensés.
La RDC a déclaré le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, sa 17e épidémie d’Ebola, déjà considérée comme la plus importante de son histoire et susceptible de « devenir la plus grande jamais enregistrée dans le monde », selon Sania Nishtar, directrice de l’Alliance du vaccin Gavi.
Partie de la province de l’Ituri (nord-est), elle s’est propagée à plusieurs provinces du nord-est et de l’est, notamment celle du Nord-Kivu, des régions où la présence de l’État est fragile et les infrastructures de santé largement démunies.
Le taux de mortalité de la flambée actuelle est estimé à 45,9% par les autorités sanitaires congolaises.
Les experts de l’OMS ont recommandé vendredi d’évaluer dans un essai clinique le vaccin Ervebo, seul vaccin homologué contre Ebola, faute de vaccin spécifique contre le variant Bundibugyo qui sévit actuellement en RDC.
Le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué sur X des « bonnes nouvelles ».
Selon les experts de l’OMS, les nombreuses données déjà disponibles, notamment sur la sécurité du vaccin Ervebo, permettent d’envisager une évaluation directement en phase 3, une étape généralement menée à grande échelle auprès de milliers de personnes.
Des doses d’Ervebo provenant du stock mondial de vaccins contre Ebola, créé et financé par l’Alliance du vaccin Gavi, devraient être mises à disposition pour soutenir les essais cliniques, a indiqué l’organisation dans un communiqué publié après celui de l’OMS.
Ce stock mondial de l’Ervebo, qui est produit par le laboratoire pharmaceutique américain Merck, compte environ 500.000 doses, dont certaines sont conservées en permanence en RDC en raison de la fréquence des épidémies dans le pays, a détaillé Gavi.
Créée en 2000, l’organisation Gavi réunit des donateurs publics et privés afin d’aider les pays en développement à se procurer des vaccins à des prix abordables.
Le Canada a par ailleurs autorisé le géant pharmaceutique américain Moderna à lancer des essais cliniques pour son vaccin contre Bundibugyo.
Deux autres candidats sont également en développement : le vaccin « rVSV Bundibugyo », présenté par l’OMS comme « le plus prometteur » et développé par Hilleman Laboratories, et un vaccin de l’université d’Oxford, dont le premier volontaire a reçu une dose fin juillet.
Les Etats-Unis ont annoncé mercredi avoir alloué plus de 242 millions de dollars supplémentaires pour lutter contre l’épidémie d’Ebola en RDC.
Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.
Ebola: le patron de l’OMS en RDC, appelle à « intensifier » la riposte
5 août 2026 à 19h20 https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/050826/ebola-le-patron-de-l-oms-en-rdc-appelle-intensifier-la-riposte
Le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en visite en RDC où se propage une épidémie d’Ebola d’une ampleur inédite, a appelé mercredi sur X à « intensifier » la riposte et à mieux protéger les personnels en première ligne.
Vaste pays de plus de 100 millions d’habitants, la République démocratique du Congo (RDC) a déclaré le 15 mai avec plusieurs semaines de retard une 17ème épidémie d’Ebola dans des provinces de l’est et du nord-est.
Un total de 3.874 cas confirmés, dont 1.751 décès, ont été signalés par les autorités de la RDC depuis le début de l’épidémie.
L’épidémie la plus meurtrière qu’a connue le pays avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades recensés entre 2018 et 2020.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus est arrivé mardi à Kinshasa, capitale de la RDC, où il doit notamment rencontrer le Président Felix Tshisekedi, a indiqué mercredi à l’AFP un représentant de l’OMS.
Le patron de l’OMS a déclaré sur X mercredi qu’il « est urgent d’intensifier massivement l’ensemble de nos efforts », après avoir rencontré à Kinshasa les organisations impliquées dans la riposte.
Il a notamment plaidé pour que les agents de santé « disposent de la protection, de la formation et du soutien dont ils ont besoin ».
La flambée actuelle est causée par le variant Bundibugyo, pour lequel il n’existe jusqu’à présent ni vaccin, ni traitement. Elle frappe des régions où la présence de l’Etat est fragile et les infrastructures de santé largement démunies.
A Mongbwalu, une localité minière de l’Ituri, des employés d’un centre de traitement d’Ebola ont manifesté lundi pour réclamer le paiement et l’augmentation de leurs primes par le gouvernement, avant d’être dispersés par des tirs de sommation de la police, selon des sources hospitalières.
Ces primes qui varient entre 7 et 12 dollars par jour « n’ont pas été payées depuis trois mois », a affirmé à l’AFP le docteur Alexis Bokole, représentant des manifestants.
« Pourtant, nous avons accepté d’accomplir nos missions avec abnégation et courage, malgré le mépris de certains membres de la communauté et les risques liés à cette maladie », a-t-il ajouté.
Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.
L’épidémie en cours s’est propagée ces deux derniers mois à cinq provinces de la RDC (l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo).
Fin juillet, un volontaire a reçu la première dose d’un vaccin contre le variant Bundibugyo, développé par l’université d’Oxford (Royaume-Uni), qui utilise la même technologie que le vaccin contre le Covid-19 d’AstraZeneca.
Un autre vaccin présenté par l’OMS comme « le plus prometteur », le « rVSV Bundibugyo », va également être développé par Hilleman Laboratories, basé à Singapour.
Mardi, le Canada a par ailleurs autorisé le géant pharmaceutique américain Moderna à lancer des essais cliniques pour un autre vaccin contre la souche Bundibugyo.
Plusieurs initiatives visent également à tester rapidement des traitements contre la souche Bundibugyo, notamment les antiviraux remdesivir et obeldesivir, ainsi qu’un anticorps monoclonal appelé MBP134.
str-clt/vmt
Ebola en RDC : l’épidémie s’étend à une sixième province et menace le Soudan du Sud
Une personne est morte de la maladie dans la province du Bas-Uele (nord), frontalière de la République centrafricaine et jusqu’à présent épargnée.
Le Monde avec AFP
Publié le 13 août 2026 à 18h50, modifié le 13 août 2026 à 20h53 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/08/13/ebola-en-rdc-l-epidemie-s-etend-a-une-sixieme-province-et-menace-le-soudan-du-sud_6745827_3212.html

L’épidémie d’Ebola, en passe de devenir la plus meurtrière de l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC), s’est étendue jeudi 13 août à une sixième province dans le nord du pays et menace de se propager au Soudan du Sud voisin.
La RDC a déclaré, le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, sa 17e épidémie d’Ebola ; la plus meurtrière connue par le pays avait fait près de 2 300 morts pour 3 500 malades recensés entre 2018 et 2020.
L’épidémie actuelle a fait plus de 2 128 morts sur 4 566 cas confirmés, seulement trois mois après sa déclaration, selon le dernier bilan publié par les autorités congolaises. Jusqu’à présent, cinq provinces congolaises étaient touchées : l’Ituri (frontalier de l’Ouganda et du Soudan du Sud), le Nord-Kivu voisin, le Sud-Kivu, le Haut-Uele et la Tshopo.
Mais une personne est morte de la maladie dans la province du Bas-Uele (nord), frontalière de la République centrafricaine et jusqu’à présent épargnée, a affirmé le patron de l’agence de santé de l’Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya, lors d’un échange en ligne avec des journalistes. La victime a voyagé en provenance de la province voisine du Haut-Uele (nord-est), où des cas d’Ebola avaient déjà été signalés.
« Services de santé débordés »
L’épidémie progresse à un rythme sans précédent dans le monde, a averti l’Africa CDC lors de cet échange. Trois mois après la déclaration, sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts ont été recensés en RDC que lors des trois premiers mois de la plus importante flambée d’Ebola de l’histoire, qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014, selon l’organisation.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a néanmoins déclaré mercredi qu’elle espère inverser la tendance à la hausse de l’épidémie d’Ebola en RDC en trois mois.
Lire aussi | L’épidémie d’Ebola, toujours hors de contrôle, se propage en RDC à une vitesse inédite
L’ONG Mercy Corps a également averti jeudi sur un risque de propagation du virus au Soudan du Sud, frontalier des provinces de l’Ituri et du Haut-Uele toutes deux touchées par la maladie, dans un communiqué. « Les cas confirmés se trouvent désormais à seulement 35 kilomètres de la frontière avec le Soudan du Sud, le long de corridors de déplacement à haut risque », s’est inquiétée Mercy Corps.
La riposte à Ebola en RDC est ralentie par « des services de santé débordés, un accès insuffisant à l’eau potable et à des installations sanitaires sûres, une confiance fragile, ainsi qu’une situation d’insécurité qui peut empêcher les équipes d’atteindre les communautés », a estimé l’ONG.
Lignes de front
Partie de l’Ituri (nord-est), l’épidémie actuelle sévit désormais dans plusieurs provinces du Nord, du Nord-Est et de l’Est, certaines densément peuplées, où la présence de l’Etat est fragile et les infrastructures de santé largement démunies.
Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont ainsi coupées en deux par les lignes de front entre l’armée congolaise et le groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par le Rwanda, qui s’y est emparé de vastes pans de territoires.
Aucun cas d’Ebola n’a été enregistré en plus de quarante-deux jours dans le Sud-Kivu, où la fin de l’épidémie a été annoncée par les autorités sanitaires congolaises lundi.
Un décès suspect d’Ebola avait été signalé sur un bateau descendant le fleuve Congo en direction de Kinshasa début août, mais aucun cas n’a été recensé parmi les autres passagers, qui ont été autorisés à débarquer vendredi à proximité de la capitale congolaise.
Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des cinquante dernières années.
Lire aussi | « Il faut empêcher qu’Ebola ne devienne une menace régionale et internationale »
Pour lutter contre Ebola, la réponse internationale prise de vitesse
Éditorial
Le Monde
Depuis l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016 et celle de Covid-19 en 2020, la « préparation aux pandémies » est devenue un mot d’ordre international. Cela n’a pas empêché de nouvelles failles d’apparaître à l’occasion de cette nouvelle crise. L’argent, même lorsqu’il est disponible, arrive souvent trop tard.
Publié le 14 août 2026 à 10h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/14/pour-lutter-contre-ebola-la-reponse-internationale-prise-de-vitesse_6746231_3232.html
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L’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo vient de franchir un nouveau seuil funeste : plus de 2 000 morts et 4 400 cas confirmés. Il s’agit de l’une des flambées les plus rapides jamais observées pour cette maladie. Elle est désormais en passe de dépasser le bilan de l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016, la plus meurtrière de l’histoire d’Ebola, a averti, mercredi 12 août, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le taux de suivi des personnes ayant été en contact avec un malade n’atteint aujourd’hui que 80 %, alors que 95 % seraient nécessaires pour espérer interrompre la transmission.
La situation révèle une double fragilité, scientifique et politique. Sur le plan sanitaire, l’épidémie est causée par le virus Bundibugyo, une souche pour laquelle il n’existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement validé. La recherche s’est historiquement concentrée sur la souche Zaïre, responsable de neuf épidémies sur dix. Des essais cliniques ont démarré fin juin, avant même que leur financement soit assuré. L’Africa CDC, l’agence de santé publique du continent, a dû ainsi réclamer, en juillet, 18 millions de dollars (15,6 millions d’euros) pour combler le déficit.
La crise a également une dimension politique. Le virus a commencé vraisemblablement à circuler dès janvier. Il n’a été détecté et confirmé qu’en avril-mai, laissant des mois d’avance à sa propagation silencieuse. Ce retard intervient alors que le système congolais de surveillance des épidémies venait d’être fragilisé par le démantèlement de l’agence américaine Usaid début 2025. Un pays qui avait pourtant affronté 17 flambées d’Ebola et bâti, à ce prix, une expérience reconnue, s’est retrouvé pris de court par l’affaiblissement soudain de tout un pan de son dispositif d’alerte. Le virus s’est ensuite répandu dans la région la plus densément peuplée du pays, où le contrôle de plusieurs territoires par le groupe rebelle M23 et les activités minières rendent tout accès périlleux.
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S’est ajoutée enfin une troisième carence : la réponse internationale elle-même a été prise de vitesse. L’institution de coordination était encore en construction lors du déclenchement de l’épidémie, et les équipes de terrain ont été contraintes d’intervenir alors que le dispositif n’était pas pleinement opérationnel. Ce décalage se paie aujourd’hui au prix fort.

Depuis l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016 et celle de Covid-19 en 2020, la « préparation aux pandémies » est devenue un mot d’ordre international. Des stocks de vaccins ont été constitués, des financements d’urgence ont été mobilisés, et près de 1 milliard de dollars de promesses a été récolté en juin lors d’un sommet de l’Union africaine. Cela n’a pas empêché de nouvelles failles d’apparaître à l’occasion de cette nouvelle crise.
La communauté internationale dispose de moyens scientifiques et financiers considérables. Ce qui lui a manqué, cette fois comme les précédentes, c’est de savoir les mobiliser à temps. Investir avant l’urgence, préparer la coordination internationale en amont, maintenir une vigilance permanente pour ne pas se laisser surprendre. Sur les 518 millions de dollars nécessaires à la riposte continentale, la moitié seulement a été débloquée à ce stade : la preuve que l’argent, même lorsqu’il est disponible, arrive souvent trop tard. La préparation aux pandémies ne se mesure pas à la capacité de réagir à la crise, mais à celle de la voir venir.
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Le Monde
Ebola : un « risque élevé de propagation internationale » selon l’OMS
L’épidémie actuelle est désormais la plus meurtrière de l’histoire de la RDC et la plus rapide de toute l’histoire africaine.
Les jours se suivent et se ressemblent tristement dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), où sévit une épidémie de fièvre à virus Ebola depuis trois mois. Tandis que le nombre de morts et de contaminations continue de grimper, les instances sanitaires sont obligées de constater leur incapacité à juguler cette épidémie qui progresse à une vitesse foudroyante.
« L’épidémie est loin d’être maitrisée » a ainsi amèrement constaté ce mardi le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé, le Dr Tedros Ghebreyesus, en marge d’une réunion du comité d’urgence de l’OMS. « Il y a trois mois, j’ai déclaré que l’épidémie de la maladie à virus Bundibugyo en RDC constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Depuis lors, l’épidémie s’est propagée rapidement. Près de 5 000 personnes ont désormais été infectées et plus de 2 300 sont mortes, dans six provinces et 55 zones sanitaires. »
L’épidémie la plus rapide de l’histoire
Il s’agit de la deuxième fois que le comité d’urgence de l’OMS se réunit depuis qu’il a constaté l’existence d’une épidémie en RDC le 17 mai dernier. Sans surprise, le comité a maintenu le niveau d’alerte maximale, à savoir celui d’« urgence de santé publique internationale ». Bien qu’aucun cas de virus Ebola n’ait été recensé hors de RDC depuis le 16 juin dernier, l’agence onusienne continue de considérer que « le risque d’une propagation internationale du virus reste élevé », particulièrement pour les pays frontaliers de la RDC. « Les cas confirmés se trouvent désormais à seulement 35 kilomètres de la frontière avec le Soudan du Sud, le long de corridors de déplacement à haut risque » alertait ainsi jeudi dernier l’ONG Mercy Corps.
Ce lundi, l’épidémie actuelle a franchi un cap symbolique lorsqu’elle est devenue, en atteignant un bilan de 2 325 morts (pour 4 945 cas confirmés), l’épidémie la plus mortelle de l’histoire de la RDC, devant celle de 2018-2020 qui avait causé la mort de 2 280 personnes. Si on reste loin du terrible bilan de l’épidémie survenue en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 (plus de 11 000 morts), l’épidémie actuelle est en revanche bien plus rapide : en trois mois, elle a contaminé sept fois plus de patients et tué cinq fois plus d’individus que l’épidémie ouest-africaine sur la même période. « L’épidémie actuelle progresse plus rapidement que toutes les précédentes » résume ainsi le Dr Tedros Ghebreyesus. « Elle a pris une longueur d’avance considérable, et nous sommes toujours en train de rattraper notre retard. »
Sur le terrain, l’épidémie est « alimentée par l’insécurité, les déplacements de populations et d’intenses mouvements de personnes le long des routes, des cours d’eau et des voies d’accès aux sites miniers » poursuit le directeur de l’agence onusienne. Dans une des régions les plus pauvres et instables de la planète (des affrontements entre des groupes rebelles et les forces armées ont régulièrement lieu), organiser une réponse adaptée à l’épidémie est extrêmement difficile.
« Les gens ne veulent pas mourir tout seuls »
« L’acheminement des médicaments, du matériel et des équipes prend plus de temps et certaines routes ne peuvent pas être empruntées » témoigne ainsi auprès des Echos le Dr Livia Tampellini, membre de Médecins Sans Frontières (MSF). Elle explique que l’épidémie a touché une région déjà très fragile sur le plan humanitaire. « Depuis l’arrivée de Bundibugyo, les patients atteints d’autres maladies comme le paludisme ne se risquent plus dans les hôpitaux qu’ils considèrent comme des clusters, c’est une tragédie dans la tragédie » explique-t-elle.
L’infectiologue constate également avec amertume que les médecins humanitaires n’ont pas réussi à établir une relation de confiance avec la population locale, qui se méfie d’eux. « Les gens ne veulent pas mourir tout seuls, alors ils restent dans leurs communautés et transmettent le virus à leurs familles » indique-t-elle. Même constat du côté de l’OMS. « L’engagement de la communauté dans la riposte reste encore trop faible » estime ainsi le Dr Mohamed Janabi, directeur de la branche africaine de l’agence onusienne. « Plus de 70 % des personnes meurent dans la communauté » plutôt que d’être prises en charge dans des centres de soins. La minimisation de la situation par le gouvernement congolais est également pointée du doigt. Kinshasa qualifie en effet sa réponse à l’épidémie de « robuste » et a exclu de reporter la rentrée scolaire dans les régions touchées par l’épidémie.
Ce mardi, le Dr Tedros Ghebreyesus a réitéré son appel à la communauté internationale à renforcer son aide à la RDC. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan de riposte lancé début juin par l’agence de santé de l’Union africaine face à l’épidémie, seuls 264 millions de dollars ont jusqu’ici été mobilisés indique ainsi l’OMS. Ce mardi, l’Union Européenne a indiqué qu’elle allait livrer pour 2,5 millions de dollars de tests à la RDC.