La réaction des Gynécologues-Obstétriciens au rapport de l’IGAS ne s’est pas fait attendre.

« Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile »

Mortalité infantile : les gynécologues répondent au rapport de l’IGAS

Quentin Haroche

11 août 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/mortalité-infantile-gynécologues-répondent-au-2026a1000r92?ecd=wnl_all_260811_jim_daily-doctor_etid8587012&uac=368069PV&impID=8587012&sso=true

A rebours des conclusions du rapport de l’IGAS, trois gynécologues appellent, une nouvelle fois, à restructurer l’offre hospitalière et à fermer les petites maternités.

C’est un rapport qui a fait sans doute beaucoup de bruit, sans doute parce qu’il touche à la santé de ceux qui nous sont les plus chers : nos enfants. Dans un rapport publié mardi dernier, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a ainsi essayé d’analyser les causes de la hausse de la mortalité infantile dans notre pays. Le nombre d’enfants nés vivants qui décèdent avant leur premier anniversaire est ainsi passé de 3,5 pour 1 000 en 2011 à 4,1 pour 1 000 en 2024 en France, classant notre pays à la 23ème place en termes de mortalité infantile.

Un élément du rapport a particulièrement intéressé les gynécologues-obstétriciens : le lien ou plutôt l’absence de lien que l’IGAS opère entre le nombre de maternités présentes en France et cette hausse de la mortalité infantile. Les inspecteurs estiment ainsi à la fois que la baisse du nombre de maternités (divisé par trois en 50 ans) n’est pas la cause de la hausse de la mortalité infantile et que fermer les petites maternités pour rassembler les professionnels disponibles dans de grandes structures ne permettrait pas d’inverser la tendance.

« Proposer comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités, par exemple passer de 300 à 1 000 comme le suggèrent certaines voix, constituerait une réponse mécanique, datée, comme plaquée sur la situation actuelle, en décalage par rapport à l’ampleur du problème populationnel à l’origine de la dégradation sanitaire constatée » écrivent les inspecteurs.

La restructuration des maternités rendue nécessaire par « la crise des ressources humaines »

Une conclusion aberrante, jugent plusieurs gynécologues. Trois d’entre eux, le Pr Patrick Rozenberg, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le Pr Olivier Morel, secrétaire général du CNGOF et le Pr Yves Ville, membre de l’Académie de médecine, ont ainsi publié une tribune dans Le Monde vendredi dernier pour réfuter les thèses de l’IGAS. Depuis plusieurs années, ces gynécologues appellent en effet à fermer les plus petites maternités. En 2023, le Pr Ville avait ainsi publié un rapport recommandant la fermeture de toutes les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an.

Ce rapport de 2023 « proposait deux volets indissociables : regrouper les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an avec les structures de niveau supérieur, et transformer les sites libérés en centres de prise en charge dirigés par des sages-femmes, équipés de télémédecine » écrivent les auteurs de la tribune. « L’IGAS réduit cette proposition à une « fermeture sèche » des petites maternités. Elle extrait de notre rapport uniquement la partie sur la concentration, ignorant le réseau de proximité et la complémentarité ville-hôpital ».

« Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile » poursuivent les auteurs de la tribune, qui soutiennent que la restructuration du réseau de maternités est rendue nécessaire par « la crise des ressources humaines, unanimement décrite comme le problème central ». « Plus de 80 % des maternités réalisant moins de 1 000 accouchements annuels fonctionnent en tension démographique sévère » constatent ainsi les experts, tandis que « le nombre de gynécologues-obstétriciens par salle de naissance a baissé de 30 % en dix ans ». A propos de la hausse des facteurs de risque de grossesses difficiles (vieillissement des mères, diabète gestationnel, obésité etc), les gynécologues estiment que « c’est précisément parce que le profil de risque de la population s’est alourdi que la surveillance médicalisée doit être renforcée, non diluée dans des structures sans les effectifs nécessaires ».

Les gynécologues dénoncent le moratoire sur la fermeture des maternités

Les trois gynécologues fustigent les recommandations de l’IGAS (prévention, certification des soignants…), « mesures légitimes qui dessinent un volontarisme de façade évitant la seule réforme qui dérangerait : l’organisation de l’offre hospitalière ». Les gynécologues regrettent également que l’IGAS préconise de remettre en cause la liberté d’installation des sages-femmes, ce qui revient selon eux à « punir les jeunes diplômées de l’échec d’un système qu’elles n’ont pas construit ». Ils appellent d’ailleurs, sur ce point, à repenser la collaboration entre gynécologues et sages-femmes, pour que les compétences de ces dernières « s’exercent dans un cadre rendant la collaboration avec les médecins rapide et culturellement intégrée, ce que seules des structures ayant les effectifs nécessaires peuvent garantir ».

La tribune des trois gynécologues prend enfin un versant politique, en dénonçant le vote en première lecture l’an dernier à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi instaurant un moratoire sur la fermeture des maternités. « Le rapport de l’IGAS, rédigé dans les mois suivants, fournit une caution épistémique à cette décision, ses approximations convergent toutes dans la même direction : valider le moratoire, disqualifier la réforme structurelle ».

Alors que l’IGAS estime que le modèle suédois, qui repose sur de grandes maternités (qui réalisent jusqu’à 8 000 accouchements par an), n’est pas forcément un modèle à suivre, les gynécologues rappellent que la Suède présente un taux de mortalité infantile deux fois inférieur à la France. « Les enfants qui mourront cet hiver dans des maternités sans anesthésiste disponible ne liront pas ce rapport. Mais ils en paieront le prix » concluent les gynécologues.

Tribune

Trois gynécologues-obstétriciens dénoncent, dans une tribune au « Monde », la manière dont l’inspection générale des affaires sociales a négligé le rôle de la fermeture des petites maternités dans la mortalité infantile en France.

Publié le 07 août 2026 à 18h00, modifié le 08 août 2026 à 10h25 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/07/personne-n-a-soutenu-que-la-taille-d-une-maternite-determine-mecaniquement-la-mortalite-infantile_6740521_3232.html

Un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la mortalité infantile a été rendu public le 5 août, six mois après sa rédaction. Ce calendrier en dit plus sur sa nature que ses 300 pages. La France compte 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes. Elle est passée du troisième rang européen au vingt-troisième en moins de vingt-cinq ans. Si elle atteignait la moyenne européenne, 529 enfants ne seraient pas morts en 2025 ; 1 057 enfants ne l’auraient pas été non plus si elle avait atteint le niveau de l’Italie ou du Portugal. Ces chiffres figurent dans le rapport de l’IGAS.

Le rapport de l’Académie nationale de médecine de 2023 [Yves Ville, l’un des signataires de cette tribune, est l’auteur principal du rapport 23-05 sur la planification de la politique de périnatalité en France] proposait deux volets indissociables : regrouper les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an avec les structures de niveau supérieur, et transformer les sites libérés en centres de prise en charge dirigés par des sages-femmes, équipés de télémédecine, de dossiers partagés et de protocoles d’escalade vers l’obstétricien de référence. L’IGAS réduit cette proposition à une « fermeture sèche » des petites maternités. Elle extrait de notre rapport uniquement la partie sur la concentration, ignorant le réseau de proximité et la complémentarité ville-hôpital. Elle oppose à un prétendu projet de désert sanitaire sa propre proposition de centres périnataux de proximité, sans aucune recommandation opérationnelle.

L’IGAS affirme que les restructurations de maternités n’ont pas d’effet démontrable sur la mortalité. Elle reconnaît pourtant elle-même que cette démonstration est « méthodologiquement inaccessible ». Elle omet de neutraliser les facteurs de confusion – précarité, âge maternel, obésité –, qu’elle identifie par ailleurs comme déterminants. Elle ignore que les maternités de haut niveau accueillent les grossesses les plus complexes, ce qui gonfle mécaniquement leurs taux bruts et masque leur effet propre.

Lire aussi le décryptage |   Mortalité périnatale : des chiffres toujours inquiétants, et des causes encore à explorer

Surtout, elle confond deux questions. Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile. Ce que nous montrons, c’est que la crise des ressources humaines, unanimement décrite comme le problème central, ne peut être résolue que par un nombre d’acteurs suffisant. Plus de 80 % des maternités réalisant moins de 1 000 accouchements annuels fonctionnent en tension démographique sévère. Le nombre de gynécologues obstétriciens par salle de naissance a baissé de 30 % en dix ans. L’IGAS documente tout cela. Elle n’en tire aucune conséquence.

De surcroît, ces facteurs de risque ne sont pas statiques. Une grossesse qui commence normalement peut basculer à tout moment : diabète gestationnel, hypertension, souffrance fœtale ne s’annoncent pas. C’est précisément parce que le profil de risque de la population s’est alourdi que la surveillance médicalisée doit être renforcée, non diluée dans des structures sans les effectifs nécessaires. En santé publique, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence.

Volontarisme de façade

Les 24 recommandations du rapport portent sur la prévention prénatale, le carnet dématérialisé, la certification des soignants – mesures légitimes qui dessinent un volontarisme de façade évitant la seule réforme qui dérangerait : l’organisation de l’offre hospitalière. Pas une recommandation sur la télémédecine, qui permettrait qu’une sage-femme en centre rural soit en contact instantané avec un obstétricien à quarante-cinq minutes de là et que le monitoring fœtal soit relu en temps réel. Ces technologies sont mentionnées dans le corps du rapport comme initiatives régionales, puis oubliées au moment des recommandations.

Quant à la seule mesure proposée sur les ressources humaines, « reconsidérer » la liberté d’installation des sages-femmes dès la sortie de l’école, elle revient à contraindre géographiquement une profession en crise d’attractivité, sans expérience de terrain préalable. C’est punir les jeunes diplômées de l’échec d’un système qu’elles n’ont pas construit. Un rapport sincèrement préoccupé par la sécurité des femmes en territoire éloigné aurait fait des nouvelles technologies le cœur de sa politique. Il ne l’a pas fait, parce que les nommer aurait validé l’argument que la proximité peut être sûre à distance et que le maintien des petites maternités sous-dotées n’est pas une nécessité sanitaire, mais un choix politique.

Lire aussi |  L’ONU alerte sur une stagnation dans la lutte contre la mortalité maternelle

Le Royaume-Uni vit le plus grand scandale de l’histoire du National Health Service [le système de santé publique britannique] : 201 décès de bébés jugés évitables à Shrewsbury, plus de 2 300 cas examinés à Nottingham [en Angleterre]. Cause commune : une culture qui a érigé l’accouchement physiologique en idéologie et isolé les sages-femmes de la supervision médicale. Cela ne les met pas en cause : elles réalisent 85 % des accouchements en France. Cela signifie que leur compétence doit s’exercer dans un cadre rendant la collaboration avec les médecins rapide et culturellement intégrée, ce que seules des structures ayant les effectifs nécessaires peuvent garantir.

Un moratoire sur les fermetures de maternité a été adopté à l’Assemblée nationale en mai 2025. Le rapport de l’IGAS, rédigé dans les mois suivants, fournit une caution épistémique à cette décision. Son auteur principal [Aquilino Morelle]est un ancien conseiller politique à l’Elysée qui a aussi été membre du Parti socialiste. Nous ne le soulignerions pas si les approximations du rapport se distribuaient aléatoirement. Mais, en fait, elles convergent toutes dans la même direction : valider le moratoire, disqualifier la réforme structurelle.

L’Académie nationale de médecine, la Cour des comptes, le Collège national des sages-femmes et celui des obstétriciens s’accordent depuis trois ans sur l’essentiel : réorganiser l’offre périnatale, investir dans la proximité technologique, garantir des équipes stables. Un quatrième rapport, produit dans des conditions contestables, offre aux tenants du statu quo la caution scientifique qu’ils attendaient.

Nos voisins italiens, avec des maternités organisées en réseau, obtiennent 2,5 décès pour 1 000 naissances. Les Suédois, avec de grandes structures concentrées, obtiennent 2,1. Ces deux pays si différents partagent ce que la France n’a pas : une politique de périnatalité cohérente, financée et évaluée.

Les enfants qui mourront cet hiver dans des maternités sans anesthésiste disponible ne liront pas ce rapport. Mais ils en paieront le prix.

Olivier Morel est chef du service de gynécologie-obstétrique de Nancy et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) ; Patrick Rozenberg est président du CNGOF ; Yves Ville est gynécologue-obstétricien, chef du service de médecine fœtale à l’hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP.

Hausse de la mortalité infantile en France : « On est face à une crise sociale, sociétale et territoriale »

Publié le mardi 11 août 2026 à 08:20 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-11-aout-2026-2078185

France Inter

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Provenant du podcast

L’invité de 8h20 : le grand entretien

Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes, Anthony Cortes, journaliste à L’Humanité, auteur de l’enquête « 4,1. Le scandale des accouchements en France » et Yves Ville, chef du service de médecine fœtale et de la maternité à l’hôpital Necker-Enfants malades.

Avec

  • Yves Villegynécologue obstétricien et chef de service Maternité, Imagerie et Médecine fœtale, Hôpital Necker-Enfants Malades
  • Anthony CortesJournaliste

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publié début août analyse les causes de l’augmentation de la mortalité infantile en France. En 2024, 4 bébés sur 1000 sont morts avant leur premier anniversaire, la plupart dans les premiers jours suivant la naissance, soit 2 700 enfants décédés au total. Pour Anthony Cortes, journaliste à L’Humanité, auteur de l’enquête 4,1. Le scandale des accouchements en France(Buchet-Castel), « on est face à une crise à tous les étages, à tous les niveaux, il y a une crise d’abord sociale, sociétale et territoriale ».

Le journaliste explique, sur France Inter, mardi 11 août, que la mortalité infantile touche « en premier lieu, les enfants d’ouvrières, d’employés, d’inactifs, bien plus que les cadres », mais aussi « les enfants des mères d’origine étrangère ». Il y a aussi une disparité territoriale dans les chances de survie des bébés. « Si vous êtes dans les ruralités ou dans les quartiers populaires, vous avez malheureusement davantage de chances de perdre la vie avant même de la commencer », affirme Anthony Cortes, qui précise que 13 départements ne comptent qu’une seule maternité. « Il y a une crise des établissements, des maternités évidemment, des petites comme des grandes, avec des difficultés à recruter, des difficultés à assurer la triple permanence des soins. Et puis surtout, c’est un point qu’on oublie trop souvent, une crise absolue de la prévention, avec des centres de protection maternelle et infantile (PMI) qui ont été largement oubliés », ajoute-t-il.

« On n’accouche pas de façon égalitaire »

Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes, plussoie : « On ne naît pas tous égaux, mais on n’accouche pas de façon égalitaire aussi, quel que soit l’endroit où on l’en accouche. » Elle affirme, aussi sur France Inter, que « nous manquons cruellement de politique nationale pour prendre en compte la périnatalité, notamment sur les actions de prévention ».

Pour Yves Ville, chef du service de médecine fœtale et de la maternité à l’hôpital Necker-Enfants malades de Paris, également sur France Inter, « la partie la plus importante est celle qui est due à la prématurité », qui « a augmenté sensiblement » ces dernières années. « Un tiers de ces enfants prématurés ne naissent toujours pas au bon endroit et bien entendu au bon moment. Ils naissent dans des structures qui ne sont pas à même de les prendre en charge correctement et surtout la moitié de ceux-là n’ont pas reçu le seul médicament depuis plus de 40 ans dont on sait qu’il diminue la mortalité après la naissance, qui est l’administration de corticoïdes à la mère lorsque cette menace d’accoucher prématurément se déclare », détaille-t-il.

Regrouper les maternités

Le médecin estime que la « deuxième faille » réside dans « notre système de transport de ces enfants nés ailleurs vers les structures qui peuvent les prendre en charge », car « 25% de ces demandes de transfert ne peuvent pas être acceptées par les centres qui les prennent en charge au mieux, faute de place ». Et le « troisième manque de notre système » est « la capacité d’accueil », marquée par « un manque de lits de néonatologie qui est criant, quatre fois moins qu’en Suède et même en Italie », souligne Yves Ville.

Pour les auteurs du rapport de l’IgasOuverture dans un nouvel onglet, la question des fermetures des petites maternités ne saurait expliquer cette situation désastreuse. « Le regroupement des structures, et non pas la fermeture, est absolument essentiel aussi pour l’accueil des patients », affirme Yves Ville. « Il est indéniable que des maternités doivent fermer et vont fermer quand elles ne sont plus en mesure d’assurer la sécurité physique et psychique des patientes et des nouveaux-nés », reconnait Isabelle Derrendinger. « Pour autant, ce qui ne doit plus se produire, c’est ce qui se passe actuellement, des fermetures aléatoires, sporadiques de maternités, où des femmes se retrouvent devant une porte fermée alors qu’elles ne l’avaient pas envisagée. »

« L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » : Des obstétriciens fustigent le rapport de l’IGAS sur les maternités

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Trois gynécologues-obstétriciens, dont deux responsables du Collège national (CNGOF), contestent, dans une tribune, les conclusions du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) récemment rendu public sur la mortalité infantile, et lui reprochent de minimiser les enjeux liés à l’organisation des maternités.

Par La rédac’

10 août 2026 – 11:33 https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/labsence-de-preuve-nest-pas-une-preuve-dabsence-des-obstetriciens-fustigent-le-rapport-de?utm_source=&utm_medium=&utm_campaign=&utm_content=&utm_term=

« L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence » : Des obstétriciens fustigent le rapport de l’IGAS sur les maternités

De droite à gauche, les Prs Patrick Rozenberg, Yves Ville et Olivier Morel © DR

Dans une tribune publiée le 7 août dans Le Monde, Pr Patrick Rozenberg, président du CNGOF, Pr Yves Ville, chef du service de médecine fœtale de l’hôpital Necker AP-HP et Pr Olivier Morel, chef du service de gynécologie-obstétrique du CHRU de Nancy, critiquent vivement le rapport de l’IGAS rendu public quelques jours plus tôt.

La France enregistre désormais 4,1 décès infantiles pour 1 000 naissances et est passée du 3ème au 23ème rang européen en moins de vingt-cinq ans. D’après les auteurs de la tribune, 529 décès auraient été évités en 2025 avec un taux équivalent à la moyenne européenne, et 1 057 avec celui de l’Italie ou du Portugal.

Effectifs en baisse

Au cœur du désaccord : la restructuration des petites maternités. Les trois médecins défendent les propositions formulées en 2023 par l’Académie de médecine, qui préconisait de regrouper les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an avec des établissements de niveau supérieur, tout en maintenant des structures de proximité pilotées par des sages-femmes et reliées aux équipes hospitalières.

Ils reprochent à l’IGAS d’avoir réduit cette proposition à une politique de fermeture. « Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile », écrivent-ils.

Selon eux, la question centrale est celle des effectifs disponibles. Ils indiquent que plus de 80 % des maternités pratiquant moins de 1 000 accouchements par an sont confrontées à une « tension démographique sévère » et que le nombre de gynécologues-obstétriciens rapporté aux salles de naissance a diminué de 30 % en dix ans.

Les auteurs contestent également la conclusion selon laquelle les restructurations de maternités n’auraient pas d’effet démontré sur la mortalité. Ils soulignent que l’IGAS reconnaît elle-même que cette démonstration est « méthodologiquement inaccessible ». « En santé publique, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence », écrivent-ils.

« Volontarisme de façade »

Les trois spécialistes estiment par ailleurs que les 24 recommandations de l’IGAS, portant notamment sur la prévention prénatale, la dématérialisation du carnet de santé ou la certification des soignants, témoignent plus d’un « volontarisme de façade » que d’une volonté de réorganiser en profondeur l’offre hospitalière en périnatalité.  

Ils regrettent notamment l’absence de recommandation consacrée à la télémédecine, qui pourrait selon eux permettre à une sage-femme exerçant dans une structure éloignée d’être reliée en temps réel à un obstétricien, notamment pour l’interprétation d’un monitoring fœtal.

Les auteurs s’opposent aussi à la proposition de « reconsidérer » la liberté d’installation des sages-femmes à la sortie de leur formation, estimant qu’elle ferait peser la réponse à la pénurie sur une profession déjà confrontée à une crise d’attractivité.

Ils accusent plus largement l’IGAS d’offrir, par ses conclusions, une caution scientifique au « statu quo », en confortant le moratoire sur les fermetures de maternités adopté à l’Assemblée nationale l’année dernière, au détriment d’une réforme structurelle qu’ils jugent nécessaire.

Les sages-femmes veulent assurer le suivi complet des grossesses à bas risques, sans les médecins

Eux défendent une réorganisation nationale de la périnatalité associant concentration des plateaux techniques, maintien d’une offre de proximité et équipes médicales suffisamment nombreuses et stables.

Ils citent notamment l’Italie, qui affiche selon eux une mortalité infantile de 2,5 décès pour 1 000 naissances, et la Suède, à 2,1 pour 1 000. Deux modèles très différents, mais qui auraient en commun, selon les signataires, « une politique de périnatalité cohérente, financée et évaluée ».

Par La rédac’

Périnatalité, les professionnels taclent l’Igas à la suite de son rapport rendu au coeur de l’été 

PAR  ARNAUD JANIN – 

PUBLIÉ LE 28/08/2026 https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/anesthesie-reanimation/perinatalite-les-professionnels-taclent-ligas-la-suite-de-son-rapport-rendu-au-coeur-de-lete

Pédiatres, gynécologues-obstétriciens, anesthésistes réanimateurs… Toutes les organisations professionnelles exerçant en maternité ont tiré à boulets rouges sur le rapport rendu par l’Igas le 5 août dernier. Alors que les rapporteurs ont semé la confusion dans la comparaison entre petites et grandes maternités, ces médecins dénoncent le manque de propositions concrètes sur des sujets attendus de longue date par ces professions : la révision des décrets de 1998 et la pénurie des professionnels.  

Crédit : Sébastien Toubon

Crédit photo : Crédit : Sébastien Toubon

Resté dans un tiroir pendant six mois, le rapport sur la périnatalitépar la mission de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a été finalement rendu public au coeur de l’été, le 4 août dernier. D’où aussi un décalage pour réagir de la part des organisations professionnelles de médecins concernées*, qui sont toutes critiques à l’égard du document rendu par les inspecteurs… Elles visent en particulier l’offre des maternités et les tensions en ressources humaines.

Surprise ! pour la mission, les restructurations de l’offre de maternités engagées depuis plusieurs décennies n’expliquent pas à elles seules cette dégradation. Ce constat énerve les représentants des gynécologues et obstétriciens : « L’Igas affirme que les restructurations de maternités n’ont pas d’effet démontrable sur la mortalité. Et ignore que les maternités de haut niveau accueillent les grossesses les plus complexes, ce qui gonfle mécaniquement leurs taux bruts et masque leur effet propre. » 

Alors que les rapporteurs mettent en exergue le fait que « des départements particulièrement bien dotés en maternités de niveaux 2 et 3 (et où une part importante voire massive des accouchements ont lieu dans ces types d’établissements) enregistrent néanmoins des résultats sanitaires dégradés ou même très préoccupants », les gynécologues contestent le fait que « la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile ».

Inadaptation de l’organisation actuelle des structures aux besoins

Alors que la mission recommande une révision des décrets de 1998 (recommandation 9), et la publication, pour chaque maternité, « d’une batterie d’indicateurs fournissant toutes les informations permettant, notamment, d’éclairer le choix des usagers mais aussi de permettre un pilotage plus fin de l’offre au niveau territorial », les pédiatres soulignent que « l’inadaptation de l’organisation actuelle des structures aux besoins », en particulier « le manque de gouvernance, tant au niveau national que régional ». Quant aux anesthésistes-réanimateurs, ils pointent l’insécurité de leur profession pour la moitié d’entre eux dans les salles de naissance, quelle que soit la taille de la maternité : le Snphare appelle en conséquence à « réactualiser en profondeur le décret de 1998 dans une société dont le système de santé a progressé depuis trente ans, pour s’adapter à ces évolutions ».  

Côté ressources humaines, la mission reconnait « des tensions de plus en plus vives », mais pointe en même temps « le paradoxe » de la baisse du nombre des naissances et de la hausse de « certaines catégories de professionnels de santé (sages-femmes, mais aussi pédiatres) » ces dernières années. Les gynécologues pointent la pénurie médicale pourtant citée par les rapporteurs : plus de 80 % des maternités réalisant moins de 1000 accouchements annuels fonctionnent en tension démographique sévère et le nombre de gynécologues obstétriciens par salle de naissance a baissé de 30 % en dix ans.  

Experts en soins aux nouveau-nés

Mais ce n’est pas suffisant pour les représentants des trois professions médicales de la périnatalité. Le Snphare aurait aimé lire dans ce rapport le rôle majeur de l’anesthésiste-réanimateur « du début de la grossesse jusqu’à la période post partum en passant par la réanimation au moment de l’accouchement ». Les gynécologues appellent à « garantir des équipes stables ». Les pédiatres, pourtant « experts en soins aux nouveau-nés », regrettent que « leur rôle n’ait pas été davantage valorisé ». 

Pour rappel, concernant la mortalité infantile, la France est passée de la troisième place au sein de l’Union européenne (UE) entre 1996 et 2000 à la 20e en 2021, puis à la 23e à partir de 2022. Ce déclassement est provoqué par la reprise à la hausse de nos taux de mortalité néonatale et infantile à compter de 2011, alors même que le reste de nos partenaires de l’UE continuent, eux, leur trajectoire à la baisse.  

* Tribune parue dans le Monde le 7 août 2026 par les représentants du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), communiqué du Conseil national professionnel (CNP) de pédiatrie du 21 août, communiqué du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateur (Snphare) élargi paru le 27 août. 

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/08/07/analyse-de-ligas-sur-la-mortalite-infantile/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/05/26/fermetures-des-petites-maternites-suite/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/13/pourquoi-malgre-la-tres-importante-fermeture-de-petites-maternites-depuis-20-ans-la-mortalite-infantile-ne-regresse-pas/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/05/25/une-contre-verite-il-nexiste-aucune-etude-demontrant-un-lien-entre-proximite-geographique-et-securite-jean-christophe-roze-pediatre/

Moratoire sur les fermetures de maternités : « Ce n’est ni grave, ni pas grave, c’est délirant » Le midi libre  » https://fms2i.r.a.d.sendibm1.com/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsGRYYnv282LfefVQn4tQW/-NMEtbHYtRI1

https://environnementsantepolitique.fr/2024/05/22/le-debat-sur-encore-la-fermeture-dautres-petites-maternites-relance-par-la-cour-des-comptes/

https://environnementsantepolitique.fr/2024/09/12/un-rapport-de-plus-du-senat-incitant-a-fermer-encore-plus-de-maternites/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/11/13/on-continue-a-fermer-des-petites-maternites/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/03/14/lassociation-des-petites-villes-de-france-apvf-sonne-une-nouvelle-fois-lalerte-sur-le-sort-des-maternites-des-petites-villes/

Commentaire Dr Jean SCHEFFER:

Les gynéco-obstétriciens répliquent: « Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile »

Mais comment ce fait-t-il que par ailleurs ils appellent, une nouvelle fois, à restructurer l’offre hospitalière et à fermer les petites maternités.

C’est bien que dans leur esprit, la faible taille contribue à l’augmentation de la mortalité infantile.

Comment se fait-il qu’en ayant fermé de très nombreuses petites maternités, il n’y ait pas eu d’amélioration des indices ? C’est peut-être que le problème est autre.

En tout cas comme en Italie, l’exception territoriale (montagnes, zones enclavées…) doit-être prise en compte, en maintenant ouvertes les maternités éloignées de tout autre établissement ou les parturientes pourraient accoucher, en formant régulièrement les personnels soignants dans des maternités de niveau supérieur et en accueillant des assistants partagés.

Le manque de praticiens (Gynéco-obstétriciens, pédiatres, anesthésistes), est soluble à court terme si on acceptait de créer le « Clinicat Assistanat pour tous », obligatoire de 2 à 3 ans pour tous les futurs généralistes et tous les futurs spécialistes. Par la même occasion, en deux à trois ans tous les postes de médecins ou praticiens hospitaliers vacants, seraient pourvus, y compris dans les centres de PMI. Cet assistanat serait créé à l’image de l’assistanat partagé entre CHU et CHG.

Plus de déserts médicaux ! Un rêve réalisable à condition d’en avoir la volonté politique.

Voir: « Vision Globale-Solution globale »: https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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