Analyse de l’IGAS sur la mortalité infantile

Mortalité infantile : un rapport d’abord dissimulé dévoile la gravité de la situation en France

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publié mardi 4 août révèle que la France connaît l’un des taux les plus élevés de mortalité infantile. Les professionnels de santé interrogés par « Mediapart » considèrent que cette étude vise à côté et ne propose rien de révolutionnaire.   

Faïza Zerouala

7 août 2026 à 15h19 https://www.mediapart.fr/journal/france/070826/mortalite-infantile-un-rapport-d-abord-dissimule-devoile-la-gravite-de-la-situation-en-france?utm_source=quotidienne-20260807-170324&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260807-170324&M_BT=115359655566

Daté de janvier 2026, le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), intitulé « Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique », n’a été rendu public que le mardi 4 août. Cette étude de l’instance placée sous la tutelle des ministères sociaux, consacrée à la mortalité infantile, a été retenue sept mois par la ministre de la santé, Stéphanie Rist, comme l’a révélé Le Canard enchaîné. Un article de presse qui a contraint à sa publication en catimini.

Ce long délai est difficile à décorréler de son contenu embarrassant : le rapport dresse un constat sévère. Il met en évidence une dégradation continue de la mortalité infantile. Une dégringolade d’autant plus marquante que la France, longtemps considérée comme une référence en matière de santé périnatale, décroche désormais parmi les pays développés.


Le personnel soignant s’occupe d’un bébé prématuré au service des urgences néonatales de la maternité de l’hôpital universitaire de Nancy, en octobre 2025.  © Photo Jean-Christophe Verhaegen / AFP

Après avoir atteint en 2011 son point historiquement le plus bas (3,5 ‰), le taux de mortalité infantile a entamé depuis cette date une remontée continue jusqu’à atteindre 4,1‰ pour 1 000 naissances en 2024, soit 2 709 enfants morts avant leur premier anniversaire. L’Igas qualifie de « considérable » cet excès de mortalité, le tout dans un contexte d’effondrement des naissances, alors qu’Emmanuel Macron exhorte la population française à s’adonner au « réarmement démographique ».

Un résultat qui « singularise » désormais la France, qui est passée de la troisième place au sein de l’Union européenne entre 1996 et 2000 à la vingtième en 2014, puis à la vingt-troisième à partir de 2022.

Depuis vingt-cinq ans, ce taux augmente alors même que les voisins de l’UE enregistrent des taux de mortalité en baisse. Les trois auteurs du rapport, dont Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande, soulignent que, si la France était alignée sur le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3‰, « ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées en 2024 ».

Rien de « très opérationnel »

Dans ce rapport, l’augmentation de la mortalité infantile est considérée comme « un phénomène multifactoriel » et les auteurs et l’autrice estiment que des « facteurs d’ordre populationnels » – c’est-à-dire des caractéristiques démographiques et sociales d’une population – s’avèrent prédominants dans « la prévalence accrue de la prématurité (grande et extrême), elle-même responsable de l’essentiel de la mortalité néonatale ».

Les membres de l’instance évoquent l’âge de plus en plus tardif des grossesses (de 29,9 en 2010 à 30,7 ans en 2019), ainsi que la part des mères de 35 ans et plus (de 19,1 à 25,8 % sur la même période). Ce qui augmente le risque de complications.

La hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes, contribue à ces chiffres. La proportion de femmes en surpoids ou en obésité avant grossesse a elle aussi augmenté, passant de 22,8 % en 2003 à 31,8 % en 2016, soit une forte hausse de neuf points. 

Le facteur de risque principal, c’est la fragilité sociale.

Olivier Morel, secrétaire général au sein du Collège national des gynécologues et obstétriciens français

Olivier Morel, secrétaire général au sein du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (Cngof), juge ce rapport avec sévérité. Le document n’est « pas du tout révolutionnaire » et ne propose rien de « très opérationnel » qui permettrait concrètement d’améliorer la situation. Et surtout, les raisons avancées par les auteurs et l’autrice pour justifier ces taux élevés de mortalité infantile lui semblent peu convaincantes.

D’autant plus que ces facteurs sont tout à fait comparables dans les pays voisins, notamment les pays nordiques, qui obtiennent pourtant de meilleurs résultats. Selon lui, on ne peut pas « se cacher derrière son petit doigt » en affirmant que les femmes françaises sont plus complexes qu’ailleurs. 

Par ailleurs, le professeur estime que centrer le discours uniquement sur le tri des femmes en fonction de leurs facteurs de risque est une approche incomplète. La majorité des complications majeures (comme les hémorragies) surviennent au moment de l’accouchement et ce, très souvent chez des femmes jeunes ne présentant aucun facteur de risque préalable.

De plus, ajoute-t-il, « le facteur de risque principal, c’est la fragilité sociale ». Le médecin poursuit : « Le problème, c’est comment on identifie les fragilités sociales pour mieux suivre ces femmes et s’assurer que, tant par leur suivi qu’au moment de l’accouchement, elles vont être prises en charge correctement. » 

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Le rapport se focalise sur les inégalités sociales et territoriales. Ces dernières amplifient le risque de décès du nouveau-né ou de sa mère. Les chiffres dans les territoires d’outre-mer (8‰) sont édifiants. « La santé des femmes ultramarines, précisément, est moins bonne que dans l’Hexagone. Les facteurs de risque tels que le diabète gestationnel, les troubles hypertensifs pendant la grossesse sont retrouvés plus fréquemment dans les [outre-mer] que dans l’Hexagone », dit le rapport. 

Même constat en Seine-Saint-Denis (6‰). « Si toute la population avait le même risque de mortalité néonatale que les 20 % les plus favorisés, on estime qu’un quart des décès, soit 2 494 décès de nouveau-nés, auraient pu être ­évités rien qu’entre 2015 et 2020 », ­soulignent les auteurs et autrice.

L’augmentation de la mortalité infantile s’inscrit aussi dans un contexte de fortes inégalités sociales et d’accès aux soins. Les écarts observés reflètent avant tout des inégalités de conditions de vie et de prise en charge. Entre 2010-2014 et 2015-2022, la mortalité infantile est passée de 4,5‰ à 5,3 ‰chez les mères nées à l’étranger, alors qu’elle est restée stable à 3,3‰ chez les mères nées en France.

Les disparités sont particulièrement marquées pour les femmes nées au Maghreb (4,6‰) et dans un autre pays d’Afrique (7,5 ‰), où le taux est 2,2 fois supérieur à celui des femmes nées en France. Ces écarts sont largement associés à des facteurs de précarité, à un moins bon état de santé, à un suivi de grossesse plus irrégulier et à des obstacles persistants dans l’accès à la prévention et aux soins. Plus qu’un effet de l’origine en elle-même, ces chiffres mettent en lumière le poids des inégalités sociales et des difficultés d’accès au système de santé.

« C’est comme un lundi matin pour nous »

Maria Iasagkasvili, sage-femme coordinatrice au réseau Solipam et doctorante en géographie de la santé à l’université Rennes-II n’est pas tombée de sa chaise à la découverte des conclusions de ce rapport : « C’est comme un lundi matin pour nous. » 

En effet, le réseau Solipam et le Samusocial ont déjà documenté la situation sociale ainsi que l’état de santé physique et psychique des femmes sans domicile en période périnatale dans une étude sortie au mois de mars 2026.

Mais elle trouve utile que la question des conséquences de la précarité et du mal-logement sur la santé des mères et des enfants soit abordée, ce que la médecine ne prend pas assez en compte, selon elle. Maria Iasagkasvili voit au quotidien l’impact du mal-logement ou du sans-abrisme.

Les structures d’hébergement d’urgence provisoires manquent cruellement d’installations sanitaires, ce qui peut provoquer des infections à répétition chez les enfants. De plus, les hôtels sociaux du 115, où les familles restent parfois des années, sont souvent insalubres, ce qui nuit gravement au développement de l’enfant.

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« On a quand même des enfants qui tombent malades constamment. Je me souviens d’un bébé de 8 mois qui est mort d’une insuffisance respiratoire en 2025. Elle était hébergée dans un de ces lieux et tombait malade constamment et allait d’infection en surinfection… », rapporte la sage-femme.

Le docteur Patrick Daoud est le président du réseau périnatal Naître dans l’Est francilien (Nef) et chef du pôle femme enfant du groupement hospitalier Grand Paris Nord-Est. Il exerce depuis trente ans en Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de France et les plus touchés par la mortalité infantile. 

Depuis une dizaine d’années, il constate quotidiennement un accroissement de la grande précarité. Cela se traduit par une hausse du nombre de femmes à la rue, vivant dans des bidonvilles ou dépendantes du 115. Outre les problèmes majeurs de logement, ces dernières rencontrent aussi des difficultés pour se nourrir correctement, ce qui aggrave les facteurs de risque comme l’obésité et le diabète. Certaines présentent aussi plus de risques de complications vasculo-placentaires.

Pour lui, la grossesse est « un révélateur et un amplificateur de vulnérabilité. Plus une femme est vulnérable, que ce soit sur le plan médical ou social, plus la grossesse va amplifier ses vulnérabilités et plus l’issue de la grossesse risquera d’être défavorable ».

Sans compter que les hôpitaux renvoient les familles vers leurs hébergements précaires sans suivi adapté – même si, pour éviter de remettre des femmes malades ou des nouveau-nés à la rue, certaines maternités prolongent les séjours, ce qui expose les nourrissons à des risques d’infections nosocomiales. « À l’inverse, l’instabilité et les sorties rapides empêchent un suivi médical correct avec les vaccins ou les examens », poursuit Maria Iasagkasvili.

Inadaptation du système de santé français

Les auteurs et l’autrice du rapport balaient l’hypothèse selon laquelle la fermeture des petites maternités contribuerait à l’augmentation des morts néonatales – les décrets de 1998 ont imposé la fermeture des maternités réalisant moins de 300 accouchements par an car jugées insuffisamment sûres.

Pour elle et eux, « proposer […] comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités […] constituerait une réponse mécanique, datée ».

Patrick Daoud estime également que ce n’est pas le facteur déterminant : « Tout se passe avant. Ce n’est pas le fait de mettre plus de personnel dans les salles de naissance, ce n’est pas le fait de fermer les petites maternités qui va changer quoi que ce soit. » 

La question de la réorganisation et de la révision de la carte des maternités est systématiquement écartée par l’État, qui agit comme s’il n’y avait pas de crise liée au manque de personnels, déplore Olivier Morel.

Olivier Morel n’est pas sur la même ligne. Le problème, à ses yeux, est que le rapport évacue totalement la question de l’inadaptation du système de santé français, « que ce soit en termes de nombre de maternités et surtout de maternité qui ne sont plus adaptées à des soins au XXIsiècle ».

Pour lui, maintenir de trop nombreuses petites maternités qui, sous le seuil de 1 500 naissances par an, n’ont pas de médecin de garde sur place et manquent de moyens de transfusion suffisants, gaspille des ressources humaines au détriment de la qualité du suivi global des grossesses.

La question de la réorganisation et de la révision de la carte des maternités est systématiquement écartée par l’État, qui agit comme s’il n’y avait pas de crise liée au manque de personnels, déplore encore le médecin.

L’Igas recommande de renforcer le suivi des femmes dès la grossesse afin de mieux repérer et prendre en charge les situations à risque, de développer des dispositifs pour les publics vulnérables et d’accroître les capacités de réanimation néonatale. L’instance préconise en ce sens un plan stratégique national pour 2027-2030.

Pour Maria Iasagkasvili, l’offre de soins, notamment hors de la petite couronne parisienne, est tellement dégradée que les femmes enceintes doivent souvent multiplier les déplacements pour leur suivi. Elle plaide pour un accès simplifié à la couverture maladie et à l’aide médicale d’État, ainsi qu’un financement pérenne des hôpitaux publics et des centres de protection maternelle et infantile (PMI).

Patrick Daoud privilégie, lui, des initiatives locales plutôt que des plans nationaux. Il cite en exemple les unités d’accompagnement personnalisées (UAP) déployées dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, qui réunissent sage-femmes, obstétricien·nes, psychologues et assistant·es sociales pour accompagner les femmes les plus vulnérables.

Selon lui, ces dispositifs ont permis de diviser par deux le taux de prématurité des grossesses suivies. Il déplore par ailleurs l’affaiblissement des PMI, conséquence des restrictions budgétaires et du manque de professionnel·les, ce qui fragilise un maillage territorial essentiel à la prévention.

Malgré les conditions rocambolesques de publication de ce rapport, la ministre de la santé s’est félicitée sur LinkedIn, jeudi 6 août, de ses conclusions. Elle a rappelé que les travaux de la mission mise en place cet été sur ce sujet se clôtureront fin octobre 2026.

Faïza Zerouala

Hausse de la mortalité infantile : un rapport de l’IGAS « relativise » le rôle de la fermeture des petites maternités

Elévation de l’âge des femmes enceintes, précarité sociale, augmentation des grossesses multiples… L’inspection générale des affaires sociales, dans un rapport rendu public mercredi 5 août, livre sa propre analyse sur le recul de la France vers le bas du classement européen. 

Par Mattea Battaglia

Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 10h24 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/07/hausse-de-la-mortalite-infantile-un-rapport-de-l-igas-relativise-le-role-de-la-fermeture-des-petites-maternites_6740413_3224.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260807&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_6

Temps de Lecture 4 min.

Des membres du personnel soignant entourent un bébé prématuré dans le service des urgences néonatales de la maternité de l’hôpital universitaire de Nancy, le 2 octobre 2025.
Des membres du personnel soignant entourent un bébé prématuré dans le service des urgences néonatales de la maternité de l’hôpital universitaire de Nancy, le 2 octobre 2025.  JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP

Les alertes sur l’augmentation de la mortalité périnatale – autour de la naissance – se succèdent, et le débat sur les causes de cette tendance, propre à la France, ne se tarit pas. Après l’Académie de médecine, la Cour des comptes, les interpellations d’organisations professionnelles ou de parlementaires, c’est au tour de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) de se pencher sur le phénomène.

Dans un rapport de 300 pages remis au ministère de la santé mi-février, mais qui n’a été diffusé que mercredi 5 août après qu’un article du Canard enchaîné en a dévoilé les grandes lignes, l’IGAS livre sa propre analyse quant au rôle de l’offre de soins, et plus particulièrement sur le point inflammable des petites maternités, dont les fermetures se sont multipliées ces dernières décennies. Pour lutter contre la hausse de la mortalité infantile, les députés ont d’ailleurs voté en première lecture, en mai 2025, un moratoire sur les fermetures des petites structures.

https://www.igas.gouv.fr/organisation-de-la-perinatalite-dans-les-territoires-affirmer-une-logique-de-sante-publique

C’est dans ce contexte politiquement sensible que l’IGAS, instance d’évaluation des ministères sociaux, partage son diagnostic. « Contrairement aux idées reçues, la mission constate que les restructurations de l’offre de maternités (…) n’expliquent pas à elles seules cette dégradation », met en avant l’IGAS dans le communiqué accompagnant la diffusion du rapport **. Avant d’apporter un éclairage : « Il ne semble pas qu’un modèle type d’organisation territoriale optimale des maternités puisse être mis en avant de façon convaincante. » Une manière de repousser les arguments de nombre de professionnels de santé, qui estiment que les petites maternités sont un risque pour la sécurité, faute d’effectifs et d’équipes stables.

Une chute en quinze ans

Le constat est connu, et les signataires du rapport, parmi lesquels figure l’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle, en livrent une synthèse : autrefois citée en exemple, la France a reculé en quinze ans vers le bas du classement européen, avec, en 2024, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques, plus de 4 bébés sur 1 000 (4,1, précisément) morts avant leur premier anniversaire, contre 3,5 pour 1 000 en 2011. Un « déclassement » d’autant plus inquiétant que, sur la période, d’autres pays européens ont enregistré une trajectoire à la baisse.

Lire aussi le décryptage |   Mortalité périnatale : des chiffres toujours inquiétants, et des causes encore à explorer

Ainsi en France, en 2024, 2 709 enfants sont décédés avant leur 1 an. Une tendance qui s’explique « exclusivement » par l’essor de la mortalité néonatale (entre le jour 0 et le jour 27), la mortalité du jour 28 au jour 364 étant stable. « Si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’Union européenne, soit 3,3 pour 1 000, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées en 2024, écrivent les auteurs. Et si la France avait obtenu les résultats de l’Italie ou du Portugal, soit une mortalité infantile de 2,5 pour 1 000, elle aurait cette fois évité le décès de 1 057 enfants. »

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Voilà pour le tableau général. C’est sur le volet analytique que l’IGAS se démarque, en poussant à « relativiser »l’influence de l’organisation de l’offre de maternités sur l’évolution constatée. Autrement dit, l’impact du mouvement de fermeture des petites maternités, amorcé dans les années 1970 et qui s’est accéléré avec la publication des décrets périnatalité de 1998 et l’introduction d’un seuil d’activité minimal de 300 accouchements par an.

La question s’invite régulièrement dans l’actualité, au gré des tensions dans l’offre de soins, opposant de manière parfois manichéenne les tenants de la sécurité obstétricale, d’une part, à ceux de la proximité géographique de l’autre. « L’on ne saurait soutenir l’existence d’un lien direct, et encore moins univoque, entre l’organisation de l’offre de maternités et les résultats constatés en termes de reprise de la mortalité infantile depuis 2011 », leur opposent les inspecteurs, en adossant une partie de leur démonstration sur la situation de pays voisins.

« Si la Suède a, depuis longtemps, regroupé ses naissances dans des établissements de très grande taille (de 8 000 à 9 000 accouchements par an pour certains), avec un très bon résultat de mortalité infantile (2,1 pour 1 000), l’Italie, elle, avec un nombre important de maternités (395 en 2023), de petites tailles pour beaucoup d’entre elles, obtient un résultat presque aussi satisfaisant (2,5 pour 1 000). »

La cause de cette hausse de la mortalité infantile n’est donc pas unique, font valoir les rapporteurs, en soulignant « le rôle des facteurs d’ordre populationnels » qui s’avèrent « déterminants » : élévation de l’âge des femmes enceintes, précarité sociale, augmentation des grossesses multiples, etc. S’y ajoute le rôle prépondérant des inégalités sociales et territoriales qui amplifient les risques pour le nouveau-né.

Vives réactions

Chez les acteurs de terrain, les premières réactions sont vives. « En santé publique, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence », tacle le professeur de gynécologie-obstétrique Yves Ville. Il a coordonné pour le compte de l’Académie de médecine, en 2023, un rapport qui a fait date sur le sujet * (la mission constate que les restructurations de l’offre de maternités engagées depuis plusieurs décennies n’expliquent pas à elles seules cette dégradation) , dans lequel il préconisait de porter le seuil minimal d’activité des maternités à 1 000 accouchements par an.

« Personne n’a jamais soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité. Mais les difficultés de ressources humaines, unanimement décrites comme le problème central par tous les acteurs de la périnatalité, ne peuvent être résolues que par une masse critique suffisante, défend-il. Or, plus de 80 % des maternités réalisant moins de 1 000 accouchements fonctionnent en tension démographique sévère. Plus des deux tiers recourent à de l’intérim… L’IGAS documente tout cela, mais n’en tire aucune conséquence. »

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« On a là un bon pavé dans la mare, dans cette eau stagnante où rien ne bouge depuis des années, réagit pour sa part Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France. La fermeture des petites maternités est nécessaire chaque fois qu’elles sont dangereuses, mais ce n’est pas parce qu’elles sont petites qu’elles doivent être fermées… La réponse ne peut être que territoriale, au sens d’adaptée aux besoins de chaque territoire », épingle-t-il.

Début juillet, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, avait communiqué sur le sujet, en annonçant la mise en place d’actions de prévention, en s’engageant à réviser les décrets de 1998, ou encore en développant un « registre de périnatalité » permettant d’en savoir plus sur les parcours de la mère et de l’enfant. Les arbitrages les plus délicats concernant la carte des maternités ont, eux, été repoussés à octobre.

Mattea Battaglia

Voir aussi:

Transformation de l’offre de soins périnatals dans les territoires : le travail doit commencer – Rapport https://www.senat.fr/rap/r23-753-1/r23-753-10.html

*https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2023/03/Rapport-23-05-Planification-d-une-politique-en-mati-re_2023_Bulletin-de-l-A.pdf

**https://www.igas.gouv.fr/organisation-de-la-perinatalite-dans-les-territoires-affirmer-une-logique-de-sante-publique-0

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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