Produits retardants: parvenir en 2028 à une formulation ayant un impact environnemental sur l’ensemble du cycle de vie moindre que les produits actuellement sur le marché, mais tout aussi efficace

Incendies : que sait-on du « retardant » rouge largué sur les forêts ?

Utilisé pour freiner la progression des flammes, le Fire-Trol 931 est constitué principalement d’eau et de polyphosphate d’ammonium. S’il n’est pas sans impact sur l’environnement, le risque reste sans commune mesure avec les effets des feux et de leurs fumées sur la santé et l’environnement.

Largage de produit ignifuge dit « retardant » par un avion Dash, au-dessus d’une forêt près de Saint-Jean-d’Illac (Gironde), le 28 juillet 2026.
Largage de produit ignifuge dit « retardant » par un avion Dash, au-dessus d’une forêt près de Saint-Jean-d’Illac (Gironde), le 28 juillet 2026.  EMMA DA SILVA/AP PHOTO

https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/30/incendies-que-sait-on-du-retardant-rouge-largue-sur-les-forets_6737052_3244.html?srsltid=AfmBOorvmd6gXr80HysyOMPUyyVqaCRdBhUiiR1lJO4MlWyq4qrKCjbL

Une grande traînée rouge au-dessus de la forêt. Depuis le début des incendies en Gironde, le 22 juillet, les appareils de la sécurité civile et le fameux avion militaire A400M larguent du « retardant » pour tenter de contenir le feu qui a ravagé plus de 42 000 hectares. Mais que sait-on de ce produit ?

Comme son nom l’indique, il est utilisé pour retarder la progression des flammes et non pas pour éteindre l’incendie, en complément des bombardiers d’eau. Il est appliqué en amont du feu pour ralentir sa propagation et limiter l’inflammation des arbres et des végétaux. On parle de retardant « long terme » : s’il n’est pas lessivé par la pluie, son action peut être effective plusieurs jours voire plusieurs semaines.

Il ne faut pas le confondre avec les mousses anti-incendie utilisées pour éteindre les feux d’hydrocarbures. A la différence de ces dernières, à l’origine d’importantes pollutions aux PFAS, les retardants ne contiennent pas de polluants éternels. Un seul produit est homologué pour être utilisé par la sécurité civile : « Il s’agit du Fire-Trol 931 de la société américaine Perimeter Solutions, qui commercialise également le Phos-Chek, son équivalent aux Etats-Unis. C’est toujours le même, il n’y a pas de PFAS dedans », explique Jean-Valère Lorenzetti, docteur en chimie et spécialisé en chimie analytique et combustion à l’université de Corse. Le produit est assez onéreux : environ 4 000 euros pour dix tonnes transportées dans un Dash.

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Professeure à l’université de Lille et chercheuse à l’unité matériaux et transformations, Maude Jimenez coordonne un projet de recherche (Prefibio), notamment avec l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, pour développer une nouvelle génération de retardants avec « un faible impact environnemental ».

Elle détaille la composition du produit utilisé aujourd’hui en France : essentiellement de l’eau (80 % à 90 %), un sel retardant (le polyphosphate d’ammonium), des additifs tels que les inhibiteurs de corrosion pour éviter d’abîmer les équipements métalliques de stockage et de transport, de l’oxyde de fer (ce qui lui donne sa couleur rouge) pour marquer les zones traitées et des argiles pour rendre la solution visqueuse et lui permettre de bien adhérer à la végétation, ce qui augmente son efficacité.

Métaux lourds

« Le seul agent antifeu est le polyphosphate d’ammonium, qui contient de l’azote et du phosphore, et qui est aussi un fertilisant bien connu et largement utilisé », précise Maude Jimenez. Comme avec les épandages d’engrais, le principal risque pour l’environnement est l’effet d’eutrophisation : un enrichissement excessif en nutriments qui entraîne la prolifération d’algues et de plantes aquatiques comme les marées vertes qui polluent régulièrement les plages bretonnes. « Si le retardant est largué par mégarde dans des points d’eau, il peut y avoir ponctuellement eutrophisation, détaille la chercheuse. Et quand les algues meurent, leur décomposition consomme l’oxygène dissous dans l’eau et peut entraîner la mortalité de poissons ou d’autres organismes aquatiques et une dégradation de la qualité de l’eau. » Le ruissellement de la pluie et le lessivage des sols peuvent aussi entraîner des pollutions ponctuelles des nappes phréatiques.

Ce produit a-t-il un effet sur la végétation ? « Il n’y a pas de consensus scientifique. Les études menées sont trop courtes, les produits étudiés différents et pas appliqués sur les mêmes espèces de végétation pour avoir une réponse claire », relève Lola Zavattoni, autrice d’une thèse sur les retardants (université de Lille et université de Corse) et membre du projet de recherche Prefibio.

Les chercheurs qui collaborent au projet rappellent que les effets nocifs des feux de forêt et de leurs fumées toxiques sur la santé et sur l’environnement sont sans commune mesure avec la pollution liée au retardant. Dans un avis publié en juin, l’Agence nationale de sécurité alimentaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relève que certaines substances présentes dans les fumées et les cendres « peuvent interférer sur le développement des plantes » ou encore « affecter les sols et les ressources en eau, avec des conséquences potentielles sur les écosystèmes terrestres ou aquatiques et sur la qualité des eaux destinées à la consommation humaine ».

Tronc d’arbre sur lequel sont visibles les traces roses du produit retardant répandu pendant les incendies dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le 14 juillet 2026.
Tronc d’arbre sur lequel sont visibles les traces roses du produit retardant répandu pendant les incendies dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le 14 juillet 2026.  ANNE-CHARLOTTE COMPAN/HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Des études menées aux Etats-Unis évoquent toutefois un autre risque lié aux retardants : une pollution aux métaux lourds (chrome, plomb, cadmium…). Une étude publiée en 2024 dans la revue Environmental Science & Technology Letters a mis en évidence leur présence « à des concentrations potentiellement supérieures à certains seuils de toxicité aquatique lorsqu’ils sont rejetés dans l’environnement » après le largage de certaines substances, dont le Phos-Chek. Les chercheurs ont estimé que l’utilisation de ces produits aux Etats-Unis avait contribué au rejet d’environ 380 tonnes de métaux lourds dans l’environnement entre 2009 et 2021. Concernant le cadmium – comme pour les engrais phosphatés qui contaminent l’alimentation des Français –, le fait d’en retrouver dans le retardant s’expliquerait par sa présence dans les roches de phosphate utilisées pour fabriquer le polyphosphate d’ammonium.

« Le processus de fabrication a lui-même un impact environnemental », rappelle Maude Jimenez. La roche phosphatée est attaquée par de l’acide pour produire de l’acide phosphorique, puis l’acide phosphorique est neutralisé avec de l’ammoniac à haute température pour former du polyphosphate d’ammonium.

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Le projet Prefibio qu’elle pilote vise à élaborer des retardants « 100 % biosourcés et biodégradables » à partir de sous-produits de l’industrie agroalimentaire ou de l’agriculture. L’objectif est de parvenir en 2028 à une formulation avec un impact environnemental sur l’ensemble du cycle de vie moindre que les produits actuellement sur le marché, mais tout aussi efficace, et qui réponde au référentiel du Centre d’essais et de recherche sur les moyens de lutte contre les incendies de forêts, le Ceren. « Nous avons déjà développé des formulations prometteuses, issues de sous-produits de l’industrie à base de protéines et-ou de tensioactifs biosourcés [savons d’origine végétale], commente Lola Zavattoni. Ils fonctionnent sur des tests de feu à petite échelle ; il faut maintenant les optimiser et les tester à grande échelle. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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