Certains médicaments sont susceptibles d’interférer à une étape ou une autre de mécanismes adaptatifs à l’augmentation de la température 

Chaleur et médicaments : 8 points de vigilance

Serge Cannasse

13 juillet 2026 https://francais.medscape.com/s/viewarticle/chaleur-et-médicaments-8-points-vigilance-2026a1000mqd?ecd=WNL_mdplsfeat_260801_mscpedit_fr_etid8555593&uac=368069PV&impID=8555593

Les épisodes de chaleur intense obligent l’organisme à mettre en place des mécanismes pour maintenir sa température corporelleentre 36,5 °C et 37,5 °C. Ces mécanismes sont l’évacuation active de la chaleur sous forme de transpiration et une diffusion passive de l’excès de chaleur vers la peau, favorisée par l’augmentation du débit sanguin, obtenue par l’accélération du rythme cardiaque et la vasodilatation. 

Certains médicaments sont susceptibles d’interférer à une étape ou une autre de ces mécanismes adaptatifs. 

Ceux mentionnés ici sont issus de la liste de médicaments« pouvant diminuer l’adaptation de l’organisme aux vagues de chaleur » publiée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) et de la liste publiée par l’OMEDIT (Observatoire des médicaments, dispositifs médicaux et innovations thérapeutiques) des régions Nouvelle-Aquitaine, Guadeloupe et Guyane.

Voici en 10 questions les principaux éléments de vigilance

1. Quels sont les patients dont les traitements sont à surveiller de près ?

Il s’agit de tous les patients vulnérables :

  • nourrissons et jeunes enfants, personnes âgées ;
  • patients atteints d’une pathologie chronique, d’un handicap ou d’une dépendance ;
  • patients ayant des troubles cognitifs ;
  • patients en isolement social ;
  • vulnérabilité sociale : logement ou activité professionnelle exposant à une forte chaleur.

2. Quelles sont les principales classes thérapeutiques pour lesquelles être particulièrement vigilants ?

Le Collège de la médecine générale donne la liste suivante :

  • diurétiques ;
  • laxatifs ;
  • antihypertenseurs (IEC – inhibiteurs de l’enzyme de conversion – et sartans) ;
  • psychotropes, notamment les neuroleptiques ;
  • anticholinergiques ;
  • certains antiépileptiques (topiramate, zonisamide) ;
  • certains antidiabétiques (gliflozines, gliptines, agonistes du GLP-1) ;
  • AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et aspirine à dose anti-inflammatoire (> 500 mg/j) ;
  • insulines, lecteurs et bandelettes glycémiques.

Il faut également prêter attention aux patchs, dont l’efficacité peut être modifiée par la transpiration ou la dilatation des vaisseaux sanguins au niveau de la peau.

Il peut être utile de réévaluer les traitements susceptibles d’aggraver les conséquences de la chaleur ou de la déshydratation, sans qu’il soit systématiquement nécessaire de les modifier ou de les arrêter temporairement.

Pour mémoire, AINS et paracétamol sont contre-indiqués en cas de coup de chaleur.

3. Quels sont les médicaments pouvant aggraver le syndrome d’épuisement-déshydratation et le coup de chaleur ?

Le syndrome d’épuisement-déshydratation et le coup de chaleur sont les deux principaux risques liés à une chaleur ambiante excessive. Ils peuvent être majorés par certains médicaments.

  • Médicaments provoquant des troubles de l’hydratation :
    • diurétiques ;
    • laxatifs ;
    • certains antidiabétiques oraux (par exemple, gliflozines) ;
    • certains anti-épileptiques (par exemple, topiramate, zonisamide) ;
    • acétazolamide (utilisé dans le traitement du glaucome).
  • Médicaments pouvant altérer la fonction rénale :
    • tous les AINS, y compris les coxibs et l’aspirine dosée > 500 mg/j ;
    • certains antihypertenseurs (sartans, inhibiteurs de l’enzyme de conversion – IEC) ;
    • certains antidiabétiques (gliptines et agonistes du GLP-1) ;
    • certains antiviraux (indinavir) ;
    • tous les médicaments connus pour leur néphrotoxicité (certains antibiotiques, comme les aminosides, les sulfamides ; certains immunosuppresseurs, comme la ciclosporine et le tacrolimus ; certains produits de contraste iodé).
  • Médicaments dont l’élimination peut être affectée par la déshydratation :
    • sels de lithium ;
    • anti-arythmiques et digoxine ;
    • certains anti-épileptiques ;
    • insuline (risque d’augmentation de la vitesse d’absorption, entraînant une hypoglycémie) ;
    • certains antidiabétiques oraux (metformine, sulfamide hypoglycémiant) ;
    • statines et fibrates.
  • Médicaments perturbant la thermorégulation :
    • au niveau central :
      • certains neuroleptiques ;
      • certains antidépresseurs ;
      • sels de lithium ;
      • triptans ;
      • buspirone ;
      • certains opioïdes (tramadol, dextrométhorphane, oxycodone).
    • au niveau périphérique :
      • anticholinergiques (par diminution de la production de sueur) ;
      • vasoconstricteurs périphériques (en limitant la diminution des vaisseaux de la peau). Par exemple, pseudoéphédrine, néosynéphrine (prescrits dans le traitement de la congestion nasale) ;
      • certains antihypertenseurs (bêta-bloquants), dont les diurétiques, en freinant l’augmentation du débit cardiaque.

4. Quels sont les médicaments pouvant augmenter la sudation ?

Ce sont les médicaments parasympathomimétiques :

  • pilocarpine ;
  • anticholinestérasiques (donépézil, galantamine, rivastigmine) ;
  • inhibiteurs de la cholinestérase (néostigmine).

5. Quels médicaments peuvent aggraver les effets de la chaleur ?

  • Médicaments diminuant la pression artérielle : antihypertenseurs et anti-angoreux.
  • Médicaments altérant la vigilance : somnifères, anxiolytiques, neuroleptiques, certains antidépresseurs.

6. Quels sont les médicaments comportant un risque de photosensibilisation ?

De nombreux médicaments sont susceptibles de provoquer une photosensibilisation. La liste suivante n’est pas exhaustive.

  • Topiques cutanés :
    • gels anti-inflammatoires (gels de kétoprofène et gels de diclofénac) ;
    • pommades anti-acnéiques (adapalène, isotrétinoïne, peroxyde de benzoyle) ;
    • pommades anti-allergiques ;
    • certains antiseptiques cutanés (chlorhexidine).
  • AINS, en particulier le piroxicam, le diclofénac et le kétoprofène, l’ibuprofène, l’aspirine, la sulfasalazine et la mésalazine.
  • Isotrétinoïne.
  • Certains antibiotiques : quinolones (en particulier les fluoroquinolones), tétracyclines (en particulier la doxycycline), sulfamides, triméthoprime, dapsone.
  • Antipaludéens (hydroxychloroquine, quinine).
  • Statines, fibrates, certains diurétiques (hydrochlorothiazide, indapamide, triamtérène).
  • En cardiologie :
    • antiarythmiques (amiodarone) ;
    • inhibiteurs calciques (diltiazem, amlodipine, nifédipine, félodipine) ;
    • IEC (captopril, fosinopril, quinapril.
  • Antidiabétiques oraux, en particulier les sulfamides hypoglycémiants.
  • Inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole, ésoméprazole, rabéprazole, pantoprazole, lansoprazole, etc.).
  • Certains anticancéreux, par exemple, dacarbazine, fluorouracile, méthotrexate.
  • En neurologie et psychiatrie :
    • neuroleptiques (chlorpromazine, prométhazine phénothiazines) ;
    • benzodiazépines ;
    • carbamazépine, lamotrigine ;
    • certains antidépresseurs : imipramine, clomipramine, fluvoxamine, paroxétine, fluoxetine, citalopram, médicaments à base de millepertuis.
  • Vertéporfine (indiqué dans la dégénérescence maculaire).

7. Quels signes d’alerte avec les médicaments antihypertenseurs (IEC, sartan, diurétique) ?

  • Hypotension en position debout, constatée par le patient en automesure (tension artérielle systolique < 90 mmHg), après des symptômes évocateurs (par exemple, sensation de vertige en changeant de position).
  • Perte de poids rapide (> 10 % du poids habituel par jour), signalant une déshydratation.

La présence d’1 de ces 2 signes ne nécessite pas obligatoirement une consultation médicale. En revanche, le traitement doit être arrêté le temps que les températures ambiantes reviennent à la normale, puis repris sans modification, de préférence après consultation du médecin prescripteur.

8. Quels sont les médicaments ou dispositifs médicaux sensibles à la chaleur ?

  • Suppositoires, ovules, crèmes… Toute modification de leur aspect doit faire demander l’avis d’un pharmacien.
  • Lecteurs de glycémie, bandelettes et réactifs. Les conserver à l’abri du soleil, des fortes températures et des variations importantes de température et d’humidité.
  • Médicaments dont la notice indique une température de conservation :
    • inférieure à 25 °C ou 30 °C : des écarts aux précautions habituelles sont possibles, s’ils sont ponctuels et brefs (quelques heures), en évitant d’exposer ces médicaments au soleil ou de les laisser dans un lieu où la température est élevée.

Entre +2 °C et + 8 °C : les conserver au réfrigérateur et les transporter dans un contenant isotherme réfrigéré, mais sans congélation.

Cet article a initialement été publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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