« Il est clair que nos établissements de santé ne sont pas adaptés au réchauffement climatique » 

Canicule : les hôpitaux ne sont toujours pas prêts selon la FHF

Quentin Haroche

28 juillet 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/canicule-hôpitaux-ne-sont-toujours-pas-prêts-selon-2026a1000pne?ecd=wnl_all_260802_jim_jim-pro_etid8555875&uac=368069PV&impID=8555875&sso=true

Selon le président de la Fédération Hospitalière de France, les livraisons actuelles de climatiseurs ne sont pas suffisantes pour permettre aux établissements de santé de faire face aux fortes chaleurs.

Comme un jour sans fin pour la France et les services hospitaliers de notre pays. Pour la quatrième fois déjà depuis la fin du mois de mai, l’Hexagone se prépare à vivre un nouvel épisode de fortes chaleurs. La canicule devrait débuter dès ce mercredi avec des températures dépassant les 35 °C dans une grande partie du pays et durer au moins jusqu’au week-end prochain. Comme lors des trois vagues de chaleur précédentes, les hôpitaux en général et les services d’urgence en particulier devraient être très sollicités par de nombreux patients victimes de coup de chaleur, de déshydratation et de décompensation de pathologies chroniques, situations d’autant plus difficile à gérer que de nombreux soignants sont en congés.

On pourrait penser qu’avec ces canicules à répétition, les hôpitaux sont de mieux en mieux préparés à faire face. Il n’en est rien selon Arnaud Robinet, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui a poussé un cri d’alarme ce lundi sur TF1. « Les hôpitaux vont souffrir, ils vont devoir s’adapter car il est clair que nos établissements de santé ne sont pas adaptés au réchauffement climatique » alerte celui qui est aussi maire de Reims.

La livraison des climatiseurs se fait en ordre dispersé

Le 25 juin dernier, au cœur d’une canicule d’une intensité exceptionnelle, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait pourtant débloqué en urgence 100 millions d’euros afin d’équiper au plus vite les établissements de santé français de 30 000 climatiseurs. Selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist, 15 000 de ces appareils avaient déjà été livrés au 15 juillet et 15 000 autres le seront d’ici le début du mois d’août.

Mais sur le terrain, la livraison effective des climatiseurs mobiles aux hôpitaux serait en réalité beaucoup plus lente et se ferait dans une certaine pagaille. Si l’Etat a bel et bien lancé le 5 juillet dernier un appel d’offres pour 100 000 climatiseurs, ces appareils ne seront sans doute livrés qu’à partir du début du mois d’août. Pour le moment, c’est à chaque établissement de santé de procéder à ses propres achats, quitte à se faire rembourser ultérieurement par l’Etat. 

Arnaud Robinet se fait le témoin de cette désorganisation certaine face à l’urgence de la canicule. « On a des difficultés entre des climatiseurs qu’on ne peut pas brancher, d’autres qui sont fabriqués à l’étranger et qui ne sont pas aux normes : ce n’est pas très sérieux » commente le président de la FHF. Il explique notamment que des mêmes modèles de climatiseur sont parfois utilisés dans des départements et interdits dans d’autres pour des raisons de sécurité incendie. « Il n’y a pas d’uniformité sur l’ensemble du territoire » indique le maire de Reims, qui se dit incapable d’avoir un chiffre officiel du nombre de climatiseurs effectivement livrés dans les établissements de santé. 

La FHF demande un plan d’investissement massif pour adapter les hôpitaux à la canicule

Plus globalement, le président de la FHF reproche au gouvernement de ne réagir que dans l’urgence. « C’est du saupoudrage, un pansement sur une jambe de bois » commente-t-il à propos des livraisons de climatiseurs mobiles dans les établissements de santé. « Comment voulez- vous répondre à un changement climatique tel qu’on le connait aujourd’hui avec quelques climatiseurs ? Comment voulez-vous climatiser 1 000 hôpitaux publics et 3 000 Ehpad en 15 jours ? C’est impossible. Oui, en cas de canicule, nous allons encore souffrir ». 

Le maire de Reims appelle donc encore une fois l’Etat à engager un grand plan d’investissement massif afin d’adapter l’immobilier hospitalier, souvent vieux de plusieurs décennies, à la nouvelle réalité climatique. Selon un rapport établi par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) en 2023, il faudrait ainsi investir 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2050 pour adapter les hôpitaux au changement climatique rappelle le président de la FHF. « Nous avons tiré la sonnette d’alarme il y a plusieurs années en demandant un fonds vert pour les hôpitaux afin d’adapter nos établissements au changement climatique » rappelle Arnaud Robinet.

Le maire de Reims a également profité de cette interview sur TF1 pour redonner des informations sur la mobilisation actuelle des services de santé de Gironde, qui doivent prendre en charge des dizaines de milliers de personnes vulnérables qui ont dû être évacuées pour échapper au gigantesque incendie qui ravage actuellement la région. « En fin de semaine, ce sont neuf établissements de santé et Ehpad qui ont dû être évacués. Le CHU de Bordeaux a donc dû activer le plan blanc pour mobiliser les soignants et accueillir ces personnes évacuées et les pompiers blessés. L’hôpital montre à nouveau sa capacité de réagir face à une crise majeure » commente Arnaud Robinet. 

Canicule : l’hôpital public réclame un plan d’investissement massif

Quentin Haroche

02 juillet 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/canicule-lhôpital-public-réclame-plan-2026a1000mji

Selon la FHF, il est nécessaire de débloquer deux à trois milliards d’euros supplémentaires par an et un milliard d’euros immédiatement pour que les hôpitaux puissent faire face aux canicules.

L’hôpital entre deux vagues de chaleur. Après la canicule exceptionnelle de la semaine dernière, la baisse des températures en France depuis ce dimanche a fait diminuer la pression sur les services d’urgences hospitalières. Une période d’accalmie de courte durée, puisqu’un nouvel épisode de fortes chaleurs heureusement de moindre intensité, devrait démarrer dès ce week-end.

Entre ces deux épreuves, l’hôpital réfléchit à la manière de mieux se préparer à ces épisodes caniculaires, qui risquent de devenir de plus en plus fréquents. Ce mercredi, la Fédération hospitalière de France (FHF) a ainsi appelé l’Etat à lancer un grand plan d’investissement pour mieux adapter les établissements hospitaliers publics au réchauffement climatique. « S’il n’y a pas de plan massif d’investissement, nous serons dans l’incapacité de pouvoir adapter nos structures au changement climatique » a souligné la déléguée générale de la FHF Zaynab Riet.

Des hôpitaux absolument pas prêts face aux canicules

Cet appel à l’aide de la FHF part d’un constat simple et malheureusement partagé : les hôpitaux français ne sont absolument pas prêts à faire face aux températures tropicales que nous avons connues la semaine dernière. « Nous avons construit une partie de nos hôpitaux pour le climat des années 1980 » constate Zaynab Riet. 

La FHF a ainsi réalisé durant la canicule une enquête flash auprès d’environ 150 établissements hospitaliers pour mettre en lumière cette impréparation. « Les remontées du terrain évoquent des chambres non climatisées, des températures très élevées dans les services, des groupes froids en panne, des équipements en surchauffe, des ascenseurs en panne ou à risque d’y être, des data centers surchauffés et des services inadaptés aux canicules »rapporte la FHF. Zaynab Riet fait ainsi état des besoins « très importants de climatiseurs mobiles, de ventilateurs, de brumisateurs, de consommation d’eau, de zones rafraîchies, de films protecteurs occultants, d’équipements de protection des locaux et d’adaptation des tenues de travail ». Selon la Drees (le service des statistiques du ministère de la Santé), 58,5 % des établissements hospitaliers étaient considérés comme « vétustes » en 2023, contre 45 % en 2014.

Pour mieux préparer les hôpitaux aux prochains épisodes caniculaires, la FHF estime qu’il faudrait relever le budget d’investissement hospitalier de 5,5 milliards d’euros actuellement à 7 à 9 milliards. Pour parvenir à ce chiffre, la fédération hospitalière s’appuie notamment sur un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) de 2023 qui estimait les fonds nécessaires à la rénovation énergétique des hôpitaux à entre 1 et 2,5 milliards d’euros par an jusqu’en 2050.

La climatisation n’est « pas une solution miracle » selon la FHF

Sans attendre les débats et arbitrages budgétaires de la fin de l’année, la FHF réclame en urgence que l’Etat débloque les 1,1 milliard d’euros mis en réserve dans le budget de la Sécurité Sociale pour faire face aux éventuels dérapages budgétaires, afin de financer rapidement les mesures d’adaptation adéquates. Mais la FHF a bien conscience que la situation budgétaire est difficile (l’Assurance Maladie affiche un déficit de 16 milliards d’euros et les hôpitaux publics de 2,9 milliards) : elle propose donc de réaliser près de 1 milliard d’euros d’économie en agissant sur la pertinence des soins (640 millions d’euros sur les prescriptions de médicaments et 300 millions sur l’imagerie). Mais ces souhaits sont bien sûr par définition aléatoires. 

Si le gouvernement n’a pas encore réagi aux demandes de la FHF, il a répété à plusieurs reprises ces derniers jours qu’il avait déjà pris des mesures ces dernières années pour mieux préparer l’hôpital aux fortes chaleurs. Ce sont ainsi 6 milliards d’euros sur dix ans qui ont été dégagés pour rénover le parc immobilier hospitalier, dont 600 millions consacrés à la rénovation énergétique. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a également annoncé la semaine dernière avoir débloqué 100 millions d’euros pour adapter les hôpitaux aux canicules dès cet été et notamment pour financer l’achat de près de 30 000 climatiseurs.

La FHF a d’ailleurs relancé le débat visiblement sans fin dans notre pays sur la nécessité ou non de climatiser les lieux publics et notamment les hôpitaux. Alors que de plus en plus de voix se font entendre parmi les médecins hospitaliers pour généraliser la climatisation, la FHF estime que « la climatisation est une solution immédiate, mais non la solution miracle ». « Ce qui doit être climatisé doit l’être quand c’est nécessaire, mais avant de climatiser, des investissements prioritaires s’imposent (volets et stores occultants, isolation, brise-soleil, brasseur d’air, végétalisation) » plaide la FHF. 

Etrange position quand on sait que la température est parfois montée jusqu’à 35°C dans certaines chambres d’hôpital non climatisées la semaine dernière.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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