Monique Barbut envisage des mesures « disruptives » pour sécuriser l’eau potable en septembre

Sécheresse : « Je veux être sûre qu’on ait de l’eau potable en septembre », s’inquiète Monique Barbut

Sols jamais aussi secs, deux fois plus d’assecs qu’en 2022, 91 départements sous restriction : face à un tableau sans précédent, Monique Barbut envisage des mesures « disruptives » pour sécuriser l’eau potable en septembre.

Eau  |  29.07.2026  |  F. Roussel

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Sécheresse : « Je veux être sûre qu'on ait de l'eau potable en septembre », s'inquiète Monique Barbut

© SD OFB du TarnObservation des petits cours d’eau du Tarn par l’OFB ces dernières semaines

LES POINTS À RETENIR

  • 62 départements sont placés en situation de crise, usages prioritaires seulement.
  • Les assecs des cours d’eau sont deux fois plus nombreux qu’en 2022 à la même période.
  • FNE dénonce des délais inexplicables dans l’application des arrêtés préfectoraux de restriction.

À l’occasion d’un comité d’anticipation et de suivi hydrologique (Cash) qui s’est tenu lundi 27 juillet au ministère de la Transition écologique, la tension est montée d’un cran. Au 24 juillet, la France quasi-entière est sous restriction : 91 départements sont concernés dont 62 placés en situation de crise (usages prioritaires seulement), et 23 départements en alerte renforcée (restrictions durcies).

Depuis la dernière réunion de début juillet, la situation s’est dégradée pour tous les indicateurs surveillés, atteignant dans certains cas, les niveaux historiquement mauvais de 1976 et 2022. Selon Météo France, le mois de juillet est l’un des plus déficitaires en précipitations depuis 1960, et aucune pluie n’est attendue dans les prochaines semaines. La situation est tout aussi critique en métropole qu’en Outre-mer. Juillet a aussi été très chaud, avec une anomalie de température attendue entre +3,5°C et +4°C, un record depuis 1900. « En termes de sécheresse des sols, nous sommes à un niveau record pour la période jamais observé », résume un représentant de l’établissement public.

Les déficits de pluie et les fortes chaleurs ont commencé bien plus tôt cette année, et malgré la bonne recharge des nappes observée en février 2026, les niveaux se sont vite dégradés. Alors qu’il reste encore le mois d’août à tenir, 60 % des niveaux sont sous la normale, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). « Si on se réfère à l’année 2022, une année de référence pour qualifier un étiage sévère, le Limousin est dans une situation pire qu’en 2022 », illustre un représentant. La Bretagne et le Grand Est sont également en mauvaise posture, alors que le BRGM est « plus optimiste » pour le sud de la France, la Beauce et la Normandie.

Les cours d’eau et canaux en souffrance

Les nappes étant à la source de nombreux cours d’eau, la situation est inquiétante pour les plus petits. Selon une représentante de l’Office français de la biodiversité (OFB), « la situation est la plus critique observée à cette période avec deux fois plus d’assecs qu’en 2022. La dégradation a été très rapide début juillet ». La dégradation s’observe sur l’ensemble du territoire et plus particulièrement dans l’Est, la Bretagne et le Massif central. Et, pour les plus grands cours d’eau, lorsque certains points de mesures sont proches de la normale, c’est qu’ils sont réalimentés par les barrages hydroélectriques ou les réserves existantes en amont. « Pour la Garonne, malgré la réalimentation, on est à des niveaux inférieurs à 1976 », illustre un spécialiste du dispositif Vigicrues. Est-ce que cette réalimentation pourra durer jusqu’à l’automne, sachant que 80 % des prélèvements d’eau destinés à la production d’eau potable proviennent des rivières ? « On est en dessous de la moyenne habituelle de remplissage », résume un représentant d’EDF. Et d’ajouter : « Il va falloir tenir l’été et l’automne ». Les établissements publics territoriaux de bassin (EPTB), gestionnaires d’infrastructures de stockage en amont de la Vilaine, de la Seine ou encore de la Loire, font également état d’un début de déstockage très tôt dans l’année. Malgré un bon remplissage en sortie d’hiver, avec un risque de déstockage complet des ouvrages à l’automne. Or, ces ouvrages ne se remplissent pas en une année, ce qui augure des difficultés pour l’année prochaine.

Du côté de Voies navigables de France (VNF), le gestionnaire des canaux et infrastructures de navigation, les constats sont identiques : « La vidange a été très rapide. Nous sommes à 51 % de taux de remplissage globalement. On s’approche des records historiques. » Le gestionnaire a dû limiter les mouillages sur de nombreux canaux et a dû fermer à la navigation sur une branche du canal de la Marne au Rhin.

Se préparer à être « disruptif »

Ce cumul d’indicateurs dans le rouge inquiète la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui veut « être sûre qu’on ait de l’eau potable en septembre ». Elle a demandé à tous les membres du Cash de proposer des mesures « disruptives ». « Vu ce que vous me présentez, on va devoir aller en dehors des clous et doctrines habituels. Il faut se mettre en situation, fin août va être catastrophique. Si ce qu’on fait d’habitude risque de ne pas marcher, il faut préparer les mesures », a-t-elle déclaré. La ministre envisage de s’inspirer du plan de crise initié en 2023, dans les Pyrénées-Orientales après plusieurs années de déficit chronique dans ce département, suivi d’un plan d’action à horizon 2030 lancé en 2024 qui a conduit à la levée des restrictions, en janvier 2026, de la majorité du département pour la première fois depuis juin 2022.

Tous les préfets ont d’ores et déjà été mobilisés début juillet à travers une instruction les appelant à prendre des arrêtés de restriction dans un délai maximum de trois jours ouvrés à partir du franchissement des seuils de gravité vigilance, d’alerte et de crise et de contrôler leur mise en œuvre. Sur le terrain, la fédération France Nature Environnement (FNE) constate que son application n’est pas encore pleine et entière. « Le passage de la vigilance à la crise, et donc la prise de restrictions de prélèvement subissent parfois un délai inexplicable. Cette consigne n’est manifestement pas respectée partout. Et nous avons des remontées inquiétantes du terrain. », fait remarquer l’association. Et de s’inquiéter de l’appel du syndicat agricole Coordination rurale à désobéir aux restrictions d’eau.

« La lenteur des préfets à appliquer la réglementation prévue et l’absence de réactions formelles aux provocations de la Coordination rurale sont la conséquence manifeste de plusieurs mois d’acceptation sans nuance d’un discours sur la primauté d’accès à l’eau qu’il faudrait donner aux irrigants »,interprète FNE, faisant référence aux débats parlementaires autour de la loi de souveraineté agricole. À l’occasion du Cash, la ministre de la Transition écologique a déclaré que « respecter les mesures de restriction n’est pas un choix, c’est un devoir. Il n’est pas acceptable que les règles soient enfreintes. Le partage de la ressource mérite un cadre de réflexion plus large. Il faut poser la question du partage de l’eau en fonction de ce qu’il en est fait ». Malgré une situation critique, cette approche plus large ne semble pas être à l’ordre du jour.

Florence Roussel, journaliste intégrée
Directrice de la rédaction et rédactrice en Chef d’Ac

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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