L’usine de cellulose de St Gaudens en risque de liquidation;

« Une liquidation, ce serait un coup dur » : les salariés de Fibre Excellence retiennent leur souffle à la veille de la décision du tribunal de commerce

Sauvetage de Fibre Excellence et des emplois de la filière bois : les salariés ne désarment pas à moins de 24h de la décision du tribunal de commerce.

Aude Henry

Publié le26/07/2026 à 12h38 https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/une-liquidation-ce-serait-un-coup-dur-les-salaries-de-fibre-excellence-retiennent-leur-souffle-a-la-veille-de-la-decision-du-tribunal-de-commerce-3392323.html#at_medium=5&at_campaign_group=1&at_campaign=occitanie&at_offre=4&at_variant=V2&at_send_date=20260726&at_recipient_id=726375-1497345337-da129e8d&at_adid=DM1346603&at_highlight=

À quelques heures de la décision du tribunal de commerce, les salariés de Fibre Excellence veulent encore y croire. Ce dimanche 26 juillet 2026, ils ont renforcé leur mobilisation aux portes de leur usine de Saint-Gaudens. De son côté, la CGT a publié une vidéo pleine de sarcasme à destination d’Emmanuel Macron.

À la veille de la décision du tribunal de commerce de Toulouse sur l’offre de reprise du dernier fabricant de pâte à papier en France, Fibre Excellence, la CGT a diffusé une vidéo pour dénoncer l’apparente indifférence d’Emmanuel Macron et du gouvernement quant à l’avenir de cette industrie. Le bras de fer, entamé depuis des semaines et le placement en redressement judiciaire, se poursuit. Et les salariés maintiennent leur mobilisation aux portes de leur usine de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

« Si jamais on perd notre emploi, qu’est-ce qu’on fait ? »

Ce lundi 27 juillet 2026, à 9 heures, les 660 salariés de Fibre Excellence, répartis sur les deux sites de production de pâte à papier de Saint-Gaudens et de Tarascon, devraient être fixés sur leur sort. Mais à quelques heures de la décision du tribunal de commerce, pas question de baisser les bras.

Des salariés mobilisés en famille devant l'usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens.

Certains maintiennent la mobilisation aux portes de leur outil de production. Des camions de transport de bois sont venus renforcer la « barrière de protection » contre toute intrusion de toute personne extérieure à l’entreprise. Clément Taillebresse, 39 ans, est salarié de Fibre Excellence depuis 14 ans. Il occupe un poste d’opérateur de production en 3×8 à l’usine de Saint-Gaudens.

« C’est une fierté de travailler ici, tout le monde connaît la cellulose. J’y travaille et ma compagne aussi alors l’usine a une grande place dans notre vie de tous les jours, nous confie-t-il ce dimanche matin. Il y a beaucoup de salariés dont les pères, les cousins, les grands-parents ont travaillé ici. C’est générationnel, ça a toujours fait vivre le Comminges au niveau de l’emploiOn se bat pour ne pas avoir à répondre à la question : si jamais on perd notre emploi, qu’est-ce qu’on fait ?« 

À lire aussi :Fibre Excellence : le tribunal de commerce accorde un nouveau délai au 27 juillet, après le dépôt de l’offre de reprise de Matthieu Pigasse

Clément Taillebresse confie son inquiétude, mais aussi un semblant d’espoir. « On espère que le délai sera allongé pour que les repreneurs puissent affiner leurs offres et ne pas passer par la liquidation. Une liquidation, ce serait un coup dur« , lâche-t-il entouré de sa femme et de ses enfants.

« Pendant que certains trinquent, d’autres s’inquiètent pour demain »

Ce lundi 27 juillet 2026, ce sera deux salles, deux ambiances. D’un côté, près de 660 salariés de Fibre Excellence suspendus à la décision du tribunal de commerce de Toulouse. Soit l’unique offre de reprise est validée et les emplois sont préservés. Soit c’est la liquidation judiciaire et la fermeture de deux usines qui font aussi vivre la filière bois. De l’autre, un gouvernement et des ministres qui fêteront leur départ en vacances par un déjeuner à l’Elysée, à l’invitation d’Emmanuel Macron.

Autant vous dire que cette réception qui sera certainement accompagnée de sourires, coupes de champagne et de petits fours, paraît totalement indigeste pour la CGT de Haute-Garonne, mobilisée aux côtés des salariés de Fibre Excellence. L’organisation syndicale a d’ailleurs publié une vidéo mettant en opposition ces deux réalités avec ce leitmotiv : « Pendant que certains trinquent, d’autres s’inquiètent pour demain« .

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« Deux réalités. Deux priorités. D’un côté, un président de la République et des ministres qui célèbrent leur départ en vacances. De l’autre, des salariés, des familles avec enfants, qui n’auront pas cette chance, parce qu’ils se battent pour préserver leurs emplois, leur usine et l’avenir de tout un territoire« , poursuit la CGT.

À lire aussi :Reprise de Fibre Excellence : « Où sont les 300 millions de l’État ? », les syndicats et les présidents de région demandent à Emmanuel Macron d’intervenir

La vidéo s’achève sur un message adressé directement à Emmanuel Macron sur des images de mobilisation des salariés aux portes de leur usine de Saint-Gaudens : « Mr le Président, si vous n’agissez pas, vous porterez la responsabilité de ce qui se produira à l’issue de l’audience (du tribunal de commerce, ndlr). Cette usine, c’est la leur. Personne ne la leur prendra.« 

Vers une occupation totale de l’usine si la liquidation est prononcée ?

Depuis la fin avril 2026, date du placement en redressement judiciaire de Fibre Excellence, les salariés vivent dans l’angoisse. Avec l’aide des collectivités régionales d’Occitanie et de Provence-Alpes-Côte d’Azur, un fastidieux travail a été mené pour aboutir à une offre de reprise. Et depuis des mois, le soutien de l’Etat a été réclamé.

Seulement voilà, la lutte pour la survie économique d’un savoir-faire industriel, de la filière bois et des emplois semble avoir glissé d’un volet social à un terrain très politique. Matthieu Pigasse est l’unique repreneur déclaré. L’investisseur est réputé pour être de gauche et il s’est même murmuré qu’il pouvait être candidat à la primaire socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2027.

De quoi braquer Emmanuel Macron, et son gouvernement ? Quoi qu’il en soit, à force d’être interpellé sur l’avenir de Fibre Excellence, Roland Lescure, le ministre de l’Economie a fini par avoir des mots très durs, mettant en doute le sérieux de la part d’investissement personnel de Matthieu Pigasse en évoquant « cinq misérables millions d’euros« . Des critiques qui ont immédiatement relancé les appels à l’arbitrage d’Emmanuel Macron.

À lire aussi :« Cinq misérables millions d’euros » : les mots cinglants du ministre de l’Economie au sujet de l’investissement de Pigasse pour sauver Fibre Excellence

En attendant, à moins de 24 heures de la décision du tribunal de commerce de Toulouse, la mobilisation des salariés s’est symboliquement renforcée aux portes de leur usine avec le placement de cinq camions transportant du bois, nécessaire à la production de pâte à papier, à l’entrée du site industriel de Saint-Gaudens. Des salariés qui retiennent leur souffle.

Fibre Excellence : collectivités et syndicats appellent Emmanuel Macron à agir, « ce qui manque, c’est que l’État assume les conséquences de ses politiques »

  • Des salariés occupent l'usine à Saint-Gaudens.Des salariés occupent l’usine à Saint-Gaudens. DDM – NATHALIE SAINT AFFRE

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Entreprise,  Economie,  Industrie

Publié le 23/07/2026 à 15:00 , mis à jour à 15:04

Article rédigé par  Manon Van Overbeck

Manon Van Overbeck

Journaliste

https://www.ladepeche.fr/2026/07/23/fibre-excellence-collectivites-et-syndicats-appellent-le-president-a-agir-ce-qui-manque-cest-que-letat-assume-les-consequences-de-ses-politiques-13480894.php

l’essentielDes élus et syndicats demandent une table ronde urgente avec le gouvernement pour sauver l’entreprise Fibre Excellence. Dans le même temps, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, critique la proposition de reprise de Matthieu Pigasse, la jugeant « non crédible ». Face à la menace de liquidation de l’entreprise, 660 emplois sont en jeu.

Ce mercredi à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement, ou encore ce jeudi matin sur France Info, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a vivement critiqué la seule proposition de reprise de l’entreprise Fibre Excellence, formulée par l’homme d’affaires Matthieu Pigasse. Selon lui, elle « manque totalement de crédibilité » et « le compte n’y est pas ».

À lire aussi : Fibre Excellence : « reprise crédible » sous réserve des engagements de l’État… ce que révèle le rapport confidentiel d’un cabinet d’expertise

Pour rappel, Fibre Excellence, fabricant de pâte à papier, fait face à un risque de liquidation imminente. Des centaines d’emplois sont menacés, en Haute-Garonne et dans les Bouches-du-Rhône. D’ailleurs, les salariés des usines de Saint-Gaudens et de Tarascon ont décidé d’occuper les sites, pour les protéger. Le tribunal de commerce doit trancher sur cette question. Sa décision est attendue pour le 27 juillet prochain.

Mais en attendant et face aux déclarations du ministre, des élus locaux et des organisations syndicales ont cosigné un document afin d’interpeller le président de la République, Emmanuel Macron. « Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est ni un investisseur, ni un projet industriel. Ce qui manque, c’est que l’État assume les conséquences des politiques qu’il a lui-même mises en œuvre », appuie la lettre.

À lire aussi : « Les salariés ont décidé de prendre toutes leurs responsabilités et de mettre leur usine sous protection » : les salariés de Fibre Excellence mettent leur usine sous protection avant la décision du tribunal

« Les politiques publiques ont profondément déséquilibré le marché du bois […] et ont provoqué une augmentation de 50 % du coût du bois. Ce surcoût est aujourd’hui estimé à plus de 25 millions d’euros par an pour Fibre Excellence. »

Une table ronde demandée

« M. le Président, l’heure n’est plus aux effets de tribune. L’heure est à la responsabilité. Nous refusons que l’avenir de milliers de salariés, de territoires entiers, d’une filière clé de notre industrie ne soit sacrifié sur l’autel de calculs politiciens », poursuit le document.

À lire aussi : « On ne peut pas faire de la politique sur le dos des salariés de Fibre Excellence » : Roland Lescure tacle Matthieu Pigasse et sa proposition de reprise de l’usine de pâte à papier

Ce dernier rappelle que s’il y a liquidation, 660 emplois directs sont en jeu. Il demande l’organisation « en urgence d’une vraie table ronde avec le ministre de l’Industrie, votre cabinet, les salariés, les élus locaux, la filière bois et l’investisseur. »

Les signataires sont : Sophie Binet (secrétaire générale de la CGT), Carole Delga (présidente de la région Occitanie), Jean-Yves Duclos (maire de Saint-Gaudens), Magali Gasto-Oustric (présidente de la communauté de communes Cœur et Coteaux du Comminges), Marylise Léon (secrétaire générale de la CFDT), le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Frédéric Souillot (secrétaire général de FO) et Sébastien Vincini (président du Conseil départemental 31).

Les salariés de Fibre Excellence occupent l’usine de Saint-Gaudens, suspendus à la décision du tribunal de commerce de Toulouse

Le groupe, placé en redressement judiciaire en avril, risque la liquidation judiciaire si l’offre portée par le banquier Matthieu Pigasse est rejetée. 

Le Monde avec AFPPublié le 21 juillet 2026 à 17h25, modifié le 21 juillet 2026 à 18h00 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/07/21/les-salaries-de-fibre-excellence-occupent-l-usine-de-saint-gaudens-suspendus-a-la-decision-du-tribunal-de-commerce-de-toulouse_6728897_3234.html?srsltid=AfmBOopnEf-9HhjMuJ9Nvzs3e1W-VrgaD9niQpjinY5nw9ctRaCtc2Bn

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Rassemblement des salariés de Fibre Excellence  devant le site de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 18 juin 2026.
Rassemblement des salariés de Fibre Excellence devant le site de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 18 juin 2026.  LIONEL BONAVENTURE/AFP

Les salariés de l’usine de pâte à papier de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, ont pris le contrôle du site appartenant au groupe Fibre Excellence, dont l’avenir doit être tranché prochainement par le tribunal de commerce de Toulouse, a appris l’Agence France-Presse (AFP) de la CGT, mardi 21 juillet. Plus de 600 emplois sont menacés dans les deux usines Fibre Excellence de Saint-Gaudens et de Tarascon (Bouches-du-Rhône), où une action semblable est envisagée.

Le groupe, placé en redressement judiciaire en avril, risque la liquidation judiciaire si l’offre portée par le banquier Matthieu Pigasse, examinée lundi, est rejetée par le tribunal de commerce.

« Il y a un risque de liquidation ; et pour l’éviter un projet de reprise extrêmement sérieux ; et pour passer le cap des trois premières années, il faut un coup de pouce de l’Etat », a déclaré à l’AFP Cédric Caubère, responsable départemental de la CGT. En cas de liquidation judiciaire, affirme-t-il, le déficit dans la balance commerciale due aux importations de pâte à papier passerait de 1 à 2 milliards d’euros.

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« Catastrophe écologique »

La production des deux usines a été stoppée à la fin avril, déstabilisant la filière d’approvisionnement en bois des deux sites. Dans un communiqué, la CGT « interpelle Emmanuel Macron et lui demande de prendre les dispositions nécessaires pour empêcher la liquidation et permettre le redémarrage et la mise en œuvre du projet de reprise ».

Outre l’impact « sur l’emploi et la souveraineté nationale », Cédric Caubère alerte sur les conséquences environnementales. La fermeture des deux usines serait « une catastrophe écologique et un gouffre financier pour les pouvoirs publics », le coût de dépollution étant chiffré à 500 millions d’euros, estime-t-il.

Le 6 juillet devant le tribunal de commerce de Toulouse, le groupe de Matthieu Pigasse avait demandé un délai supplémentaire pour peaufiner son offre de reprise et « demander à l’Etat des ajustements techniques », avait précisé Mathieu Levieille, directeur général du groupe de M. Pigasse, Combat Holding. Le projet de Combat Holding prévoit le maintien des effectifs, il est soutenu par les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

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Le Monde avec AFP

EXCLUSIF. Matthieu Pigasse veut racheter Fibre Excellence : « Un bonimenteur de foire ! » L’homme d’affaires répond à La Dépêche et dézingue le ministre de l’Economie

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  • Matthieu Pigasse, candidat à la reprise de Fibre Excellence.Matthieu Pigasse, candidat à la reprise de Fibre Excellence. DR

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Industrie,  Economie,  Social

Publié le 25/07/2026 à 07:01 https://www.ladepeche.fr/2026/07/25/exclusif-matthieu-pigasse-veut-racheter-fibre-excellence-un-bonimenteur-de-foire-lhomme-daffaires-repond-a-la-depeche-et-dezingue-le-ministre-de-13482622.php

Propos recueillis par Anaïs Juste et Virgile Guilhamet

l’essentiel

Candidat à la reprise de Fibre Excellence, le groupe en redressemennt judiciaire qui exploite les usines de pâte à papier de Saint-Gaudens et Tarascon, Matthieu Pigasse est au cœur d’un bras de fer avec l’État. Après les critiques virulentes du ministre Roland Lescure, qui a jugé que son offre « manquait totalement de crédibilité », l’homme d’affaires répond et détaille son projet industriel. Entretien exclusif.

Roland Lescure estime que votre offre « manque de crédibilité » et relève davantage d’un acte politique que d’un projet industriel. Que lui répondez-vous ?

Nous, nous ne faisons pas de politique. Nous sommes des entrepreneurs et des investisseurs. Je n’ai jamais communiqué sur ce dossier, précisément pour ne pas laisser penser que nous faisions de la politique. Notre offre est multipartisane puisqu’elle associe les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidées par Carole Delga et Renaud Muselier. Elle est également soutenue par l’ensemble des syndicats. Les seuls à faire de la politique dans cette histoire, c’est l’État.

Lorsque j’écoute Roland Lescure, je vois un mélange de mépris et d’humour déplacé et malvenu sur le dos des salariés. Il y a près de 700 emplois directs et 10 000 emplois indirects en jeu. Ce sont des sujets sérieux. Nous avons demandé à plusieurs reprises à rencontrer l’État, comme les régions et les syndicats. Ces demandes ont été refusées. Je trouve honteux ce mépris sur une situation aussi grave.

À lire aussi : REPORTAGE. Fibre Excellence : « On nous mène en bateau depuis novembre, y’en a ras la casquette » se désolent les salariés de l’entreprise, indignés par les propos de Roland Lescure

Le ministre vous accuse, en substance, de vouloir investir avec « l’argent des autres »…

C’est l’attaque d’un bonimenteur de foire. Je ne comprends pas le mépris à l’égard d’un investisseur qui s’engage et met son argent pour sauver des emplois. Roland Lescure parle de 100 millions d’euros apportés par l’État. Mais où sont-ils ? Le seul engagement financier réel est la revalorisation des contrats d’achat d’électricité, à hauteur de 8,5 millions d’euros. Tout le reste, ce sont des garanties, des prêts remboursables ou un effacement de dettes qui, en cas de liquidation, ne seraient de toute façon pas remboursées.

Notre offre est une offre collective. Il ne s’agit pas de nous. Elle réunit les 2 régions, de nombreux investisseurs, et représente un tour de table de 91 millions d’euros. Si les profits prévus par le plan d’affaires sont réinvestis durant les quinze prochaines années, plus de 300 millions d’euros seront engagés dans l’entreprise. Présenter notre projet comme reposant uniquement sur l’argent public est faux.

Votre holding apporterait pourtant entre 5 et 8 millions d’euros. Est-ce suffisant ?

Nous avons fait exactement ce qui nous avait été demandé. On nous a sollicités pour aider à sauver cette entreprise. Nous avons constitué une solution avec les deux régions, les syndicats et plusieurs investisseurs. En six semaines, nous avons bâti un nouveau plan d’affaires, un projet industriel sur dix ans et trouvé des financements qui n’existaient pas, notamment par l’affacturage et le lease-back.

Notre offre a été jugée « crédible » par le cabinet Secafi et « sérieuse et aboutie » par les administrateurs judiciaires. Elle est soutenue par les collectivités, l’intersyndicale et nos partenaires financiers. Le seul à la déclarer non crédible est un ministre avec lequel nous n’avons jamais pu échanger directement.

À lire aussi : Fibre Excellence : « reprise crédible » sous réserve des engagements de l’État… ce que révèle le rapport confidentiel d’un cabinet d’expertise

Pourquoi vous engager dans un dossier aussi risqué ?

Nous avons été sollicités par la Région Occitanie et par Sophie Binet. Fibre Excellence est un acteur industriel national unique, qui représente 20 % du bois d’industrie français et fait vivre une filière de 10 000 emplois indirects. Nous sommes convaincus qu’il existe des perspectives économiques pour la pâte à papier.

Le projet consiste à sortir progressivement des produits de commodité, très dépendants des marchés internationaux, pour développer des produits à plus forte valeur ajoutée destinés aux marchés français et européen : le papier renforcé pour les emballages alimentaires, la pâte « fluff » destinée aux produits d’hygiène et, à plus long terme, la captation de CO2 biogénique.

Tous les emplois seraient-ils maintenus ?

Notre offre prévoit la reprise de l’intégralité des salariés. Les nouveaux produits offrent des marges plus élevées et peuvent donc sécuriser les emplois, voire entraîner des embauches avec l’apparition de nouveaux métiers et de nouveaux clients. Plusieurs options industrielles sont possibles entre Saint-Gaudens et Tarascon, selon les investissements et le calendrier retenus.

À lire aussi : DECRYPTAGE. Fibre Excellence : aides de l’État, financements extérieurs, reconversion du site, que se cache-t-il derrière les chiffres du projet de reprise ?

Comment comptez-vous faire face à l’envolée du prix du bois et aux difficultés liées à l’énergie ?

Nous demandons d’abord une hausse de l’approvisionnement auprès de l’Office national des forêts. Il ne représente aujourd’hui que 5 % du bois utilisé par Fibre Excellence, contre 25 % il y a dix ans. L’État propose de passer à 10 %, ce qui reste insuffisant.

Nous voulons aussi renouer avec la filière bois. Une quarantaine d’acteurs ont adressé des lettres d’intention et certains fournisseurs sont prêts à entrer au capital. Il faut également redynamiser les filiales d’approvisionnement de Fibre Excellence afin de diversifier les ressources et d’accéder directement à du bois moins cher. Sur l’énergie, nous demandons que les turbines produisant de l’électricité verte bénéficient des mêmes conditions de rachat.

Êtes-vous prêt à réinjecter des fonds en cas de nouvelle crise ?

Une fois que nous sommes engagés, nous le sommes pour le long terme. Si notre projet aboutit, nous serons là dans la durée, avec le soutien nécessaire. C’est une évidence. Mais notre offre repose sur plusieurs conditions adressées à l’État. Nous avons respecté nos engagements, nous attendons maintenant que l’État bouge.

« Ce serait une bombe pour le territoire » : à Saint-Gaudens et Tarascon, l’angoisse de la fermeture des usines Fibre Excellence

Suspendus à la décision du tribunal de commerce de Toulouse, qui pourrait décider le 17 juin de la liquidation judiciaire des deux usines françaises du papetier Fibre Excellence à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et à Tarascon (Bouches-du-Rhône), salariés, élus locaux et habitants retiennent leur souffle. 

Par Audrey Sommazi (Toulouse, correspondance)

Publié le 10 mai 2026 à 16h00, modifié le 10 mai 2026 à 17h11 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/10/ce-serait-une-bombe-pour-le-territoire-a-saint-gaudens-et-tarascon-l-angoisse-de-la-fermeture-des-usines-fibre-excellence_6687714_3234.html

Temps de Lecture 4 min.

Jean-Baptiste Cazenave Bye, 23 ans, opérateur régénération, employé depuis 2023 chez Fibre Excellence, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.
Jean-Baptiste Cazenave Bye, 23 ans, opérateur régénération, employé depuis 2023 chez Fibre Excellence, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.  VINCENT NGUYEN/RIVA PRESS POUR «LE MONDE»

La fumée blanche ne recouvre plus la forêt présente sur le piémont pyrénéen. Depuis le 23 avril, les chaudières de l’usine Fibre Excellence à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, sont à l’arrêt. En cessation de paiement, le fabricant français de pâte à papier écrue et blanchie a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse​ le 27 avril.

Cette procédure est assortie d’une période d’observation de six mois, un répit pour renflouer les comptes de l’entreprise et ficeler une offre de reprise. Jean-Baptiste Cazenave Bye, un des 280 salariés menacé par la perte de son emploi, est encore abasourdi par cette décision. « Je subis cette situation compliquée. Je me sens un peu démoralisé », confie l’opérateur qui s’assure du ​fonctionnement​ des turbines. Entré à l’usine par l’entremise de son père, il gagne à 23 ans 32 000 euros net par an. « Je me suis formé dans l’usine et j’ai appris un paquet de choses. Je n’ai pas envie de changer de vie. Mais je sais qu’ici, à Saint-Gaudens, il n’y a rien. »

En difficulté financière depuis des mois en raison de la hausse du prix du bois de trituration (résineux et feuillus servant de matière première) et de la baisse de la demande européenne, la situation économique du groupe s’est détériorée. En 2025, Fibre Excellence a enregistré un déficit de 30 millions d’euros causé par la vente à perte de l’électricité produite à partir de résidus de bois, une activité complémentaire à la fabrication de la pâte, à hauteur de 550 000 tonnes par an. Sébastien Martin, le ministre de l’industrie, avait accordé une revalorisation de 20 % du prix de rachat de l’électricité et une enveloppe financière de 150 millions d’euros si Jackson Widjaja, l’actionnaire de Fibre Excellence, s’engageait à investir. Ce dernier avait refusé l’offre.

1,2 million d’euros de recettes fiscales

Locomotive économique, « La Cellulose », premier employeur privé, rapporte 1,2 million d’euros de recettes fiscales annuelles à Saint-Gaudens. La menace qui pèse sur l’emploi constitue un nouveau coup dur pour cette ville d’environ 12 000 habitants qui périclite lentement. En 1996, Elf Aquitaine fermait son site à Boussens et, en 2001, Pechiney arrêtait la fabrication de magnésium à Marignac, deux villes moyennes situées à une trentaine de kilomètres de la sous-préfecture départementale. Par effet domino​, le petit centre-ville ​piétonnier a été déserté et les boutiques ont baissé le rideau.

Laëtitia Carlier, gérante du Resto d'la place, elle a gardé sur la devanture de son établissement les affiches de soutien aux employés de "La cellulose", nom donné à l'usine de pâte à papier Fibre Excellence, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.
Laëtitia Carlier, gérante du Resto d’la place, elle a gardé sur la devanture de son établissement les affiches de soutien aux employés de « La cellulose », nom donné à l’usine de pâte à papier Fibre Excellence, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.  VINCENT NGUYEN/RIVA PRESS POUR «LE MONDE»

« On risque de voir des familles entières quitter la ville. Et cela impactera ma clientèle​. Mais on n’en est pas encore là », relativise Yann Galinier, propriétaire de deux bijouteries, dont l’une est ouverte depuis 1941, avenue de la République. Laëtitia Carlier accuse déjà le coup. « Mon activité de livraison quotidienne d’une trentaine de repas à l’usine est interrompue. Elle me rapportait 5 000 euros par mois, lâche la gérante du Resto d’la place, situé place Jean-Jaurès. Pour combler ce manque à gagner, je devrais ouvrir mon établissement le samedi, unique jour de fermeture de la semaine. »

Lire aussi l’enquête :    « Si la papeterie est un patrimoine, c’est un patrimoine de merde ! » : Tarascon hantée par son « usine qui pue »

A 400 kilomètres de là, à Tarascon, petite ville du nord des Bouches-du-Rhône, le ballet des camions chargés de troncs entassés ne franchit plus l’entrée de Fibre Excellence Provence, cette usine reconnaissable à sa haute cheminée rayée rouge et blanc en surplomb de la voie de chemin de fer Avignon-Marseille.

Yann Galinier, bijoutier et vice-président de l'association de commerçants Saint-Gaudens Commerces Plus, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.
Yann Galinier, bijoutier et vice-président de l’association de commerçants Saint-Gaudens Commerces Plus, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.  VINCENT NGUYEN/RIVA PRESS POUR «LE MONDE»

Lucien Limousin, vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, et ex-maire (divers droite) de Tarascon de 2014 à 2026, redoute « une bombe sur le territoire » si le site construit au bord du Rhône en 1953 venait à fermer ses portes. L’usine est le plus gros employeur privé (250 emplois) de cette ville moyenne au taux de pauvreté de 31 % en 2022, selon l’Insee. « Elle fait partie du patrimoine de la commune et elle alimente tout un bassin de vie », certifie M. Limousin. Fibre Excellence Provence contribue à dynamiser la filière bois régionale qui représente 5 000 emplois indirects (entreprises forestières, de maintenance, de transport…).

La collectivité « prête à rentrer au capital »

Dans un courrier adressé le 30 avril au premier ministre, Sébastien Lecornu, M. Limousin a plaidé pour que l’Etat « attribue une aide financière afin de permettre à l’entreprise de poursuivre l’activité pendant les six mois d’observation ». L’intersyndicale CGT-FO-CFDT évalue à 20 millions d’euros cette bulle d’oxygène pour relancer la production de pâte sur les deux sites à court d’argent. Le temps presse. Dans le cadre de la procédure, le tribunal de commerce de Toulouse décidera le 17 juin du maintien, ou non, de la période de sursis. La justice, qui se penchera sur les comptes du groupe, pourrait donc prononcer sa liquidation.

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En 2021, le gouvernement avait consenti un soutien financier d’environ 9 millions d’euros à l’usine de Tarascon en redressement judiciaire. Et la justice avait validé le plan d’autoreprise de Jackson Widjaja, unique candidat à la reprise« Etre dans le flou est pénible, usant et difficile. Tout le monde se questionne, on ne se projette pas. On doit savoir où l’on va : soit on reprend le boulot, soit c’est fini. Mais il faut qu’on sache », s’impatiente Jérôme, un salarié quinquagénaire de Fibre Excellence Provence qui témoigne sous le couvert de l’anonymat.

Des locaux commerciaux à louer, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.
Des locaux commerciaux à louer, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.  VINCENT NGUYEN/RIVA PRESS POUR «LE MONDE»

« Nous ne lâcherons rien pour sauver Fibre Excellence », a prévenu, par voie de communiqué, Carole Delga. Particulièrement impliquée dans le dossier, la présidente socialiste de la région Occitanie a annoncé que la collectivité « est prête à rentrer au capital, contribuer à la garantie des prêts, solliciter des industriels, pour consolider la situation financière dès à présent ».

L'usine Fibre Excellence vue depuis le belvédère de la ville, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.
L’usine Fibre Excellence vue depuis le belvédère de la ville, à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le 4 mai 2026.  VINCENT NGUYEN/RIVA PRESS POUR «LE MONDE»

De son côté, la CGT s’active. L’organisation syndicale a planché sur la diversification des deux usines​ de Fibre Excellence sur des niches de marché – pâte absorbante « fluff » (couches, alèses) à Saint-Gaudens ; pâte à haut rendement très résistante à Tarascon. Evalué à 100 millions d’euros, ce projet a été présenté à Claire Vernet-Garnier, conseillère industrie du président de la République, Emmanuel Macron.

Audrey Sommazi (Toulouse, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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