NATUROPATHIE. L’IMPOSTURE SCIENTIFIQUE

La naturopathie s’est organisée en un marché complet : formations coûteuses, certifications non reconnues, influenceurs très impactants, partenariats marchands, techniques de communication bien rodées, le tout reposant sur une opposition constante entre « naturel » et  » médical conventionnel » (J.P. Devailly)

Auteur : Margot Brunet / Collection : Essaisrécitstémoignages

Auteur : Margot Brunet / Collection : Essaisrécitstémoignages

https://lesechappes.com/ouvrages/naturopathie-limposture-scientifique/

Le malade écrit à Barthéléry : « Je suis exténué et démoralisé . » Sa réponse : « Il n’y a que la purge qui permet d’éliminer. » Plus tard : « Reste en jeûne et bois des infusions en plus. » Quelques jours plus tard, le naturopathe utilise un pendule pour repérer d’éventuelles métastases et conclut que la tumeur est bien restée localisée. Elle avait en réalité atteint les poumons. « Tu comprendras peut-être ma colère », écrit simplement Charles B. le jour où la nouvelle tombe. Il mourra le mois suivant.

Depuis la crise sanitaire, les « médecines douces » séduisent un nombre grandissant d’adeptes. Mais ces pratiques alternatives ne sont ni encadrées ni recensées et peuvent conduire au mieux à des arnaques financières, au pire à des dérives thérapeuthiques, voire sectaires.

En l’absence de réglementation, les pseudo-praticiens prolifèrent. Et si certains exercent leur activité en complément de la médecine conventionnelle, d’autres ne cachent pas vouloir la remplacer.

Naturopathie. L’imposture scientifique, Margot Brunet, Les Échappés, 2025, 224 p.

Pages 319 à 321

La journaliste Margot Brunet propose, avec Naturopathie. L’imposture scientifique. Enquête sur les charlatans de la santé (Les Échappés 2025), une enquête précise et accessible sur un univers volontiers présenté comme inoffensif mais qui repose, en réalité, sur des pratiques, des structures et des logiques économiques très éloignées de l’image de « médecine naturelle » mise en avant auprès du public. Le point de départ du livre est un procès marquant, où un naturopathe doit répondre de pratiques ayant détourné une patiente d’un parcours de soins adapté. Cette affaire, que l’autrice couvre en tant que journaliste, l’amène à approfondir le sujet et montre d’emblée que la naturopathie ne relève pas seulement de conseils de bien-être mais peut influencer des décisions de santé lourdes de conséquences.

Son enquête montre comment la naturopathie s’est organisée en un marché complet : formations coûteuses, certifications non reconnues, influenceurs très impactants, partenariats marchands, techniques de communication bien rodées, le tout reposant sur une opposition constante entre « naturel » et « médical conventionnel ». Le livre explore finement un système qui se présente comme alternatif et bienveillant, tout en fonctionnant comme une économie florissante où les promesses thérapeutiques jouent un rôle d’accroche.

Au-delà des recommandations élémentaires que personne ne remet en cause, comme mieux manger, mieux dormir ou bouger régulièrement, l’autrice montre que la naturopathie s’appuie sur des convictions pseudoscientifiques dépourvues de fondements sérieux. Les pratiques mises en avant ne s’appuient ni sur des résultats éprouvés ni sur des protocoles validés, et les explications fournies relèvent davantage du récit séduisant et de croyances que de la connaissance étayée. Le livre souligne qu’il n’existe, de ce point de vue, aucune base à préserver ou à réformer : l’ensemble repose sur des postulats infondés.

Dans ce contexte, l’autrice met en garde contre la tentation d’« encadrer » la naturopathie dans l’intention de la rendre plus sûre. Elle montre que normaliser administrativement ces pratiques ferait disparaître la frontière entre soins fondés sur des preuves et approches pseudo scientifiques. Une telle reconnaissance institutionnelle donnerait l’illusion d’une légitimité sanitaire, brouillerait encore davantage les repères des publics les plus vulnérables et renforcerait un marché déjà très structuré autour de formations et de promesses thérapeutiques non évaluées. Il apparait clairement que le problème n’est pas l’absence de cadre mais bien la nature même des pratiques, qui ne peuvent être sécurisées par un simple dispositif réglementaire.

L’ouvrage met également en évidence la place prise par ces pratiques dans des espaces qui ne relèvent pas uniquement du soin. Le domaine Arc-en-Ciel dans le Jura, décrit dans l’enquête, illustre cette porosité : un même lieu regroupe une école, des formations pour adultes, des consultations en naturopathie, des séjours de jeûne, des ateliers « bien-être » et un congrès annuel de « naturopathie et santé intégrative ». L’ensemble constitue un environnement cohérent qui mêle éducation, santé et style de vie, sans contrôle réel sur les contenus diffusés.

Le chapitre consacré à l’école hors contrat Les P’tits Naturos est particulièrement instructif. Margot Brunet s’y infiltre en se faisant passer pour une mère souhaitant inscrire son enfant. Elle découvre une structure présentée comme une alternative « nature et bienveillance », mais dépourvue de programme clair et de garanties sur l’acquisition des fondamentaux. Des intervenants extérieurs non qualifiés y animent régulièrement des activités, les enfants sont parfois laissés dehors sans surveillance et les évaluations, lorsqu’elles existent, reposent sur l’auto appréciation. L’ensemble des pratiques observées mêle pédagogies non reconnues, ateliers émotionnels et approches issues de la naturopathie, sans contrôle réel sur les contenus transmis au quotidien.

L’intérêt du livre tient à la manière dont il relie des situations individuelles, des trajectoires professionnelles, des pratiques commerciales et des projets éducatifs pour éclairer un ensemble cohérent. Il ne se contente pas de dénoncer des dérives, il montre comment elles s’inscrivent dans des logiques sociales, économiques et territoriales. L’enquête est lisible et accessible, sans jargon, elle permet de comprendre comment certaines structures peuvent se présenter comme bienveillantes tout en diffusant des croyances infondées, parfois au détriment de la santé ou de l’éducation. Un ouvrage utile, clair, et qui donne des outils pour appréhender un phénomène en expansion, qu’il s’agisse de comprendre l’offre de « soins naturels », les stratégies de formation, ou l’implantation de pratiques non reconnues dans des espaces éducatifs.

Commentaires:

Julien Vernaudon

Je vous partage ma lecture d’une excellente mise au point salutaire de Margot Brunet, Naturopathie, l’imposture scientifique, dont les ressorts de cette imposture reposent sur :

✅️ l’idéal de procédés qualifiés de « naturels » et jugés nécessairement meilleurs que la chimie, le tout sans aucune preuve scientifique

✅️ des dérives sectaires et des risques d’emprise mettant en danger les clients/ patients

✅️ un lobbying intense des associations de naturopathie et de l’industrie qui lui est liée

✅️ la complicité de l’Etat notamment avec la législation concernant les mutuelles qui promeuvent leur remboursement

✅️ les risques de dérives de la médecine dite intégrative

✅️ le charlatanisme et les liens avec les autres patamédecines toutes plus farfelues les unes que les autres (homéopathie, ostéopathie, kinésiologie, étiopathie, aromathérapie…liste loin d’être exhaustive !)

✅️ le business afférant et le lien avec les industriels (alors que les praticiens et les amateurs critiquent sévèrement les liens de la médecine ave

c Big pharma, critique parfois justifiée) 

✅️ l’entrisme universitaire et la propagande via des DU ou DIU de ces pratiques dans les facultés de médecine

✅️ la confusion entre « médecines douces » non prouvées et interventions non médicamenteuses ayant fait leurs preuves, au risque que ces dernières soient décrédibilisées

✅️ le conspirationnnisme et les théories du complot qui ont fleuri avec la pandémie de Covid-19 (parfois propagées par des médecins +/- radiés).

https://lesechappes.com/ouvrages/naturopathie-limposture-scientifique

Jean-Pascal DEVAILLY

https://shs.cairn.info/revue-ecorev-2026-1-page-319?lang=fr

Son enquête montre comment la naturopathie s’est organisée en un marché complet : formations coûteuses, certifications non reconnues, influenceurs très impactants, partenariats marchands, techniques de communication bien rodées, le tout reposant sur une opposition constante entre « naturel » et « médical conventionnel ».

Comme pour toute baliverne institutionnelle, il faut en appeler au changement de paradigme, à une nouvelle grille, une révolution culturelle, une refonte des mentalités…Le développement de la ‘Patamédecine n’a pas fini de nous servir de modèle pour une approche plus générale des mythes de la santé, vu qu’elle a remplacé le salut.

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La tradition des pays latins / catholiques est de protéger les gens d’eux-mêmes, mais cela peut-être dangereux et excessif, mais il ne faut peut-être pas toujours condamner un paternalisme bienveillant.

Ailleurs c’est du Coluche: « tant qu’ils trouvent des couillons pour payer, on peut rien dire. »

J’en ai autant que vous autres autour de moi et j’ai aussi renoncé depuis longtemps à tout discours rationnel.

Non seulement on augmente le reste à charge, on veut mettre en place un bouclier sanitaire, mais en plus on laisse les gens dépenser pour des soins inefficaces voire dangereux

Attention la CNAM rembourse bien des soins non pertinents, l’homéopathie est sortie récemment, mais il reste bien des interventions et médicaments 

En ville les actes peuvent ne pas être pertinents (overuse et misuse) mais en effet la CNAM est bien plus critique que la DGOS et les ARS, complètement noyautées par les lobbyings décrits dans le livre.

En revanche en Hôpital de Jour, en aigu et en SMR, avec les incitatifs mal maîtrisés au virage ambulatoire, c’est la fête au village

Le système de comptage des interventions en HDJ de médecine conduit à intégrer de multiples foutaises mais il ne faut pas critiquer le pseudo-virage ambulatoire.

Bonne journéeJean-Pascal DEVAILLYMédecin des Hôpitaux, AIHP – ACCADépartement d’Information Médicale
HSM GHT Paris Est Val de Marne
14, rue du Val d’Osne – 94410 Saint-Maurice
Mobile: 06 60 65 25 51

jpdevailly@gmail.com

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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