La gestion de l’eau dans la loi d’urgence agricole, « première réponse », « pansement » ou « nuisible » pour l’environnement ?
Publié le vendredi 24 juillet 2026 à 08:21 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-vendredi-24-juillet-2026-7515963?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-07-24&at_position=1
L’invité de 8h20 : le grand entretien
La loi d’urgence agricole prévoit le doublement des capacités de stockage d’eau d’ici 2035. La mesure fait débat. Entretien avec Agnès Ducharne, climatologue et hydrologue, Maxime Buizard-Blondeau, vice-président des Jeunes Agriculteurs, et Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce.
Avec
- Agnès Ducharne Directrice de recherche CNRS dans le laboratoire Metis de Sorbonne Université, IPSL
- Maxime Buizard-Blondeau Membre du bureau des Jeunes Agriculteurs
- Nicolas Garnier Délégué général d’Amorce (Association nationale des collectivités et des entreprises pour la gestion des déchets, les réseaux de chaleurs et la gestion locale de l’énergie)
La loi d’urgence agricole adoptée lundi soir par le Parlement « apporte une partie des réponses, notamment sur le sujet de l’eau et de l’accès à l’eau, en admettant enfin qu’il nous faut avoir une politique publique, une stratégie de stockage de l’eau qui est en excédent en hiver », affirme Maxime Buizard-Blondeau, vice-président des Jeunes Agriculteurs, vendredi 24 juillet, sur France Inter. Le texte prévoit le doublement des capacités de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035. « Une première réponse » aux demandes des agriculteurs, selon le représentant syndical.
Cette loi est « nuisible pour la ressource en eau », rétorque Agnès Ducharne, climatologue et hydrologue, également sur France Inter. « L’eau nous vient des pluies, la seule chose qu’on peut faire c’est faire en sorte que les pluies, quand elles tombent, s’infiltrent dans les réservoirs naturels, donc les sols puis les nappes phréatiques », rappelle la scientifique, qui appelle à respecter le cycle naturel de l’eau. « Si on pompe dans les nappes phréatiques en hiver, on réduit le niveau de la nappe et ça fait moins d’eau dans les nappes en été, c’est assez simple à comprendre et c’est du bon sens de base », martèle-t-elle.
Un quart des petits cours d’eau à sec
L’hydrologue affirme que « 25% des petits cours d’eau sont à sec en France en ce moment », « une valeur qui est très en avance par rapport au déroulé des sécheresses ». « À part pour les sécheresses des nappes phréatiques qui sont moins intenses qu’en 2022 grâce aux très fortes pluies de l’hiver, tous les autres indicateurs de sécheresse sont très en avance par rapport à 2022, la dernière sécheresse très forte », ajoute Agnès Ducharne.
À écouter
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« Tous les voyants nous indiquent une sécheresse exceptionnelle », résume l’hydrologue, chercheuse au CNRS. Cette sécheresse sera « probablement pire en fin de saison », avance-t-elle. Selon elle, la sécheresse de cet été sera pire que celle de 2022, qui avait déjà été qualifiée « d’exceptionnelle ».
« Il manque une grande loi sur l’eau »
Elle appelle à « commencer par diminuer tous les usages » et « penser la coopération de tous les usages », tout comme Nicolas Garnier, délégué général d’Amorce (Association nationale des collectivités et des entreprises pour la gestion des déchets, les réseaux de chaleur et la gestion locale de l’énergie). S’il se dit favorable au « stockage sous la forme colinaire, c’est-à-dire la récupération d’eau de pluie », Nicolas Garnier dénonce un texte qui pose « des questions pansements sans évoquer les questions de sobriété, ni même les questions de respect des arrêtés de sécheresse ». Selon lui, « il manque une grande loi sur l’eau qui fixe des objectifs de sobriété, d’efficacité de l’eau ».