En France des conflits sur les usages de l’eau couvent. 

L’assèchement généralisé des sols et des cours d’eau en France inquiète les hydrologues

Les eaux de surface et les sols sont en proie à une forte sécheresse. Si la situation des nappes souterraines est plus contrastée, des conflits sur les usages de l’eau couvent. 

Par Léa SanchezPublié hier à 05h00, modifié à 11h10 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/23/l-assechement-generalise-des-sols-et-des-cours-d-eau-en-france-inquiete-les-hydrologues_6730241_3244.html?srsltid=AfmBOoqsfBUuwsW2c27__fHAMGh07GMXp995w7VjvoQT9tPm3u2bzwQZ

Temps de Lecture 4 min.Read in English

Un bras de la Loire partiellement asséché, à Orléans, le 20 juillet 2026.
Un bras de la Loire partiellement asséché, à Orléans, le 20 juillet 2026.  ALAIN JOCARD/AFP

La Seine est sous perfusion. Au niveau de la gare d’Austerlitz, dans le 13e arrondissement de Paris, la moitié de son débit provient des lacs-réservoirs installés en amont du fleuve et de ses affluents, en Champagne et en Bourgogne. « Nous avons dû commencer les restitutions le 2 juin », affirmee Philippe Riboust, chef du service hydrologie de Seine Grands Lacs, la structure gérant ces réserves artificielles employées pour soutenir le fleuve et limiter les crues. Ce soutien intervient, en théorie, un mois plus tard.

Lire aussi |  EN DIRECT, incendies : le feu a « parcouru plus de 10 000 hectares » en Gironde ; l’évacuation « de l’ensemble de la presqu’île » du cap Ferret est en coursLire plus tard

« Bien que nous ayons un stock qui est conséquent, nous restons sur une gestion sensible pour éviter d’être à court d’eau en fin de saison », prévient M. Riboust.

La Seine n’est pas le seul fleuve en souffrance : la situation hydrique se dégrade rapidement un peu partout en France. Malgré un hiver très humide, qui a rechargé les nappes et fait déborder de nombreux cours d’eau, « plusieurs indicateurs montrent déjà des niveaux comparables à ceux de la sécheresse historique de 1976, ou à celle de 2022 », voire localement plus préoccupants, observe Pierre Brigode, enseignant-chercheur en hydrologie à l’Ecole normale supérieure de Rennes.

C’est le cas notamment de l’indice d’humidité des sols, dont le niveau est exceptionnellement bas – du jamais-vu à cette période de l’année. « Cette situation s’explique par la succession d’épisodes caniculaires depuis le mois de mai, qui se combine à des précipitations très faibles depuis avril », analyse Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. La chaleur renforce l’évapotranspiration des plantes, qui puisent de l’eau dans le sol. Les volumes prélevés par les humains dans les nappes et les rivières augmentent eux aussi en cette période estivale, notamment pour l’irrigation agricole.

Lire aussi |    La canicule fait grimper la consommation d’eau et met les réseaux d’approvisionnement à rude épreuve

Au risque d’affaiblir les cours d’eau, dont les débits diminuent rapidement dans l’Hexagone. A Vernon (Eure), la Seine flirte depuis plusieurs jours avec des débits moyens d’environ 110 mètres cubes par seconde, contre un peu plus de 200 mètres cubes par seconde en juillet 2025. « Le maintien des débits à ces très faibles valeurs est exceptionnel », signale Cédric Fisson, du groupement d’intérêt public Seine-Aval, une structure qui veille sur l’estuaire.

Dégradation accélérée

Les fleuves ne sont pas les seuls concernés : 25 % des petits cours d’eau suivis dans le cadre de l’Observatoire national des étiages ne s’écoulaient plus fin juin, voire étaient à sec – un nombre record depuis la création de ce réseau de suivi, en 2012. De nouvelles campagnes d’observation menées dans une cinquantaine de départements en juillet font état d’une dégradation accélérée de la situation.

La situation des cours d’eau est-elle pire que lors de la sécheresse de 1976, restée dans les mémoires ? Des débits inédits ont été enregistrés dans certaines rivières, comme la Creuse. D’autres, comme le fleuve côtier Scorff, en Bretagne, suivent la trajectoire de la très sèche année 2022, sans atteindre les débits recensés en 1976.

Plusieurs facteurs complexifient toutefois les comparaisons historiques : des prises d’eau ont pu être déplacées dans les cours d’eau, les prélèvements ont changé, des barrages ont été construits… « C’est difficile de faire la part des choses », souligne l’hydroclimatologue Florence Habets, chercheuse au CNRS.

La mesure des débits est une autre limite. « Plus la vitesse de l’écoulement est faible, plus elle est difficile à mesurer », détaille Adrien Vergne, hydrologue de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Bretagne. Les données en 1976 étaient aussi moins fiables que celles d’aujourd’hui – et moins nombreuses.

« La sécheresse n’a pas été une préoccupation majeure pendant très longtemps, précise Eric Gaume, hydrologue de l’université Gustave-Eiffel et coordinateur d’un colloque organisé début juin sur cette thématique par la Société hydrotechnique de France. L’état des connaissances se renforce et c’est absolument nécessaire dans un contexte où notre climat et notre hydrologie sont en train d’évoluer à très grande vitesse. » 

Lire aussi |   Des cycles de l’eau chamboulés : une étude explore les multiples scénarios possibles dans la France de 2100

L’effondrement des débits des cours d’eau, en juin, a surpris plusieurs spécialistes. « C’est la spécificité de cette année », appuie Claire Magand, chargée de mission ressources en eau à l’Office français de la biodiversité. Plusieurs hypothèses existent, en lien avec les fortes chaleurs. Des augmentations de prélèvements, notamment agricoles, pourraient avoir leur rôle à jouer. Les chercheurs s’intéressent aussi à l’impact de la ripisylve, la végétation présente sur les rives des cours d’eau. « Elle a les pieds dans l’eau et c’est son seul moyen pour se refroidir : elle pourrait donc avoir continué à évaporer fortement pendant les épisodes de canicule », suggère Vazken Andréassian, hydrologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Quid de l’état du sous-sol ? La vidange des nappes souterraines s’accentue, en lien notamment avec le manque de pluies et les prélèvements humains. Mais leur état reste très hétérogène : 60 % des points de suivi du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) affichaient ainsi, à la mi-juillet, des niveaux inférieurs aux normales.

Des camions-citernes pour se ravitailler

« La situation est meilleure qu’en 2022 », grâce à la recharge des nappes survenue en février, résume David Ratheau, hydrogéologue au sein du BRGM. Il reste que les situations sont disparates selon les régions – les nappes de la Nouvelle-Aquitaine, par exemple, se situent à des niveaux bas. « Les dynamiques de recharge et de vidange des nappes varient fortement selon les caractéristiques de chaque territoire », rappelle M. Andréassian.

Certaines collectivités dépendent d’ores et déjà de camions-citernes pour se ravitailler, comme dans la Côte-d’Or. Dans la Marne, le syndicat des eaux de Fismes s’est raccordé en urgence, début juillet, à une source qu’il n’utilisait plus – la sienne s’était considérablement affaiblie lors de l’épisode caniculaire du début de l’été. « La deuxième action que nous entamons cette semaine [du 20 juillet], c’est la création d’une interconnexion de notre réseau avec celui de la communauté urbaine du Grand Reims. Nous avons également un projet de recréer un forage », explique Damien Landini, le directeur général des services de la commune.

Lire le décryptage (2025) |  Accès à l’eau : une « transformation radicale des usages » indispensable « dès aujourd’hui » pour éviter « de graves tensions », estime le Haut-Commissariat au plan

Les écosystèmes sont, eux, sous pression, du fait des assecs des rivières mais également des niveaux de température très élevés atteints par de nombreux cours d’eau, notamment pendant les canicules atmosphériques. Or, « plus il fait chaud, moins l’oxygène est disponible pour les poissons », résume Hélène Fallou, du groupement d’intérêt public Loire Estuaire.

Un ruisseau asséché près de Meilhaud (Puy-de-Dôme), le 16 juillet 2026.
Un ruisseau asséché près de Meilhaud (Puy-de-Dôme), le 16 juillet 2026.  MAXIME FRAISSE POUR « LE MONDE »

Pour préserver les écoulements, les restrictions d’eau se durcissent partout en France. Au 22 juillet, 58 départements étaient concernés sur tout ou partie de leur superficie par des mesures de crise, interdisant, par exemple, les pompages destinés à l’irrigation agricole, contre une trentaine au début du mois. Un niveau élevé qui reflète l’étendue de la sécheresse actuelle mais aussi les difficultés à modifier les usages de l’eau. « La culture de la sobriété hydrique reste de l’ordre de l’exceptionnel et de la gestion de crise », observe l’économiste Alexandre Mayol, chercheur à l’université de Lille.

De nombreux élus s’inquiètent des répercussions du projet de loi d’urgence agricole, qui a été adopté définitivement par le Parlement, le 21 juillet, et affaiblit la gouvernance locale de l’eau. Loïg Chesnais-Girard, le président (divers gauche) de la région Bretagne, confie « un sentiment de déphasage entre le vote de ce texte et ce que nous vivons les uns les autres ». Des conflits d’usage et des tensions couvent déjà. Mercredi 22 juillet, la Coordination rurale a incité les agriculteurs à ne pas respecter les restrictions d’irrigation pour « sauver les cultures ».

Léa Sanchez

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire