Après la démission refusée par Macron de Monique Barbut, le sommet de l’Etat doit maintenant lui permettre de lutter contre le recul de la cause écologique.

Monique Barbut : le retour de la ministre fantôme

Quelques heures après avoir annoncé sa démission, la ministre a décidé de rester au ministère de l’écologie. Ce psychodrame finit de lui faire perdre le peu de crédit politique qu’elle avait et révèle en creux la déliquescence de cette fin de mandat.

Lucie Delaporte,  Pauline Graulle  et Amélie Poinssot

22 juillet 2026 à 20h22 https://www.mediapart.fr/journal/politique/220726/monique-barbut-le-retour-de-la-ministre-fantome?utm_source=hebdo-20260724-181230&utm_medium=email&utm_campaign=HEBDO&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[HEBDO]-hebdo-20260724-181230&M_BT=115359655566

Partira, partira pas ? Finalement, Monique Barbut est partie pour rester. Quelques heures après avoir annoncé sa démission et un rendez-vous express à l’Élysée lors duquel Emmanuel Macron lui a demandé de revoir ses plans, la ministre de l’écologie a annoncé, mercredi 22 juillet en milieu de journée, qu’elle demeurait à son poste. Une décision que son entourage a justifiée par « l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement [le] pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale ».

Le matin même, dans un long texte aux accents désespérés toujours visible sur LinkedIn, elle disait pourtant tout le mal qu’elle pensait de cet exécutif dans lequel elle ne s’est jamais reconnue. « Au cours des 9 derniers mois, j’ai défendu […] le silence de nos forêts, la qualité de notre eau, la pureté de notre air […]. Aujourd’hui, je dois reconnaître que les forces qui s’y opposent sont devenues si puissantes que je ne dispose plus des moyens pour mener à bien cette ambition », écrivait-elle.

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Monique Barbut, à l’Élysée, à Paris, le 26 novembre 2025.  © Photo Jeanne Accorsini / SIPA

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Puis de souligner que le « revirement » du gouvernement sur la réintroduction de l’acétamipride, dans le projet de loi d’urgence agricole lundi, avait été « le recul environnemental de trop ». Une couleuvre de plus qu’elle a donc finalement accepté d’avaler, comme tant d’autres auparavant, quand bien même son ministère fait partie des rares à avoir vu son budget augmenter en 2026.

Toute la journée de mercredi, le mystère n’a fait que s’épaissir sur les raisons ayant poussé la ministre à ce coup de théâtre – même s’il apparaît comme un écho lointain au début de mandat chaotique de Sébastien Lecornu« Qu’a obtenu Monique Barbut en échange de son maintien ? », interroge le parti Les Écologistes dans un communiqué, déplorant un « mélodrame pathétique ».

À Mediapart, l’entourage de la ministre a indiqué qu’Emmanuel Macron lui avait demandé de rester pour négocier au nom de la France aux prochaines COP Biodiversité et Climat, ces « Conférences des parties » qui sont organisées sous l’égide des Nations unies et qui auront lieu à l’automne. Elle y disposera, lui a garanti le chef de l’État, d’un périmètre élargi en lien direct avec le Quai d’Orsay. Ce n’était pas le cas lors des précédentes négociations internationales auxquelles Monique Barbut avait participé en tant que ministre, ce qui avait manqué de « cohérence ».

De bien maigres garanties

Cette garantie ne figure en tout cas pas dans les arguments livrés par l’ex-démissionnaire aux Échos en fin de journée« J’ai eu des garanties sur le fait que certains sujets qui me paraissent essentiels allaient être traités en priorité », avance la ministre revenante. La liste de ce qu’elle a obtenu paraît en réalité terriblement maigre : la mise en consultation d’un décret sur le cadmium (qui fait suite à l’adoption d’une loi portée par la gauche sur le sujet), un autre sur la protection des captages d’eau – qui reste à définir – et un « débat sur l’élargissement des PFAS qui doivent être surveillés et réglementés ». Comme annoncé la veille à la presse, Monique Barbut confirme qu’un grand plan sur la restauration des forêts sera présenté en septembre.

Selon un député proche de Gabriel Attal, les raisons du maintien de Monique Barbut au gouvernement seraient surtout à trouver dans sa proximité avec le chef de l’État. « Le président a réussi à l’amadouer pour qu’elle reste, ce qui montre au passage qu’il garde une force de persuasion », pointe-t-il, estimant que, « vu la séquence dégueulasse qu’on traverse depuis le vote du projet de loi agricole, sa démission aurait entériné le fait qu’on a voté un truc vraiment anti-écolo lundi… ».

Mais la séquence a surpris très largement, y compris chez les personnes ayant travaillé aux côtés de l’intéressée au sein de son cabinet. « En termes de crédibilité, ce n’est pas génial », lâche l’une d’entre elles. Et d’autant plus étonnant que Monique Barbut cherchait depuis quelque temps « une voie de sortie ». Elle avait, avec le vote de la réintroduction de pesticides interdits, l’occasion de partir sur « un désaccord politique sur lequel elle pouvait s’expliquer », toujours selon cette source.

Dans les rangs parlementaires, la non-démission de la ministre a suscité un mélange d’indifférence, d’incompréhension et de moqueries. Mercredi après-midi, au sein dudit « bloc central », on se disait soulagé d’avoir échappé à une énième crise politique en plein été, tout en se gaussant de cette ministre « qui n’a jamais eu le moindre poids politique et qui va en avoir encore moins désormais ».

« Qu’elle reste ou qu’elle parte, franchement, ça ne change pas grand-chose », raillait un président de groupe désabusé, avant de confier qu’il n’avait jamais vu une ministre « avec aussi peu de maîtrise des codes politiques »« S’il y a encore des gens au ministère de l’écologie qui lui donnent le moindre crédit après ce qu’elle vient de faire, présentez-les moi ! », ironisait-il. L’ancien ministre de l’agriculture et président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale Marc Fesneau reconnaissait néanmoins que les assurances budgétaires sur le fonds vert lui permettaient de se maintenir au gouvernement « sans déshonneur ».

Tout cela est clownesque alors qu’on est dans un contexte dramatique.

La députée LFI Anne Stambach-Terrenoir

Si l’exécutif a réussi in extremis à sauver les apparences, cette vraie-fausse disparition annoncée au cœur de l’été le plus sec et le plus chaud que la France ait jamais connu laisse malgré tout un goût amer. « OK, elle est toujours là, mais pour combien de temps ? », interrogeait un membre du camp présidentiel, redoutant que la ministre ne devienne une « grenade dégoupillée pour Lecornu ».

Lundi, lors de la réunion des président·es de groupe parlementaire à Matignon sur le projet de loi d’urgence agricole, la ministre avait déjà « étalé son mal-être », raconte ainsi un participant : « Pendant tout le rendez-vous, elle a aussi tenté de nous expliquer que ce que proposait Lecornu n’était pas constitutionnel alors qu’elle ne connaît évidemment rien dans ce domaine. » 

À gauche, on se désespère de ce psychodrame grotesque. « Tout cela est clownesque alors qu’on est dans un contexte dramatique », soupire la députée La France insoumise (LFI) de Haute-Garonne Anne Stambach-Terrenoir, en rappelant que la France vit un de ses étés les plus chauds jamais enregistrés avec des incendies qui ravagent le pays. « La macronie est en train de finir de se déliter sous nos yeux. On ne comprend donc pas du tout pourquoi elle décide de rester au simple prétexte qu’elle aurait obtenu le soutien d’Emmanuel Macron. Or ce sont ses gouvernements successifs qui mènent des politiques climaticides », ajoute-t-elle.

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21 juillet 2026

Députée écologiste des Deux-Sèvres et candidate déclarée à l’élection présidentielle, Delphine Batho fustige quant à elle un « manque de courage » de la ministre. « Rien de ce qu’elle a dénoncé ce matin dans sa lettre de démission n’a changé. La loi d’urgence agricole est toujours là, elle n’a rien obtenu sur la réintroduction des néonicotinoïdes », juge l’ancienne ministre de l’écologie de Jean-Marc Ayrault, limogée en 2013 par François Hollande après avoir publiquement critiqué le budget du gouvernement.

Du côté des ONG environnementales, c’est un sentiment d’écœurement qui domine. « On touche vraiment au ridicule », estime Jean-François Julliard, de France nature environnement (FNE), qui refuse de trop s’attarder sur le cas d’une ministre qu’il n’a « jamais trouvée très combative et qui feint de découvrir un monde politique alors qu’elle gravite dans les négociations internationales depuis longtemps ». Pour lui, Monique Barbut « reste pour sauver la face du gouvernement, mais ce sera toujours Mathieu Lefèvre [son ministre délégué, lire ici notre article– ndlr] qui va continuer à faire le sale boulot ».

Chargé de la campagne agriculture et eau à Greenpeace, Julien Rivoire ne cache pas sa colère. « S’ils gardent Monique Barbut, c’est peut-être qu’ils ont trouvé la dernière personne qui croit encore aux promesses de Macron. Le gouvernement explique qu’elle va rester pour l’eau, les forêts et la santé environnementale. Mais sur au moins deux de ces sujets, on voit qu’elle n’a réussi à faire respecter aucune de ses lignes rouges. C’est vaudevillesque. »

Lucie Delaporte,  Pauline Graulle  et Amélie Poinssot

« Ce n’est pas la volonté de Monique Barbut qu’il faudra scruter dans les prochaines semaines, mais bien celle des deux têtes de l’exécutif »

Tribune

Marine BraudAncienne conseillère écologie d’Elisabeth Borne

Annoncée démissionnaire, la ministre de la transition écologique reste finalement au gouvernement. Le sommet de l’Etat doit maintenant lui permettre de lutter contre le recul de la cause écologique, estime Marine Braud, ancienne conseillère écologie d’Elisabeth Borne, dans une tribune au « Monde ».

Publié hier à 14h15, modifié hier à 14h34 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/23/ce-n-est-pas-la-volonte-de-monique-barbut-qu-il-faudra-scruter-dans-les-prochaines-semaines-mais-bien-celle-des-deux-tetes-de-l-executif_6730713_3232.html

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Faire avancer la transition écologique au sein d’un collectif gouvernemental relève parfois d’un numéro d’équilibriste inconfortable. Toutes les personnalités passées par le ministère de l’écologie ont été frappées par la justesse de l’analyse de celui qui fut nommé en 1971 à la tête du tout premier ministère de l’environnement, Robert Poujade (1928-2020). C’était pour lui le « ministère de l’impossible », titre d’un ouvrage qu’il a publié en 1975 (Calmann-Lévy).

Des politiques de carrière aux personnes issues de la société civile, des experts de longue date aux néophytes, beaucoup ont été confrontés au moins une fois au dilemme de partir ou rester : dénoncer les intérêts contraires, les blocages et les arbitrages négatifs qui se multiplient en claquant la porte, ou serrer les dents et rester au nom des combats qu’il reste à mener. Où poser les limites ? Combien de batailles accepter de perdre pour pouvoir en gagner d’autres ? Où s’arrête le compromis et où commence la compromission ?

La démission de Monique Barbut, qui reste finalement au gouvernement, s’inscrit dans cette lignée. Depuis sa nomination à l’automne 2025, la ministre tente de faire avancer certains dossiers et de limiter les dégâts face au recul politique des enjeux environnementaux. Dans une atmosphère suffocante où certains lui reprochent de ne pas entrer dans le jeu de la communication, combien de combats ont été menés, loin des caméras et des commentateurs, pour contrer les velléités de détricotage d’un monde politique qui semble avoir perdu toute boussole ?

La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, sortant de l’Elysée, à Paris, le 22 juillet 2026.
La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, sortant de l’Elysée, à Paris, le 22 juillet 2026. SARAH MEYSSONNIER/REUTERS

Il n’est pas si loin ce discours d’avril 2022 au cours duquel Emmanuel Macron, alors candidat à sa réélection, annonçait que, si les Français lui faisaient à nouveau confiance, son quinquennat serait « écologique ou ne sera[it] pas ». Il n’est pas si loin non plus, le lancement quelques mois plus tard de la planification écologique par Elisabeth Borne, première locataire de Matignon formellement chargée « de la planification écologique et énergétique ». Ce lancement nous avait fait espérer que l’écologie pourrait enfin ne plus souffrir des changements de cap permanents venant d’un personnel politique court-termiste.

Inverser la tendance

Et pourtant, les reculs et les atermoiements se multiplient. De la suppression avortée des zones à faibles émissions jusqu’au travail de sape sur la lutte contre l’artificialisation des sols, de la remise en cause du soutien aux énergies renouvelables à la réautorisation de la mise en location des pires passoires thermiques, en passant par les attaques contre les agences environnementales de l’Etat ou la baisse continue des budgets dévolus à la transition, en particulier du fonds vert : autant d’éléments qui viennent ternir le bilan environnemental du président de la République.

Si Emmanuel Macron vient de refuser la démission de sa huitième ministre de l’écologie en l’assurant de son soutien, j’ai envie de croire que c’est parce qu’il refuse que ce détricotage se poursuive. Alors que nous traversons l’un des étés les plus chauds, les plus secs, les plus meurtriers et les plus dévastateurs de récoltes et d’espaces naturels de notre histoire, arrêter le carnage de la politique environnementale ne suffira pas.

Il faut urgemment inverser la tendance et accélérer la réduction de nos émissions, en allant encore plus vite sur l’électrification. Il sera aussi nécessaire de lancer des actions concrètes pour adapter plus rapidement notre pays au changement climatique et pour protéger les Françaises et les Français des impacts sanitaires des dérèglements environnementaux.

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Alors, face à ce dilemme de « partir ou rester », Monique Barbut, grande spécialiste des négociations internationales, semble croire que les garanties que lui a données le président de la République, en présence de son premier ministre, sont suffisantes pour faire bouger les équilibres interministériels et lui donner le pouvoir de continuer à gagner de nouveaux combats. Beaucoup lui reprocheront d’avoir changé d’avis. Beaucoup préfèrent la figure du martyr qui s’en va comme un prince, plutôt que celle de la tenace qui accepte de se donner encore une chance.

Je pense qu’il est au contraire courageux de repartir au combat si elle pense qu’il peut être gagné avec ce soutien réaffirmé. Et comme aucun d’entre nous n’était présent lors de leur échange, il serait malvenu de juger ex ante de la crédibilité de ce soutien. Celle-ci se verra – ou non – dans les actes.

Ne nous trompons pas de cible : ce n’est pas la volonté de Monique Barbut qu’il faudra scruter dans les prochaines semaines, mais bien celle des deux têtes de l’exécutif. En renouvelant leur confiance à leur ministre, ils marquent leur volonté de modifier profondément la méthode qu’elle a dénoncée en détail sur les réseaux sociaux [via un post LinkedIn]. Espérons qu’ils ne trahiront pas la confiance qu’elle leur a accordée en acceptant de rester au gouvernement.

Marine Braud, ancienne conseillère écologie d’Elisabeth Borne de 2022 à 2023, est l’autrice de « Qui aurait pu prédire ? Leçons de dix ans de politiques écologiques depuis l’accord de Paris » (Les Petits Matins, 2025).

Marine Braud (Ancienne conseillère écologie d’Elisabeth Borne)

La démission de la ministre Monique Barbut rattrapée sur le fil par Emmanuel Macron

La ministre de la transition écologique, qui annonçait son intention de quitter le gouvernement mardi 21 juillet au soir, après l’adoption de la loi d’urgence agricole, a finalement conservé son portefeuille, mercredi. Un rebondissement qui donne une dimension pittoresque à cette crise gouvernementale. 

Par Nathalie SegaunesPublié hier à 06h30, modifié hier à 09h20 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/23/la-reddition-de-monique-barbut-ministre-demissionnaire-rattrapee-sur-le-fil-par-emmanuel-macron_6730382_823448.html

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Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, à l’Elysée, le 22 juillet 2026.
Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, à l’Elysée, le 22 juillet 2026.  SARAH MEYSSONNIER/REUTERS

Comme elle l’avait elle-même annoncé, mardi 21 juillet au soir, à quelques journalistes, puis dans un message sur LinkedIn le lendemain matin, la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, s’est rendue à l’Elysée le lendemain, afin de remettre sa démission au président de la République, Emmanuel Macron. Elle entendait, par ce geste, protester contre « le recul environnemental de trop », à savoir la réintroduction en France de deux pesticides jusqu’ici interdits.

Mais n’est pas Jean-Pierre Chevènement qui veut. Contrairement à l’ancien ministre de François Mitterrand (1916-1996), qui a claqué sans coup férir de nombreuses portes durant sa carrière politique, et comme le laissaient entrevoir ses propos peu assurés, mardi soir, Monique Barbut a rencontré une résistance : le chef de l’Etat « n’a pas accepté » sa démission, lui demandant, au contraire, de « poursuivre sa mission », selon le cabinet de la ministre. A 10 heures, Monique Barbut participait au conseil des ministres, comme si de rien n’était.

Un rebondissement qui laissait dubitatifs certains membres du camp présidentiel. « En management, on sait qu’il ne faut jamais retenir quelqu’un qui veut partir », soupirait un soutien du président du parti Horizons et candidat à la présidentielle Edouard Philippe.

Monique Barbut est une « découverte » d’Emmanuel Macron. Il l’a croisée dans les sommets internationaux qu’elle parcourait en tant que secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (2013-2019). De mai 2020 à janvier 2021, la sexagénaire a été envoyée spéciale du président de la République pour la préparation du One Planet Summit sur la biodiversité ; une mission qui lui a offert l’occasion de longues conversations avec le chef de l’Etat dans l’avion présidentiel. En octobre 2025, « c’est le président qui me propose d’entrer dans le gouvernement, confiait-elle au Monde en juin. Mais je ne suis pas une politique et je n’ai pas l’intention de le devenir, cela ne m’a jamais intéressée. »

Mardi soir, Monique Barbut vantait « le courage » d’Emmanuel Macron, qui s’est « mis en risque » en choisissant pour la transition écologique « des personnalités qui ont de vraies convictions ». Lorsqu’on lui suggérait que le chef de l’Etat pourrait bien refuser sa démission, la ministre, qui se disait quelques instants plus tôt « déjà partie dans [sa] tête », n’était plus très sûre de vouloir prendre le large : « Ça dépend de ce qui est dit et de comment c’est dit demain », admettait-elle.

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Quelles garanties Monique Barbut a-t-elle obtenues pour aboutir à ce spectaculaire renversement de situation ? En tout début de matinée mercredi, elle a d’abord rejoint Matignon, pour une conversation avec Sébastien Lecornu. Le chef du gouvernement et sa ministre se sont ensuite rendus ensemble à l’Elysée. Au cours de cet échange avec les deux têtes de l’exécutif, « j’ai eu des garanties sur le fait que certains sujets qui me paraissent essentiels allaient être traités en priorité », affirmait Monique Barbut, mercredi soir, dans un entretien au quotidien Les Echos.

Elle cite notamment un décret « mis en consultation dans les prochains jours » sur la trajectoire de baisse du cadmium – ce métal lourd, très toxique, est présent dans de nombreux aliments du quotidien –, l’obtention du pilotage du plan d’accélération de l’adaptation au changement climatique et l’annonce d’« un débat sur l’élargissement des PFAS [les « polluants éternels »] qui doivent être surveillés et réglementés ».

« Rien de personnel »

Des concessions peu tangibles, qui ont toutefois permis d’amadouer la ministre. « Monique ‌Barbut a pris cette décision de rester, estimant que son action serait plus importante, plus impactante ​de là où elle est », tentait d’expliquer, à la mi-journée, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, louant le parcours de cette « militante, qui porte des combats, des convictions, des causes depuis très longtemps ».

« Adieu les postures héroïques, l’honneur et le reste. Ces gens ont inventé la honte transpartisane », a fustigé, sur X, Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle.

Dans le huis clos élyséen, la ministre et les deux têtes de l’exécutif « ont convenu d’un désaccord sur la loi d’urgence agricole telle qu’elle a été votée au Parlement », a précisé Maud Bregeon. « Ma position reste exactement la même,confirme MoniqueBarbut aux Echos. Je suis en désaccord avec la façon, sur la forme comme sur le fond, dont la version finale du projet de loi a été ficelée, en particulier sur l’acétamipride [un insecticide de la famille des néonicotinoïdes]. Je reste totalement opposée à sa réintroduction. »

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« Mais un vote au Parlement est un vote démocratique », concède-t-elle, reprenant l’argument martelé par Sébastien Lecornu depuis lundi pour justifier le maintien de l’acétamipride, qui avait été adopté en commission mixte paritaire.

La ministre assure qu’il n’y a « rien de personnel » dans ses velléités de quitter le gouvernement. Mais sa fausse sortie n’aura sans doute pas été du goût de Matignon. « Sébastien Lecornu a un côté militaire, il ne supporte pas les gens qui ont des états d’âme, témoigne l’une de ses ministres. Il veut des ministres très professionnels, très politiques, qui tiennent la ligne. Il faut que ça file droit. »

Le premier ministre a toutefois tenté de retenir Monique Barbut, lui rappelant que le texte adopté, en donnant à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail la possibilité de réintroduire sous condition deux pesticides interdits, pour une poignée de filières en difficulté, donne le pouvoir à « la science », à laquelle elle peut faire confiance. Sans la convaincre.

« En 2016, la France a fait le choix d’interdire l’acétamipride au nom du principe de précaution, sur la base des expertises scientifiques disponibles, a écrit la ministre sur Linkedln. Dix ans plus tard, loin d’avoir dissipé les inquiétudes, les études scientifiques continuent d’alimenter les doutes sur ses effets pour la santé humaine et l’environnement. »

Etouffer une crise gouvernementale naissante

Sébastien Lecornu a également envisagé, avant que Monique Barbut ne décide de donner sa démission, de reporter son départ de quelques semaines, afin d’étouffer cette crise gouvernementale naissante et de se donner du temps pour un plus large remaniement à la rentrée. Un scénario que la locataire de l’hôtel de Roquelaure a écarté : « Soit on est ministre, soit on ne l’est pas. »

Monique Barbut « n’est pas une pro de la politique, mais elle apporte beaucoup d’authenticité », l’a encore défendue Maud Bregeon, mercredi, soulignant que cette ministre technicienne, très éloignée de la cuisine politicienne, est engagée depuis neuf mois dans une « aventure politique difficile, parfois rugueuse, parfois douloureuse ». Connue pour son franc-parler, l’intéressée assure qu’elle restera elle-même : « On ne m’a pas demandé de changer la personne que je suis. »

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Cette experte de l’environnement restera au gouvernement, dit-elle aujourd’hui, « tant que j’ai la garantie de pouvoir agir ». A l’époque totalement méconnue, elle avait déjà menacé de claquer la porte du gouvernement, au début de l’année, s’opposant à la réintroduction de projets de recherche d’hydrocarbures en outre-mer. Mais « démissionner est un art », écrivait le journaliste et écrivain François Bazin, dans une tribune au Monde, en octobre 2025 : « Il convient de trancher, de prendre son risque, de choisir son moment – le kairos – et les arguments qu’il induit pour que la démission ne soit pas la figure d’une fuite ou d’un plat renoncement. » 

Nathalie Segaunes

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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