Incendies : quels sont les moyens dont dispose la France pour lutter contre les feux ?
Depuis le début de l’été 2026, l’Hexagone fait face à une vague d’incendies sur l’ensemble de son territoire. De quoi mettre en lumière les dispositifs disponibles au sol comme dans les airs pour en éviter la propagation.
Par Lara Pino LerroPublié hier à 17h30, modifié à 10h42 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/23/incendies-quels-sont-les-moyens-dont-dispose-la-france-pour-lutter-contre-les-feux_6730959_4355770.html
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La saison 2026 des incendies a démarré de manière précoce et intense. Avec 11 000 feux recensés et 35 000 hectares touchés au 15 juillet sur l’ensemble du territoire, la sécurité civile et les services départementaux d’incendies ont déjà dû déployer leurs ressources partout en France. Cantonnés par le passé au bassin méditerranéen, les incendies ont tendance à s’étendre sous l’effet du réchauffement climatique, forçant les services de lutte contre les incendies à adapter leurs moyens dans les airs comme au sol.
Au cœur des moyens aériens de la France se trouve sa flotte patrimoniale : 23 appareils qui lui appartiennent. Parmi eux, les 12 Canadair occupent une place centrale. Ceux-ci sont capables de charger 6 000 litres d’eau en douze secondes en écopant la surface d’un plan d’eau, ce qui leur permet de multiplier les largages très rapidement. D’une moyenne d’âge de 30 ans, ils conservent toutefois une bonne disponibilité en 2026, avec 11 des 12 appareils prêts à l’usage à la mi-juillet, le dernier étant en maintenance.
Le pays peut également compter sur neuf avions de type Dash, affectés à l’attaque d’incendies mais également à la réalisation de guets aériens armés, des missions de surveillance des zones à risque lors desquelles les avions, chargés d’eau ou de retardant, peuvent attaquer les feux avant que ceux-ci ne deviennent incontrôlables. Trois Beechcraft, des appareils chargés de missions de reconnaissance ou de coordination des opérations, complètent cette flotte. Un avion de ce type a par exemple été envoyé pour une mission de reconnaissance en Corse, mi-juillet, explique la sécurité civile, afin de transmettre des images des feux et permettre d’ajuster les moyens à engager. Des images ensuite transmises au Centre national de coordination avancée de la sécurité civile, créé en 2023 et basé à Nîmes, chargé de gérer le déploiement de l’ensemble des moyens aériens.
La France peut également compter sur les aéronefs des services départementaux d’incendie et de secours. Selon la direction de la sécurité civile, interrogée par Le Monde, ceux-ci sont au nombre de 30, principalement des hélicoptères bombardiers d’eau légers. Si leur mission principale est la gestion locale des incendies, ils peuvent toutefois être « amenés à aller prêter main-forte dans d’autres départements », indique le capitaine Simon Habart, porte-parole de la sécurité civile.
Le renouvellement de la flotte française, une promesse partiellement tenue d’Emmanuel Macron
En 2028, la France devrait recevoir deux nouveaux Canadair, suivis de deux autres entre 2032 et 2033, portant leur nombre à 16. Si, en 2022, Emmanuel Macron, après une saison d’incendies particulièrement intenses, avait promis le renouvellement complet de la flotte actuelle en plus des quatre nouveaux appareils, ceux-ci devraient finalement être rénovés dans les prochaines années, pour permettre de nouvelles commandes à plus longue échéance.
Malgré les critiques de la France insoumise et du Rassemblement national visant son mandat, et en particulier l’annulation, en 2024, par Gabriel Attal, alors premier ministre, de crédits prévus à l’achat de deux Canadair, le président de la République défend son bilan et se félicite d’avoir pu relancer la production de ces bombardier d’eau : « En 2017, on ne produisait plus de Canadair. Il n’y avait pas de polémique à l’époque pour savoir si c’était deux, quatre ou six. On en produisait zéro. »Voir plus Voir moins
S’ajoutent également des appareils loués par la sécurité civile à des opérateurs privés. Une ressource qui « ne peut être qu’une solution d’appoint » vu son coût important, comme le soulignait un rapport de la commission des finances de juillet 2025, mais qui permet de moduler les moyens alloués aux incendies. Si, avant 2022, la sécurité civile ne louait que des hélicoptères pour l’ensemble de la saison, de petits avions polyvalents bombardiers d’eau, des Air Tractor sont venus s’ajouter à la liste depuis 2023. Pour la saison 2026, la sécurité civile loue ainsi six hélicoptères bombardiers d’eau légers, quatre lourds et six Air Tractor.
Au plus fort des incendies du début d’été, la France a également pu compter sur le soutien du dispositif de gestion de catastrophe de l’Union européenne, RescEU. Quatre Air Tractor ont été dépêchés de Malte et de la Suède vers les Pyrénées-Orientales. Par ailleurs, deux hélicoptères bombardiers d’eau lourds, des Black Hawk, ont été envoyés en appui de la République tchèque pour aider au contrôle des incendies dans la Drôme. Face aux feux qui frappent la Gironde, le président de la République a demandé dans la nuit du 23 au 24 juillet l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne : deux Canadair croates, deux Air tractor portugais et deux Black Hawk tchèque et slovaque supplémentaires devraient prochainement rejoindre la ligne de feu.
A l’exception des Canadair et des hélicoptères, qui peuvent se recharger en eau sans se poser, les autres appareils nécessitent de pouvoir atterrir. Pour cela, la France est équipée de 27 pélicandromes, des bases d’atterrissage au sein desquelles sont installés des réservoirs d’eau et/ou de retardant, destinés au ravitaillement rapide des avions qui seront renvoyés vers les terrains des opérations.
Depuis 2022, cinq nouveaux pélicandromes fixes ont été installés en France métropolitaine. Des pélicandromes mobiles peuvent également être installés de manière provisoire lorsque la situation le nécessite, comme à l’aérodrome de Melun pour l’incendie de Fontainebleau (Seine-et-Marne), permettant aux avions de faire trois rotations toutes les heures, contre une rotation en une heure et dix minutes s’ils avaient été redirigés vers le pélicandrome d’Angers.
En 2026, la France métropolitaine et la Corse comptent 27 pélicandromes
Les pélicandromes sont des bases permettant aux avions bombardiers d’eau – en France, les Dash et les Air tractor de se ravitailler en eau ou en retardant en quelques minutes seulement.
Source : Sécurité civile
Face à des feux de forêt de plus en plus exceptionnels, la sécurité civile planche également sur l’évolution de son matériel actuel. Les hélicoptères Dragon, habituellement utilisés lors d’opérations de secours à la personne, pourraient prochainement devenir un des piliers de la lutte contre les incendies grâce à l’utilisation de kits mobiles permettant de les adapter aux combats contre les feux en vingt minutes. Une expérimentation est en cours sur deux premiers appareils.
Des A400M, des avions militaires utilisés dans le cadre de transport de troupes ou de matériels et d’une capacité de 20 000 litres, pourront également faire leur apparition sur le terrain des opérations après une phase de test, comme l’a indiqué le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, sur France Inter, lundi 20 juillet. Ceux-ci n’auront toutefois « pas vocation à être présents sur la ligne de feu », décrypte le capitaine Habart, mais plutôt à « préserver des points sensibles », comme des autoroutes, en plaçant des barrières de retardant en amont des feux.
La flotte aérienne est accompagnée d’importants moyens au sol. Au total, la France compte plus de 250 000 sapeurs-pompiers, dont environ 20 % sont professionnels. Lorsqu’un feu devient incontrôlable, les services départementaux d’incendie peuvent recevoir l’appui de 51 colonnes opérationnelles, soit 7 de plus qu’avant les incendies de 2022. Ces colonnes sont en général composées de 50 à 70 sapeurs-pompiers et d’un véhicule de commandement, ainsi que de trois véhicules dévolus à l’attaque des feux. Réparties en fonction du risque d’incendie, elles peuvent être repositionnées quotidiennement compte tenu des besoins.
1 083 nouveaux véhicules et 43 colonnes supplémentaires attendus d’ici 2028
Conformément à l’engagement pris en 2022 par Emmanuel Macron, 1 083 nouveaux véhicules (principalement des camions-citernes et des véhicules légers hors route) devraient être livrés sur l’ensemble du territoire hexagonal et ultra-marin à l’horizon 2028.
Ces nouveaux moyens ont été financés par l’Etat, à hauteur de 150 millions d’euros, et les collectivités territoriales, pour 100 millions d’euros. Ils devraient également permettre de déployer 43 nouvelles colonnes de renforts de pompiers sur l’ensemble du pays, portant leur total à 94.Voir plus Voir moins
Des colonnes de renforts composées d’unités militaires spécialisées dans la gestion des feux de forêt peuvent également intervenir en cas de besoin. Celles-ci sont réparties sur quatre bases, dont la dernière a été ouverte en 2024, à Libourne (Gironde). Pendant la campagne des feux de forêt, 600 personnes sont engagées au quotidien en renfort des moyens territoriaux, au sein du dispositif de la brigade des militaires de la sécurité civile. Parmi elles, 300 peuvent être engagées en moins de trois heures. Plus de 170 de ces militaires ont récemment été chargés d’épauler les sapeurs-pompiers locaux et la sécurité civile à Fontainebleau, dans la Drôme et seront prochainement envoyés en Haute-Corse.
Enfin, le protocole Héphaïstos, créé en 1984 pour soutenir la lutte contre les feux de forêt dans 21 départements du bassin méditerranéen et étendu à l’ensemble du territoire depuis 2023, permet également le déploiement de militaires supplémentaires de la brigade des militaires de la sécurité civile pour des missions de surveillance, d’appui sur le terrain ou d’héliportage.
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Mise à jour le 24 juillet suite à l’annonce faite par Emmanuel Macron de l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne.