Les Etats-Unis font face à une accélération du nombre de cas de rougeole aux conséquences sanitaires potentiellement graves

Une épidémie de rougeole « hors de contrôle » aux Etats-Unis, sur fond de vaccino-scepticisme d’une partie des habitants et de l’administration Trump

Le pays fait face à une accélération du nombre de cas de cette maladie aux conséquences sanitaires potentiellement graves. La baisse de la couverture vaccinale est la principale cause de cette crise. 

Par Nicolas Chapuis (New York, correspondant)

Publié aujourd’hui à 08h53, modifié à 10h22 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/23/la-rougeole-hors-de-controle-aux-etats-unis-sur-fond-de-vaccino-scepticisme_6730520_3244.html

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Le ministre de la santé américain, Robert F. Kennedy Jr (à droite), devant une église mennonite de Seminole (Texas), le 6 avril 2025.
Le ministre de la santé américain, Robert F. Kennedy Jr (à droite), devant une église mennonite de Seminole (Texas), le 6 avril 2025.  ANNIE RICE/AP

Les Etats-Unis font face à une épidémie de rougeole qui ne cesse de prendre de l’ampleur, passant entre les mailles d’un filet vaccinal de plus en plus distendu. Au 17 juillet, 2 260 cas ont été répertoriés par les centres de contrôle des maladies depuis le début de l’année, soit autant que sur toute l’année 2025 (2 288 cas) et dix fois plus que sur l’année 2024. Une accélération qui devrait coûter à la première puissance mondiale, lors de la prochaine évaluation en novembre, son statut de pays ayant éliminé la rougeole, qu’elle détenait depuis 2000. Le 10 novembre 2025, le Canada avait déjà perdu ce statut ; suivi par six pays européens, dont le Royaume-Uni et l’Espagne, le 26 janvier.

« C’est la plus grosse épidémie depuis celle de 1989-1991, la situation est hors de contrôle », explique Patsy Stinchfield, directrice du Measles Collaborative (le « collectif rougeole »). Cette initiative lancée par la Fondation nationale des maladies infectieuses réunit les experts de cette maladie, afin de proposer des solutions pour traiter cette crise.

La réponse s’organise peu à peu, mais les Etats-Unis ont mis du temps à réagir depuis le début de cette flambée, en janvier 2025 au Texas. Beaucoup de médecins et de patients n’avaient jamais eu affaire à la rougeole, dont les premiers symptômes (fièvre, écoulement nasal, toux, yeux rougis) peuvent faire penser à un gros rhume, avant l’apparition de l’éruption cutanée reconnaissable, qui donne son nom à la maladie. Pendant toute cette phase, soit neuf jours en moyenne, le patient a de grandes chances de transmettre la maladie par voie aérienne.

Lors d’une campagne de vaccination contre la rougeole, à Lubbock (Texas), le 1er mars 2025.
Lors d’une campagne de vaccination contre la rougeole, à Lubbock (Texas), le 1er mars 2025.  JAN SONNENMAIR/GETTY IMAGES VIA AFP

La rougeole est le virus le plus contagieux au monde : en l’absence de vaccination, un individu peut infecter entre douze et dix-huit personnes. Pour cette raison, elle est parfois perçue comme le meilleur indicateur de la couverture vaccinale. La moindre baisse du taux de personnes ayant reçu une injection du vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) se ressent dans les statistiques de contamination. Aux Etats-Unis, ce taux est passé de 95,2 % en 2019, avant la pandémie de Covid-19, à 92,5 % en 2024, avec de grandes disparités régionales.

Le cocktail américain est en effet propice au développement de la maladie, avec des poches de population vaccino-sceptique. « J’aime utiliser la métaphore du feu de forêt : vous avez des braises qui volent, et si elles atterrissent dans une communauté où la sous-vaccination est ancrée depuis longtemps, vous obtenez des épidémies massives qui touchent toutes les tranches d’âge. Si elles retombent dans une communauté où la couverture vaccinale est très élevée, le virus ne se propage pas du tout », explique William Moss, professeur à la Bloomberg School of Public Health de l’université Johns-Hopkins, à Baltimore (Maryland) et directeur du Centre international d’accès à la vaccination.

Société défiante

L’épidémie actuelle a démarré en janvier 2025 dans l’ouest du Texas, au sein d’une communauté de chrétiens mennonites réfractaires à la vaccination. L’arrivée d’un cas extérieur a provoqué une vague de contamination dans tout le comté, dont le taux de vaccination est seulement de 77 %, selon les statistiques de l’université Johns-Hopkins. Les répercussions sont désormais nationales, avec des cas répertoriés dans 45 Etats sur 50. Près de 93 % des personnes infectées n’ont pas été vaccinées ou ont un statut vaccinal inconnu. Les communautés religieuses, nombreuses dans le pays, sont particulièrement touchées, comme dans l’Utah, avec sa population mormone.

Les enfants représentent 70 % des infections. Alors que la vaccination est normalement obligatoire dans les écoles publiques américaines, avec globalement davantage de doses requises que dans le système scolaire français, les « exemptions non médicales » se multiplient ces dernières années, en raison de la religion ou de croyances dans des solutions médicales alternatives.

Lors d’une campagne de vaccination contre la rougeole, à Lubbock (Texas), le 27 février 2025.
Lors d’une campagne de vaccination contre la rougeole, à Lubbock (Texas), le 27 février 2025.  ANNIE RICE/REUTERS

Les 30 % d’adultes infectés démontrent que la flambée actuelle n’est pas seulement liée à la baisse récente de la couverture vaccinale, mais à une défiance de long terme au sein de la population américaine. « La peur est un puissant moteur qu’il est difficile d’arrêter, et le vieux mythe infondé selon lequel le vaccin ROR cause l’autisme a la vie dure depuis la fin des années 1990 », regrette Patsy Stinchfield.

La première réaction de l’administration actuelle n’a pas aidé non plus. Robert F. Kennedy Jr, le ministre de la santé, lui-même vaccino-sceptique, a fait la promotion de traitements non fondés scientifiquement. « Mettre en avant l’huile de foie de morue, les antibiotiques ou les corticoïdes comme des moyens de faire face à l’épidémie était une véritable erreur de trajectoire : je pense que nous avons été confrontés, au départ, à de la désinformation venant du gouvernement fédéral, même si c’est moins le cas aujourd’hui », explique William Moss.

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La gravité de la maladie a également été minimisée, quand la rougeole n’a rien d’un virus infantile bénin. En 2025, 10 % des personnes infectées ont terminé à l’hôpital, et trois décès ont été comptabilisés aux Etats-Unis. Chez une personne sur 20 environ, le virus évolue vers une pneumonie. Dans un cas sur 1 000, cela dégénère en encéphalite aiguë, qui peut être mortelle. Chez les très jeunes enfants, un nourrisson contaminé sur 600 va développer une panencéphalite subaiguë sclérosante, une maladie au nom barbare et dont les effets ne le sont pas moins : une petite dizaine d’années après la guérison de la rougeole, le virus se réveille et provoque une dégénérescence du système nerveux, conduisant à une mort lente, sans espoir de guérison.

« Maladie terrible »

Au-delà de ces cas extrêmes, la rougeole a d’autres effets sur lesquels la recherche scientifique est encore en cours. En 2019, une étude de la Harvard Medical School, publiée dans Science, a mis en évidence le fait que le virus a un effet d’« amnésie immunitaire » sur toutes les personnes contaminées. Il efface entre 11 % et 70 % de la mémoire immunitaire d’un individu, le rendant de nouveau vulnérable à des maladies pourtant déjà contractées.

« C’est une maladie terrible et beaucoup de personnes pensent que c’est juste une éruption cutanée », résume Patsy Stinchfield. La rougeole est-elle le canari dans la mine, annonçant le retour d’autres affections aux Etats-Unis ? La communauté médicale s’inquiète actuellement de voir remonter le nombre de cas de coqueluche et surveille l’hépatite B et l’Haemophilus influenzae de type b.

Elle a également un œil sur les finances. La lutte contre l’épidémie de rougeole pèse sur un système de santé publique déjà surchargé et a de nombreuses répercussions indirectes, comme la mise en quarantaine pendant vingt et un jours des cas contacts. Une étude de chercheurs de la Yale Medical School, publiée dans la revue PNAS, estime le coût pour l’année 2025 à 244 millions de dollars (213 millions d’euros), quand la vaccination des personnes contaminées n’aurait coûté qu’une fraction de ce montant. Si la raison sanitaire n’est plus suffisante pour convaincre le gouvernement aux Etats-Unis, les experts de la santé espèrent que l’argument économique fera mouche.

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Nicolas Chapuis (New York, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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