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Une loi consensuelle pour renforcer la prévention cardio-vasculaire
Quentin Haroche
Actions de prévention dans les entreprises, mesure de la pression artérielle par les pharmaciens, dépistage de l’hypercholestérolémie familiale… : la loi Neuder renferme plusieurs mesures en faveur de la santé cardiovasculaire.
Ces dernières semaines, les lois intéressant de près ou de loin la santé se multiplient au Parlement. Si certaines sont sources de polémiques, comme la proposition de loi sur la fin de vie ou la loi agricole réautorisant sous conditions l’usage de l’acétamipride, d’autres sont en revanche bien plus consensuelles. C’est le cas de la proposition de loi « visant à doter la France d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires », qui, après un passage en commission mixte paritaire, a été définitivement adoptée par le Sénat le 9 juillet dernier puis à l’unanimité à l’Assemblée nationale ce lundi.
Elaborée par les Dr Yannick Neuder (député de l’Isère et ancien ministre de la Santé) et Khalifé Khalifé (sénateur de la Moselle), tous deux cardiologues, la loi reprend un grand nombre des propositions formulées dans le plan européen pour la santé cardiaque, élaboré par la Commission Européenne l’an dernier.
L’accent sur la prévention en entreprise
Le texte s’appuie en premier lieu sur les bilans prévention, ces quatre rendez-vous médicaux gratuits dont tous les assurés peuvent bénéficier depuis 2024 à différents âges de la vie (18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, 70-75 ans). L’article 1er de la loi dispose que ces rendez-vous doivent permettre « de sensibiliser aux facteurs de risque cardio-neuro-vasculaires, notamment le tabagisme, l’excès de consommation d’alcool, la sédentarité, l’obésité, le cholestérol, le diabète, la maladie rénale chronique et l’hypertension artérielle ». « Un dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires et des maladies cardiaques structurelles est proposé à l’assuré lors des rendez-vous de prévention, qui comprend une évaluation clinique et biologique et prend en compte les déterminants propres au risque cardio-neuro-vasculaire des femmes » poursuit la loi.
L’article 1er de la loi prévoit également la mise en place d’un dépistage de l’hypercholestérolémie familiale chez tous les enfants de six ans. Cette maladie touche un enfant sur 250 en France. Le Dr Neuder estime d’ailleurs qu’il faudrait envisager la mise en œuvre d’un dépistage néonatal de la maladie, comme c’est le cas chez plusieurs de nos voisins européens. « On conférera à la HAS le pouvoir de questionner la pertinence d’une telle démarche » commente prudemment le cardiologue.
Dans le cadre d’une politique plus globale de délégation de compétences, l’article 1er bis de la loi autorise les pharmaciens d’officine et les kinésithérapeutes « à mesurer la pression artérielle des patients dans une démarche de prévention des risques cardio-neuro-vasculaires ». L’article 2 prévoit quant à lui que la médecine du travail devra désormais, au sein des entreprises, mener « des campagnes de dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires » et sensibiliser les salariés aux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Lors de l’examen médical des salariés, le médecin du travail devra également proposer au salarié « un dépistage précoce des maladies cardio-neuro-vasculaires et des maladies cardiaques structurelles ». Enfin, l’article 2 bis prévoit que les actions de promotion de la santé à l’école devront évoquer les facteurs de risque cardio-vasculaires.
Les maladies cardiovasculaires ont tué 136 000 personnes en 2024
De manière plus générale, la loi indique que le gouvernement doit « conduire une politique de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires et leurs facteurs de risque » et « arrêter une stratégie nationale pluriannuelle qui définit les orientations prioritaires en matière de prévention, de dépistage et d’organisation des parcours de soins ». « Cette stratégie nationale vise à réduire les inégalités de prévention, de diagnostic, de prise en charge et de recherche relatives aux maladies cardio-neuro-vasculaires, notamment les inégalités sociales et territoriales » ajoute la loi. Trois ans après la promulgation de la loi, le gouvernement devra présenter au Parlement un rapport « évaluant sa mise en œuvre et présentant une analyse médico-économique des mesures engagées ».
Le Dr Yannick Neuder estime le coût des différentes mesures de prévention inscrites dans la loi à 1,2 milliard d’euros. Mais il estime que ces mesures pourraient, en réduisant le poids des maladies cardiovasculaires, faire économiser entre 20 et 30 milliards d’euros par an à la collectivité. « On a une économie à plusieurs niveaux»explique le Dr Neuder à nos confrères du Quotidien du médecin. « Moins de soins payés par l’Assurance-maladie, moins de congés maladie et une augmentation de la productivité des entreprises. C’est aussi une façon de revoir notre rapport au travail, en y améliorant la qualité de vie ». Plus globalement, l’ancien ministre de la Santé appelle à « cesser de voir la santé comme une dépense ». « Il faut des objectifs de santé décorrélés des questions de budget et une pluri annualité de l’évaluation ».
Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, les maladies cardiovasculaires ont entrainé 136 000 décès en France en 2024 (soit la deuxième cause de mortalité derrière les tumeurs), dont 71 600 femmes et 64 400 hommes. « Chaque jour, 200 femmes meurent d’un accident cardiovasculaire » rappelle le Dr Neuder.« Il y a des signes d’alerte comme le diabète gestationnel ou le petit poids de naissance qui doivent être mieux connus des professionnels de santé, et la ménopause est également une période de vulnérabilité ».