L’épidémie d’Ebola, toujours hors de contrôle, se propage en RDC à une vitesse inédite
La maladie se répand plus rapidement que les 16 épidémies précédentes qu’a connues le pays depuis l’identification d’Ebola en 1976. Le gouvernement assure agir avec force, ce dont doutent de nombreux acteurs de terrain.
Publié le 10 juillet 2026 à 19h39, modifié le 12 juillet 2026 à 18h11 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/10/l-epidemie-d-ebola-toujours-hors-de-controle-se-propage-en-rdc-a-une-vitesse-record_6722502_3212.html
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A Kinshasa, le message officiel se veut rassurant face à l’épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo (MVB), qui poursuit sa propagation dans une zone reculée et instable de la République démocratique du Congo (RDC). « Le gouvernement a pris la pleine mesure du défi et apporté en très peu de temps une réponse financière et logistique robuste », déclarait récemment au Monde Patrick Muyaya, ministre de la communication. Mais la réalité semble contredire ce récit d’une machine de guerre médicale bien huilée pour affronter cette épidémie officiellement déclarée comme telle le 15 mai par les autorités congolaises.
Le dernier exemple vient de Bunia, chef-lieu de la province d’Ituri, qui concentre plus de 90 % des cas. La ville est devenue l’avant-poste médical stratégique sur le front de la lutte contre le virus. Dans cette zone éloignée des éléments de langage d’une capitale située à 3 000 kilomètres par la route, les agents de santé étaient en grève, vendredi 10 juillet. Ils protestent contre le non-paiement de leurs indemnités depuis plus d’un mois et la dégradation de leurs conditions de travail. Selon le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (Africa CDC), 112 agents de santé ont été contaminés par le virus et 35 sont morts.
Le mouvement de grève s’est étendu géographiquement à la localité voisine de Rwampara et professionnellement à certains prestataires, notamment ceux chargés d’organiser des enterrements sécurisés. Jeudi, le ministre de la santé, Roger Kamba, s’est rendu à Bunia pour tenter de rassurer les combattants d’Ebola. Le même jour, l’Institut national de santé publique de la RDC avertissait que « la continuité des services de santé essentiels est désormais compromise ».
« Faiblesse des activités de suivi »
La guerre est loin d’être gagnée contre ce virus contre lequel il n’existe aucun traitement. La maladie qu’il provoque, au taux de mortalité compris entre 25 % et 40 %, se propage à une vitesse record comparativement aux 16 épidémies précédentes qu’a connues la RDC depuis l’identification d’Ebola en 1976. En atteste le rapport du centre d’opération d’urgence de l’Institut national de santé publique de RDC daté du 8 juillet : « Au cours des dernières vingt-quatre heures, 33 nouveaux cas confirmés et 25 décès ont été enregistrés, mettant en évidence la progression de la situation épidémiologique. » Au total, le chiffre cumulé s’élève à 1 792 cas et 625 morts depuis le 15 mai. En 2018, de tels chiffres avaient été enregistrés au bout de deux cent trente-cinq jours.
C’est du moins ce qui ressort de la comptabilité officielle, dont doutent certains acteurs sanitaires. Sont par exemple montrées du doigt les opérations de suivi des quelque 12 000 cas contacts identifiés à ce jour. Selon l’Institut national de santé publique, 79 % de ces personnes ayant côtoyé un malade ont été rencontrées par des agents. Cette performance – déjà qualifiée de « non optimale » par l’Institut au regard de son objectif de 95 % – est remise en question par des épidémiologistes engagés sur le terrain.
L’un d’eux, présent à Bunia, s’inquiétait ainsi de « la faiblesse des activités de suivi » et de la fiabilité du système : « Les cas contacts sont juste listés sur des formulaires en papier et non numériques, ce qui rend difficile le suivi par les relais communautaires. » Cette opération actuellement mal maîtrisée est pourtant essentielle pour casser la chaîne de transmission. Selon Africa CDC, dix cas d’Ebola identifiés génèrent en effet 14 nouvelles infections.
Or ce suivi se déroule dans un contexte logistique et opérationnel particulièrement complexe. La province d’Ituri – 8 millions d’habitants dont plus d’1 million de déplacés – partage une frontière longue et poreuse avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. Depuis plus de deux décennies, note l’Institut national de santé publique, elle est confrontée à « une crise humanitaire chronique liée aux conflits armés [et] aux déplacements internes massifs et des flux transfrontaliers ».
Vingt cas et deux morts ont été confirmés en Ouganda. Dans cet environnement instable marqué également par une mobilité importante des populations, le virus passe entre les mailles d’un système de contrôle lâche. Lors de son passage à Bunia, jeudi, le ministre de la santé a ainsi indiqué que des cas positifs ont aussi été enregistrés dans les provinces de la Tshopo et du Haut-Uele, qui jouxtent l’Ituri.
Essais thérapeutiques
La liste des principaux défis dressée par l’Institut national de santé publique pour organiser la riposte ne s’arrête pas à cette « performance non optimale » du suivi. Elle inclut également la résistance des communautés aux prélèvements post mortem pour confirmer les cas ; l’insuffisance des capacités des centres de soin, du nombre d’ambulances et des ressources financières ; le manque d’intrants médicaux ; la faible remontée des alertes, qui favorise l’« expansion silencieuse de l’épidémie ».
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Parallèlement à cette dure bataille menée au quotidien sur le terrain, des essais thérapeutiques sont engagés dans plusieurs centres de soin pour tenter de trouver un traitement ou un vaccin. Une initiative internationale – l’essai Partners (Platform Adaptive Randomised Trial for New and Repurposed Filovirus Treatments) – a ainsi été lancée début juillet. Elle est parrainée par l’Organisation mondiale de la santé, et coordonnée par l’Institut national de recherche biomédicale de RDC, l’Institut de médecine tropicale en Belgique et l’université d’Oxford au Royaume-Uni, en collaboration avec des partenaires internationaux.
« Ces tests doivent permettre de déterminer si deux traitements antiviraux existants – le remdesivir de Gilead Sciences et la thérapie par anticorps MBP134 développée par Mapp Biopharmaceutical – peuvent améliorer la survie des personnes chez lesquelles une MVB a été diagnostiquée [et] si la combinaison de ces deux antiviraux procure des avantages supplémentaires », précise l’OMS.