Pauvreté et inégalités record : le bilan social de Macron vire au rouge vif
Malgré des salaires dynamiques et des aides sociales revalorisées, pauvreté et inégalités ont atteint des niveaux record en 2024, selon les chiffres définitifs de l’Insee.
Vincent Grimault, le 16 juillet 2026 — Modifié le 16 juillet 2026 https://www.alternatives-economiques.fr/pauvrete-et-inegalites-record-le-bilan-social-de-macron-vire-au-rouge-vif?utm_campaign=hebdo_tous&utm_medium=email&utm_source=emailing&utm_content=260719
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Distribution de produts alimentaires par des membres du Samu social, le 22 juin 2026 à Poitiers.
Le bilan final du macronisme approche à grand pas, et en matière de pauvreté et d’inégalités, les chiffres publiés année après année par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) sont à chaque fois plus impitoyables pour le locataire de l’Elysée.
La dernière livraison1, qui concerne l’année 2024, confirme – en pire – le triste tableau déjà peint en 2023 : la pauvreté se maintient à des niveaux très élevés, et les inégalités se stabilisent à des hauteurs historiques. Ce cru 2024 est d’autant plus inquiétant qu’il s’agit d’une année de « rattrapage » post-inflation.
Un optimiste (ou un défenseur d’Emmanuel Macron) aurait pu arguer que les mauvais chiffres de 2023 étaient liés à un contexte particulier, entre prix qui s’envolent, salaires qui mettent du temps à suivre, et revenus financiers qui permettent aux riches de tirer leur épingle du jeu.
Mais cette ligne de défense ne tient plus pour 2024. L’année s’est révélée, dans l’absolu, plutôt favorable pour les classes populaires, sans toutefois leur permettre de pouvoir rattraper les plus aisés. Deux chiffres donnent l’étendue du phénomène : le taux de pauvreté (stable à 15,4 %) et l’indice de Gini, qui mesure les inégalités, et est en hausse de 0,005 point, n’ont jamais été aussi élevés depuis 1996, date à laquelle l’Insee a commencé à calculer ces deux séries.
Comment expliquer qu’une année plutôt propice à l’égard des moins fortunés n’ait pas pu améliorer ces chiffres ? Tout simplement parce que la pauvreté est une notion relative. Est pauvre celui qui a un niveau de vie inférieur à 60 % du niveau médian. Si ce dernier progresse davantage que le niveau de vie d’une personne modeste, il peut statistiquement la faire basculer dans la pauvreté.
Les inégalités n’ont pas augmenté parce que la situation des pauvres s’est dégradée dans l’absolu : elle s’est simplement moins améliorée que celle des plus riches
C’est ce qui est arrivé à 25 000 personnes supplémentaires en 2024, portant le nombre de pauvres à un niveau record (9,8 millions). De même, les inégalités n’ont pas augmenté parce que la situation des pauvres s’est dégradée dans l’absolu : elle s’est simplement moins améliorée que celle des plus riches.
Une année de rattrapage, mais insuffisante pour les pauvres
Voilà pour le tableau global. Entrons maintenant dans les détails pour bien comprendre ce qui s’est joué. Globalement, les revenus des 50 % des Français les moins aisés ont plutôt été dynamiques en 2024. Cette année-là, le niveau de vie médian (50 % des ménages ont moins, 50 % ont plus) a progressé de 1,8 % en euros constants.
Ce chiffre tient compte de l’inflation, et témoigne donc d’une amélioration réelle du niveau de vie. Derrière cette moyenne, la plupart des Français modestes n’ont pas été oubliés : le niveau de vie du 1er décile (D1) – qui correspond grossièrement aux 10 % les moins riches – a progressé de 1,7 %, et les deuxième et troisième déciles respectivement de 2,1 % et 1,8 %.
L’année 2024 favorable pour toutes les catégories de ménage
Evolution (en %) du niveau de vie après redistribution entre 2024 et 2023 en France, en euros constants, selon le niveau de richesse

https://www.alternatives-economiques.fr/sites/default/files/iframes/37518
En 2024, après redistibution, le niveau de vie médian (D5) est 7,8 % plus élevé qu’en 2008 en euros constants (indice 107,8, base 100 en 2008). Il augmente de 1,8 % entre 2023 et 2024.
Cette progression s’explique d’abord par les salaires, qui ont rattrapé une partie de leur retard sur l’inflation, mais aussi par un taux de chômage resté contenu (7,4 % de la population active) et un taux d’emploi (part de la population en emploi) qui a atteint un niveau record depuis 1975.
A cela s’ajoutent la forte revalorisation des pensions de retraite et le bon dynamisme des revenus des placements financiers : « Les rendements des livrets exonérés et de l’assurance-vie, dont les taux se sont globalement maintenus, ont augmenté en euros constants du fait de la baisse rapide de l’inflation en 2024 », écrit ainsi l’Insee.
Les classes populaires ont aussi pu compter sur la redistribution via la revalorisation de plusieurs prestations sociales (revenu de solidarité active, allocation aux adultes handicapés, prime d’activité, allocations logement, allocations familiales, allocation de solidarité aux personnes âgées). Sur le temps long, ce sont surtout elles qui ont évité aux plus pauvres de ne pas trop décrocher du reste de la population.
Seule la redistribution permet aux plus pauvres de dépasser leur niveau de vie de… 2008
Evolution, en euros constants, du niveau de vie plafond des 10 % des personnes les moins aisées en France (premier décile, D1) entre 1996 et 2024 avant et après redistribution (indice, base 100 en 2008)

Avant redistribution, le niveau de vie plafond des 10 % des personnes les moins aisées (premier décile, D1) a baissé de 6,7 % en euros constants entre 2008 et 2024 (indice 93,3 en 2024, base 100 en 2008)
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De leur côté, les plus riches ont connu une année 2024 très confortable, dans la lignée des années précédentes. Salaires et pensions de retraite ont joué, mais leur niveau de vie a aussi été porté par le dynamisme de leurs placements financiers.
Ca roule toujours pour les riches
Evolution, en euros constants, du niveau de vie plancher des 10 % des personnes les plus aisées en France (neuvième décile, D9) entre 1996 et 2024 avant et après redistribution (indice, base 100 en 2008)

Avant redistribution, le niveau de vie plancher des 10 % des personnes les plus aisées (neuvième décile, D9) a augmenté de 9,3 % en euros constants entre 2008 et 2024 (indice 109,3, base 100 en 2008).
Source : Insee
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« Les revenus des capitaux mobiliers déclarés à l’administration fiscale, qui comprennent notamment les dividendes, augmentent fortement (+ 32 %) », note ainsi l’Insee, qui suppose que les plus aisés ont ouvert grand le robinet en anticipation de la mise en place de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), un nouvel impôt entré en vigueur en 2025.
Une pluie de dividendes a poussé à la hausse l’indicateur « star » des inégalités, l’indice de Gini, qui affiche tout simplement son plus haut niveau depuis 30 ans
Cette pluie de dividendes a en tout cas poussé à la hausse l’indicateur « star » des inégalités, l’indice de Gini, qui affiche tout simplement son plus haut niveau depuis 30 ans.
Les inégalités ont atteint un nouveau record en France
Evolution de l’indice de Gini en France entre 1996 et 2024
En 2024, l’indice de Gini a franchi pour la première fois la barre symbolique de 0,3. Plus l’indice est proche de 0, plus le pays égalitaire, et plus il se rapproche de 1, plus il est inégalitaire.

Source : Insee
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L’étude de l’Insee permet enfin de zoomer un cran supplémentaire sur l’évolution de la pauvreté. On l’a dit, un nombre record de pauvres (9,8 millions) a été enregistré en 2024. Et encore, ce chiffre ne concerne que les personnes résidant dans un logement ordinaire en France métropolitaine.
« Un travail mené sur d’autres sources estim[ait], pour l’année 2021, le nombre de personnes en situation de pauvreté à 11,2 millions sur un champ plus large (DROM, personnes vivant en communautés, sans domicile, etc.) », rappelle l’Insee.
Compte tenu de la forte progression des chiffres depuis 2021, on peut craindre que la France compte au moins 12 millions de pauvres.
Toujours plus de pauvres et un taux de pauvreté stable à son sommet
Evolution du taux de pauvreté (%) et du nombre de personnes pauvres (millions) vivant dans un logement ordinaire en France métropolitaine entre 2017 et 2024

https://www.alternatives-economiques.fr/sites/default/files/iframes/37522
Source : Insee
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Plus préoccupant encore, ce que l’Insee appelle « l’intensité de la pauvreté » a elle aussi bondi car les 10 % de ménages les plus pauvres ont connu une année 2024 moins favorable que les autres. Pour tous ces chômeurs, autoentrepreneurs ou familles monoparentales, surreprésentés parmi les plus précaires, les multiples appels à réduire les dépenses publiques émanant, ces dernières semaines, de diverses institutions et d’économistes, seraient dramatiques s’ils étaient suivis d’effet.Partager

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Rédacteur en chef adjoint