Les électeurs de Californie vont pouvoir se prononcer le 3 novembre par référendum pour créer un impôt de 5 % sur la fortune des milliardaires de la Silicon Valle

BILLET DE BLOG 13 JUILLET 2026

Une bonne nouvelle sur le front de l’impunité fiscale des ultra-riches

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Les électeurs de Californie vont pouvoir se prononcer le 3 novembre par référendum pour créer un impôt de 5 % sur la fortune des milliardaires de la Silicon Valley. Son adoption pourrait bien marquer le début d’un mouvement mondial pour mettre fin à l’impunité fiscale des ultra-riches. Il s’agit d’une victoire d’étape majeure.

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Gabriel Zucman

Professeur d’économie à l’Ecole normale supérieure et à l’université de Berkeley, directeur de l’Observatoire international de la fiscalité

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Ne boudons pas notre plaisir : l’inscription au référendum du projet de taxe sur la fortune des milliardaires californiens, officialisée la semaine dernière, constitue une immense victoire pour les forces démocratiques de la planète.

Ce vote, qui aura lieu le 3 novembre 2026, constituera à n’en pas douter l’un des enjeux les plus importants des élections de mi-mandat aux États-Unis. Mais il pourrait surtout lancer le mouvement mondial pour venir enfin soumettre l’extrême richesse à l’autorité de la puissance publique.

C’est la genèse de cette proposition, les manœuvres déployées en coulisse par ses adversaires pour la faire échouer, et les promesses qu’elle porte en germe bien au-delà de la Californie que j’aimerais vous raconter ici.

Tout commence dans la première moitié des années 2010.

Depuis 2013 nous essayons, avec mon collègue de l’université de Berkeley Emmanuel Saez, d’objectiver les inégalités américaines.

En passant au crible les déclarations d’impôt sur le revenu, les enquêtes auprès des ménages, les statistiques de comptabilité nationale et d’autres sources, nous avons élaboré une radiographie complète de la répartition des revenus et des patrimoines états-uniens, couvrant l’ensemble de la population – des classes populaires jusqu’aux 0,0001 % les plus riches.

Les résultats de ce travail, mis à jour chaque trimestre, sont disponibles sur le site

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À la fin des années 2010, après tant d’années à voir les courbes s’envoler – sous des présidences républicaines et démocrates confondues – et à constater les conséquences de l’explosion des inégalités pour la démocratie américaine, il nous est apparu, comme à de nombreux autres chercheurs, que décrire ne suffisait plus.

Notre livre Le Triomphe de l’injustice, publié en 2019, formulait ainsi une série de propositions pour endiguer la spirale inégalitaire états-unienne.

Mais cet ouvrage se plaçait du point de vue fédéral (et même mondial), délaissant les marges de manœuvre disponibles à l’échelon des différents États qui constituent les États-Unis d’Amérique.

Que peut donc faire un État seul comme la Californie ?

Chaque État décide de sa politique fiscale, sans – avantage majeur – avoir à se soucier de la Cour suprême des États-Unis, actuellement sous la coupe de juges ultra-conservateurs. Les impôts fédéraux viennent s’ajouter à ceux prélevés dans les différents États.

Or les grandes fortunes de la Silicon Valley ont connu une explosion particulièrement vertigineuse. Depuis 1982, la richesse des milliardaires californiens – les 0,0002 % les plus fortunés – a été multipliée par 30. Elle a augmenté de 144 % entre 2023 et 2025 seulement.

Au nombre de 250 à peine, les milliardaires californiens possèdent désormais 2 300 milliards de dollars de fortune, soit l’équivalent de 50 % du PIB de la Californie et environ 10 % de la richesse totale de cet État.

[Notre tribune dans le New York Times]

Pour réduire les inégalités du Golden State, le point de départ le plus logique consisterait à imposer cette extrême richesse. Et la Californie peut le faire sans risque qu’un impôt sur la fortune soit jugé anticonstitutionnel, puisque l’aval de la Cour suprême des États-Unis n’est pas nécessaire.

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Pendant longtemps, nous avons prêché dans le désert.

Mais un premier tournant a eu lieu en juillet 2025, avec la promulgation par Donald Trump de la loi sobrement intitulée « One Big Beautiful Bill Act » : un ensemble de mesures budgétaires réduisant drastiquement le financement de Medicaid, le programme fédéral d’assurance maladie destiné aux Américains les plus démunis.

C’est alors que pour compenser ces coupes budgétaires dévastatrices, le syndicat SEIU-UHW, qui représente les travailleurs de la santé de Californie, a décidé d’organiser une récolte de signatures pour soumettre au référendum un prélèvement exceptionnel, inspiré de nos travaux, égal à 5 % de la fortune des milliardaires de cet État. Impôt qui rapporterait près de 100 milliards de dollars.

Saisis de panique, les milliardaires ont tout fait pour bloquer la mesure. Tout.

Cette initiative devait d’abord récolter environ 1 million de signatures pour être soumise au référendum de novembre prochain. Qu’ont fait les milliardaires ces derniers mois ? Ils ont investi des sommes colossales pour empêcher le syndicat d’obtenir le million de signataires nécessaire.

Ils ont ainsi dépensé des centaines de millions de dollars et utilisé tous les instruments à leur disposition. Selon certaines sources, ils seraient même allés jusqu’à rémunérer des SDF (!!) pour saboter la mesure. Cela dit tout de leur fébrilité.

Mais toutes leurs manœuvres ont échoué : le 18 juin dernier, la proposition de loi a reçu suffisamment de signatures pour pouvoir figurer sur le bulletin de vote en novembre prochain.

Nos adversaires ne se sont pas avoués vaincus pour autant et ont tout tenté jusqu’à la dernière minute pour faire retirer la mesure, avant la date butoir fixée au 25 juin. Ils ont pu compter sur le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, qui a œuvré en coulisses pour saboter la proposition et protéger les ultra-riches jusqu’au bout.

Malgré ces pressions politiques, le syndicat a tenu bon. C’est donc, depuis le 25 juin, désormais officiel et irréversible : les citoyens californiens voteront le 3 novembre prochain pour imposer les milliardaires de la Silicon Valley. Le peuple tranchera.

Il s’agit d’une victoire d’étape absolument majeure.

Illustration 2

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La campagne qui débute maintenant sera décisive, non seulement pour la Californie, mais plus généralement pour les États-Unis et le monde entier.

Car pour la Californie, d’abord, les $100 milliards qu’on peut attendre de cette taxe constituent une manne essentielle pour financer la santé des millions de personnes qui risquent sinon de perdre l’accès au soin, suite aux coupes prévues par le One Big Beautiful Bill Act.

Et au-delà, il y a fort à parier que si le « oui » l’emporte, l’impôt californien pourrait très vite faire des émules parmi d’autres États, comme celui de New York, de Washington, ou le Massachusetts. À terme, ce processus aurait toutes les chances de déboucher sur la création d’un impôt fédéral sur l’extrême richesse.

C’est précisément ce qui s’est passé il y a plus d’un siècle avec l’impôt progressif sur le revenu, qui vit d’abord le jour au niveau des États, avant que le gouvernement fédéral n’embraye en 1913.

Avec une coalition d’États suffisamment grande, ou mieux un impôt fédéral, il n’y aurait plus d’obstacle pour passer d’un prélèvement exceptionnel à une taxe annuelle sur les plus grandes fortunes, les citoyens américains ne pouvant échapper à l’impôt en déménageant à l’étranger.

Cette dynamique s’est déjà produite à d’autres reprises dans l’Histoire.

En 1978, la Californie a ainsi été à la pointe de la révolte anti-impôt, en votant la célèbre « Proposition 13 » qui venait plafonner la taxe foncière, présage de la révolution conservatrice qui triompherait quelques années plus tard dans le reste des États-Unis – puis dans une grande partie du monde.

Un demi-siècle plus tard, l’histoire pourrait bien se répéter, mais à l’envers.

C’est l’horizon de la justice fiscale mondiale qui se dessine dans le référendum du Golden State : le vote de novembre 2026 pourrait bien marquer le coup d’envoi d’un mouvement global pour mettre un terme à l’impunité fiscale des ultra-riches – impunité qui n’est, tant s’en faut, pas l’apanage des Etats-Unis

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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