Sécurité sociale : la crainte d’un tour de vis pendant l’été
Lors du comité d’alerte des finances publiques, le gouvernement a exprimé, mardi, l’intention de « refroidir » les dépenses de notre système de solidarité à hauteur de 1 milliard d’euros en 2026, sans préciser comment et à quel moment il comptait procéder.
Par Bertrand BissuelPublié le 08 juillet 2026 à 11h31, modifié le 08 juillet 2026 à 12h01 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/08/securite-sociale-la-crainte-d-un-tour-de-vis-pendant-l-ete_6721811_823448.html?srsltid=AfmBOoo3bekpzX2oCu0VKUa0sAGuFjdg_uUrKSa2TvVcn5hMvwU6pYhx
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Un tour de vis décidé pendant l’été ? Plusieurs syndicats expriment cette crainte, s’agissant de la Sécurité sociale, après le comité d’alerte des finances publiques qui s’est tenu, mardi 7 juillet à Bercy, sous la houlette du premier ministre, Sébastien Lecornu, et en présence de plusieurs autres membres du gouvernement. Durant cette rencontre, à laquelle participaient des représentants des acteurs sociaux, des élus locaux, des parlementaires et des hauts fonctionnaires, l’exécutif a notamment affiché son intention de « refroidir » les dépenses de notre système de solidarité à hauteur de 1 milliard d’euros en 2026, ces économies s’ajoutant à celles de quelque 2 milliards d’euros déjà annoncées le 20 avril (dans la sphère sociale).
Comment le pouvoir en place compte-t-il procéder ? « Aucune indication n’a été donnée. Je ne sais pas ce qu’ils ont en tête », rapporte Luc Mathieu, de la CFDT. Secrétaire confédéral de la CGT, Denis Gravouil redoute que le montant de la facture soit réclamé aux assurés par le biais d’ajustements paramétriques : réduction des indemnités journalières versées en cas d’arrêt de travail, coup de rabot sur les remboursements de dépenses de santé (par le biais d’une hausse du ticket modérateur ou des franchises médicales), augmentation du nombre de jours de carence – la période durant laquelle la « Sécu » ne couvre pas un travailleur qui s’absente de son poste pour raisons médicales, etc.
D’après le syndicaliste, ces pistes sont « visiblement dans le “scope” ». « Nous avons dit pendant la réunion du comité d’alerte que nous nous opposerions aux décrets qui pourraient être pris pendant l’été pour baisser les dépenses sociales », confie-t-il en faisant allusion aux mesures techniques – comme celles sur les franchises – qui peuvent passer par voie réglementaire.
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Au nom de la CFTC, Léonard Guillemot appréhende, lui aussi, que des arbitrages douloureux pour les ménages soient pris d’ici la rentrée. Le représentant de la centrale chrétienne explique en substance que son organisation est prête à se montrer responsable – autrement dit, à faire des concessions – pour garantir la « soutenabilité » du système, mais « tout le monde doit prendre sa part », ajoute-t-il, ce qui implique que « les entreprises » mettent aussi la main à la poche.
Logique du « chacun son tour »
L’idée qu’un effort soit imposé aux assurés est jugée d’autant plus crédible que les 2 milliards d’économies décidées le 20 avril ont reposé uniquement sur une mise à contribution des employeurs (par le biais d’un gel de l’enveloppe allouée aux allègements de cotisations sociales). Dès lors, la logique du « chacun son tour » pourrait prévaloir. Ce scénario est aussi présent dans tous les esprits car le gouvernement a récemment laissé entendre que l’Assurance-maladie pourrait moins bien rembourser certaines dépenses de santé et que les organismes complémentaires (mutuelles, assureurs, institutions de prévoyance) seraient appelés à la rescousse pour endosser cette charge.
A la fin du mois de mai, de nouveaux chiffrages ont été communiqués sur les comptes de la « Sécu » afin d’intégrer les retombées négatives de la guerre en Iran en matière d’activité économique et de finances publiques. Une mise à jour qui revoit à la hausse la prévision de déficit pour 2026 : ainsi, le « trou » serait de 20,4 milliards d’euros, soit une dégradation de 1 milliard d’euros par rapport à la cible initiale.